16.08.2008

Deux petites cartes...

Voici de quoi vous faire patienter jusqu'au prochain post. Deux cartes qui vous permettront de mieux visualiser les villes & villages dont parle notre cher broussard. En rouge, les villes principales; en marron, les différents postes ou gîtes. En noir, les autres localitées mentionnées dans son récit.

Carte1

 

 

 Carte2

02.08.2008

Mardi 2 août '55

Le coeur allègre, les bagages chargés dans la camionette Sabena, je quitte Bukavu pour le Maniema, me demandant ce qui m'attend.

Au champ d'aviation, athmosphère d'une gare de province. L'équipage a l'air de se dire "alors, on y va à Kindu ?”... Finalement, ils se sont décidés."Si les voyageurs veulent bien suivre...." Dans la cabine, à part de grosses caisses retenues par des filets à grosses mailles, il n'y a que quelques passagers… Je m'envole une dernière fois.

Le relief mouvementé du Kivu se transforme en l’épaisse forêt du Maniema, presque pas d'ondulations. De temps en temps, je vois une route qui serpente dans cette brousse et je distingue l'un ou l'autre petit village. Comme cela doit être terrible pour un blanc d'être seul, là, dans cette brousse. Tout à coup surgit en dessous de nous un large ruban brun: c'est le fleuve Congo – appelé ici Lualaba. L'avion fait un angle droit et descend vers le sud, vers le champ d'aviation de Kindu, un ancien terrain de football... Une minuscule baraque de bois peinte en vert avec l'inscription "Kindu" presque complètement effacée. Tout le monde descend. Je fais pareil. Quelle n'est pas ma stupéfaction quand tout le monde remonte dans l'avion. Je suis pris de doute et d'un air de rien, je vais relire l'inscription. Oui, il n'y a pas de doute, je suis bel et bien à Kindu...  Prenant mon air le plus dégagé, je demande au planton derrière le bureau: "Je vais à Kindu et je...."  "Oui oui, un instant on s'occupe de vous ". Ouf!

Sitôt que le bi-moteur décolle, nous nous embarquons dans une camionette Sabena et nous roulons ainsi 10 km à travers des villages. J'ouvre bien grand les yeux, c’est la première fois que je vois des cases indigènes.


 

Kindu

 

La ville de Kindu me donne tout de suite une impression de saleté. Toute cette poussière, ce soleil et cette chaleur me font penser à une ville du far-west américain. Même les bureaux du district ont l'air d'un vieil hôtel pour cow-boy de passage (j'ai appris plus tard que c'était en effet un ancien hôtel, pas pour cow-boys évidemment)... Tout le monde se promène en chemise, col ouvert... Moi qui suis en complet gris et cravate, je transpire terriblement !

Personne ne s'attendait à mon arrivée. On me présente donc un peu comme une “pièce rare” au commissaire de district, visiblement très ennuyé car il ne sait que faire de moi... Le Directeur du service "Paysannat", par contre - un certain Mr Rochez au nom prédestiné car il a en effet l'air dur comme un caillou-  prétend par qu'on a justement besoin d'un célibataire pour un poste de brousse et que je semble faire l'affaire. Quelle aubaine... pour lui ! Il me cite pas mal de noms de postes, tout aussi inintelligibles les uns que les autres pour mon oreille de béotien…

Nous montons donc dans une jeep Land-Rover pour le rejoindre. Le type s'excuse de l'inconfort du véhicule. S'il savait comme cela m'est égal ! 50 mètres plus loin, on stoppe devant un autre petit bâtiment du plus pur style far-west aussi... les locaux du service Paysanat.

Nous nous asseyons dans une petite pièce qui doit être le bureau de mon “directeur". Des cartes au mur détaillent toute la région. Il me parle, je réponds de: oui...oui...oui..., bien sûr! Il me dit qu'il faut avoir beaucoup de courage, de volonté, d'initiative, d’enthousiasme... Faisant un rapide inventaire de mon potentiel vital, je me rends compte que je possède certaines de ces qualités et que, mon Dieu, les autres il faudra les trouver... Notre entretien se termine par la remise d'un tas de documents que je dois lire sur la technique du Paysannat....

Je serai mis en stage chez un certain Van Hoof, en brousse. Cela m'a effrayé sur le coup: déjà en brousse ! D'ailleurs l'intéressé était ici à Kindu, j'allais lui être présenté. Il ne m’a pas fallu trois quarts de seconde pour me rendre compte que le ménage Van Hoof était purement néerlandophone et quand il prétendit me connaître de réputation de Vilvorde, je gardai mon sourire en disant "Ha" et me demandant si c'était en bien ou en mal…

Kindu hotel

Pendant 3 jours, je me suis balladé en faisant mes achats dans cette ville que je connaissais après 3/4 h. Je me suis rendu compte que tous les gens qui étaient ici y étaient pour affaires. Tout autre chose qu'à Bukavu et son tourisme... Dans ma chambre d'hôtel, en quittant mon costume civil pour la tenue coloniale, j'ai bien eu l'impression que je ne tarderais plus guère à être fixé sur ce qu'on appelle  "la brousse"...