18/05/2010

Akagera

Avec nos amis, nous avions un souhait commun: entreprendre un voyage au Rwanda et visiter un autre parc naturel. Ensemble nous avons sérieusement étudié les cartes et projeté un itinéraire. On allait se mettre en route avec deux voitures et…. 7 enfants. Cela demandait de l’organisation ! 

C’est par le Nord du Lac Kivu que nous avons commencé notre périple qui par la force des choses allait nous mener vers l’Ouganda pour rapidement franchir à nouveau la frontière en direction du Ruanda.

Rapidemment, la frontière… Stop… Il était midi. Le planton - qui ne comprend pas un mot de swahili ni de français - nous fait entendre que la frontière est fermée (une bête barrière manuelle), que son chef fait la sieste. Aucun endroit pour se mettre à l’ombre... il a fallu palabrer avec insistance pour qu’enfin il admette de réveiller son supérieur pour qu’il nous libère le passage.

Surprise aussi… ici on roule à gauche.

Nous découvrons donc le Ruanda. Paysages oh combien différent du Congo : de vertes collines à l’infini, des plantations en terrasses, des huttes rondes ci et là le-long des routes ou dans les champs. De beaux eucalyptus bordent certaines routes, leur feuillage touffu nous permetant de circuler à l’ombre.

Bien qu’ayant consciencieusement préparé l’itinéraire, nous sommes obligés quelques fois de demander notre route, dans un charabia peu compréhensible de part et d’autre. Dans ce pays-ci nos dialectes swahilis sont inconnus.

En fin d’après midi, nous nous arrêtons dans un poste où les blancs pourrons nous aider. Nous sommes reçus très aimablement par une dame chez qui nous nous reposons un moment. Nous constatons avec surprise qu’il y a du feu dans la cheminée. Eh oui, ici la nuit il fait froid !

Cette personne nous explique quelle route emprunter pour arriver enfin dans la parc de l’Akagera et confiants, nous repartons. Après quelques kilomètres, nous constatons avec perplexité que le panneau routier qui devait nous indiquer la voie à suivre gît sur le bas-côté... que faire? A gauche ou à droite? On grimpe ou on descend ? Quelqu’un dit, le parc est dans une cuvette… donc on descend.

Suite aux différents arrêts, il faisait déjà nuit noire… la tension devenait palpable. Les enfants avaient soif, avaient faim, se disputaient et les parents étaient prêts à se crêper le chignon. De temps en temps une main passait derrière le siège du conducteur pour calmer les esprits…

Une piste en lacets nous a menés le long d’un lac aux rives boueuses et peu stables, personne d’entre nous n’osait plus rien dire de peur de déclencher la panique. Où étions nous ???

Aucun village, aucune plantation…. Et oh miracle, un cycliste, dans le noir, avec une lampe torche. Ce pauvre type a eu la frousse en nous voyant nous arrêter, s’il y avait eu un échappatoire, il est certain qu’il serait foutu le camp. De mauvaise grâce, il a fini par nous expliquer qu’un peu plus loin dans la colline il y avait une mission… mais gare aux hippos qui la nuit se trouvent sur la piste.

C’est donc avec soulagement que nous arrivons sur le parking de cette mission qui était en fait bien plus importante qu’une mission puisqu’il y avait un collège ou peut être bien un séminaire. Nous entendons une suave musique religieuse et attendons respectueusement la fin de l’office, dans l’espoir de nous faire héberger. C’est finalement un boy passant par là qui nous découvre et nous introduit… En fait d’office, un religieux écoutait un disque…

Un accueil incroyable, « mais qu’est ce que VOUS faites par ici ??? » !!! En fait oui, on était au milieu de nulle part… Il y avait trois-quatre religieux, tous curieux d’entendre nos aventures, tous empressés, qui pour organiser un repas, qui pour nous trouver un logement. Ce n’était pas trop difficile d’ailleurs, cette mission avait de grands dortoirs, les pensionnaires étaient en congé dans leurs familles, nous avons donc trouvé chacun un bon lit.

Après une bonne nuit, une messe, un copieux petit déjeuner, on se remet à étudier les cartes. Un missionnaire qui connaît parfaitement la région nous donne de bons tuyaux, entre autres ; « là où vous ne voyez plus de piste, C’EST la piste ».

Et effectivement, c’est avec un peu d’appréhension que nous nous élançons sur un tracé d’herbes hautes et abondantes qui raclaient le bas de la voiture et finissons par arriver au guest-house du parc Akagera où l’on se demandait ce qu’on était devenus puisque des chambres avaient été réservées pour la veille.

Soulagés quand même d’être parvenus à bon port, nous nous installons déjà inquiets de devoir refaire cette route pour le retour. Sans trop de conviction le lendemain nous avons fait un tour du parc, un peu décevant comparativement au parc Albert, et repris rapidement le chemin du retour. Par la suite, cette mésaventure a encore longtemps fait le sujet de nos plaisanteries.

11/05/2010

Goma

En longeant le lac Kivu, Michel me confiait son projet de s’installer un jour dans cette région lorsque l’âge de la retraite serait venu et d’y créer une exploitation. C’était son rêve.. mais on n’y était pas encore…

Et puisqu’on était au bord du lac, nous nous sommes arrêtés pour escalader la pente d’une ancienne coulée de lave pétrifiée: la plaine de Saké. Nous avons foulé un sol désertique, noir, glissant, dur et fissuré... un lieu lunaire. Ci et là, une végétation qui n’avait rien à voir avec celle rencontrée jusqu’alors : fougères, cactées… Peut-être que c’était ainsi le début du début du monde ? En tout cas, on ne s’y est pas attardés.

Nous avons repris définitivement notre route vers Goma où nous attendaient nos amis les Charlier. Quel plaisir de se revoir, de se raconter plein de choses et de s'échanger des nouvelles après un an et demi de séparation.

Les Charlier  - avec leur belle famille de 5 enfants - étaient logés dans une grande maison, (à étage… rareté) et disposaient de nombreuses et spacieuses chambres. C’est donc sans hésitation que nous avions accepté leur invitation.

Leurs enfants, plus âgés, étaient tout excités de jouer avec Monique qui a partagé une de leurs chambres. Elle répétait les mots et les gestes, on lui apprenait plein de facéties ce qui a bien sûr provoqué des chahuts et des rires. On n’existait plus pour elle, elle s’amusait comme une petite folle, était gâtée-pourrie, apprenait plein de choses nouvelles, découvrait de nouveaux jeux. Je reconnais volontiers que cette situation m’a un peu déchargé de la surveillance d’une enfant turbulente et pouvais me consacrer un peu plus à son frère Marc.

 

Safari

Les élections ayant eu lieu, nous sommes partis en voyage. Michel avait difficilement obtenu de pouvoir quitter le poste, mais puisqu’il était prévu de me laisser avec les enfants à Bukavu jusqu’après le 30 juin, nous en avons l’autorisation. C’était nécessaire d’ailleurs, nous étions à bout de nerfs et depuis quelques mois à plusieurs reprises Michel avait fait de fortes crises de malaria qui l’avaient fatigué. L’incertitude de ne pas savoir ce qu’on allait devenir le minait.

Nous étions attendus en premier lieu chez Georgette et Eugène pour assister à la fête de communion solennelle de leurs deux filles aînées. Ensuite nous continuerions sur Goma.

Les Charlier qui avaient essayé de nous retrouver durant les vacances de Pâques et qui, s’étant trompés de route avaient rebroussé chemin, comptaient bien qu’on passe quelques jours avec eux.

Le voyage fut excellent. Afin d’éviter tout risque de mauvaise rencontre, nous avons roulé de nuit, par une route ô combien plus facile que celle de Walikalé que nous avions empruntée lors de notre premier séjour à Bukavu en 1957. Cette fois nous allions avoir des vraies vacances sans souci de voiture puisque la Peugeot était quasi neuve et bien entretenue.

A Bukavu ,ville au bord du lac Kivu, nous avons bifurqué pour faire un safari au Parc National Albert, lieu unique entre tous qu’il fallait avoir vu au moins une fois dans sa vie !!!

Réserve1
Le parc national Albert d’une renommée mondiale (actuellement parc de la Virunga) est situé dans une énorme cuvette couronnée de montagnes volcaniques et renferme un nombre important d’oiseaux et d’animaux sauvages.

En compagnie d’un guide que nous devions obligatoirement embarquer dans notre voiture, nous avons fait un premier circuit au soleil couchant. C’était l’heure où les oiseaux commençaient à se blottir dans les arbres pour la nuit, l’heure où les animaux s’approchaient de la mare pour s’abreuver…

bufflesNous nous sommes aventurés dans cette immense savane, bordée au loin par des montagnes bleutées, le regard « tremblé » par un ondulation de chaleur. Herbes jaunies par la sécheresse, ci et là un arbre à feuillage plus latéral que vertical, quelques buissons rabougris…

Par une piste de terre battue, nous avons sillonné la savane à la recherche de gibier à observer. Le guide attirait notre attention et nous donnait le nom correct des antilopes et gazelles, nous dirigeant vers les points les plus propices .

Un couple de hyènes trottinait paisiblement devant la voiture, nullement impressionné et nous avons patienté avec lenteur pour continuer. Dans le lointain passaient les gnous, petits et trapus à barbiche noire. Ils détalaient aussitôt qu’on essayait de s’approcher.

elephant2Tout près, dans un buisson de broussailles épineuses, nous avons brusquement été surpris par un éléphant battant des oreilles, nous ne l’avions pas vu. Nous sommes restés immobiles durant un moment, il a fini par partir.

girafe2Des buffles à lourdes cornes, couverts de boue, des oiseaux perchés sur le dos, soufflaient lors de notre passage et on se demandait s’ils allaient prendre la fuite, ou nous. Partout il y avait des zèbres, des antilopes en quantité. Les gracieuses girafes s’étiraient pour arracher quelques feuilles à un arbre rachitique. Une famille de phacochères, a traversé la piste… A distance respectueuse nous avons admiré la puissance du rhinocéros, la peau plissée comme une cuirasse, surtout éviter qu’il ne charge…

soleil2Un soleil énorme dans sa descente à l’horizon nous donnait une peau cuivrée, dans des lueurs de forge incandescente et c’est avec l’impression d’avoir assisté à la la création du monde  que nous sommes rentrés au guest- house du parc pour y passer la nuit.

Le lendemain, nous avons repris le guide pour faire la visite au lever du jour cette fois, dans l’espoir de surprendre les animaux à la mare…. Nous sommes même descendus de voiture pour observer les ébats des hippopotames, baillant la gueule grande ouverte, se répondant de « hum-hum-hum », nullement dérangés pas notre présence.

Pour terminer notre périple, nous nous sommes rendus sur les bords du lac Edouard, lieu de rencontre de milliers d’oiseaux. Les uns fouillaient la vase de leur long bec, d’autres pêchaient, certains atterrissaient comme de lourds avions, en ricochant sur la surface de l’eau.

Les marabouts déambulaient fièrement en « rentrant les épaules »… c’est grand un marabout !

Des nuées de flamants prenaient leur envol en une lueur rouge et rose dans les rayons du soleil. Merveilleux !!

Les pélicans, avec leur bec en cuvette, scrutaient la surface du lac. Les charognards, le cou dégarni, perchés sur les branches sèches des arbres, attendaient une hypothétique proie, et nous suivaient d’un œil peu amène.

Tenant compte de la fatigue de nos enfants, de la chaleur et de la soif, de la longue route encore à faire, nous avons quitté cet endroit paradisiaque pour continuer notre voyage vers Goma.

 

06/05/2010

Mai 1960

Les élections auront lieu entre le 11 et le 25 du mois. Le parti de Patrice Lumumba, le MNC est prédominant dans la région…. On écrit : « A Kindu, un type d’un parti adverse a été tellement mal mené pendant une discussion qu’il est mort des suites des coups. Comme il est originaire de la région, les esprits sont assez échauffés, on menace d’une descente en force sur la ville ».

Pour faire face aux cas extrêmes, les agents isolés en brousse ont été armés de mitraillettes et d’une bonne réserve de munitions.  On conseille d’évacuer les femmes et enfants vers la ville ou carrément vers la Belgique. Tout cela paraît excessif, mais il suffit de si peu parfois pour déclencher un mouvement qu’il n’y a plus moyen de contrôler…

Ces précautions prises il n’y a plus qu’à attendre les évènements. Chez nous les élections se sont passées dans un certain calme, nous avions reçu l’ordre de ne pas sortir mais dans la région de Stanleyille et d’Elizabethville, il y a eu du grabuge. Le MNC dans beaucoup d’endroits a fait main basse sur les bureaux électoraux et seuls les partisans du parti ont voté, les opposants ont craint pour leur sécurité et ne se sont pas manifestés.

Il y a une totale incompréhension entre les fonctionnaires d'Afrique et la Belgique. Tous ici sont d’avis que cette indépendance n’est pas suffisamment préparée, que la relève n’est pas assurée… Les déclarations de la Belgique sont contradictoires, certains de nos dirigeants contestataires sont simplement révoqués. Que dire alors des colons et leurs familles qui sont établis au Congo depuis de longues années…

Nous sentons bien que tout ce qui reste d’ordre « belge »  se disloque, s’effrite et  pour comble, c’est dans une panique générale que la population de brousse attend le grand jour de l’indépendance, le 30 juin.