14/12/2009

Le Baudouinville

Compagnie-maritime

 

BaudouinvilleNous avons donc fait le voyage de retour en bateau. Les Charlier (et d'autres aussi sans doute) nous avaient chaudement recommandé de revenir par bateau et ensuite par le train; que c'était “prodigieux”! Oui, sans aucun doute. Le Baudouinville, récent fleuron de la Compagnie Maritime Belge, était très luxueux pour l'époque. Il y avait près de trois cent passagers et autant de personnel de bord. Les installations étaient très confortables. Nous, comme simples petits fonctionnaires, étions logés dans une cabine au troisième pont inférieur (on avait un hublot quand même). Des lits superposés & lavabo mais douche et WC à l'extérieur. Un lit pliant pour le bébé et, service suprême, une femme de chambre qui veillait aussi lorsque le soir venu nous allions souper en laissant Monique dans son berceau.

Compagnie-menus

 

Il y avait une salle à manger splendide située à un étage inférieur qui, nouveauté, possédait une climatisation. Nous étions 6 convives par table qui nous était allouée une fois pour toutes, pour toute la durée du voyage. Un serveur attitré nous présentait chaque jour un menu différent qui était imprimé à bord. Le repas des enfants était servi avant le repas des adultes dans une petite salle à manger adjacente.

Pont
Sur le pont promenade, des rangées de chaises-longues attendaient les passagers qui profitaient du grand-air. Les enfants n’y étaient pas admis. Il existait une nursery et garderie spécialement dédiée aux enfants de moins de 12 ans avec des monitrices pour s'occuper d'eux. C'était très bien équipé: il y avait même un manège...

Au début, Monique acceptait facilement de nous quitter pour la matinée. Nous la récupérions pour le repas de midi et la mettions ensuite à la sieste dans notre cabine. Malheureusement, au bout de quelques jours, une gamine a fait une chute avec Monique dans les bras. La fillette avait été très choquée ainsi que le personnel car Monique avait fait des convulsions. Par la suite, nous avons eu plus difficile à la déposer à la garderie.

Bastinguage
Les premiers jours de traversée ont été pénibles pour beaucoup de personnes. Nous avons essuyé une tempête dans le Golfe de Gascogne et j'ai vraiment été malade. Je ne mangeais plus rien, ce n'était pas mieux. Même le personnel était malade… Seuls quelques irréductibles (dont Michel) arrivaient à la salle à manger où les tables et chaises étaient fixés au sol et les nappes mouillées pour que la vaisselle ne glisse pas.

C'est à l'escale de Tenerife que j'ai refait surface. Nous avons pu débarquer pour visiter la ville. Nos premiers pas étaient hésitants car nous marchions en chaloupant comme des marins après 5 jours de mer. Evidemment, au débarquement nous attendait une flopée de marchands ambulants nous proposant des broderies de Tenerife, de orfèvreries de Tolède et plein d'autres choses. Mais en tout premier lieu, une calèche nous invitait à faire un tour pour admirer le panorama depuis la hauteur de la ville.

TapisA la fin de la journée, lorsque les passagers remontaient à bord, les vendeurs revenaient à la charge en diminuant sérieusement leurs prix et certains voyageurs le savaient très bien. C'est ainsi que les dernières affaires se concluaient à partir de la rambarde du bateau et que l'échange marchandise et argent s'effectuait au moyen d'un panier descendu et hissé à bord.

A partir des îles Canaries le temps était réellement splendide. Des toiles blanches avaient été tendues au dessus des différents ponts. Durant l'escale, nous étions ainsi à l'abri du soleil. C'est à partir de ce moment que chacun a pu faire une courte visite dans les cales pour accéder aux malles afin de faire l'échange vêtements d'hiver contre vêtements d'été.

Durant la traversée, il été organisé une visite du bateau et de tous ses équipements. Nous avons ainsi vu bien sûr la passerelle du commandant, la salle des machines, les cuisines, les réserves (6 mois d'alimentation pour 500 personnes), la boulangerie, la boucherie, les chambres froides... l'imprimerie, car le menu était imprimé à bord chaque jour. Il y avait la lingerie où on pouvait donner du linge à laver et à repasser.

Une grande salle servait à la fois de cinéma, de chapelle et de salle de spectacle suivant les nécessités. Nous avions accès au cinéma gratuitement. Nous pouvions emprunter de la lecture à la bibliothèque. Il y avait un salon de beauté et un coiffeur, une boutique, une poste. On pouvait à partir du bateau prendre contact avec notre famille, les messages destinés aux passagers étant affichés sur un tableau à l'accueil. Quelle organisation !!!.

Il y avait aussi une piscine entourée d'un espace solarium. Elle était assez petite et on s'est vite rendu compte qu’il n'y avait pas moyen de nager vraiment. D'ailleurs il était interdit de faire beaucoup de remous pour n'éclabousser personne (interdit de courir, sauter ou plonger). Nous avons donc renoncé.

Après l'épisode du mal de mer, chacun a refait surface et les chaises-longues étaient recherchées. Nous nous installions volontiers en-dessous d'une de ces tentes blanches, une consommation nous étant servie durant la matinée. Le salon-bar était ouvert, fréquenté par des groupes de personnes qui se connaissaient et s'amusaient beaucoup.

Pour notre part, nous avons fait connaissance d'un jeune colonial substitut à Kindu qui retournait aussi pour son second terme. Nous avons ensemble beaucoup joué au poker menteur tout en sirotant l'apéro pour eux et le jus de tomate pour moi. Durant ce temps Monique était à la garderie.

J'avais emporté avec moi un joli ouvrage de broderie; Michel lisait un journal à notre disposition ou allait faire un petit tour. Certains soirs, il y avait soirée dansante dans le grand salon. Nous y avons fait une petite apparition car nous nous sommes vite rendu compte que les consommations étaient fort chères…  mais surtout que nous ne faisions partie d'aucun groupe et nous étions un peu perdus.

C'est en lisant les messages affichés que Michel a réalisé que nous étions nommés à Léopoldville. Nous n'étions pas enchantés.. toutes nos affaires étaient encore à Pangi! Il a donc fallu envoyer un télégramme à Bruxelles pour demander l'autorisation de continuer le voyage sur Kindu afin de récupérer nos malles et surtout notre voiture. Par retour de courrier, la mutation a été annulée et nous avons continué le voyage par train sur Kindu.

 

Commentaires

Bonjour Vous étiez à Léopoldville. J'étais à Stan.

Vous êtes à l'honneur chez moi
nes-pouraimer.skynetblogs.be

Écrit par : Anatolie Cousine | 21/12/2009

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