20/01/2010

Déplacements

L’agronome de territoire étant en congé, l’administrateur de territoire a demandé à Michel de surveiller l’un ou l’autre chantier en cours et c’est ainsi, qu’ensemble, nous nous installions dans l’un ou l’autre poste assez loin de chez nous. C’est ainsi que nous sommes allés passer deux semaines à Kasese, poste situé assez loin de Punia, où Michel devait surveiller des plantations de café.

Nous nous mettions en route avec tout un équipement puisqu’il y avait un enfant : il fallait prévoir les vivres, le linge, la literie, les biberons et la grande boîte de lait « Nido ».

Pour Monique, c’était à chaque fois un nouveau territoire à explorer, une nouvelle chambre où dormir… très rapidement, cette enfant s’est adaptée à n’importe quelle situation, elle n’était pas farouche… avec personne… de ce fait, elle était assez aventureuse et quelquefois, il y avait une belle chute et des pleurs.

Malgré le manque de confort, quelquefois j’ai accompagné Michel en brousse lorsqu’il avait trouvé une bonne solution de logement. Ainsi, lors d’un de ses périples, il avait découvert sous une paillote le long d’une route abandonnée par les Travaux Publics, une caravane de chantier, qui était parfaitement habitable. Cela faisait un peu vacances : on vivait surtout à l’extérieur sous les palmes et le boy se débrouillait pour nous cuisiner et même faire du pain à l’aide de feu de bois. C’était très chaud quand même. Et puisqu’on avait utilisé le matériel des travaux publics, on avait également fait connaissance des agents des TP – deux couples - qui avaient abandoné les caravanes trop chaudes et s’étaient installé un camp de fortune au bord de l’Ulindi où on construisait un pont « Belay ».

Nous avons donc encore profité de l’opportunité de loger dans une autre caravane au bord de l’eau. Durant la journée, j’étais avec « ces dames » avec lesquelles je partageais les repas et les bavardages (lorsqu’on se retrouvait ainsi en brousse avec d’autres broussards on faisait popote commune) et Monique avait de la compagnie car il y avait des enfants.

Un jour, Michel nous à emmené aussi voir les vaches arrivées à la station d’expérimentation d’Obokote, dans le territoire de Lubutu. C’était un voyage assez long qui nous a pris la journée, mais Monique était très sage en voiture.

Les vaches (destinées à améliorer l’alimentation des indigènes) étaient venues à « pattes » du Ruanda et allaient ensuite être acheminées par camion sur Punia.

Ce fut une fameuse entreprise ! Il n’existait pas de rampe pour charger les animaux sur les camions. Il fallait donc les soulever les vaches à bras d’hommes ! Ceuxci manquaient totalement de synchronisation et avaient tellement peur qu’ils n’écoutaient pas les directives couvertes par les meuglements des vaches. Elles atterrissaient souvent le museau sur le plancher de la benne alors qu’à l’arrière, on levait encore leurs pattes bien haut..  c’était épique ! Finalement, le camion est parti (une centaine de kilomètres quand même) mais il a été pris dans un violent orage et a glissé dans le potopote. Il a versé dans un fossé, les vaches se sauvant dans la forêt…. le temps que le chauffeur et son aide rattrapent le bétail, la nuit était tombée.

Rentré à Punia, Michel s’inquiétait de ne pas voir arriver le chargement. Le dimanche matin, c’est au son des meuglements venus de la route qu’on a compris que le convoi arrivait.

Les pauvres bêtes étaient terriblement assoiffées, personne n’avait pensé à leur donner à boire ! Il a fallu les arroser copieusement avant d’oser ouvrir le hayon tellement elles étaient nerveuses. Elles se bousculaient affolées et se léchaient l’une l’autre pour essayer de récupérer un peu d’eau. Lorsqu’elles se sont calmées, il a fallu les mener au terrain prévu à cet effet, situé un peu à l’écart du poste. On appelait ce terrain « les camp des relégués », je ne sais pourquoi… de tout façon il n’était plus utilisé. Michel a dû créer des enclos qu’il a fait construire par des hommes du village et trouver un « vacher ». Cet homme - venu de dieu sait où - n’avait évidemment aucune expérience du bétail et a dû apprendre au jour le jour. Il fallait le surveiller bien sûr, les vaches devant être régulièrement déplacées afin de trouver à brouter.

Lorsqu’on a enfin casé les vaches dans un corral, le taureau dans l’autre, tout le monde s’en est allé content pour constater au matin que le taureau n’avait pas hésité longtemps à briser la clôture pour rejoindre les vaches. Quelques jours plus tard, un vétérinaire de Kindu a annoncé sa visite pour contrôler l’installation. Sur la recommandation de Michel notre brave vacher avait nettoyé et brossé les animaux afin de faire bonne impression. Le vétérinaire a été heureusement surpris de constater le bel aspect des vaches : elles avaient le poil luisant et semblaient en bonne santé. Lorsqu’on a demandé au vacher comment il avait procédé pour avoir d’aussi belles bêtes, il a répondu : « mayouto » !!!!   Mayouto ?? Montre nous… ! Et le brave de sortir de sa cachette un bidon d’huile de vidange avec laquelle il avait enduit les vaches qui étaient du plus bel effet, lustrées au mazout….

Michel avait donc des occupations variées. Lorsqu’il ne partait pas en brousse, il s’occupait d’améliorer un peu les parcelles de jardin. Cela lui plaisait beaucoup et avait d’ailleurs eu la même initiative à Pangi au terme précédent.  Participant ainsi à la vie du poste, nous nous sentions plus intégrés dans la communauté. On se retrouvait les uns chez les autres à l’occasion d’un apéro, d’un jeu de tennis, d’un anniversaire d’enfant ou simplement en allant tous assister à la séance de cinéma à la Symétain le samedi soir.

 

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