28.06.2010
Le sort en est jeté
Le 21 juillet, tous les agents reçoivent l’ordre de quitter le pays.
C’est dans la panique et la précipitation que les para-commandos ont évacué les quelques ressortissants belges groupés dans la ville de Kindu en rébellion et en proie au pillage; on n’a pas eu le temps d’attendre les retardataires venant de brousse.
Devant renoncer à leur idée de caravane, Mr Preat et Michel se sont vus dans l’obligation d’entreprendre à deux voitures le long voyage pour arriver au Ruanda. Ils ont circulé de nuit afin de ne pas se faire repérer, se sont fournis en essence dans des stations abandonnées ou chez l’habitant colon encore en place, et c’est finalement après avoir roulé durant 36 hrs qu’ils sont arrivés à Usumbura. Dans la ville il y avait tellement de gens à rapatrier… qu’il leur a fallu des jours et des jours d’attente pour enfin monter dans un avion qui via Kamina et Léopoldville les a ramenés en Belgique.
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22.06.2010
L'indépendance
Michel, resté au Congo, m'envoyait régulièrement du courrier nous racontant sa vie quotidienne devenant de plus en plus incertaine. Extraits.
2 juillet
De territoire en territoire, de poste en poste, de fonction en fonction, le pouvoir serait passé au personnel indigène, non sans mal, car certains n’étaient pas désireux du tout de prendre une responsabilité venant du blanc.
Les agents ne devaient plus prendre ni initiative, ni décision et ne pouvaient plus sévir. Il s’agissait seulement d’être conseiller et observateur… C’était bien difficile dans ces conditions.
6 juillet
Finalement les festivités de l’indépendance se sont déroulées partout dans le plus grand calme, la joie, aucun incident. Il y a eu à peu près partout des courses de vélo, des compétitions athlétiques et, à Kindu, une course de pirogues. L’armée était sur pied, mais elle n’a pas dû intervenir. Les noirs, qui avaient une peur bleue de ce jour sont maintenant tranquillisés et la vie reprend son cours tout-à-fait normalement.
Les travaux des champs ont repris, les marchés de coton se déroulent parfaitement. On ne crie plus « indépendance » lorsqu’on passe sur les routes et le drapeau étoilé a remplacé le drapeau belge dans tous les postes.
Les types sont évidemment déçus qu’il n’y ait pas plus d’argent le 30 juin, mais ils ont été fort contents que les morts ne soient pas ressuscités, comme l’avaient prédit certains petits leaders politiques locaux….
Le peloton de soldats que nous avions à Kayuyu se retire aujourd’hui sur Kindu. Les avions de reconnaissance continuent à survoler quotidiennement chaque poste du Maniema. Nous devons disposer à terre, au centre du village deux bandes de tissu blanc, en parallèle si tout va bien, croisés si nous avons un problème, en ce cas, l’avion prévient aussitôt Kindu et une garde arrive deux heures plus tard pour voir ce qui se passe.
Mais toutes ces mesures ne sont pas nécessaires, tout est d’un calme plat, c’est comme si rien ne s’était jamais passé… Les forces armées et de police restent entièrement sous le contrôle des officiers européens.
Il n’empêche que l’évacuation accélérée des femmes et enfants suit son cours dans les postes et sociétés où il restait encore des ménages complets. Pour ma part , je ne saurais trop me féliciter d’avoir pris à temps l’initiative de renvoyer Betsy et les enfants en Belgique….
Le gouvernement est à l’étude du nouveau statut pour les agents de l’Administration, je crois que nous en avons encore pour quelques années.
10 juillet
La défection de l’armée a été pour nous tous un sale coup. C’était notre unique défense. Vous pouvez vous imaginer quelle tension règne chez tous les européens !
Radio- Léo est muet depuis 3 jours, les journaux parlés en français et flamand ont été purement et simplement supprimés. Nous sommes sans discontinuer à l’écoute de Radio
- Bruxelles, qui émet de 6h du matin à 02h de la nuit, avec un journal parlé toutes les heures, ainsi nous savons suivre l’évolution de la situation.
D’autre part, tous les postes émetteurs locaux sur ondes courtes que ce soit à partir des mines, des postes territoriaux , des colons ou de la force publique, transmettent des demandes de renseignement, des messages personnels rassurant les familles ou encore des appels à l’aide..
Je suppose qu’en Belgique aussi on est au courant de l’actualité d’ici. En général on évacue de toute part, vers l’Angola, vers Brazzaville, vers l’Ouganda, le Kenya, et l’Afrique du Sud.
Il y a certainement un pourcentage de panique, mais depuis le départ de l’insurrection il y a quand même déjà 6 ou 7 morts européens.
Le chef de poste et moi partirons demain à Kindu pour expédier nos malles d’effets personnels, nous serons armés et escortés de policiers pour ce déplacement.
Nous nous partageons entre les deux maisons pour les repas et le logement, ainsi nous ne sommes jamais seuls, c’est bien mieux pour le moral, et les boys nous soignent bien.
Au cas où les choses s’aggraveraient nous comptons filer en voiture par Bukavu- et Usumbura, de là à Dar El Salam, pour embarquement en bateau avec les voitures, mais je crois que nous ne devrons pas en arriver là …
16 juillet
Ce soir sont passés deux officiers belges « éjectés » de l’armée congolaise du camp de Lokandu… Cela ne tardera plus guère que nous soyons obligés de partir.
Nous organisons dès maintenant un départ en caravane d’une dizaine de voitures, cherchons un médecin pour nous accompagner, à défaut nous avons déjà un agent sanitaire…
Tout est désorganisé maintenant, le courrier, les ordres venant des supérieurs,… c’est la débandade.
20 juillet
La confiance qui régnait entre blancs et noirs semble définitivement se détériorer, ceci dû surtout à la propagande anti-blancs et anti-belges surtout, émise par Radio-Congo. Chaque intervention des para-commandos est commentée comme une « agression » contre des congolais qui défendent leur liberté.
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17.06.2010
Changement de cap
Après avoir fait le plein de soleil, de détente, d’amitié et de bonne humeur (et quelques achats), nous voici de retour à Bukavu, où , nous le savons, nous allons nous séparer pour « un moment ».
Chez Mme Schoemaeker, l’accueil n’est plus le même. En fait, elle est très inquiète de la tournure que prennent les choses, même à l’hôpital où elle travaille. Elle a donc l’intention de partir en Ouganda pour la période des festivités de l’indépendance du 30 juin.
Nous n’hésitons pas une seconde et demandons au territoire de Bukavu le rapatriement de notre petite famille pour la Belgique. Par contre, chez nos cousins, on ne se rend pas compte de l’atmosphère explosive du pays et rien n’est prévu...
Au Maniema - où durant notre absence les choses ne se sont pas améliorées - il est recommandé aux épouses et enfants des agents de rentrer en Belgique. Nous avons bien fait de réserver mes places ! A Kindu, sur une population de 900 personnes, il reste 13 femmes… même les compagnies privées ont rapatrié les familles.
L’Etat d’exception a été décrété, les militaires patrouillent partout. Durant le mois de juin, 70 avions spéciaux seront affrétés pour rapatrier les épouses des agents vers la Belgique. Les dames de Kayuyu et de Pangi se retrouveront à Kindu pour faire le voyage vers Usumbura.
Il me reste deux semaines pour grouper nos quelques possessions, pour emballer le plus précieux en laissant à Michel un équipement de « broussard » comme il avait connu au début de son séjour au Congo. Ce n’est pas vraiment dans le but d’expédier nos malles en Europe, mais plutôt dans l’intention de stocker nos affaires à l’abri, de préserver les plus fragiles de la casse, du manque de soin. Je vais revenir…..
Et c’est donc le 23 juin que j’ai embarqué avec les 2 enfants, en compagnie d’autres dames des territoires environnants. Sur le tarmac à Kindu c’était le rassemblement des agents accompagnant leurs épouses et l’humeur n’était vraiment pas à la joie. Quand allions nous nous revoir ????
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18.05.2010
Akagera
Avec nos amis, nous avions un souhait commun: entreprendre un voyage au Rwanda et visiter un autre parc naturel. Ensemble nous avons sérieusement étudié les cartes et projeté un itinéraire. On allait se mettre en route avec deux voitures et…. 7 enfants. Cela demandait de l’organisation !
C’est par le Nord du Lac Kivu que nous avons commencé notre périple qui par la force des choses allait nous mener vers l’Ouganda pour rapidement franchir à nouveau la frontière en direction du Ruanda.
Rapidemment, la frontière… Stop… Il était midi. Le planton - qui ne comprend pas un mot de swahili ni de français - nous fait entendre que la frontière est fermée (une bête barrière manuelle), que son chef fait la sieste. Aucun endroit pour se mettre à l’ombre... il a fallu palabrer avec insistance pour qu’enfin il admette de réveiller son supérieur pour qu’il nous libère le passage.
Surprise aussi… ici on roule à gauche.
Nous découvrons donc le Ruanda. Paysages oh combien différent du Congo : de vertes collines à l’infini, des plantations en terrasses, des huttes rondes ci et là le-long des routes ou dans les champs. De beaux eucalyptus bordent certaines routes, leur feuillage touffu nous permetant de circuler à l’ombre.
Bien qu’ayant consciencieusement préparé l’itinéraire, nous sommes obligés quelques fois de demander notre route, dans un charabia peu compréhensible de part et d’autre. Dans ce pays-ci nos dialectes swahilis sont inconnus.
En fin d’après midi, nous nous arrêtons dans un poste où les blancs pourrons nous aider. Nous sommes reçus très aimablement par une dame chez qui nous nous reposons un moment. Nous constatons avec surprise qu’il y a du feu dans la cheminée. Eh oui, ici la nuit il fait froid !
Cette personne nous explique quelle route emprunter pour arriver enfin dans la parc de l’Akagera et confiants, nous repartons. Après quelques kilomètres, nous constatons avec perplexité que le panneau routier qui devait nous indiquer la voie à suivre gît sur le bas-côté... que faire? A gauche ou à droite? On grimpe ou on descend ? Quelqu’un dit, le parc est dans une cuvette… donc on descend.
Suite aux différents arrêts, il faisait déjà nuit noire… la tension devenait palpable. Les enfants avaient soif, avaient faim, se disputaient et les parents étaient prêts à se crêper le chignon. De temps en temps une main passait derrière le siège du conducteur pour calmer les esprits…
Une piste en lacets nous a menés le long d’un lac aux rives boueuses et peu stables, personne d’entre nous n’osait plus rien dire de peur de déclencher la panique. Où étions nous ???
Aucun village, aucune plantation…. Et oh miracle, un cycliste, dans le noir, avec une lampe torche. Ce pauvre type a eu la frousse en nous voyant nous arrêter, s’il y avait eu un échappatoire, il est certain qu’il serait foutu le camp. De mauvaise grâce, il a fini par nous expliquer qu’un peu plus loin dans la colline il y avait une mission… mais gare aux hippos qui la nuit se trouvent sur la piste.
C’est donc avec soulagement que nous arrivons sur le parking de cette mission qui était en fait bien plus importante qu’une mission puisqu’il y avait un collège ou peut être bien un séminaire. Nous entendons une suave musique religieuse et attendons respectueusement la fin de l’office, dans l’espoir de nous faire héberger. C’est finalement un boy passant par là qui nous découvre et nous introduit… En fait d’office, un religieux écoutait un disque…
Un accueil incroyable, « mais qu’est ce que VOUS faites par ici ??? » !!! En fait oui, on était au milieu de nulle part… Il y avait trois-quatre religieux, tous curieux d’entendre nos aventures, tous empressés, qui pour organiser un repas, qui pour nous trouver un logement. Ce n’était pas trop difficile d’ailleurs, cette mission avait de grands dortoirs, les pensionnaires étaient en congé dans leurs familles, nous avons donc trouvé chacun un bon lit.
Après une bonne nuit, une messe, un copieux petit déjeuner, on se remet à étudier les cartes. Un missionnaire qui connaît parfaitement la région nous donne de bons tuyaux, entre autres ; « là où vous ne voyez plus de piste, C’EST la piste ».
Et effectivement, c’est avec un peu d’appréhension que nous nous élançons sur un tracé d’herbes hautes et abondantes qui raclaient le bas de la voiture et finissons par arriver au guest-house du parc Akagera où l’on se demandait ce qu’on était devenus puisque des chambres avaient été réservées pour la veille.
Soulagés quand même d’être parvenus à bon port, nous nous installons déjà inquiets de devoir refaire cette route pour le retour. Sans trop de conviction le lendemain nous avons fait un tour du parc, un peu décevant comparativement au parc Albert, et repris rapidement le chemin du retour. Par la suite, cette mésaventure a encore longtemps fait le sujet de nos plaisanteries.
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11.05.2010
Goma
En longeant le lac Kivu, Michel me confiait son projet de s’installer un jour dans cette région lorsque l’âge de la retraite serait venu et d’y créer une exploitation. C’était son rêve.. mais on n’y était pas encore…
Et puisqu’on était au bord du lac, nous nous sommes arrêtés pour escalader la pente d’une ancienne coulée de lave pétrifiée: la plaine de Saké. Nous avons foulé un sol désertique, noir, glissant, dur et fissuré... un lieu lunaire. Ci et là, une végétation qui n’avait rien à voir avec celle rencontrée jusqu’alors : fougères, cactées… Peut-être que c’était ainsi le début du début du monde ? En tout cas, on ne s’y est pas attardés.
Nous avons repris définitivement notre route vers Goma où nous attendaient nos amis les Charlier. Quel plaisir de se revoir, de se raconter plein de choses et de s'échanger des nouvelles après un an et demi de séparation.
Les Charlier - avec leur belle famille de 5 enfants - étaient logés dans une grande maison, (à étage… rareté) et disposaient de nombreuses et spacieuses chambres. C’est donc sans hésitation que nous avions accepté leur invitation.
Leurs enfants, plus âgés, étaient tout excités de jouer avec Monique qui a partagé une de leurs chambres. Elle répétait les mots et les gestes, on lui apprenait plein de facéties ce qui a bien sûr provoqué des chahuts et des rires. On n’existait plus pour elle, elle s’amusait comme une petite folle, était gâtée-pourrie, apprenait plein de choses nouvelles, découvrait de nouveaux jeux. Je reconnais volontiers que cette situation m’a un peu déchargé de la surveillance d’une enfant turbulente et pouvais me consacrer un peu plus à son frère Marc.
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Safari
Les élections ayant eu lieu, nous sommes partis en voyage. Michel avait difficilement obtenu de pouvoir quitter le poste, mais puisqu’il était prévu de me laisser avec les enfants à Bukavu jusqu’après le 30 juin, nous en avons l’autorisation. C’était nécessaire d’ailleurs, nous étions à bout de nerfs et depuis quelques mois à plusieurs reprises Michel avait fait de fortes crises de malaria qui l’avaient fatigué. L’incertitude de ne pas savoir ce qu’on allait devenir le minait.
Nous étions attendus en premier lieu chez Georgette et Eugène pour assister à la fête de communion solennelle de leurs deux filles aînées. Ensuite nous continuerions sur Goma.
Les Charlier qui avaient essayé de nous retrouver durant les vacances de Pâques et qui, s’étant trompés de route avaient rebroussé chemin, comptaient bien qu’on passe quelques jours avec eux.
Le voyage fut excellent. Afin d’éviter tout risque de mauvaise rencontre, nous avons roulé de nuit, par une route ô combien plus facile que celle de Walikalé que nous avions empruntée lors de notre premier séjour à Bukavu en 1957. Cette fois nous allions avoir des vraies vacances sans souci de voiture puisque la Peugeot était quasi neuve et bien entretenue.
A Bukavu ,ville au bord du lac Kivu, nous avons bifurqué pour faire un safari au Parc National Albert, lieu unique entre tous qu’il fallait avoir vu au moins une fois dans sa vie !!!

Le parc national Albert d’une renommée mondiale (actuellement parc de la Virunga) est situé dans une énorme cuvette couronnée de montagnes volcaniques et renferme un nombre important d’oiseaux et d’animaux sauvages.
En compagnie d’un guide que nous devions obligatoirement embarquer dans notre voiture, nous avons fait un premier circuit au soleil couchant. C’était l’heure où les oiseaux commençaient à se blottir dans les arbres pour la nuit, l’heure où les animaux s’approchaient de la mare pour s’abreuver…
Nous nous sommes aventurés dans cette immense savane, bordée au loin par des montagnes bleutées, le regard « tremblé » par un ondulation de chaleur. Herbes jaunies par la sécheresse, ci et là un arbre à feuillage plus latéral que vertical, quelques buissons rabougris…
Par une piste de terre battue, nous avons sillonné la savane à la recherche de gibier à observer. Le guide attirait notre attention et nous donnait le nom correct des antilopes et gazelles, nous dirigeant vers les points les plus propices .
Un couple de hyènes trottinait paisiblement devant la voiture, nullement impressionné et nous avons patienté avec lenteur pour continuer. Dans le lointain passaient les gnous, petits et trapus à barbiche noire. Ils détalaient aussitôt qu’on essayait de s’approcher.
Tout près, dans un buisson de broussailles épineuses, nous avons brusquement été surpris par un éléphant battant des oreilles, nous ne l’avions pas vu. Nous sommes restés immobiles durant un moment, il a fini par partir.
Des buffles à lourdes cornes, couverts de boue, des oiseaux perchés sur le dos, soufflaient lors de notre passage et on se demandait s’ils allaient prendre la fuite, ou nous. Partout il y avait des zèbres, des antilopes en quantité. Les gracieuses girafes s’étiraient pour arracher quelques feuilles à un arbre rachitique. Une famille de phacochères, a traversé la piste… A distance respectueuse nous avons admiré la puissance du rhinocéros, la peau plissée comme une cuirasse, surtout éviter qu’il ne charge…
Un soleil énorme dans sa descente à l’horizon nous donnait une peau cuivrée, dans des lueurs de forge incandescente et c’est avec l’impression d’avoir assisté à la la création du monde que nous sommes rentrés au guest- house du parc pour y passer la nuit.
Le lendemain, nous avons repris le guide pour faire la visite au lever du jour cette fois, dans l’espoir de surprendre les animaux à la mare…. Nous sommes même descendus de voiture pour observer les ébats des hippopotames, baillant la gueule grande ouverte, se répondant de « hum-hum-hum », nullement dérangés pas notre présence.
Pour terminer notre périple, nous nous sommes rendus sur les bords du lac Edouard, lieu de rencontre de milliers d’oiseaux. Les uns fouillaient la vase de leur long bec, d’autres pêchaient, certains atterrissaient comme de lourds avions, en ricochant sur la surface de l’eau.
Les marabouts déambulaient fièrement en « rentrant les épaules »… c’est grand un marabout !
Des nuées de flamants prenaient leur envol en une lueur rouge et rose dans les rayons du soleil. Merveilleux !!
Les pélicans, avec leur bec en cuvette, scrutaient la surface du lac. Les charognards, le cou dégarni, perchés sur les branches sèches des arbres, attendaient une hypothétique proie, et nous suivaient d’un œil peu amène.
Tenant compte de la fatigue de nos enfants, de la chaleur et de la soif, de la longue route encore à faire, nous avons quitté cet endroit paradisiaque pour continuer notre voyage vers Goma.
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06.05.2010
Mai 1960
Les élections auront lieu entre le 11 et le 25 du mois. Le parti de Patrice Lumumba, le MNC est prédominant dans la région…. On écrit : « A Kindu, un type d’un parti adverse a été tellement mal mené pendant une discussion qu’il est mort des suites des coups. Comme il est originaire de la région, les esprits sont assez échauffés, on menace d’une descente en force sur la ville ».
Pour faire face aux cas extrêmes, les agents isolés en brousse ont été armés de mitraillettes et d’une bonne réserve de munitions. On conseille d’évacuer les femmes et enfants vers la ville ou carrément vers la Belgique. Tout cela paraît excessif, mais il suffit de si peu parfois pour déclencher un mouvement qu’il n’y a plus moyen de contrôler…
Ces précautions prises il n’y a plus qu’à attendre les évènements. Chez nous les élections se sont passées dans un certain calme, nous avions reçu l’ordre de ne pas sortir mais dans la région de Stanleyille et d’Elizabethville, il y a eu du grabuge. Le MNC dans beaucoup d’endroits a fait main basse sur les bureaux électoraux et seuls les partisans du parti ont voté, les opposants ont craint pour leur sécurité et ne se sont pas manifestés.
Il y a une totale incompréhension entre les fonctionnaires d'Afrique et la Belgique. Tous ici sont d’avis que cette indépendance n’est pas suffisamment préparée, que la relève n’est pas assurée… Les déclarations de la Belgique sont contradictoires, certains de nos dirigeants contestataires sont simplement révoqués. Que dire alors des colons et leurs familles qui sont établis au Congo depuis de longues années…
Nous sentons bien que tout ce qui reste d’ordre « belge » se disloque, s’effrite et pour comble, c’est dans une panique générale que la population de brousse attend le grand jour de l’indépendance, le 30 juin.
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16.04.2010
Agitation - 2
Finalement pour ramener le calme dans la région, la troupe a été envoyée.. elle restera un certain temps… Les soldats congolais - encadrés par des chefs belges - campent à Kayuyu.
Leur adjudant, très énergique, refuse tout invitation et préfère bivouaquer avec ses hommes en partageant la popote commune.
Pour améliorer l’ordinaire, il organise une chasse à l’éléphant ! Ce n’était pas une mince affaire, les éléphants de forêt plus petits que ceux de la savane ne s’approchaient pas des villages. Aussi fallait-il les pister… Des chasseurs sont envoyés en forêt, ils restent absents plusieurs jours, finissent par abattre une belle bête, et reviennent au poste pour prévenir leur chef. Nombreux sont ceux qui vont participer au transport de la viande. Michel est de la partie : il veut faire des photos et espère emporter une patte comme trophée.
Les chasseurs ont mis « un certain temps » pour revenir au village et encore « un certain temps » pour retourner sur les lieux : la bête a macéré au soleil ! On a percé l’abdomen à la hache, une fontaine pestilentielle a jailli, faisant fuir tout le monde. Michel m’a raconté que les chasseurs pénétraient jusqu’à la taille dans les entrailles pour le dépeçage.
Les gros quartiers ont été embrochés sur de solides branches et transportés sur les épaules des hommes jusqu’au camp militaire où la viande a été boucanée. L’odeur était tellement forte que nous avons dû fermer portes et fenêtres….
Mais si les militaires étaient à Kayuyu, c’était bien sûr pour éviter les débordements. Tous les agents de l’état étaient nommés auxiliaires de police et devaient se tenir à la disposition du chef de poste. Michel n’était pas enthousiaste mais il n’avait pas le choix.
L’administrateur est venu loger chez nous quelques jours. Un matin au lever du soleil, accompagné du chef de poste et de l’armée, il a organisé une descente au village afin de débusquer les agitateurs qui se cachaient chez l’habitant.
Les villageois, surpris dans leur sommeil, ne comprenant rien à ce qui leur arrivait et pris de panique prenaient la fuite en forêt. Cette opération de police n’a servi à rien si ce n’est à exacerber encore plus l’animosité contre les blancs.
Et lorsque les « politiques » ont organisé leur meeting à la plaine de football, on ne pouvait pas l’interdire. Mais l’adjudant, encore lui, a eu une bonne idée: sur un terrain adjacent, il a organisé un défilé militaire cadencé au son des tambours. La population s’est aussitôt détournée pour admirer le spectacle, à notre plus grand soulagement.
Par contre, nous n’avons pas manqué d’assister à la fête traditionnelle organisée en l’honneur du chef coutumier, entourés de tout le village. Nous étions, Mme ¨Preat et moi accompagnées chacune de notre petite fille, blonde comme les blés, ce qui suscitait la curiosité des mamans africaines, désireuses de caresser ces chevelures dorées. Il y a eu du tam-tam et du rythme…des danses et de la poussière, et lorsque l’ambiance est arrivée à son paroxysme, nous nous sommes éclipsés…


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31.03.2010
Agitation
Toutes ces festivités ne pouvaient pas cacher la réalité : l’atmosphère se dégradait. La vie en brousse nous avait tenus à l’écart des soubresauts politiques ou peut-être ne voulions-nous pas admettre l’évidence.
Afin de préparer le pays à sa future autonomie, il était prévu d’organiser des élections. Différents partis politiques étaient créés, les candidats sillonnant les routes intérieures, organisant des meetings où ils « cassaient du blanc » et promettaient les choses les plus insensées. Les congolais s’imaginaient qu’il ne faudrait plus travailler, qu’on circulerait librement, qu’on ne paierait plus d’impôts, que les blancs partiraient en laissant leurs maisons, leurs voitures et leurs femmes et qu’il n’y aurait plus qu’à se servir…
Par contre, chacun était invité à acheter la carte du parti, et comme les candidats se suivaient, les électeurs finissaient par avoir plusieurs cartes pour être sûrs d’être protégés car il était prévu que les morts allaient sortir de leur tombe le jour de l’indépendance. Gare à celui qui n’avait pas pris ses précautions… nous avons même vu une « mama » acheter une carte pour son enfant à naître.
Dans la foulée, il y avait aussi des profiteurs qui exploitaient la crédulité des indigènes en leur vendant par correspondance des choses incroyables comme chapeaux, cravates, chaussures, pour devenir « comme le blanc », lunettes « pour voir derrière », bics « pour écrire en français » ou stylos « pour écrire sans faute » !
Un prédicateur circulait dans la région en assurant que si on déposait un billet de 100francs le soir sous une pierre près de la rivière, on y trouverait le double le lendemain, à condition de ne pas circuler la nuit sous peine de se faire attraper par le diable… et bien sûr, le jour suivant l’argent et le charlatan avaient disparu.
Mr Chêne et Michel ont essayé d’intercepter ce type circulant de village en village mais à chaque fois, ils arrivaient trop tard. Ils ont bien essayé de faire comprendre aux villageois qu’ils avaient à faire à un escroc mais voilà… les recommandations venaient des blancs, qu’on ne voulait plus écouter.
De plus, on accusait les blancs d’enterrer des bombes le long de la route pour les faire exploser le jour de l’indépendance. En fait, un géologue étant passé pour faire des relevés de sol, Michel a emmené les villageois aux lieux décrits pour creuser et bien leur montrer qu’il n’y avait rien à trouver…
De toute façon les esprits s’échauffaient, il y avait de la méfiance de part et d’autre, car de notre côté, nous entendions aussi des nouvelles alarmantes venant d’autres territoires : exactions contre des blancs isolés, de pillages, de révoltes….
Notre quotidien devient difficile. Nos serviteurs nous boudent, ils sont insolents, le cuisinier revient ivre à plusieurs reprises, le lavadère me reluque, je ne suis plus tranquille.
Les cultivateurs de Michel se mettent en grève, viennent le provoquer sur le pas de la porte. Il lui faut énormément de patience et d’humour pour parvenir à les amadouer. Michel a de la répartie, dans leur langue, cela leur plaît….
Pour ma part, je deviens très nerveuse, suspicieuse, je bondis quand j’entends les cris de Monique au jardin, et m’efforce de la garder près de moi.
L’Hostilité se manifestait aussi au bord de la route. On ne nous saluait plus que par des cris de « Uhuru » (indépendance) ou « dépendance »….
Les cantonniers qui devaient entretenir la route, dégager les caniveaux après les fortes pluies ne faisaient plus rien. Il ne passait plus que les gros camions qui ravageaient la piste par temps de pluie et la rendaient impraticable. Quelques petits malins s’amusaient même à faire tomber un arbre sur leur passage.
Lors d’un déplacement, Michel est justement bloqué par un arbre abbatu. N’écoutant que son courage, il entre dans le village voisin pour demander quelques volontaires pour libérer le passage. Les cantonniers se font prier, certains filant dans la brousse sans demander leur reste.
Michel en attrape un et lui dit « Toi aussi, viens nous aider »…
-« Moi ? Non » , dit l’autre , « je ne suis pas cantonnier, je suis commerçant »
-« Ah bon, montre-moi ton commerce »
Le type entre dans une case et revient avec un savon et une boîte d’allumettes, en disant que c’est sa marchandise. Que faire ? Michel empoche le carnet d’identité du soi-disant commerçant, en lui disant « tu viendras t’expliquer avec le chef de poste ». On en reste là…
Les délégués politiques circulant toujours en passant par Kayuyu qui est situé au carrefour de la route Kindu-Kasongo ou Kindu-Kampene, cela maintient une certaine effervescence dans la région. Justement… voyant passer les politiques, le récalcitrant se plaint de ce que Michel a gardé son carnet et lorsqu’ils sont arrivés à Kayuyu en réquisitionnant le bureau du chef de poste (Preat n’osait pas réagir), ils ont envoyé un planton à la maison en disant « le MNC t’appelle au bureau »…..
Le sang de Michel ne fait qu’un tour et il réplique : «Si le MNC veut me voir il n’a que venir ici… » C’est ce qu’ils ont fait … suivis de tout le village ! Ils étaient trois ou quatre - bien sûr habillés de costume-cravate, lunettes et attaché-case – et sont entrés directement dans le living pour s’assoier dans les fauteuils. Le boy, gris de peur, est venu nous appeler… Michel s’est alors fait admonester par ces messieurs, sous les yeux ébahis des villageois collés aux portes et fenêtres. Pour ma part, j’étais planquée à l’office, avec les deux enfants, en priant pour que les choses ne dégénèrent pas. Il suffit de si peu ! Ils finissent par s’en aller, en menaçant de représailles.
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29.03.2010
Festivités
Pour terminer cette année 1959, nous avons été invités à passer quelques jours à Pangi chez le Dr Beghin. Nous avons bien sûr accepté l’invitation, d’autant plus qu’on était enchantés de retrouver quelques-uns de nos amis du terme précédent et d’avoir des nouvelles des autres.
Pour fêter la fin de l’année, nous avons participé à une soirée déguisée et comme il se doit (le sachant déjà depuis quelques jours) je m’étais mise à la confection de costumes. Pour moi, j’avais fabriqué un kimono dans une ancienne tenture, des aiguilles à tricoter dans les cheveux feraient bien l’affaire. Pour Michel, c’était déjà plus compliqué… Pour faire « satan », il a porté un pantalon noir très collant avec une cape rouge et, sur la tête, un bonnet de bain passé à l’encre de chine surmonté d’une paire de cornes rouges, le visage enduit de suie !
Le plus comique de l’histoire, c’est qu’à la tombée du jour - ne connaissant pas suffisamment l’itinéraire pour arriver à cette soirée - Michel s’est arrêté dans un village pour demander son chemin ne pensant plus qu’il était déguisé de la sorte… le pauvre type qui s’est trouvé face à cet être bizarre, paniqué, a pris ses jambes à son cou et a plongé tête la première dans les broussailles… !
Durant ces trois jours, nous avons été reçus chez amis et voisins pour un dîner, un barbecue, une partie de cartes, une soirée dansante, une partie de tennis, un pique nique ou une baignade…. Ouf, c’était fatigant, mais combien épatant pour le moral. Nous n’avons pas eu beaucoup le temps de souffler mais quelle détente avant d’entamer une année 1960 qui serait difficile, on ne le savait pas encore !
16:22 Publié dans Deuxième terme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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