29/10/2009

Délivrance

Le 29 août, à 1 heure du matin, j'ai ressenti les premiers tiraillements dans les reins et ai été réveiller Georgette me demandant si c'était le travail qui commençait. Eugène nous conduites à l'hôpital où je suis entrée en pleine confiance. Nous avons bavardé toute la nuit Georgette et moi, raconté des gags et des blagues. De temps en temps, je disais "arrête, j'ai une contraction" et j'appliquais les principes de la relaxation et de respiration.

L'infirmière qui n'était pas adepte du système, passait la tête par la porte  "l'accouchement sans douleur, ça n'existe pas. Hein ma petite dame?" Mais je tenais bon. A 7 heures du matin, j'ai copieusement déjeuné. A 9 heures, on a dû me mener en vitesse vers la salle d'accouchement. Là, cela devenait sérieux : au moment de la naissance de Monique, j'ai mordu dans le bras de Georgette qui en a eu un beau bleu durant 2 semaines, la pauvre. Moi, j’avais perdu 9 kilos.

Je suis restée à l'hôpital de Bukavu, bien seule et désespérée de n'avoir pas mon mari auprès de moi pour admirer notre petite fille de 2,9kg toute mignonne et dont j'était si fière. J'écrivais mes états d'âme à Michel, il m'écrivait aussi. C'était certainement plus dur pour lui que pour moi. Resté seul en brousse, il m'a avoué par la suite qu'il avait le cafard, qu'il ouvrait mes tiroirs pour caresser mes affaires rappelant son amour absent.

J'étais dans un grand dénuement et il n'était pas question de demander un supplément ou une aide quelconque : je n'en avais pas les moyens. J'avais si peu de langes et de linge que je me levais en cachette pour lessiver dans l'évier de la salle de bains.

Maman + vdwLe baptême a eu lieu à l'hôpital et je suis sortie le 5e jour pour attendre encore 3 semaines chez Georgette avant de reprendre l'avion. Je garde une reconnaissance infinie pour elle et Eugène qui m'ont accueillie chez eux alors qu'eux mêmes avaient un nourrisson encore et d'autres enfants. Cela a été une bénédiction d'avoir pu accoucher à Bukavu.

 

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19/09/2009

Punia

A Punia, nous nous sommes présentés au bureau du chef de poste avec notre camion chargé devant sa porte. Où aller? Le gîte de passage était occupé par les Pirson. Les quelques maisons du poste étaient habitées. Mr Van Crombrugghe a eu une idée: "J'ai une maison en construction. Cela vous fera toujours un toit en attendant une solution, on fera diligence pour terminer les travaux."

A chaque fois qu'on emménageait, nous étions plein d'ardeur et d'enthousiasme. Nous étions contents, nous avions enfin une habitation à nous d'où on ne pourrait pas nous déloger. 

Punia pirson

Nous avons donc pris possession d'une maison où on plaçait encore les châssis. La finition des murs était en ciment crépi. Le relief en était si épais qu'on pouvait y suspendre un vêtement(ce que nous avons d'ailleurs fait, c'est vrai) et il ne fallait pas passer les frôler de trop près de peur de s'écorcher.

La première nuit, il a fait une telle tempête que la pluie arrivait jusque sur notre lit. Cette maison n'avait plus un toit en feuilles mais bien en tôle ondulée. Elle était plus moderne, plus propre sans doute et avait l'avantage de ne pas servir de refuge à un tas d'insectes. Par contre, il y faisait bien moins frais et il a fallu s'habituer au tambourinement de la pluie par temps d'orage.

Le lendemain de notre installation, les autorités ont quand même réalisé que cette situation ne pouvait durer et ont expédié des hommes pour poser les vitres. Misère! Le vitrage est arrivé en coupes de 1 m. sur 2, il fallait donc le tailler. La pitoyable main d'oeuvre et le mauvais état de l'outillage aidant, la première crête de vitrage a été gaspillée tout de suite: trop petit, trop grand, coupe filée en zig-zag... feuille foutue. Finalement, Pirson et Michel s'y sont mis à deux pour poser les carreaux, non sans peine car je ne sais quel hurluberlu s'était imaginé de fabriquer des fenêtres à croisillons dont aucun carré n'avait la même taille! Là aussi il y  eu beaucoup de perte...

Lors de l'orage suivant, nous étions a l'abri mais il y avait un tel jour sous la porte que le chat aurait pu passer dessous et l'eau entrait à flots dans la maison!

CoucouOn nous a fourni un mobilier convenable fabriqué sur place, le nôtre ayant rendu l'âme après tant de déménagements. C'est à cette période que Michel a racheté une horloge "coucou suisse" à un indigène qui l'avait acquise par correspondance et ne savait comment s'en servir. C'était assez anachronique de trouver un objet pareil au milieu de la brousse! De plus, l'apparition du "coucou" au top de l'heure intriguait assez les noirs qui n'y voyaient que de la sorcellerie.

Si nous occupions enfin une maison dans un poste, cela ne signifiait pas pour autant que nous avions une installation correcte d'amenée d'eau. Elle n'était pas encore raccordé: ni eau ni électricité. Du reste, aucune maison du poste état n'avait l'électricité. On s'éclairait toujours à la lampe à pétrole, le frigo fonctionnant au pétrole. Quelques rares privilégiés possédaient un groupe électrogène à essence.

Cela signifiait que dans tous les ménages, de toute façon, les frigos, grands ou petits, fonctionnaient au pétrole et ce n'était pas toujours évident d'éviter la panne. Cela signifiait aussi que partout on repassait au fer à charbon de bois, qu'on cuisinait partout au bois et que donc toutes les maisons avaient la cuisine en annexe à l'extérieur de la maison. Que chaque jour l'eau du bain ou de la douche était chauffée, que de consommation de bois ! Ce bois nous était fourni par l'état qui le faisait apporter par les prisonniers.

Derrière chez nous, se trouvait l'atelier de menuiserie où les ouvriers commençaient à travailler à 6 heures du matin. Toute la journée ils rabotaient, rythmant le travail par des "zoom-zoom tap-tap-tap". C'était amusant pour commencer, c'était exténuant au bout de quelques jours. J'ai commencé à être très fatiguée et tendue, il me fallait du repos. Pas de sieste "zoom-zoom tap-tap-tap", pas de grasse matinée "zoom-zoom tap-tatap".

Les différentes pluies ont rapidement révélé les défauts de la cuirasse de cette maison prenant l'eau de partout: châssis de fenêtres, portes, plafonds. On déménageait notre lit de pièce en pièce. Elle était mal conçue, mal terminée et appelée à être démolie. Nous attendions avec patience une autre solution.

 

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25/08/2009

Arrivée à Ferekeni

Le lundi, tôt matin, nous avons repris la route. Cette fois, pour notre dernière étape.

Nous nous enfonçions à nouveau dans la brousse. Les premiers 3O km de route de latérite menaient vers Yumbi, poste sur la Lowa. Elle était praticable, plus spacieuse que ce que nous avions déjà connu. Il y avait des plantations de citronnelle limitant le bord de la route, cela faisait plus civilisé... Nous avons rencontré quelques constructions en briques rouges, demeures réservées à des agents territoriaux ou de passage, quelques villages coquets, ceci jusque Yumbi, ensuite on pénétrait vraiment dans la forêt vierge.

C'était un territoire où peu de blancs s'étaient aventurés. La population était très curieuse de voir  passer un véhicule et, à chaque village, femmes et enfants se précipitaient en criant "musungu, musungu" (blanc). Les villages étaient très primitifs: cases de pisé ou de feuilles, femmes à peine vêtues, enfants nus. Les hommes, s'ils n'avaient un vieux short déchiré, portaient un cache- sexe de peau.

J'avais en souvenir l'épisode de révolte des Mau-Mau au Kenya et du cannibalisme et je n'étais pas trop rassurée. Mais Michel qui connaissait ces villages me disait "Salue, fais un signe... ils veulent seulement voir la femme du blanc" (Il se disait d’ailleurs parmi les indigènes que le « bwana » était bien riche: il avait pu s’acheter une voiture et… une femme!) Là aussi, le tam-tam avait fonctionné et averti la population de notre passage.

Ainsi nous avons encore voyagé une demi-journée, empruntant une piste de terre battue fraîchement réalisée à la main avec pelles et brouettes par les équipes de Pirson, agent territorial. Titanesque!

Lorsque  enfin nous sommes arrivés à Ferekeni, Michel s'est fait une grande joie de pouvoir  me montrer la maison qu'il avait, pour mon arrivée, fait construire par son équipe d'ouvriers. Il avait choisi le site, un point de vue dominant les collines environnantes, la vue était très  belle. On découvrait une "mer" de verdure: arbres énormes, à perte de vue, au feuillage luisant sous le soleil. La parcelle avait été établie dans une palmeraie que Michel avait fait nettoyer. Les palmiers étaient déjà fort grands et les palmes s'agitant doucement dans une petite brise donnaient de l'ombre sur le jardin. 

Bitum


Pour la construction de la maison on avait utilisé des matériaux locaux: branchages, pisé, toit de feuilles. Le sol en terre battue et le plafond étaient garnis de nattes de feuilles de palme tressées. Les garnitures de fenêtres étaient faites de barres de bambou, d’anneaux de bambou et les tentures de toile de matelas jaune et vert achetée dans une cantine indigène.

Michel avait mis sur pied un atelier de menuiserie pour fabriquer portes et volets ainsi que les premiers meubles nécessaires. Il était plein d'imagination et de débrouillardise, avait été en forêt choisir le bois nécessaire. Les bûcherons avaient abattu les arbres sélectionnés et les avaient coupé en planches, pour les faire sécher. En fait, il avait disposé de plusieurs semaines pour  terminer la maison et son mobilier à l’aide de ses 70 ouvriers. Il avait dû faire débroussailler et abattre des arbres, faire une route et tracer un jardin...

Ferekeni salonFerekeni salon2

Cette maison n'était pas bien grande, elle comportait une pièce de séjour, une chambre, une pièce réservée à l'entrepôt de vivres et un bureau où Michel avait sa table de dessin et un classeur. La cuisine - en pisé aussi - se trouvait à l'écart, à l'arrière de la maison, traversant une cour de terre battue. Pour cuisiner, on avait monté une espèce de table de cuisson avec deux touques à essence retournées et on cuisinait au bois. Les "sanitaires" se trouvaient également dans cette cour c'est à dire un enclos de bambous avec latrines d'un côté et douche (seau avec une pomme douche) de l'autre côté.

A la nuit tombée, comme éclairage, il y avait la lampe à pétrole, les bougies et oh luxe, une lampe à kérosène Coleman (si l'éclairage d'une Coleman était parfait, par contre cela faisait beaucoup de bruit et chauffait l'atmosphère). Un petit frigo à pétrole trônait dans le séjour, première pièce de ménage. De plus, Michel avait installé une "sonnette de service" sur piles, une radio sur batterie et possédait quelques livres. Voilà mon home.

AccueilLe missionnaire de Ferekeni est venu avec les enfants de l'école me souhaiter la bienvenue. De loin on les entendait arriver en chantant "au revoir-e les amis, au revoir- e les amis" et j'ai eu droit à un discours et remise de fleurs. Il a fallu que je prononce mes premiers mots en swahili pour les remercier: akisanti-sana...

Notre vie à deux a commencé dans l'enthousiasme, il me fallait faire connaissance des objets et habitudes et surtout faire honneur à toute l'attention que Michel avait mise à préparer mon arrivée. Il avait  d'une façon extraordinaire organisé la tenue de sa maison et, dans le souci d'une dernière finition, il m'a offert deux pagnes en demandant de coudre des couvre-lits pour la chambre et le lit de camp qui nous servait de divan. Cela se faisait à la main bien entendu. Il faudrait attendre plusieurs semaines encore avant de recevoir mes malles et la vieille machine à coudre qu'elles contenaient.

Pour notre première nuit dans une case, j'ai dû m'accoutumer aux bruits nocturnes. C'est tout à fait assourdissant, on ne peut s'imaginer comme la nature vit la nuit. D'abord ,il y a les bruits extérieurs: cris, hurlements, croassements, tapage et sifflements d'arbre en arbre, loin dans la forêt, se faisant écho de colline en colline. Puis les sons aigus et stridulations des insectes cachés dans les feuilles du toit. Bruissement, frôlements inquiétants... Il fallait s'habituer aux odeurs, à la chaleur moite qui rendait tout collant et laissait une trace de moisi dans les armoires.

Le premier matin , Michel s'est exclamé "Remonte sur le lit, il y a un serpent!" Je ne le croyais pas, m'imaginant que c'était une blague, mais non, il y avait effectivement un serpent sous le lit. Cela commençait bien!

Comme Michel avait perdu les quelques jours de congé qui lui étaient octroyés à l'occasion de notre mariage en faisant l'aller-retour à Kindu, il devait se remettre au travail. Il devait à l'aube faire l'appel des équipes et partait très tôt. Habillé d'un short kaki, de pataugas, d'une chemise kaki à épaulettes et d'un casque, il prospectait des kilomètres à pied en forêt pour préparer les alignements de terrains cultivables.  

Les agents de l'Etat étaient équipés d'uniformes kaki pour la brousse, blancs pour la ville, en général c'était le short qu'on appelait, "kapitula" (j'ai rarement vu un européen en pantalon!) Les territoriaux portaient des épaulettes bordées de vert, les agronomes bordées de bleu foncé, les sanitaires de rouge. Les épaulettes étaient de plus garnies d'une ou de plusieurs barrettes ou étoiles suivant le grade obtenu. C'était un peu le système de l'armée. Ils avaient tous un casque ou un képi garni du lion belge.

Accompagné d'une équipe, il pénétrait dans la forêt vierge, les ouvriers ouvrant la piste à l'aide de machettes pour couper branches, fougères, lianes... et criant pour faire fuir les animaux. Ils traversainet végétation, marécages ou rivières. Il rentrait fourbu, trempé et dégoûtant pour le dîner. Sa chemise était maculée de suc de lianes laissant des traces indélébiles et brûlant sa peau. Les blessures guérissaient difficilement à cause de la chaleur.

L'après midi était consacré à la sieste, consacré l'un à l'autre... Comme je n'avais pas d'activité particulière, je ne me sentais pas le besoin d'une sieste et je me relevais aussitôt Michel endormi pour lire au living. Cela ne lui plaisait pas du tout, il était déçu de ne pas retrouver sa femme auprès de lui au réveil. 

A la fin de l'après midi, Michel entreprenait du travail de bureau. Il traçait sur des cartes en papier-calque tous les obstacles qu'il avait rencontrés lors de son périple du matin et le relevé du tracé effectué. C'est de cette manière, en collectant les informations des agronomes, géologues, prospecteurs et autres pisteurs que les cartographes arrivaient à faire une carte plus ou moins exacte de la région. Il devait aussi chaque jour taper le rapport de ses activités et des évènements survenus dans ses équipes.

Les ouvriers étaient en partie engagés sur place, une autre partie suivait le chantier dans ses déménagements. Ces hommes étaient accompagnés de leurs familles et lorsqu'il y avait un problème de santé on s'adressait au blanc. Michel avait une pharmacie de campagne et, le matin, les blessés ou malades venaient se présenter pour les soins. Quelquefois on arrivait à les aider lorsqu'il s'agissait de petits bobos ou de malaria. On donnait du sirop aux petits enfants enrhumés, on distribuait de la quine, de l'aspirine....D'autres fois on devait les évacuer vers une mission plus compétente ou un dispensaire.

Malheureusement, les indigènes n'ayant pas trop confiance en la médecine du blanc, ils venaient se faire soigner quand leurs propres guérisseurs avaient déjà  été consultés en vain . Il nous est arrivé de nous trouver devant des cas d'extrême d'urgence...

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