16/04/2010

Agitation - 2

Finalement pour ramener le calme dans la région, la troupe a été envoyée.. elle restera un certain temps… Les soldats congolais - encadrés par des chefs belges - campent à Kayuyu.

Leur adjudant, très énergique, refuse tout invitation et préfère bivouaquer avec ses hommes en partageant la popote commune.

Pour améliorer l’ordinaire, il organise une chasse à l’éléphant ! Ce n’était pas une mince affaire, les éléphants de forêt plus petits que ceux de la savane ne s’approchaient pas des villages. Aussi fallait-il les pister… Des chasseurs sont envoyés en forêt, ils restent absents plusieurs jours, finissent par abattre une belle bête, et reviennent au poste pour prévenir leur chef. Nombreux sont ceux qui vont participer au transport de la viande. Michel est de la partie : il veut faire des photos et espère emporter une patte comme trophée.

Papa-chasse2Les chasseurs ont mis « un certain temps » pour revenir au village et encore « un certain temps » pour retourner sur les lieux : la bête a macéré au soleil ! On a percé l’abdomen à la hache, une fontaine pestilentielle a jailli, faisant fuir tout le monde. Michel m’a raconté que les chasseurs pénétraient jusqu’à la taille dans les entrailles pour le dépeçage.

Les gros quartiers ont été embrochés sur de solides branches et transportés sur les épaules des hommes jusqu’au camp militaire où la viande a été boucanée. L’odeur était tellement forte que nous avons dû fermer portes et fenêtres….

Mais si les militaires étaient à Kayuyu, c’était bien sûr pour éviter les débordements. Tous les agents de l’état étaient nommés auxiliaires de police et devaient se tenir à la disposition du chef de poste. Michel n’était pas enthousiaste mais il n’avait pas le choix.

L’administrateur est venu loger chez nous quelques jours. Un matin au lever du soleil, accompagné du chef de poste et de l’armée, il a organisé une descente au village afin de débusquer les agitateurs qui se cachaient chez l’habitant.

Les villageois, surpris dans leur sommeil, ne comprenant rien à ce qui leur arrivait et pris de panique prenaient la fuite en forêt. Cette opération de police n’a servi à rien si ce n’est à exacerber encore plus l’animosité contre les blancs.

Et lorsque les « politiques » ont organisé leur meeting à la plaine de football, on ne pouvait pas l’interdire. Mais l’adjudant,  encore lui, a eu une bonne idée: sur un terrain adjacent, il a organisé un défilé militaire cadencé au son des tambours. La population s’est aussitôt détournée pour admirer le spectacle, à notre plus grand soulagement.

Par contre, nous n’avons pas manqué d’assister à la fête traditionnelle organisée en l’honneur du chef coutumier, entourés de tout le village. Nous étions, Mme ¨Preat et moi accompagnées chacune de notre petite fille, blonde comme les blés, ce qui suscitait la curiosité des mamans africaines, désireuses de caresser ces chevelures dorées. Il y a eu du tam-tam et du rythme…des danses et de la poussière, et lorsque l’ambiance est arrivée à son paroxysme, nous nous sommes éclipsés…

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