26/02/2010

Une triste histoire de colons

Non loin du poste de Kowé, quelque part au-dessus du fleuve, existait une exploitation de palmiers à huile. Deux frères, accompagnés d’une femme qu’ils se partageaient… (situation bizarre) vivaient sur une colline, éloignés de tout dans des conditions très précaires.

Il y avait un petit garçon de deux ans qui manifestement avait un problème de santé, la maman faisant des voyages aller-retour pour voir des spécialistes, même en Belgique.

La dame est venue passer un après-midi avec moi. Les distractions ne devaient pas être bien nombreuses, elle ne devait pas avoir facile. C’était une petite dame fragile, constamment inquiète des réactions du fiston qui effectivement avait des crises de cris et d’agressivité.

J’ai eu mal au cœur pour elle, surtout que Monique, elle, pétait de santé.

Ces gens avaient obtenu une concession où il y avait nombre de palmiers exploitables. Il fallait bien sûr les entretenir, nettoyer le sous-bois, faire la récolte des noix de palme…

Pour ce faire, ils devaient engager des ouvriers dans les villages voisins. Le seul équipement dont ils disposaient était un camion qu’ils avaient expédié par bateau depuis la Belgique en pièces détachées, transporté au haut de leur colline et remonté sur place. On peut imaginer le coût, le risque et le boulot !

Ce camion semblait être leur seul capital aussi, lorsqu’ils avaient à payer leur main d’œuvre, ils donnaient aux hommes des « bons pour » en promettant de les honorer quand ils auraient vendu l’huile de palme. Ce système a fonctionné un moment mais lorsque dans les villages on a constaté que l’argent ne venait pas, la grogne est venue.

Michel étant dans la région, il a reçu pour mission de prendre contact avec ces colons pour voir comment remédier à la situation. Pour se rendre à l’exploitation, il a dû prendre une pirogue à moteur pour remonter un bras du fleuve car il n’y avait pas d’autre accès.

Les uns et les autres avaient dit : « surtout, emportez vos tartines », ce qu’il avait fait. Pourtant lorsqu’à midi, on lui a gentiment proposé de partager le repas, il n’a pas osé refuser d’autant plus qu’on proposait une moambe, repas local entre tous et sans danger.

Malgré tout, il a eu difficile à l’avaler car le repas était cuisiné avec « leur » huile de palme qui avait séjourné trop longtemps au soleil et la sauce était rance…

Cette visite n’a malheureusement pas clarifié la situation et par la suite, lors de l’indépendance, on a su que malheureusement ces gens n’avaient pas été épargnés.

 

23/02/2010

Kowé, la folle équipée

La vie continue… Michel devait repartir en brousse, à Kowé cette fois, le long du fleuve pour y surveiller le marché de coton en compagnie de l’agent de la Cotonco habitant sur place. Et c’est donc un mois après la naissance de Marc que nous repartons en voyage avec tout notre équipement. Cela devient encombrant : literie, linge, réserves… plus les deux boys ! Michel a d’ailleurs recours à un camion qui part dans cette direction pour lui confier nos affaires. Nous partons pour une certaine durée et allons retrouver à Kowé l’agent sanitaire, sa femme et leur petite fille, qui doivent également « faire de la brousse ». Quelle chance on va avoir de la compagnie !

Cette fois nous sommes à Kowé pour une quinzaine de jours. C’est une ancien poste important, très bien dégagé avec quelques maisons très confortables mais il y fait fort chaud…. Il y a de temps en temps un peu d’animation car le bateau courrier accostant à Kowé, apporte aussi des vivres frais destinés aux quelques colons, missionnaires et agents du coin. Lorsque le bateau est au port, on peut monter à bord et se distraire un peu en buvant un verre au bar.

Durant la journée lorsque les hommes sont au travail, les dames se retrouvent sous la barza pour papoter et surveiller les enfants qui jouent ensemble. Le soir, dans l’une ou l’autre maison, on se réunit pour boire un verre et même jouer aux cartes.

Nous avions ensemble décidé de faire un pique-nique sur le fleuve et avions réservé une énorme pirogue pour nous y mener. Nous avons embarqué le dimanche matin : 5 adultes et 3 enfants (Marc dans son berceau, c’est dire la taille de cette pirogue !)

Traverser ce large fleuve, menés par un piroguier avec son long bâton, sillonnant entre les différentes îles, c’était magique !! Il nous a laissés sur une île avec mission de venir nous reprendre à 17 heures. Nous ne nous sommes pas rendu compte des risques encourus, seuls sur cette île, sans ombre, sans abri. Heureusement nous avions avec nous une couverture avec laquelle nous avons érigé une espèce d’auvent pour nous abriter tant bien que mal, et bien sûr notre but premier c’était de nous baigner et de prendre de bonnes couleurs.

A longueur d’année nous vivions sous un soleil implacable, il n’y avait de piscine disponible dans aucun poste, on rêvait de se jeter à l’eau. Nous avions bien essayé une fois ou deux dans une rivière, mais c’était nettement déconseillé car on pouvait attraper rapidement des parasites.

Monic rivièrePour ma part, regardant dans l’eau j’ai vu filer sous moi un serpent ou autre anguille, cela m’a rendue méfiante,…. et puis, regardant et écoutant autour de nous, nous avons vu des hippopotames soufflant et  renâclant en grattant le sol. Il semblait que nous occupions leur territoire. Et il y avait des moustiques… des moustiques… !!! Nous restions à l’abri sous la tente en tapant le carton. Monique et sa petite copine, elles, n’arrêtaient pas de faire la navette entre le « campement » et le fleuve pour patauger… du moment qu’il y avait de quoi se mouiller… Ce n’avait pas été une bonne idée, ce pique-nique mais il a bien fallu attendre le retour de la pirogue pour quitter l’endroit !

Le soir en rentrant chez nous, on a tous constaté de fameux coups de soleil et n’avons pas hésité longtemps à nous mettre au lit pour nous remettre de nos émotions. Heureusement nos enfants n’avaient pas souffert de l’équipée. Et nous… des couleurs on en a eu, mais n’étions même pas bronzés ! 

 

19/02/2010

Naissance de Marc

C’est ainsi que nous arrivons au mois de juillet. Je ne me ménage plus puisque j’arrive à mon terme de grossesse. Nous savons déjà qu’il nous faut libérer la maison prochainement pour laisser la place à un nouvel arrivant, cela m’ennuie… Michel rentrant de brousse un samedi soir doit me conduire à l’hôpital car les douleurs ont commencé. Il conduit rapidement Monique chez Mme De Meirsman et vient me rejoindre pour attendre la venue de notre second enfant.

On n’arrive pas à joindre le médecin qui est de sortie on ne sait pas où.. La sœur accoucheuse perd un peu les pédales, jette les pinces à travers la salle, crie à Michel, « restez près de madame, je vais chercher le docteur »… Il l’a interceptée de justesse pour qu’elle ne se sauve pa, et c’est finalement à nous trois que nous avons mis au monde un petit garçon, Marc, le 12 juillet 1960. Quel exploit !!! Le médecin est arrivé quand tout était fini, pour nous féliciter.

Telegramme

 


Marc bébéIl était 3 heures du matin quand, dans l’euphorie du moment, Michel a  réveillé tout le poste en klaxonnant pour partager sa joie. Il faut dire que depuis des semaines chacun lui demandait de mes nouvelles… J’ai donc eu de la visite dès le lendemain et le 6eme jour je suis rentrée à la maison, étonnée de voir que Monique était déjà aussi « grande » en comparaison. Elle a de suite adoré son petit frère…  elle était en admiration, prête à lui donner pomme, biscuit, jouets… . il fallait surveiller car je trouvait des choses dans le berceau.

Le docteur m’avait recommandé de me reposer encore quelques jours, mais évidemment ce fut une utopie… j’étais pressée de reprendre le choses en main. Quelle délivrance, c’est le cas de le dire, de retrouver sa forme et ses formes, de ressortir les petites robes d’été…et c’est avec bonheur que nous avons fêté le baptême de Marc une semaine après sa naissance, profitant de cette belle maison pour recevoir voisins et amis.

 

11/02/2010

Repos forcé

Pour ma part, suite aux allées et venues, aux déménagements, j’étais très fatiguée et ne supportais plus la chaleur. Je faisais des baisses de tension et finalement des contractions.

Le médecin de la Symétain m’a fait hospitaliser sur place, à Punia. Ce n’était pas simple du tout car il y avait le problème de l’entretien et des repas : il me fallait avoir un boy avec moi, des provisions, du linge en suffisance…  il n’était donc pas possible de garder Monique avec moi. Elle a été prise en charge par la femme du médecin qui avait un petit garçon de son âge ; on aurait dit des jumeaux d’ailleurs, aussi blonds l’un que l’autre…

Durant une douzaine de jours, je suis restée au repos complet, surveillée par une sœur accoucheuse missionnaire, responsable de la maternité indigène. J’avais ainsi un peu de compagnie.. Michel était en brousse mais j’avais quotidiennement la visite de Mme Van den Eynde qui venait me voir avec Monique et son petit Bernard. Quelle merveille que ces deux petits, magnifiques, tout bronzés, adorables.

Fort heureusement, les parents de Michel nous envoyaient régulièrement de la lecture comme Femmes d’Aujourd’hui et le Sélection, ainsi j’avais toujours de quoi lire, le temps me paraissait moins long. La chambre d’hôpital avait la climatisation (une grande nouveauté) et j’arrivais enfin à dormir la nuit. Après ces quelques jours de repos, le médecin m’a autorisé à rentrez chz nous avec la promesse formelle de rester couchée, de ne pas circuler, même pas en voiture… que faire de Monique dans ces conditions ?? L’internat étant situé juste à côté de la maison, elle passait la journée chez Mme Cochet, le directrice, au grand plaisir des quelques pensionnaires.

Il est vrai que Monique était un vrai petit capon : elle avait fait d’énormes progrès, babillait sans cesse, était toujours à l’affût de quelque nouveauté, avait tout vu, tout touché, voulait participer à tout. C’était amusant de la voir à l’œuvre bien que ses entreprises tournaient parfois à la catastrophe et que je devais me fâcher. Ainsi elle participait à l’arrosage du jardin à l’aide de ses chaussures qu’elle avait enlevées, préférant courir pieds nus. Elle accompagnait le jardinier pour nourrir les poules et finissait par manger les graines elle-même. On entendait ses cris de colère lorsqu’on ne la laissait pas faire à sa guise…. quel petit caractère volontaire… et indépendant ! Il arrivait qu’elle file vers l’école et entre dans la classe pendant les cours à l’hilarité des élèves bien sûr. On me la ramenait gentiment….

 

08/02/2010

Mondanités & tensions

A l’occasion des fêtes de Pâques, nous nous sommes mis en route pour le poste Symétain de Kalima où nous avions rendez-vous avec notre ami le docteur Beghin et d’autres amis de Pangi. On s’y est retrouvés à l’occasion d’un bal où nous nous sommes fort amusés et le lendemain, en groupe, une baignade au bord d’une grande réserve d’eau était la bienvenue.

C’est à cette occasion que nous avons revu notre ancien administrateur du territoire qui a proposé à Michel de revenir à Pangi, et ma foi, cela nous plaisait assez…

En échange, pour la fête de Pentecôte, ce sont les agents de Symétain de Kalima qui ont été invités à passer le WE à Punia. Etaient organisées quelques festivités comme bal, cabaret artistique, match de football « eurafricain » et tournois de toute sorte. Nous avons participé à certaines choses et, dans la lancée, pendu la crémaillère de notre côté avec quelques amis. Cela nous faisait tellement de bien d’occuper une maison confortable, même pour peu de temps !

Suite à quelques échauffourées politiques à Kindu, il était exigé des agents qu’ils fassent le plus de séjours possibles dans les villages afin de manifester l’autorité (Michel devait faire 20 jours de brousse par mois). Il n’était donc pas question de s’y soustraire. En effet, si depuis quelques mois il y avait eu des rébellions du côté de Léopoldville, nous n’en avions aucun écho dans nos régions jusqu’au moment où des partis politiques se sont créés et se sont mis à faire des meetings un peu partout. Suite à la parution de brûlots les plus insensés les uns que les autres, les blancs commençaient parfois à être pris à partie. Une certaine inquiétude s’installait. Dans les villages, la population ne comprenait pas ce qui se tramait, il fallait donc affirmer la présence de l’administration.