08.09.2009
La brousse, la pluie...
Nos amis les Pirson se trouvaient encore plus loin que nous, enfoncés dans la forêt. Ils passaient fin de semaine en allant à Punia . C'était l'occasion de se raconter les derniers potins et de faire l'échange de courrier. Nous, nous n'allions pas facilement à Punia, c'était le lieu de tentations et on n'avait pas les moyens: cinéma, bar au club et tournées....
Malgré tout, début décembre, les Pirson ont insisté pour qu'on vienne à la fête de la Ste Barbe: il y avait un bal au club Symétain. Michel était heureux de pouvoir m'y enmener. Heureusement, dans mes malles, j'avais apporté la robe longue que je portais au mariage de Monique et Guy Dechamps.
La veille de notre départ, il s'est mis à pleuvoir à verse. Les routes étaient embourbées et le pont qui enjambait une petite rivière après Fikiri avait été emporté. Ayant constaté l'impossibilité de continuer notre route, on a fait contacter le poste de Yumbi pour qu'un véhicule nous attende de l'autre côté de la rivière et on a traversé en pirogue avec nos vêtements de cérémonie sur les genoux.
A Punia, les Pirson mettaient à notre disposition un matelas par terre dans leur salle à manger et nous pouvions loger sans bourse délier.
Au poste bien sûr, lorsqu'on y était, on faisait le tour des quelques entrepôts qu'il y avait. C'était pour nous l'occasion de se payer un petit extra mais si peu. Il y avait un magasin tenu par des Pakistanais où on trouvait vraiment de tout. Depuis les légumes secs en sacs, le poisson séché, les coupons de tissu, jusqu'aux bibelots orientaux, de l'argenterie, des coffres travaillés qu'on appelait camphriers (car ce bois protège des insectes) et des petites tables marquetées. On rêvait... on faisait des projets d'installation pour "plus tard".
Michel craignait que je ne m'adapte pas à la vie en brousse aussi faisait-il de son mieux pour me distraire, me faire une surprise ou m'emmener faire une promenade. Lui qui sillonnait la région dans tous les sens connaissait plein d'endroits à découvrir qu'il me montrait avec fierté.
Un jour, il m'a apporté une petite civette vivante (sorte de chat sauvage). Elle devait être bien jeune, nous l'avons mise dans une touque à farine profonde afin qu'elle ne puisse pas se sauver. Je me souviens que, comme des enfants, le soir nous jouions à la faire grimper de toutes sortes de façons. On a même essayé de lui faire boire de l'Elixir d'Anvers... du coup elle marchait à reculons. J'avais de l'affection pour cette petite bête mais c'était quand même un animal sauvage qui avait de sérieuses petites dents et des griffes acérées. Elle est arrivée à sortir de sa boîte et le boy, en passant, lui a marché dessus. Jai cru qu'il lui avait rompu le cou et lui ai mis une attelle de carton; elle se déplaçait de côté, comme un crabe. Cela n'a pas servi à grand-chose et elle est morte quelques jours plus tard.
Nous n'étions pas loin de la rivière Lowa où on nous avait dit qu'on pouvait y acheter un perroquet. Ça nous plairait évidemment aussi un samedi, on a pris la voiture et on est allés jusque là. Le perroquet (un gris et rouge) embarqué dans une cage de fortune, nous avons repris la route sous un terrible orage et une pluie diluvienne. On s'est trouvés en panne de phares, on aurait dit que les éclairs visaient particulièrement la voiture! On n'était pas rassurés et on essayait de se persuader que sur des pneus de caoutchouc rien ne pouvait nous arriver. C'est au son du martèlement de la pluie sur le toit de la voiture et à la lueur des éclairs, en chantant des chansons scoutes pour nous donner du courage, que nous sommes revenus à Fikiri. On chantait beaucoup ensemble, en voiture ou en se promenant, des chants de jeunesse et aussi des airs français à la mode et des succès américains. On se racontait les livres qu'on avait lus et les films qui nous avaient plu.
Michel avait un certain souvenir de "Tea for Two" de je ne sais quel film qu'il avait vu et qu'il m'a chanté toute sa vie!
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04.09.2009
Studebaker
Comme Fikiri ne se trouvait pas tellement loin de Yumbi, il nous arrivait d'aller au "Club" de Houdemont-Thysbaert. C'était un poste de colons récolteurs de riz habités par une demi douzaine de couples. On pouvait y loger, boire un verre au bar... Un bénévole tenait une petite coopérative où on trouvait des aliments de première nécessité.
Disposant d'une série de gros camions Mercedes, on pouvait profiter des services de leur mécanicien pour l'entretien de notre voiture. Cette Studebacker que Michel avait achetée n'était pas une bonne affaire. Elle était en effet très belle mais d'un modèle absolument inadapté pour l'Afrique: longue et basse, elle heurtait les cailloux de la route par l'avant ou l'arrière et je pense même que nous avons eu un moment donné le réservoir crevé. Elle tombait en panne tout le temps.
Elle avait un problème au radiateur mais ce n'était pas tout. L'essence qu'on utilisait n'étant pas de première qualité, le carburateur s'encrassait. Souvent sur la route pendant un déplacement, le moteur faisait "poêt poêt poêt" et s'arrêtait. Evidemment, cela arrivait en plein midi sous une chaleur insupportable. Il fallait démonter le pointeau du carburateur, qui était une pièce minuscule, souffler dans les tuyauteries, nettoyer, replacer, essayer...
Il arrivait même que Michel laisse échapper la fameuse petite pièce qui tombait soit dans le moteur, soit par terre dans la poussière de latérite et il fallait chercher. Qu'est ce qu'on a pu enrager et même une fois en pleurer. On était sur une piste de brousse, sans personne aux alentours et voilà...
On crevait aussi facilement un pneu si pas deux en un seul voyage. Michel avait toujours une boîte de rustines pour réparer la chambre à air. Cela prenait un certain temps pour démonter, déjanter, chercher la fuite, regonfler le pneu... Michel avait une pompe à pied, mais même en ayant le matériel adéquat, c'était épuisant par cette chaleur.
Forte de vette expérience, j'emportais toujours avec moi de quoi m'occuper en cas de panne et m'installais à l'ombre des arbres ou d'une paillote en attendant que ce soit réparé. Ce n'était vraiment pas drôle.
Heureusement on ne se déplaçait jamais sans un planton et Michel avait de l'aide. Un jour, il dit au planton: "Démonte le pneu et apporte moi la chambre à air!" Le planton reste derrière la voiture et ne réapparaît pas... Michel s'énerve, le planton ne vient pas. Puis finalement, comme Michel se fâche, il vient à contre coeur et dit, "je n'ai pas trouvé" - "comment tu n'as rien trouvé ?" - "Je te jure Bwana qu'il n'y a plus rien, le pneu est mort" Alors Michel va voir à l'arrière de la voiture et se met à rire, sur le pneu il était marqué "Tubeless" (sans chambre à air).
Si la panne ne pouvait pas être réparée, on envoyait le type à pied avec un petit mot pour le premier blanc rencontré ou établi quelque part dans la région pour qu'il vienne à notre secours.
Pour finir, on circulait avec une voiture dont le coffre ne se fermait plus, dont le capot avait tendance à s'ouvrir inopinément, dont la portière passager ne s'ouvrait plus, dont la portière arrière gauche ne fermait plus... tout cela tenait avec des lianes qu'on taillait dans la brousse. Il fallait être très débrouillards!
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31.08.2009
Aménagements
C'est à Fikiri que mes malles sont arrivées. Quelle joie de redécouvrir les trésors amoureusement emballés et de les montrer à Michel. Du coup, on améliorait l'ordinaire: nappes, couverts, vaisselle, linge, bibelots... On a arrangé avec ardeur la décoration de notre nouvel home.

On a fait peindre l'intérieur de la case en blanc (les murs étaient en terre battue). La peinture étant inexistante, les noirs puisaient une sorte de glaise blanche dans le lit de la rivière pour enduire les murs. Nous avons voulu faire mieux encore: pour obtenir des murs roses nous avons mélangé notre réserve de mercurochrome au blanc maiss on n'a pas tellement vu la différence...
J'ai connu mon premier "vrai" orage tropical à Fikiri. D'abord un vent chaud balayait le haut des arbres, les grosses feuilles tombant sur le sol en faisant un bruit de carton. Une nuée de poussière s'élevait de la plaine, le ciel était noir et de grandes zébrures en zig-zag traversaient l'horizon.
L'orsqu'on entendait arriver la pluie, on avait juste le temps de fermer portes et volets. Les éclairs étaient tellement aveuglants que la lumière filtrait par toutes les fentes de la maison. Le bruit du tonnerre était encore plus effrayant et, paniquée, je me cachais dans le lit sous les draps et oreillers en attendant que cela passe, quitte à crever de chaud.
Mon équipement de ménage étant arrivé, j'ai enfin pu commencer à faire quelques expériences culinaires. Par chance, j'avais encore trouvé dans une quincaillerie de Malines un four Utilo, sorte de gros dôme en aluminium garni d'un fond de fonte perforé à poser sur la flamme. Ce four pouvait servir à la fois pour cuire du pain, de la pâtisserie ou de la viande.
Comme toute jeune mariée, j'ai commencé par faire des pâtisseries pour gâter mon mari qui était très très friand de sucreries. Le résultat de mes expériences ne correspondait pas toujours à mes espérances mais il faut dire que les matières premières n'étaient pas de premier choix... La farine étant humide, il y avait souvent des charençons; le sucre collait et les oeufs achetés aux villageois étaient minuscules et pas de première fraîcheur.
J'ai fait de mon mieux pour fabriquer des biscuits au beurre et nous avons invité les protestants Granger à venir prendre le thé. C'était très British. On parlait anglais en buvant le thé, le petit doigt en l'air, assis en rond dans notre case en pisé (assez kitch non ?). On discutait des évènements en Hongrie qui s'était soulevée contre la domination de l'URSS.
Un jour, mon mari, rentrant de forêt fourbu et crotté, s'est assis sur un siège dans notre petit séjour. Avec fierté j'ai mis un genou à terre en lui présentant une tarte au sucre disant "Ceci plaît-il à Monsieur?" Il m'a répondu : "Je n'admets pas qu'on me parle sur ce ton". Je suis restée interdite, n'en croyant pas mes oreilles, et je suppose que j'ai déposé la tarte lui demandant de répéter. Je suis sortie, ne sachant où aller, c'était la première fois qu'il me parlait durement et pour quelle raison ? Si je n'avait pas été isolée en Afrique, je crois que je serais allée chez maman. Je ne comprenais pas ce que j'avais fait et cette fois-là, j'ai eu vraiment des doutes pour l'avenir de mon mariage. J'ai beaucoup pleuré et évité de rencontrer Michel durant l'après-midi, je me suis tue. Le soir, au coucher, il m'a pris dans ses bras et c'était oublié, mais....... longtemps, longtemps, j'ai eu un peu peur de lui, m'imaginant que si j'avais quitté l'autorité parentale c'était pour tomber sous l'autorité matrimoniale.
Nos grands élans s’étaient un peu calmés…. Michel partait très tôt le matin, rentrait fourbu et crotté et s’écroulait de fatigue vers 1heure. Après la sieste, il se consacrait à ses rapports et relevés de cartes. A 17 heures, la nuit commençait à tomber. Je me sentais perdue dans cet endroit... tellement isolée.
Lorsque je suis arrivée au Congo avec un trousseau constitué de linge personnel acheté en Belgique et de mes vêtements confectionnés à la maison, j'étais très collet-monté: chemisiers fermés jusqu'au cou, manches longues ou petites robes mignonnes et bien décentes. Très vite, Michel m'a demandé de couper dans tout ça. "Décolleté et léger", ce que portaient toutes les femmes de la région. J'avais emporté des pantalons "pirate", c'était bien trop chaud pour là-bas et je ne m'en suis pas beaucoup servi. Il fallait porter des vêtements amples et légers.
Michel m'a offert un coupon de soie acheté dans une cantine à Punia et, à la main, je me suis confectionné une robe près du corps toute boutonnée. Nous sommes allés danser au club de Yumbi mais j'étais gênée parce que Michel portait des tennis blanches avec son costume et que ça jurait. Gênée aussi parce que ma robe était tellement moulante que les regards des hommes dans le bar étaient fixés sur moi, la nouvelle.
Plus tard, quand mes malles sont arrivées, j'y ai trouvé la vieille machine à coudre à manivelle de ma grand-mère qui m'a encore bien servi. Par la suite, j'ai fini par la vendre à un indigène .
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27.08.2009
FIKIRI
J'avais à peine pu prendre possession de "notre" maison que Michel a reçu ordre de marche pour aller s'installer dans un autre village. Quelle déception !
Cinq semaines après notre mariage, nous déménagions pour aller vivre dans une case en pisé qui n'avait ni portes ni volets. Michel a fait démonter les boiseries de Ferekeni pour les placer au gîte de Fikiri.
Le jour du déménagement, on nous a fourni une benne de camion pour entasser d'abord toutes les affaires des ouvriers et leurs familles: ballots de toute sorte, matelas, bassines, régimes de bananes, cageots de volaille et marmots. Tout cela s'entassait dangereusement en vrac pour entreprendre le voyage.
Il s'est mis à pleuvoir. Heureusement, nous avions déjà rassemblé nos effets dans un coin et quitté les lieux. Hommes, femmes et enfants ont passé la dernière nuit dans notre maison vide. De notre côté, nous avons logé dans un lit d'une personne monté à la hâte, derrière l'autel de l'église de la mission, seul endroit que le père Jean-Baptiste pouvait nous offrir et qui nous a parfaitement convenu. Une "sacristie"... cela devait s'inaugurer....
Les pluies tropicales sont terribles. En forêt, on les entend arriver de loin, un sourd tambourinage sur les dures feuilles des arbres annonce sa venue. La pluie, on la voit venir. L'ondée est si violente qu'on a l'impression qu'une légion de porteurs d'eau déverse des seaux sur les têtes. On n'y voit plus rien, l'eau rebondissant sur le sol formant une deuxième barrière infranchissable.
Une partie des ouvriers était déjà en route. La piste était devenue un tel bourbier que, bloqués sur place, ils ont dû en hâte construire des huttes en feuilles pour se mettre à l'abri. Jamais je n'oublierai cet endroit. Lorsque nous y sommes passés, ces hommes grelottaient de froid, accroupis, tassés sous leur abri minuscule, à peine visible dans la nuée de brouillard qui se levait du sol détrempé sous le couvert des grands arbres.
Passé Fikiri, cette route des Babemo que construisait Pirson (on pourrait aussi bien dire que "creusait" Pirson) s'enfonçait sous le couvert d'arbres hauts comme des cathédrales. Le soleil ne passait à travers le feuillage que par des rais de lumière dans lesquels dansaient de splendides papillons de couleur. Le sol était jonché de feuilles et détritus organiques d'où partaient des fougères et lianes cherchant la lumière. Les arbres étaient tellement touffus que les branches se mêlaient les unes aux autres formant comme une voûte au dessus de la piste. Un épais humus dégageait une odeur de pourriture et de moisi. Le sol restant constamment humide, en le remuant on découvrait un monde d'insectes de toutes tailles dont il valait mieux se méfier.
En voiture, on ne se risquait que sur une terre meuble, quitte à rester embourbés par temps de pluie, ou d'être surpris par la nuit. Ce n'était pas tellement engageant.
A Fikiri, le gîte se trouvait non loin d'une route fréquentée par les missionnaires et les camions désservant les marchés. C'était déjà moins isolé. La maison, de pisé avec toit de feuilles, sans plafond cette fois, et se trouvait à l'ombre d'un arbre énorme. Une plaine dénudée le séparait du village.
Elle disposait de trois pièces que nous avons installées du mieux qu'on pouvait. Séjour, chambre plus une pièce de rangement. La cuisine, comme à Ferekeni, était située de l'autre côté d'une cour en terre battue. Michel s'était fait construire un bureau en feuilles qui malgré son inconfort semblait être la pièce la moins chaude. Ce gîte n'ayant pas été occupé depuis longtemps, notre arrivée suscitait la curiosité. Des enfants curieux s'approchaient de temps en temps.
A la tombée du jour, nous quittions le gîte pour nous promener sur la route. Le ciel était dégagé, la chaleur était moins intense, une légère fumée de feu de bois flottait dans l'air... tout était plus calme, plus tranquille avant la nuit. Un énorme soleil rouge se couchait sur le fleuve, c'était splendide.
A l'approche du village, nous rencontrions des villageois tout heureux et curieux de nous voir. Michel parlant déjà très bien leur langue et même le dialecte local, arrivait à leur lancer des boutades. Les femmes se sauvaient en gloussant.
Dans chaque village, il y avait un tam-tam sur la place publique, fait d'un tronc d'arbre évidé muni d'une longue fente (comme une boîte aux lettres). On le frappait au moyen de bâtons enduits de gomme latex et le son portait très loin au-dessus de la forêt. Les indigènes communiquaient ainsi les informations de village en village et il n'était pas rare de voir déjà un rassemblement avant notre arrivée. Il était courant d'entendre le son du tam-tam se répercuter dans la forêt. Certains broussards blancs avaient même réussi à interpréter des "conversations"...
Un matin à Fikiri, le tambour s'est mis à résonner. Cela nous amusait beaucoup, il y avait fête dans l'air! Nous- nous sommes renseignés pour connaître la signification de ce tapage. On nous a dit que c'était la circoncision. En effet, un vieux sorcier, habillé de peaux, coiffé de poils et de plumes, garni de colliers de coquillages et de dents de léopard, muni de sa lance, est venu solennellement nous présenter un des circoncis, jeune garçon habillé de la même façon. On nous a expliqué que les adolescents allaient passer quelques jours en forêt pour l'initiation.
A la nuit tombée, guidés par le martèlement incessant, nous sommes allés Michel et moi, nous promener du côté du village pour voir la fête, en nous cachant, car on ne devait surtout pas se faire remarquer. Les villageois, à demi nus, dansaient frénétiquement autour d'un feu de bois. Ils consommaient du vin de palme et semblaient tous en transe, un épais nuage de poussière flottait dans l'air, nous avons prudemment fait marche arrière.
Dans notre région il y avait des missionnaires. Catholiques et protestants. Il y avait les Pères du St Esprit et les chanoines de St Jean de Latran (hollandais). Les pères catholiques et les protestants n'étaient pas copains.
Les protestants étaient fort actifs sur le terrain: ils résidaient dans le village indigène, bâtissaient une chapelle, une école, un dispensaire et faisaient beaucoup d'itinérance. Les Granger (je suppose anglais ou américains) résidaient à Fikiri. Ils circulaient en pick-up sur lequel trônait un harmonium et dans chaque village où ils passaient, ils formaient une chorale pour chanter à la chapelle. Il y avait deux femmes en uniforme qui circulaient en vélo. Je ne les ai jamais vues jambes nues, elles portaient de gros bas gris malgré la chaleur. Elles étaient expertes en soins de santé et il nous est arrivé de faire appel à leur savoir-faire pour venir à bout de l'un ou l'autre problème pour nos ouvriers. Ces gens étaient formidables. Parmi les protestants il y avait plusieurs origines: les adventistes, les évangélistes, les témoins de Jéhova, les.... je ne sais plus quoi du 7e jour...
Les indigènes, eux, ne savaient plus à quelle chapelle se vouer et ils changeaient plus vite de religion que de chemise (vu qu'ils n'en portaient pas) surtout en fonction des cadeaux que les nouveaux arrivants apportaient. Les manoeuvres de ces missions "dissidentes" faisaient enrager le père Jean Baptiste, qui pour aucune raison n'aurait admis adresser la parole à ses confrères. C'en était risible.
Les missionnaires détachés de la mission de Punia, dont le père Jean Baptiste ainsi que le père Lambert, étaient en brousse pour y créer des paroisses et écoles et étaient bien seuls pour mener leur tâche à bien. Ils devaient compter sur la bonne volonté des familles de leurs élèves pour les approvisionner en bois pour la construction, aider à monter un four à briques, entretenir la parcelle. Ces pauvres malheureux n'ayant strictement rien, il est bien certain qu'ils abusaient parfois de certains services demandés aux villageois... A fortiori, ils étaient bien heureux d'être reçus à la table des européens - ce qui était le cas chez les Pirson et chez Michel - même si on n'avait pas grand-chose à leur offrir.
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