22/06/2010

L'indépendance

Michel, resté au Congo, m'envoyait régulièrement du courrier nous racontant sa vie quotidienne devenant de plus en plus incertaine. Extraits.

2 juillet

De territoire en territoire, de poste en poste, de fonction en fonction, le pouvoir serait passé au personnel indigène, non sans mal, car certains n’étaient pas désireux du tout de prendre une responsabilité venant du blanc.

Les agents ne devaient plus prendre ni initiative, ni décision et ne pouvaient plus sévir. Il s’agissait seulement d’être conseiller et observateur… C’était bien difficile dans ces conditions.

6 juillet

Finalement les festivités de l’indépendance se sont déroulées partout dans le plus grand calme, la joie, aucun incident. Il y a eu à peu près partout des courses de vélo, des compétitions athlétiques et, à Kindu, une course de pirogues. L’armée était sur pied, mais elle n’a pas dû intervenir. Les noirs, qui avaient une peur bleue de ce jour sont maintenant tranquillisés et la vie reprend son cours tout-à-fait normalement.

Les travaux des champs ont repris, les marchés de coton se déroulent parfaitement. On ne crie plus «  indépendance » lorsqu’on passe sur les routes et le drapeau étoilé a remplacé le drapeau belge dans tous les postes.

Les types sont évidemment déçus qu’il n’y ait pas plus d’argent le 30 juin, mais ils ont été fort contents que les morts ne soient pas ressuscités, comme l’avaient prédit certains petits leaders politiques locaux….

Le peloton de soldats que nous avions à Kayuyu se retire aujourd’hui sur Kindu. Les avions de reconnaissance continuent à survoler quotidiennement chaque poste du Maniema. Nous devons disposer à terre, au centre du village deux bandes de tissu blanc, en parallèle si tout va bien, croisés si nous avons un problème, en ce cas, l’avion prévient aussitôt Kindu et une garde arrive deux heures plus tard pour voir ce qui se passe.

Mais toutes ces mesures ne sont pas nécessaires, tout est d’un calme plat, c’est comme si rien ne s’était jamais passé… Les forces armées et de police restent entièrement sous le contrôle des officiers européens.

Il n’empêche que l’évacuation accélérée des femmes et enfants suit son cours  dans les postes et sociétés  où il restait encore des ménages complets. Pour ma part , je ne saurais trop me féliciter d’avoir pris à temps l’initiative de renvoyer Betsy et les enfants en Belgique….

Le gouvernement est à l’étude du nouveau statut pour les agents de l’Administration, je crois que nous en avons encore pour quelques années.

10 juillet

La défection de l’armée a été pour nous tous un sale coup. C’était notre unique défense. Vous pouvez vous imaginer quelle tension règne chez tous les européens !

Radio- Léo est muet depuis 3 jours, les journaux parlés en français et flamand ont été purement et simplement supprimés. Nous sommes sans discontinuer à l’écoute de Radio

- Bruxelles, qui émet de 6h du matin à 02h de la nuit, avec un journal parlé toutes les heures, ainsi nous savons suivre l’évolution de la situation.

D’autre part, tous les postes émetteurs locaux sur ondes courtes que ce soit à partir des mines, des postes territoriaux , des colons ou de la force publique, transmettent des demandes de renseignement, des messages personnels rassurant les familles ou encore des appels à l’aide..

Je suppose qu’en Belgique aussi on est au courant de l’actualité d’ici. En général on évacue de toute part, vers l’Angola, vers Brazzaville, vers l’Ouganda, le Kenya, et l’Afrique du Sud.

Il y a certainement un pourcentage de panique, mais depuis le départ de l’insurrection il y a quand même déjà 6 ou 7 morts européens.

Le chef de poste et moi partirons demain à Kindu pour expédier nos malles d’effets personnels, nous serons armés et escortés de policiers pour ce déplacement.

Nous nous partageons entre les deux maisons pour les repas et le logement, ainsi nous ne sommes jamais seuls, c’est bien mieux pour le moral, et les boys nous soignent bien.

Au cas où les choses s’aggraveraient nous comptons filer en voiture par Bukavu- et Usumbura, de là à Dar El Salam, pour embarquement en bateau avec les voitures, mais je crois que nous ne devrons pas en arriver là …

16 juillet

Ce soir sont passés deux officiers belges « éjectés » de l’armée congolaise du camp de Lokandu… Cela ne tardera plus guère que nous soyons obligés de partir.

Nous organisons dès maintenant un départ en caravane d’une dizaine de voitures, cherchons un médecin pour nous accompagner, à défaut nous avons déjà un agent sanitaire…

Tout est désorganisé maintenant, le courrier, les ordres venant des supérieurs,… c’est la débandade.

20 juillet

La confiance qui régnait entre blancs et noirs semble définitivement se détériorer, ceci dû surtout à la propagande anti-blancs et anti-belges surtout, émise par Radio-Congo. Chaque intervention des para-commandos est commentée comme une « agression » contre des congolais qui défendent leur liberté.

Commentaires

Bonjour,
merci pour cette petite incursion dans l'histoire...

Lili

Écrit par : une dentiste a paris 15 | 28/11/2011

Voici comment j'ai vécu la même période . Le 11 juillet 1960, jour de mon anniversaire et de l’indépendance du Katanga, mes parents et des voisins effrayés par les nouvelles qu’ils avaient entendues à la radio, ont décidé d’évacuer les femmes et les enfants pour des raisons préventives de sécurité.

C’est ainsi que nous avons été évacués en Rhodésie du Nord ( actuellement Zambie ) dans une région située entre les lacs Tanganyika et Moero.

De cet endroit un avion militaire de la RAF nous a emmenés à Gwelo en Rhodésie du Sud (actuellement Zimbabwe). Après un séjour de quelques semaines nous fûmes rapatriés en Belgique.

Écrit par : Veriter | 02/07/2012

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