26.10.2009

Séparation provisoire

Nous renseignant pour connaître les dispositions à prendre pour l'accouchement, nous avons compris qu’effectivement, il faudrait me déplacer vers un poste de territoire. Lubutu (situé à 100 km de Punia) n' avait pas d'hôpital mais un médecin d'Etat sensé s'occuper de moi alors qu'à Punia même, il y avait l'hôpital pour Européens mais qui ne prenait pas en charge les agents de l'Etat.

Aberration! Je devrais séjourner à Lubutu 3 semaines avant la date de délivrance dans un hôpital indigène en prenant avec moi le linge, les vivres (???) et un boy pour s'occuper de moi ! De plus le médecin de Lubutu devant de toute façon faire de la brousse comme tout agent, sa présence n'était pas forcément assurée… Face à ce problème, Michel a écrit une belle lettre au médecin-chef de la province pour demander l'autorisation d'un accouchement à Bukavu tenant compte de la présence et de la prise en charge par la famille. La permission a été accordée.

On peut imaginer dans quel état d'esprit nous nous sommes séparés, 3 semaines avant la date d'accouchement, à la plaine d'aviation de Punia. Je suis partie avec mon couffin et mes maigres affaires pour Bukavu. La layette annoncée par les parents n'étant pas arrivée, je n'avais même pas de langes (les langes jetables n'existaient pas).

Ce voyage s'effectuait par petit DC3 qui transportait aussi le fret pour les différents postes. Il y avait peu de sièges pour passagers, les caisses et colis divers se trouvaient à l'arrière de la carlingue retenus par des filets.

C'était un vol assez bon enfant "On y va ? On n'y va pas? Attend-on encore quelqu'un? Il y encore un colis?" L'horaire n'existait pas. On savait qu'il y avait un vol et on connaissait à peu près l'heure de départ lorsqu'on entendait le vrombissement des moteurs à l'atterrissage de l'avion venant de Stan. On avait alors encore bien le temps de se rendre à "l'aéroport".

Il arrivait aussi qu'un avion attendu n'atterrisse pas, le pilote n'ayant pas trouvé la plaine à cause d'un manque de visibilité. Le fret et les passager repartaient alors ailleurs… il fallait avoir le temps au Congo! C'était très frustrant - lorsqu'on attendait à la plaine - d'entendre les moteurs repartir dans le ciel et de s’apercevoir qu'il n'y aurait pas ni vivres frais, ni courrier.

Toujours est-il que pour moi cela n'a pas été le cas e je suis partie avec le coucou mené par deux pilotes qui sans doute étaient expérimentés mais ressemblaient surtout à des baroudeurs. Lorsqu'après un voyage assez secoué, ils ont dû s'y prendre à deux fois pour atterrir à Bukavu (dont la plaine était assez courte), nous avons tous soupiré d'aise de n'avoir pas fini dans les "matiti". 

Mes cousins m'attendaient bien sûr. Georgette avait mis au monde une petite fille quelques semaines auparavant. Elle avait repris l'enseignement à l'Institut des soeurs et s'absentait durant la journée. Eugène était dans son atelier à l'arrière de la maison.

Moi, je n'avais rien de bien particulier à faire et j’ai commencé la confection d'une petite robe brodée pour Cathy que je me faisais un plaisir d'offrir à Georgette. Elle de son côté me passait des affaires nécessaires pour le bébé.

 VdW Piquenique

Nous avons encore fait un dernier pique nique en famille dans la montagne et nagé au lac. Je me débrouillais avec une marinière et un short. Je n'étais pas bien forte, après huit mois de grossesse je pesais le même poids qu'au départ. Bien sûr j'étais un peu angoissée quant à la naissance du bébé. Ma cousine qui avait 5 enfants me rassurait en me promettant d'être avec moi le moment venu.

 

22.10.2009

Retour à Punia

Michel BukavuLe séjour au bord du lac Kivu nous avait fait un bien énorme. Nous nous étions refait une santé grâce au climat et aux bons soins de Georgette. Michel faisait des plans pour un jour acheter du terrain au bord du lac Kivu dans l'intention d'y finir ses jours lorsqu'il serait pensionné... Georgette elle, me proposait de venir habiter chez elle au moment de mon accouchement. C'était une idée géniale évidemment, c'était sûr on allait se revoir.

Nos vacances arrivant à terme, nous avons pris congé de la famille et avons pris la route en sens inverse en espérant cette fois n'avoir pas de blague avec la voiture. Malgré tout, le premier jour à l'arrivée de la nuit nous avons eu des difficultés de phares et c'est de justesse que nous avons quitté l'escarpement avant d'avoir à croiser d'autres véhicules. Cela s'est arrangé à l'aide d'une épingle à cheveux faisant office de fusible! 

Pour le retour, nous avons pris un itinéraire différent ce qui nous a donné l'occasion de faire halte dans un poste où habitaient les Van Hoof agents chez lesquels Michel avait fait son premier stage en brousse. Cela m'a donné l'occasion de voir comment vivaient des agents agronomes deuxième terme, ce que je pouvais espérer dans l'avenir.

En général les agronomes étaient logés dans une maison et une parcelle très agréables, représentatives du savoir faire de leur occupant : jardin luxuriant fait d’arbustes, d’arbres et de fleurs exotiques parvenus là au gré de la fantaisie des uns et des autres. Nous y avons même découvert un caméléon accroché à branche d'arbre et, effectivement, il changeait de couleur suivant son trajet d'ombre et de lumière. C'était la mascotte de la maison !

Les Van Hoof nous ont accueilli avec beaucoup de gentillesse et nous avons logé au gîte du poste. Cela m'a fait du bien de rencontrer des gens qui avaient connu Michel durant sa période de célibat au Congo. C'était un peu comme si je retrouvais une famille là aussi.

De retour à Punia, Michel a recommencé à faire de l'itinérance de semaine en semaine pour suivre son chantier. Pour ma part, j'étais suivie par le médecin de la Symétain qui surveillait ma grossesse et m'a recommandé de lire le livre sur l'accouchement sans douleur dont on commençait à parler à cette époque et de faire les exercices de relaxation. Je faisais cela avec conviction, bien décidée à réussir une expérience qui laissait sceptique bien des gens.

Tant que faisais mes respirations et gymnastique toute seule, cela allait. Mais il était recommandé de faire participer le mari à l'expérience… ce qui était moins évident. Michel devait vérifier si j'étais bien détendue. Il le faisait avec tellement de commentaires et d'humour que cela finissait immanquablement dans les rires et les bras l'un de l'autre. Alors il disait : « nous allons fignoler les pieds » ou « aujourd'hui nous fabriquons les yeux »… il trouvait toujours bien sûr une bonne raison pour recommencer ! Et la semaine, il repartait en brousse...

 

20.10.2009

Escapade de noces

Georgette et Eugène étaient pour moi déjà des coloniaux chevronnés: ils avaient 12 ans de Congo, avaient construit leur maison, et étaient parents de 3 enfants, Claire, Anne Jacques et un quatrième étant attendu pour le mois de juin. Ils étaient encore tous les deux terriblement sous le choc de la perte d'un petit garçon de deux ans et demi, mort d'un accident l'année précédente.

VDW+mamanNous avons été reçus d'une façon charmante. Une des filles nous a cédé sa chambre, nous étions en famille. C'était la première fois que Georgette recevait de la famille chez elle et cela lui faisait un énorme plaisir de pouvoir raconter sa vie, ses débuts, ses expériences... Cela nous faisait un bien fou à toutes les deux de se trouver ensemble, nous nous faisions des confidences. Moi j'étais heureuse d'être un peu gâtée par une cousine plus âgée qui pouvait me donner des conseils. Ma maman me manquait tellement. En fait, nous étions enceintes toutes les deux ce qui nous rapprochait davantage. (Georgette était enseignante à l'internat de jeunes filles de Bukavu).

Michel, lui, tournait en rond. Les bavardages incessants ne l'intéressaient pas tellement et s'il a bien fait l'effort de se rapprocher d'Eugène dans son atelier (il était indépendant et possédait un atelier de réparation de radio et électro ménager), Eugène lui, n'était pas communicatif du tout.

A Bukavu, à part le centre ville bien restreint et le club nautique, il n'y avait pas grand- chose à faire et si on manifestait l'envie d'aller promener, les cousins se faisaient un plaisir de nous emmener nager au lac Kivu. Mais nous, nous avions envie d'être deux et on n'osait pas le dire... Je me souviens avoir été au cinéma voir un film assez osé, condamné par les gens "bien-pensants" et on a dit avoir vu un autre film.

Bukavu lacToujours est-il que lorsque la voiture a été réparée, Michel m'a fait visiter les beaux côtés du lac Kivu ainsi que l'hôtel de "Pointe Claire" où il avait séjourné lors de son passage au début de son terme. On a pris des photos (nos premières photos couleur). Il a voulu prendre le café dans l'unique  pâtisserie de la ville. Le tour était vite fait.

Finalement on a annoncé qu'on allait passer un week-end en amoureux à Usumbura (Ruanda-Burundi). Quel plaisir de rouler sur une route macadamisée, qui serpentait le long de la frontière et passait par une belle chaîne de montagnes. On arrivait à la grande ville d'Usumbura en longeant le lac Tanganyika sur des kilomètres . Dans la ville il y avait des bâtiments à étage !

Nous avons choisi un hôtel où on pouvait loger au premier et où il y avait un téléphone dans la chambre, quel luxe! Finalement pour fêter notre mariage - quand même - nous avons été dîner aux chandelles dans un beau restaurant situé sur les bords du lac. Nous avons même dansé aux sons d'un orchestre. Malheureusement, à peine sortis du restaurant, j'ai rendu mon souper aux poissons ! Michel rigolait disant que c'était bien la peine d'avoir payé aussi cher !