01/03/2010

Marché de coton

Coton
La raison principale de notre séjour à Kowé était la surveillance des récoltes de coton et le bon déroulement des marchés. En effet, Michel avait pour mission de contrôler avec l’agent de la Cotonco, la qualité et le poids des sacs amenés sur le marché. Ainsi il ne pourrait y avoir de contestation d’aucun côté, car le prix dépendait de la blancheur du produit et du poids des sacs. Les sacs étaient d’ailleurs pesés à vide d’abord car il n’était pas rare que les cultivateurs laissent de la terre ou des cailloux au fond avant de les remplir.

La récolte du coton, effectuée par les femmes du village, était amenée sur la place du village pour être étalée au soleil afin de bien sécher surtout s’il y avait eu de la pluie auparavant ; il devenait ainsi beaucoup plus blanc.

Le ramassage des sacs a commencé de village en village dans une région où les accès étaient difficiles, des camions sillonnaient les routes ou plutôt les pistes de l’intérieur. Michel revenait fourbu mais enthousiaste après une journée de marché qui commençait au lever du jour et se terminait à la nuit tombante. On ne pouvait pas perdre de temps, le coton devait être rapidement égrainé à la station Cotonco. Il est évident qu’il y avait parfois des contestations : le coton ayant séjourné sur la place durant la nuit avait absorbé un peu d’humidité et paraissait plus gris ce qui était évalué de moindre qualité... De même, lorsque le soir tombait, la lumière était différente. C’est pourquoi ils étaient deux pour faire les marchés, afin de trouver un accord équitable.

Certains villages étant situés le-long du fleuve, les trajets se faisaient par barge (une sorte de péniche à moteur). Michel était enchanté de passer une belle journée sur le fleuve. Ils partaient à 5 heures du matin ayant un bon trajet à effectuer avant d’arriver au premier marché. Puis de chargement en chargement, ils ont atteint le dernier village, la journée étant bien avancée. Ce n’était plus tout à fait l’heure idéale pour entreprendre ce dernier chargement car il fallait ramener la barge à Kowé… ils se sont doncs dépêchés pour ne pas devoir revenir le lendemain.

La nuit venue et la barge archi-pleine, ils ont décidé de rentrer coûte que coûte.

A l’avant de la péniche se tenait un guetteur qui, avec une longue perche, sondait le fond et les roches à fleur d’eau, évitant les bancs de sable et les écueils. A l’arrière, le conducteur surveillait le moteur et le gouvernail. Comme il faisait nuit noire, un grand phare de camion était branché à l’avant du convoi, fouillant les eaux et les rives, de son puissant rai de lumière. Après avoir admiré la manœuvre, apprécié cet étrange voyage, les deux « blancs » se sont confortablement installés sur le bon matelas de coton et se sont …. endormis. C’est au son d’un « coup de canon » et d’une odeur de soufre qu’ils ont été réveillés en sursaut.

Les convoyeurs, voyant que les chefs n’étaient plus tellement attentifs, avaient augmenté la vitesse et c’est en pleine puissance que la barge à heurté un rocher. On se précipite, on s’agite, on inspecte, on palabre… le chargement ne permettant pas de voir exactement l’emplacement de l’impact, on décide de continuer. C’est donc bien tard qu’ils sont arrivés au débarcadère, où attendaient les femmes inquiète, et où je m’étais moi-même rendue une ou deux fois.

Le matin, c’est aux cris des « bwana-bwana » que nous sommes sortis de la maison. Tout le village était au débarcadère, la barge avait coulé avec son chargement ! Catastrophe ! Que faire ??

Tous ensemble, ils ont déchargé le coton et décidé de le faire sécher sur la place. Ce n’était pas une mince affaire car il y a une marge entre un coton sec et un coton gorgé d’eau !

Ce coton a été tourné et retourné durant la première journée ; le résultat n’était pas très concluant. Le second jour, une mince halo verdâtre est apparu et à la fin de la journée, ce coton avait carrément germé avec de belles pousses bien vertes (forcément il n’était pas égrainé). Affolement bien sûr… Que faire ? Alors l’agent décide de remettre le coton dans les sacs, de lester les sacs de pierres et de jeter le tout dans le fleuve en disant : « on ne repèse pas le coton arrivant à l’égrainage, on ne se rendra pas compte qu’il en manque »

Pas de chance pour lui…. Quelques jours plus tard, en aval de Kowé, le directeur de la Cotonco prend le bac pour traverser le fleuve et voit arriver une joli petit îlot vert qui vient heurter le bord. Intrigué, il se penche… et demande une gaffe pour pêcher le sac où il était inscrit en lettres noires « Cotonco ». Puis, regardant au loin, voit arriver une multitude de ces petits jardins verts… Inutile de dire que le pauvre agent, après son congé en Belgique, n’a pas été réengagé pour un second terme.

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