11/01/2010

Une maison bien tenue

Comment faisait-on pour laver le linge ? Vu la chaleur et les randonnées en brousse, Michel changeait de vêtements deux fois par jour ! Et Monique… combien de fois ? Nous étions en sueur tout le temps ! Moi-même, j’étais constamment obligée d’attacher mes cheveux tellement cela me gênait dans la nuque et j’ai d’ailleurs fini par les couper.

Tout se passait à l’extérieur. Le linge sale (trempé la veille) était rassemblé dans la cour où on avait allumé un feu de bûches. Sur quelques pierres, on maintenait en équilibre un chaudron dans lequel le linge (le « blanc ») serait bouilli, lavé au savon de marseille puis rincé dans l’eau de rivière apportée par les porteurs d’eau. Cette eau avait une couleur rouille et il est évident qu’au bout de quelques lavages nos draps, essuies, linge de corps et chemises avaient pris une uniforme teinte rosée !

Une fois sec, le linge était repassé - à l’abri de la pluie - par le lavandier qui devait utiliser un fer à braises. C’était un fer profond, avec de petites ouvertures pour laisser passer l’air, s’ouvrant par le haut au moyen d’une poignée. On y introduisait du charbon de bois, puis il fallait secouer le tout pour bien activer le feu, veiller à ce qu’il n’y ait pas de cendres qui s’échappent et ne salissent le repassage. Bien sûr, on ne pouvait réguler le degré de chaleur… aussi, il y avait sur la table de repassage une cuvette pleine d’eau pour y poser la semelle de temps en temps afin de la refroidir.

C’était tout un métier d’être un bon « lavadère », d’autant plus que les maîtresses de maison étaient très exigeantes : pas de taches, pas de traces de suie ou de cendre, ni de brûlures, ni de faux plis… Les chemises et les « kapitula » (shorts) étaient de grosses toiles kaki ou blanches et difficiles à repasser. C’était un challenge pour ces dames d’avoir un mari toujours impeccable.

Et l'intendance ? Bien qu’occupant à présent un gîte convenable, la cuisine ne disposait pas d’une cuisinière traditionnelle. Une « table de cuisson » avait été fabriquée au moyen de deux touques à essence : l’une dont une paroi adossée au mur extérieur était ouverte pour permettre d’y faire du feu de bois, l’autre raccordée à la première ayant une ouverture dans la cuisine et servant de « four ». Il est évident que ce système ne permettait pas de faire des prouesses car il était très difficile de régler la température… et quelle chaleur dans la cuisine !!!

Pourtant… le pain était fait à la maison. Je ne dis pas le nombre de fois où nous avons dû manger du pain trop ou pas assez cuit. Ne parlons même pas du goût de feu de bois qui agrémentait le pain, le café, les repas….

Heureusement, nous avions engagé un boy cuisinier et qui  - n’étant pas très jeune - avait déjà de l’expérience et était surtout de bonne composition. Comme les gens de maison étaient  licenciés à la fin de terme de leurs employeurs, il y avait toujours des serviteurs à trouver. Je leur faisais passer un petit interrogatoire pour connaître leurs compétences et c’était assez rigolo d’entendre un candidat dire que la mayonnaise était faite à partir de pommes de terre, ou un lavadère prétendre que l’amidon s’ajoutait à l’eau de lessive….

Par exemple, nous avons connu durant notre premier terme un cuisinier qui était très maladroit et trébuchait régulièrement sur les marches de la cuisine avec ses casseroles. Il m’a fallu beaucoup de patience. Un jour, il est arrivé tout souriant me montrer une tarte au sucre calcinée en disant «  heureusement que je l’ai surveillée.. » juste au moment où arrivaient mes invités.

Lors de mon départ en Afrique, une de mes tantes m’avait signalé que durant la guerre on utilisait un four « utilo » . Je me suis mise à la recherche de cet objet et l’ai trouvé encore dans une grosse quincaillerie de Malines . Ce four était en fait une poêle profonde à double fond avec des trous d’aération et se fermait par un dôme sous lequel on posait le plat et qui avait une petite fenêtre permettant de surveiller l’avancement de la cuisson. Ce n’était pas mal du tout, on pouvait poser l’engin sur toute source de chaleur et l’ai utilisé sur la flamme d’un réchaud à essence Coleman.

Un petit frigo ne suffisait pas pour faire des réserves. Dans chaque maison, il y avait une pièce destinée à stocker les autres fournitures telles que le café, les boissons, la farine, les conserves, le pétrole lampant, les allumettes, bougies, les produits de lessive et de nettoyage.

Afin de préserver les denrées des prédateurs tels que rats, souris, lézards, cafards et autres bestioles, il y avait aussi un garde-manger en moustiquaire dont les pieds trempaient dans une boîte de conserve remplie de pétrole.

Les bestioles, parlons en… Lors de mon départ en Afrique, je m’étais imaginé que j’allais rencontrer des « bêtes féroces » ou imposantes (lion, buffle, éléphant…). Je n’ai rien vu de la sorte sauf dans un parc naturel. Michel, par contre, lorsqu’il circulait de nuit sur une piste intérieure de la forêt, a rencontré de petits éléphants et des buffles. 

Au quotidien, il fallait surtout surveiller les dégâts causés par les cafards !!! Ces cancrelats se nichaient surtout à la cuisine et se cachaient dans toute fissure ou derrière les meubles. Il nous arrivait d’aller les surprendre à la lueur d’une lampe torche, ce n’était vraiment pas appétissant ! Ils étaient énormes avec de longues antennes et leur fuite s’entendait au crissement de leurs pattes. En fait, une fois la nuit venue, ils sortaient pour aller se nourrir de toute miette de nourriture qu’ils pouvaient trouver sur la table, d’un peu de farine dans les fentes du bois, d’une tache d’huile et même, ils parvenaient à ronger essuies et tabliers.

Dans les autres parties de la maison, il fallait surveiller le contenu des armoires car on pouvait avoir des dégâts même dans le linge de maison ! Malgré les moustiquaires, de minuscules fourmis très gourmandes arrivaient à pénétrer dans la maison. Et si un peu de sucre avait sali un coussin, un napperon… au matin on y trouvait un trou. Et avec un enfant qui grimpait partout, c’était inévitable.

Par contre, j’ai vite appris qu’il ne fallait pas se méfier des lézards qui collaient au mur et même au plafond, car ils se nourrissaient des insectes qui nichaient dans la maison. C’était d’ailleurs amusant de voir à quelle vitesse ils se déplaçaient pour attraper leur proie.

Si lors du premier terme nous avons toujours dormi sous moustiquaire, tout doucement nous avons abandonné cette habitude pour avoir moins chaud et les mouvements plus libres. Par contre, Monique était toujours protégée. Mais nous nous méfions quand même des moustiques… chaque soir le boy devait aller asperger les chambres au moyen d’une pompe à « Flytox »

 

Commentaires

Très bel article, votre expérience est intéressante. L'éducation d'aujourd'hui est très différente mais les conditions ne sont pas les mêmes. Je pense tout de même que l'importance que l'on accorde à l'entretien de la maison reste encore très présente, notamment concernant l'entretien du jardin.

Écrit par : www.monmobilierdejardin.fr | 19/05/2014

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