28/06/2010

Le sort en est jeté

Le 21 juillet, tous les agents reçoivent l’ordre de quitter le pays.

C’est dans la panique et la précipitation que les para-commandos ont évacué les quelques ressortissants belges groupés dans la ville de Kindu en rébellion et en proie au pillage; on n’a pas eu le temps d’attendre les retardataires venant de brousse.

Devant renoncer à leur idée de caravane, Mr Preat et Michel se sont vus dans l’obligation d’entreprendre à deux voitures le long voyage pour arriver au Ruanda. Ils ont circulé de nuit afin de ne pas se faire repérer, se sont fournis en essence dans des stations abandonnées ou chez l’habitant colon encore en place, et c’est finalement après avoir roulé durant 36 hrs qu’ils sont arrivés à Usumbura. Dans la ville il y avait tellement de gens à rapatrier… qu’il leur a fallu des jours et des jours d’attente pour enfin monter dans un avion qui via Kamina et Léopoldville les a ramenés en Belgique.

 

22/06/2010

L'indépendance

Michel, resté au Congo, m'envoyait régulièrement du courrier nous racontant sa vie quotidienne devenant de plus en plus incertaine. Extraits.

2 juillet

De territoire en territoire, de poste en poste, de fonction en fonction, le pouvoir serait passé au personnel indigène, non sans mal, car certains n’étaient pas désireux du tout de prendre une responsabilité venant du blanc.

Les agents ne devaient plus prendre ni initiative, ni décision et ne pouvaient plus sévir. Il s’agissait seulement d’être conseiller et observateur… C’était bien difficile dans ces conditions.

6 juillet

Finalement les festivités de l’indépendance se sont déroulées partout dans le plus grand calme, la joie, aucun incident. Il y a eu à peu près partout des courses de vélo, des compétitions athlétiques et, à Kindu, une course de pirogues. L’armée était sur pied, mais elle n’a pas dû intervenir. Les noirs, qui avaient une peur bleue de ce jour sont maintenant tranquillisés et la vie reprend son cours tout-à-fait normalement.

Les travaux des champs ont repris, les marchés de coton se déroulent parfaitement. On ne crie plus «  indépendance » lorsqu’on passe sur les routes et le drapeau étoilé a remplacé le drapeau belge dans tous les postes.

Les types sont évidemment déçus qu’il n’y ait pas plus d’argent le 30 juin, mais ils ont été fort contents que les morts ne soient pas ressuscités, comme l’avaient prédit certains petits leaders politiques locaux….

Le peloton de soldats que nous avions à Kayuyu se retire aujourd’hui sur Kindu. Les avions de reconnaissance continuent à survoler quotidiennement chaque poste du Maniema. Nous devons disposer à terre, au centre du village deux bandes de tissu blanc, en parallèle si tout va bien, croisés si nous avons un problème, en ce cas, l’avion prévient aussitôt Kindu et une garde arrive deux heures plus tard pour voir ce qui se passe.

Mais toutes ces mesures ne sont pas nécessaires, tout est d’un calme plat, c’est comme si rien ne s’était jamais passé… Les forces armées et de police restent entièrement sous le contrôle des officiers européens.

Il n’empêche que l’évacuation accélérée des femmes et enfants suit son cours  dans les postes et sociétés  où il restait encore des ménages complets. Pour ma part , je ne saurais trop me féliciter d’avoir pris à temps l’initiative de renvoyer Betsy et les enfants en Belgique….

Le gouvernement est à l’étude du nouveau statut pour les agents de l’Administration, je crois que nous en avons encore pour quelques années.

10 juillet

La défection de l’armée a été pour nous tous un sale coup. C’était notre unique défense. Vous pouvez vous imaginer quelle tension règne chez tous les européens !

Radio- Léo est muet depuis 3 jours, les journaux parlés en français et flamand ont été purement et simplement supprimés. Nous sommes sans discontinuer à l’écoute de Radio

- Bruxelles, qui émet de 6h du matin à 02h de la nuit, avec un journal parlé toutes les heures, ainsi nous savons suivre l’évolution de la situation.

D’autre part, tous les postes émetteurs locaux sur ondes courtes que ce soit à partir des mines, des postes territoriaux , des colons ou de la force publique, transmettent des demandes de renseignement, des messages personnels rassurant les familles ou encore des appels à l’aide..

Je suppose qu’en Belgique aussi on est au courant de l’actualité d’ici. En général on évacue de toute part, vers l’Angola, vers Brazzaville, vers l’Ouganda, le Kenya, et l’Afrique du Sud.

Il y a certainement un pourcentage de panique, mais depuis le départ de l’insurrection il y a quand même déjà 6 ou 7 morts européens.

Le chef de poste et moi partirons demain à Kindu pour expédier nos malles d’effets personnels, nous serons armés et escortés de policiers pour ce déplacement.

Nous nous partageons entre les deux maisons pour les repas et le logement, ainsi nous ne sommes jamais seuls, c’est bien mieux pour le moral, et les boys nous soignent bien.

Au cas où les choses s’aggraveraient nous comptons filer en voiture par Bukavu- et Usumbura, de là à Dar El Salam, pour embarquement en bateau avec les voitures, mais je crois que nous ne devrons pas en arriver là …

16 juillet

Ce soir sont passés deux officiers belges « éjectés » de l’armée congolaise du camp de Lokandu… Cela ne tardera plus guère que nous soyons obligés de partir.

Nous organisons dès maintenant un départ en caravane d’une dizaine de voitures, cherchons un médecin pour nous accompagner, à défaut nous avons déjà un agent sanitaire…

Tout est désorganisé maintenant, le courrier, les ordres venant des supérieurs,… c’est la débandade.

20 juillet

La confiance qui régnait entre blancs et noirs semble définitivement se détériorer, ceci dû surtout à la propagande anti-blancs et anti-belges surtout, émise par Radio-Congo. Chaque intervention des para-commandos est commentée comme une « agression » contre des congolais qui défendent leur liberté.

17/06/2010

Changement de cap

Après avoir fait le plein de soleil, de détente, d’amitié et de bonne humeur (et quelques achats), nous voici de retour à Bukavu, où , nous le savons, nous allons nous séparer pour « un moment ».

Chez Mme Schoemaeker, l’accueil n’est plus le même. En fait, elle est très inquiète de la tournure que prennent les choses, même à l’hôpital où elle travaille. Elle a donc l’intention de partir en Ouganda pour la période des festivités de l’indépendance du 30 juin.

Nous n’hésitons pas une seconde et demandons au territoire de Bukavu le rapatriement de notre petite famille pour la Belgique. Par contre, chez nos cousins, on ne se rend pas compte de l’atmosphère explosive du pays et rien n’est prévu...

Au Maniema - où durant notre absence les choses ne se sont pas améliorées - il est recommandé aux épouses et enfants des agents de rentrer en Belgique. Nous avons bien fait de réserver mes places ! A Kindu, sur une population de 900 personnes, il reste 13 femmes… même les compagnies privées ont rapatrié les familles.

L’Etat d’exception a été décrété, les militaires patrouillent partout. Durant le mois de juin, 70 avions spéciaux seront affrétés pour rapatrier les épouses des agents vers la Belgique. Les dames de Kayuyu et de Pangi se retrouveront à Kindu pour faire le voyage vers Usumbura.

Il me reste deux semaines pour grouper nos quelques possessions, pour emballer le plus précieux en laissant à Michel un équipement de « broussard » comme il avait connu au début de son séjour au Congo. Ce n’est pas vraiment dans le but d’expédier nos malles en Europe, mais plutôt dans l’intention de stocker nos affaires à l’abri, de préserver les plus fragiles de la casse, du manque de soin. Je vais revenir…..

Et c’est donc le 23 juin que j’ai embarqué avec les 2 enfants, en compagnie d’autres dames des territoires environnants. Sur le tarmac à Kindu c’était le rassemblement des agents accompagnant leurs épouses et l’humeur n’était vraiment pas à la joie. Quand allions nous nous revoir ????