27/11/2009

Une histoire vachement drôle

Les autorités avaient introduit l'élevage de vaches dans le Maniema. Elles étaient arrivées (avec deux taureaux) par camion depuis le Ruanda. Un jour, Jean Semet a du faire venir un vétérinaire pour castrer un taureau un peu trop vigoureux qui cassait les enclos pour aller retrouver les femelles.

Ce “spécialiste” est arrivé dans une voiture américaine rutilante, en tenue impeccable, une serviette d'instruments précieux à la main. Il a fallu demander aux villageois d'attraper le fameux taureau. Les africains de la région ne connaissant pas ces animaux en avaient peur et personne n'osait l'approcher. On a donc du réquisitionné des “volontaires” pour le maîtriser. Finalement, le taureau a été immobilisé par le poids du village tout entier qu'il avait sur le dos! (Il faut bien avouer que c'est plus par curiosité que les africains ont finalement approché).

Lorsque le vétérinaire est enfin parvenu à fixer les pinces sur les testicules de l'animal, celui-ci a fait un tel bond que tout le monde s'est trouvé par terre. Le pauvre taureau s'est encouru en forêt, les pinces bringuebalant entre ses pattes et il n'en est pas revenu. On en a rit pendant longtemps. Le vétérinaire riait moins, lui, il était quitte d'une belle paire de pinces!

 

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26/11/2009

Soirées & rigolades

Suite au réveillon, nous sommes volontiers allés en brousse dans le poste où les Semet étaient cantonnés. Nous nous y sommes beaucoup amusés. Nous formions une bande de rigolards avec l'infirmière, le docteur, le groupe Solvay, les Lorgé (agent sanitaire).

Groupe

Un soir, nous nous sommes tous retrouvés chez les Semet pour une soirée dansante. Nous allions y passer la nuit malgré qu’il n'y avait pas assez de “logement” pour tous. Madame Semet avait décoré la maison et fait faire des tentures en tissu africain. Je me souviens qu'elle avait choisi du pagne avec en impression la photo du roi Baudouin, c'était rigolo.

Monsieur Semet avait confectionné un bar en bambou, bar qui était sérieusement garni d'ailleurs! Durant la soirée, les hommes ont fait des mélanges, des cocktails, accompagnés d'éclats de rires et de commentaires plus farfelus les uns que les autres. Ils parlaient beaucoup de “peppermint” et autres breuvages et avaient fait un certain nombre d'essais...

Aux petites heures, nous irions dormir dans notre voiture qui pour la circonstance avait été garnie de petits rideaux. Nous avons été chahutés dans l'hilarité générale bien sûr. Mme Schoemacker (infirmière de Solvay) qui, elle, devait loger dans le séjour, se promenait en baby-doll. Un petit finaud a meme trouvé amusant de recommencer à danser en tenue de nuit.

Nous avons aussi organisé des soirées déguisées thématiques avec, entre-autres, une soirée Western chantant au clair de lune sous la barza au son de la guitare de Lorgé.

Disposant de tenues de soirée, nous avons même organisé un souper fin aux chandelles. Mais cela ne plaisait pas à tout le monde… l'histoire nous a été répétée à Kindu que: "dans le territoire de Pangi, il y a des dingues qui organisent des soirées “chic”!"

 

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24/11/2009

Expédition

Revenant au poste de Pangi, donc, nous avons formé un groupe d’amis qui, comme nous, ne faisaient pas partie de la « territoriale ». C’est ainsi, que lorsque c’était possible, Michel choisissait d’aller en brousse du côté de Kalima où étaient installés les Semet. Nous y occupions un gîte très correct. Les hommes, agronomes tous les deux, travaillaient alors ensemble et nous nous retrouvions le soir pour les bavardages et plaisanteries.

Les Semet n’étaient pas très gâtés en brousse, ils y étaient tellement isolés… Ils dépendaient, comme nous, de la ville de Kindu pour l’approvisionnement et ne profitaient pas du camion courrier qui nous amenait les vivres une fois par semaine. Quand leur commande arrivait à Pangi, ils devaient encore trouver un moyen d’en prendre possession. Ils avaient, pour commencer, reçu de leur employeur une 2CV Citroën qui n’était absolument pas adéquate pour la vie en brousse. Elle est donc rapidement tombée en morceaux et la carcasse a fini par servir de poulailler. Par la suite, ils l’ont remplacée à leurs frais par une coccinelle VW.

Nos équipées broussardes devenaient aussi de plus en plus risquées. La Stud ne voulait vraiment plus avancer, on tombait en panne pour un oui ou un non. Quand nous n'avions pas encore Monique ce n'était déjà pas drôle mais avec un bébé… ça devenait pénible.

Nous sommes meme tombés en panne en plein midi sur la route de Kisanga. Nous avions avec nous les Semet et leur petite fille Carine (du même âge que Monique). Une fois de plus, il a fallu faire la route à pied en plein soleil! J'avais heureusement un landau. Nous y avons mis les deux bébés, avons coupé quelques feuillages pour leur faire de l'ombre et avons poussé ensemble pour rentrer au poste.

Par un heureux hasard, nous apprenons qu'un des territoriaux (Mr Vandenberg) souhaite faire l'acquisition d'une voiture. Du coup, bien qu'il n’avait pas imaginé acheter de véhicule durant le premier terme, Michel décide lui aussi de changer de voiture.

Il n'était pas question de faire un choix car il n'y avait qu'un  seul représentant de voitures à Kindu - de la marque Peugeot. On discute… on rêve… on décide du modèle… et l'administrateur de territoire autorise le déplacement à condition qu'on revienne au moins avec une voiture !

Comme la Stud avait rendu l'âme pour de bon et que le garage nous la reprendrait pour une somme modique, il fallait bien l'embarquer pour le voyage. Le “cadavre” a été fermement relié avec des lianes à un camion-benne du poste et c'est ainsi qu'elle est arrivée à Kindu. La tête du garagiste: il ne s'était pas  imaginé l'état dans lequel était le véhicule mais il l'a repris quand même.

Le garagiste ne disposant que d'une seule “familiale” (break) que Vandenberg avait élue, Michel n'avait plus de choix. Il est donc revenu avec une Peugeot 4 portes, de couleur bleue. Ensemble, ils ont fait la route avec les deux voitures neuves, attendus avec curiosité par tout le poste!

Peugeot
Heureux comme des rois, nous nous sommes pavanés avec cette voiture, allant la montrer aux uns et aux autres. Et c'est ainsi qu'au bout de quelques jours, Michel me dit : si tu veux, tu peux la conduire... Ce que je fais. Mais n'ayant de la conduite qu'une très petite expérience, je vais trop vite et, en virant pour entrer dans le jardin, je me retrouve dans la haie. Rien n'a été dit, aucun reproche, aucune remarque, au contraire. Le toubib m'a tout de suite proposé de refaire un tour avec la sienne pour oublier l'incident mais j'étais tellement sous le choc que je n'ai pas voulu. Il a fallu notre retour définitif en Belgique pour que plus tard je m'y remette.

Nous étions si fiers de la voiture qu'on souhaitait faire une petit “voyage”: nous avons planifié d'aller à Kalima (poste de la Symétain situé à une centaine de kilomètres) par une piste de brousse. Sont venus avec nous: les Semet, Mme Schoemaecker (avec son chien) plus les deux bébés évidemment.

Carte-maman2

 

A Kalima, nous avons eu l’opportunité d’y faire des courses alimentaires car il y avait une coopérative. Par la même occasion, nous sommes allés au cinéma, diné et logé au Club. Une belle expédition, nous étions ravis. Je me souviens encore du film « trois jeunes filles devant l’amour » - sans doute une stupidité mais comme nous n’avions aucune distraction en brousse cela nous avait fait plaisir.

Nous avions quitté le poste de Pangi, le samedi matin, sans signaler notre départ au bureau du territoire (aujourd’hui, je me rends compte que c’aurait été plus prudent) pensant rentrer le dimanche en fin de journée. Malheureusement, durant la nuit du samedi au dimanche, il avait plu copieusement et les routes étaient devenues fort glissantes à cause du « potopote ». De plus, j’avais une sérieuse crise hépatique et n’étais pas en forme du tout…

Arrivés à quelques kilomètres de Pangi, nous avons trouvé une branche d’arbre plantée en plein milieu de la piste, signal convenu pour prévenir qu’il y avait un danger. Les hommes sont descendus de voiture pour examiner les lieux et en effet, le pont de bois passant sur la rivière avait été emporté à cause de la crue des eaux. Il n’y avait plus moyen de passer.

D’un commun accord, les hommes ont décidé de passer la rivière à pied en portant les bébés, Carine et Monique, mais les mamans n’ont pas été d’accord. Remarquant que de l’autre côté de la rivière, il y avait un planton du poste nous signalant que le chef de territoire avait été prévenu (il savait donc que nous avions quitté le poste sans le signaler), nous devinions qu’on nous attendrait au tournant !

Eh bien non, ce ne serait pas la cas ! Michel a décidé que nous allions rebrousser chemin et faire un énorme détour vers la nouvelle route de Kindu, en chantier celle là. Nous avons roulé une grande partie de la nuit. Il y avait tellement de boue que notre voiture glissait latéralement comme un crabe mais on avançait quand même. Michel était un spécialiste du « potopote », il ne lâchait pas prise. Par moments, on était tellement enlisés qu’on devait quitter la voiture et pousser  pour la sortir de l’ornière, de la boue jusqu’aux genoux, des éclaboussures jusqu’au toit. Finalement arrivés à Pangi, nous avons encore déchargé les vivres « frais »…. et nous avons mangé le fromage français aux petites heures!

A l’appel de 6 heures du matin, Michel s’est présenté au bureau comme si de rien n’était à la grande déconvenue de ceux qui avaient espéré le voir absent et encourir un blâme.

 

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19/11/2009

Réveillons

Cette année-là, le réveillon de Noël s'est passé chez le chef de poste Van Crombrugghe. Nous y étions tous réunis pour un repas traditionnel. Il faut dire que c'était précieux d'être tous ensemble, car à Noël on pensait tous à la belle fête en Belgique et on avait facilement le cafard.

C'était miracleux de pouvoir organiser une fête pareille en pleine brousse. La maîtresse de maison s'était surpassée. Il y avait de l'ambiance et chacun s'était mis en peine pour trouver un petit présent, de porter une tenue de circonstance. Michel n'avait pas été en reste pour amuser la galerie, ainsi que d'autres d'ailleurs.....

Pour la messe de miniuit nous nous sommes rendus à la chapelle installée par les missionnaires de Moyo au village indigène. Il faisait terriblement chaud. Durant l'office je remarquais que tout le monde transpirait beaucoup, mais Michel lui s'est senti plus mal et il a fallu l'évacuer. Comme j'avais mis ce malaise sur le compte de l'excès de boisson et de rires, je n'y ai pas pris garde... mais le lendemain il avait énormément de fièvre et un sérieux dérangement intestinal. Très vite il s'est mis à délirer, il m'a fallu demander de l'aide d'urgence. Le poste entier a été en alerte durant la journée de Noël, Michel en quelques heures étant devenu méconnaissable !

L'agent sanitaire, Lorgé, a fait immédiatement des analyses et a constaté tout de suite que Michel faisait une typhoïde, mais il ne pouvait administrer de médicament (ce n'était pas étonnant, car en brousse lors de ses périples il arrivait à Michel de boire l'eau des rivières). J'étais terriblement inquiète, je changeais constamment literie et linge, prenais de sérieuses précautions en me lavant constamment les mains, tout en devant m’occuper de Monique qui réclamait aussi mon attention.

Le médecin, rentré de Kindu le lendemain de Noël, a pu intervenir très vite mais s'est sévèrement fait admonester par l'administrateur de territoire, car il avait quitté le poste sans prévenir (les agents de l'état ne pouvaient pas quitter le poste sans autorisation, je suppose que c'était aussi une question de sécurité).

Espérant pouvoir assister au bal de fin d'année qui aurait lieu chez l'administrateur de territoire, j’ai vu arriver avec soulagement la guérison de Michel. En effet, pour ce réveillon ‘57, Juvel avait demandé qu'on fasse un sérieux effort : que les messieurs soient en smoking ou uniforme de cérémonie blanc, les dames en robe du soir. Il y avait de l'effervescence dans le poste, ces dames cousaient... Comme j'avais ma vieille machine à coudre, j'ai confectionné pour Michel une veste de smoking blanc en coutil que j'avais acheté à la cantine indigène. J’avoue avoir été assez fière de l'avoir réussi. J'avais même cousu un ruban de soie le long d'un pantalon noir ! Pour ma part, j'avais demandé à Maman de m'envoyer une ancienne robe du soir de Lily, que j'avais transformée en robe-bustier.

Vu l'état encore fragile de Michel, nous avons fait une courte apparition à cette soirée où étaient invités tous les agents du territoire et ceux de la Cotonco. Madame Semet venait d'arriver de Belgique et c'est à cette soirée que nous avons fait connaissance. Elle portait une robe de satin époustouflante qu'elle avait confectionnée en un tour de main. Cette robe la moulait si bien qu'elle pouvait à peine s'asseoir et se tenait du bout d'une fesse sur un tabouret de bar. Elle a fait sensation. Il faut dire qu'elle avait travaillé dans une grande maison de couture bruxelloise et s'y connaissait.

C’est aussi lors de ce réveillon que nous avons fait la connaissance des Chêne, agents de la Cotonco (par la suite au second terme, nous allions devenir voisins et amis) et de Dutilleux, dit « bidule » que nous remplacerions plus tard au poste de Kayuyu. Il y avait aussi deux couples de colons de la région les Minsart et les Hambursin, gens très intégrés dans le monde africain. Nous avons eu l’occasion de visiter leurs installations ; ils faisaient le marché de coton, d’arachides achetant leurs productions aux cultivateurs indigènes. Michel devait d’ailleurs accompagner les camions lors de la campagne de marchés pour surveiller que tout se passe bien.

 

 

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16/11/2009

Vie de broussards

Nous avons recommencé à aller en brousse quand Monique a été sevrée et est passée au biberon. Nous partions à nouveau ensemble, emportant malles-lit, malles-cantine, filtre à eau, lit et bain pour le bébé et deux boys. Nous étions fameusement chargés !

Il nous est arrivé de loger dans un gîte d'étape de la Cotonco, non loin de la mission de Moyo. C'est là que j'ai pu voir l'étalement des récoltes de coton au soleil pour le faire sécher, c'était éblouissant.

C'est là aussi que, pour la première fois, nous avons rencontré les Chêne (directeur de la station d'égrenage) qui allaient devenir nos voisins & amis au terme suivant. C'était donc pour nous une occasion d'avoir de la compagnie, de partager un repas, de passer la soirée à discuter ou à jouer aux cartes, le séjour en brousse paraissant moins pénible. C'était aussi vrai pour les autres européens. Comme nous commençions à connaître les membres de cette communauté européenne, on s'arrangeait pour faire de la brousse dans la même région.

Le territoire de Pangi étant plus ancien que celui de Punia, il était équipé de gîtes plus convenables pour le passage des broussards. Il y en avait à des distances raisonnables, certains en "dur" et sommairement meublés. D'autres étaient encore en "potopote" avec le toit de feuilles et des sanitaires tellement rudimentaires qu'il fallait se méfier des mauvaises rencontres : serpent, insectes divers... Ceux là n'étaient pas meublés et s'il manquait quelque chose on demandait au chef de village de nous le fournir. Sièges, table… Le fonctionnaire blanc à l'époque représentait l'autorité, on était respectés et il satisfaisait les exigences.

Un jour nous avons appris que Madame Juvel partait à Kindu. Comme notre voiture y était une fois de plus en réparation, Michel a demandé pour que je puisse l'accompagner afin de ramener la Stud. Madame Van Crombrugghe ne demandait pas mieux que de garder Monique pendant une journée. J'étais ravie de faire cette escapade. Nous avons fait l'une et l'autre quelques courses. Quel plaisir de pouvoir pénétrer dans un magasin de vivres ! Et pourtant… ce n'était de loin pas un self-service et il n'y avait pas beaucoup de choix. 

Dans l'après-midi, toujours avec chauffeur, nous avons pris la route du retour, il y avait plus de 100 km à parcourir. A la tombée de la nuit, il restait encore 40 km à parcourir, et oh horreur, pas de contact de phares. Nous avons été obligées de nous arrêter au bord de la route. Les villageois ont immédiatement entouré la voiture. Nous, deux femmes seules… plutôt mal à l'aise. Nous avons expédié un de nos planton à pied vers Pangi pour prévenir nos maris. Jamais attente ne m'a paru aussi longue. Nous avons attendu dans la voiture, sous un terrible orage et les regards curieux des indigènes. Monsieur Juvel et Michel sont venus en jeep à notre secours. Il était 1h ou 2 du matin. Ils avaient avec eux un mécanicien qui a constaté la panne : il nous manquait un fusible. Avec une épingle à cheveux il a pu remettre le contact !

 

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10/11/2009

La bande de Pangi

Comme nous avions organisé un souper pour faire connaissance des autres européens, à notre tour nous avons été invités et avons constaté que dans ce poste-là aussi il y avait des tensions entre deux groupes : les territoriaux et les autres services.

Michel - qui dépendait directement du Paysannat de Kindu - n'avait aucun compte à rendre au chef de poste, ce qui le "dérangeait" un peu. Nous ne faisions donc pas partie du groupe des territoriaux. C'est donc plus par hasard que par affinités que nous avons plutôt fréquenté les "services sociaux" (agent sanitaire, médecin, infirmière, agronome...).

Lors d'une visite qu'il a faite à une station d'expérimentation agricole en brousse, Michel a rencontré un stagiaire qui venait d'arriver : Jean Semet. Ils se sont rendu compte l'un et l'autre qu'ils se connaissaient ayant tous les deux fait leurs études à Vilvorde, tout en n'étant pas de la même année. La femme de Jean venant d'accoucher en Belgique ne viendrait qu’un peu plus tard. Jean faisait partie d'une organisation humanitaire du Centre Social Solvay dépendant de l'U.L.B. et ce n'était pas tellement apprécié des autorités de l'Etat, très catho. Au centre Solvay, ils étaient plusieurs dont une infirmière, une assistante sociale, bien sûr Jean. Ils habitaient tous en brousse.

Nous avons eu d'excellentes relations avec l'infirmière qui était une vraie poupée Barbie : cheveux décolorés, maquillage, chaussures à talons.Elle faisait les gorges chaudes du poste... Elle était visiblement trop citadine pour son rôle mais tellement charmante. Volontiers, Mme Schumacker se déplaçait pour nous dire un petit bonjour. Cette femme, de 13 ans mon aînée, nous appelait "les petits amoureux "et m'a donné beaucoup d'amitié.

Le médecin local, Yvan Beghin - qu'on appelait tous toubib - était aussi célibataire. Nous avons immédiatement sympathisé. Il y avait aussi l'agent sanitaire Michel Lorgé avec son épouse et leurs deux enfants. Ils habitaient une charmante maison ancienne et vaste et nous invitaient volontiers à passer la soirée à jouer aux cartes ou à chanter des airs à la mode (ou des chants scouts) car Lorgé jouait de la guitare.

Beghin était d'un grand raffinement et appréciait qu'on fasse un effort pour ne pas se laisser aller. Le dimanche, il était toujours impeccablement mis. Même célibataire, sa maison était bien tenue et sa table dressée avec soin.

J'ai de mon côté toujours voulu que Michel soit très soigné, ce qu'il avait veillé à être du temps de son célibat. Le dimanche, il portait un short blanc et une chemise de fantaisie. Les Semet et Mme Schumacker participaient également volontiers à un peu de mise en scène. Notre comportement ne plaisait pas à tout le monde… il y avait sans doute un peu de jalousie.

Dans le poste parmi nous, il y avait de l'émulation à faire pousser les plus belles fleurs dans les jardins. On se passait des graines qu'on faisait venir de Belgique. Il y avait un grand esprit d'entr’aide et lorsqu'il manquait quelque chose, on envoyait le boy pour un dépannage chez l'un ou l'autre.

Nous nous retrouvions surtout entre groupe de non-territoriaux. Il faut dire aussi que souvent les agents territoriaux étaient flamands et avaient une autre mentalité plus rigide. Malgré tout, il y avait au poste de Pangi une ambiance plus conviviale qu'à Punia. De temps en temps un repas de moambe était organisé chez l'un ou l'autre. Il y avait aussi un tennis en état où nous faisions des compétitions le samedi.

Le docteur Beghin organisait le dimanche une séance de musique classique. Il possédait un groupe électrogène et pouvait utiliser un tourne-disque. Parfois, nous allions souper chez lui et il mettait de la musique pour danser. J'étais tour à tour dans les bras de Michel et de Beghin, et je disais à Michel : "Fais gaffe, ce type cherche à flirter" mais cela ne le choquait pas. Il était surtout fier de sa femme. Je ne comprenais pas qu'il laisse faire, qu'il ne soit pas jaloux. Les deux hommes s'entendaient parfaitement bien.

Un soir, Beghin est venu chercher Michel à la maison pour lui demander de donner un coup de main pour une opération. Il y avait un hôpital pour africains à Pangi et le groupe électrogène était en panne. Beghin demandait à Michel d'amener sa voiture sur le parking et d'éclairer la salle d'opération avec les phares. Il lui a dit, "si cela vous intéresse vous pouvez assister à l'intervention." Et c'est ainsi que Michel a vu Beghin extirper d'un torse, une branche d'arbre qui l'avait transpercé lors de la chute d'un arbre. Le blessé avait un poumon crevé. Le médecin a scié et ôté la branche, recousu ce qu'il fallait et deux semaines plus tard, le patient retournait à pied vers son village ! Incroyable ce que les indigènes étaient résistants.

Un jour, en revenant de sa tournée dans un lotissement, Michel est prévenu qu'un camion a versé dans une rivière. C'était un camion du poste. Les chauffeurs ne pouvaient pas prendre des passagers mais évidemment on savait qu'ils prenaient des voyageurs non seulement dans la cabine mais aussi au-dessus de leur chargement, ce qui était très dangereux. Il arrivait qu'ils perdent quelqu'un en cours de route et entre indigènes ils n'avaient pas le coeur tendre, ils ne s'arrêtaient pas.

Donc, ce jour là, Michel se rend avec un territorial à l'endroit de l'accident. Ils interrogent le chauffeur qui nie avoir eu des passagers :"Non bwana". Bien sûr les clandestins étaient tous foutu le camp mais, venu du fond des herbes, ils entendent un gémissement. En fouillant le bas côté de la route, ils trouvent un vieux qui était si mal arrangé qu'il n'avait pu prendre le fuite. Ils obligent donc le chauffeur à prendre le blessé avec lui pour le conduire à l'hôpital. Le vieillard en montant dans la cabine se tient à la carrosserie. Le chauffeur claque la portière et le vieux, les yeux exorbités fait signe : "mes doigts, mes doigts" L'autre n'a pas compris et ils sont partis comme çà, les doigts dans pris dans la porte !

 

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Un bébé facile

Papa coufinMonique était un petit bébé facile et gracile. Nous l’enmenions partout avec nous dans son couffin et il y avait parfois la réflexion de surprise de quelqu'un à la fin d'une soirée en constatant qu'il y avait un bébé parmi nous. Jamais Monique n’a eu un recul devant une personne étrangère et allait de bras en bras sans problème.

Le jeune médecin du poste, Yvan Beghin, adorait Monique et venait la voir souvent. Il me demandait conseil pour savoir comment s'occuper d'un petit car une dame du poste allait accoucher incessamment. C'est donc tout à fait instinctivement que j'ai soigné mon enfant. Monique a été sevrée à l'âge de trois mois, ensuite elle a eu des biberons de lait en poudre.

A part la bourbouille - sorte d'éruption due à la chaleur - elle n'a jamais été incommodée sauf à l'âge de 6 mois où elle a été prise de vomissements et refusait le biberon. Le toubib a décrété qu'elle était déshydratée et qu'il fallait lui donner aussi de l'eau sucrée. Les choses sont rapidement rentrées dans l'ordre. Nous avons commencé à lui donner des jus de fruits mais les oranges venant d'Afrique du Sud nous coûtaient fort cher. Chaque jour à l'heure du bain, je lui donnais quelques gouttes de quinine liquide qu'elle prenait sans broncher.

Dès notre installation dans le poste de Pangi, les voisins sont venus se présenter. Nous connaissions déjà les Van Crombrugghe qui étaient à Punia avec nous.Nous avons donc organisé un souper pour tous, le chef de territoire étant encore en Belgique. Nos compagnons nous ont tout de suite mis en garde contre ce Monsieur Juvel, nous disant que c'était une administrateur de territoire à l'esprit tordu et invivable.

Lorsque Monsieur Juvel est rentré de congé, nous avons fait connaissance d'une façon pour le moins inattendue. C'était un samedi, il faisait un temps infect. Il pleuvait des cordes et Michel n'avait pas envie d'aller en lotissement avec ses ouvriers.

A cette époque, on travaillait encore le samedi matin. Comme il avait vu qu'il y avait un four à briques au poste, Michel avait décidé de récupérer les déchets de briques pour les tasser et combler les trous du chemin de notre parcelle. Pour cela, il avait mis ses équipes au travail et circulait avec la jeep du chantier, car notre voiture étant à nouveau en panne, on nous avait donné la jeep « paysannat ». Est arrivé un type en ciré noir, se présentant comme l'administrateur et demandant à Michel ce qu'il faisait là. Mal à l'aise, Michel explique la situation et voilà que Juvel dit : "Bonne idée, on continue cet après-midi (zut alors pour l'après-midi) et on arrange le chemin de toutes les parcelles ». Et c'est ainsi que Juvel et Michel, ma foi, se sont entendus pour les années à venir.

Bien qu'étant à présent logés à Pangi, Michel devait quand même faire trois semaines d'itinérance par mois. Il a commencé par circuler autour du poste de Pangi, rentrant chaque jour, pour continuer la création de lotissements et cela me permettait de m'accoutumer à ma nouvelle vie de jeune maman tout en profitant de la maison.

 

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05/11/2009

Une maman débutante

J'ai fait la connaissance d'une maison adorable, ombrée par de grands palmiers et entourée d'un "barza" (galerie couverte) d'où on avait une belle vue sur le poste. C'est avec un goût inoui que Michel avait arrangé notre home, soigné jusqu'au moindre détail, fleuri, décoré... On m'y attendait ! M'attendait aussi un beau collier de perles que mon mari m'offrait pour la naissance de Monique.

Monic berceauLe colis de Belgique était arrivé juste à point pour l'installation à Pangi. Le berceau fabriqué par André, garni par grand-maman, se trouvait dans un angle du living. Sur un fauteuil Michel avait étalé les trésors que nos deux mamans avaient cousus et brodés. Avec un plaisir évident, j'ai déplié la layette, le linge et admiré les différentes choses qui allaient garnir une chambre de bébé.

Ensemble nous avons fait le tour de la maison. L'installation de la chambre avec une loggia destinée à la nursery, un vaste bureau où je pourrais aussi avoir un coin couture, une salle de bains correcte, un office où je pourrais - à l'aide d'un réchaud Coleman - stériliser et préparer les futurs biberons et éventuellement cuisiner quelque-chose moi-même, une pièce magasin fermée à clé où nous allions entreposer des conserves et aliments secs. Pour moi c'était un soulagement d'avoir les moyens de gérer le ménage.

La cuisine, en briques, était située à une dizaine de mètres de la maison. Disposant d’une cuisinière à bois, il y faisait très chaud ! La lessive comme d'habitude se ferait dans la cour. Nous avions de l'eau courante à la salle de bains, un W.C. au bout de la terrasse. L'eau était entreposée dans des fûts montés sur échafaudage de briques au dos de la maison, à hauteur du toit. Sous un des fûts, un four à bois était aménagé et le soir un feu y était allumé. Ainsi, nous avions de l'eau chaude pour la douche. Comme partout ailleurs, l'eau était approvisionnée chaque jour par porteurs et provenait de la rivière.

Dans le poste de Pangi il y avait 7 maisons pour européens. Le poste était déjà ancien et les bâtiments dataient de l'époque de la création du territoire. Les habitations étaient vieilles mais fraîches et sympathiques avec de bonnes terrasses.

Chez nous, le plafond était en bois foncé, le toit en véritables tuiles. Par grosse pluie, il nous fallait prévoir des bassines de tous côtés pour faire face aux fuites, mais bon, on avait connu tellement pire ! Il n'y avait toujours pas d'éclairage électrique, nous avions la lampe à pression Coleman qui éclairait très bien ainsi que 2 lampes Aladin plus élégantes pour lesquelles j'avais fabriqué des abat-jour. Les lampes transportées d'une pièce à l'autre suivant nécessité avaient l'inconvénient de surchauffer l'atmosphère.

Monic bainDans mon office, j'avais un petit réchaud nécessaire pour chauffer de l'eau ainsi que 2 filtres. Le bain de Monique se donnait dans de l'eau bouillie et filtrée. Ensuite, je lavais la layette dans l'eau du bain. Les langes étaient bouillis et repassés bien à chaud pour les stériliser avec un fer au charbon de bois. C'est ce que j'avais appris à faire lors de mes stages à la Croix Rouge.

J'attachais une grande importance à la propreté et m'occupais moi-même de laver et stériliser les biberons.

J'avais eu quelque notion de puériculture lors de mes études et comme toute jeune maman, je possédais un livre sur la manière d'élever un enfant. J'avais aussi posé beaucoup de questions à ma cousine Georgette. Les différentes façons étaient à la fois bonnes et discutables et, de génération en génération, il y a eu des changements.

J'avais appris à instituer des horaires stricts et réguliers et m'y tenais. Au début, il a fallu donner le sein jour et nuit.

Monique n'était pas un bébé difficile mais ne prenait pas bien le sein et cela m'inquiétait beaucoup. Il fallait la peser avant et après la tétée. C'était fastidieux et fatigant pour tous. La nuit, Michel passait une éponge d'eau froide sur nos visages pour nous garder éveillées. Je n'avais notion des soins à donner au nourrisson que par mes lectures et les oui-dire des autres mamans… ce n'était pas évident.

Lorsque le bébé pleurait et qu'on avait vérifié s'il n'était ni mouillé ni incommodé par une épingle ou un faux pli, qu'il avait fait son renvoi, le berceau était glissé sans pitié dans la pièce d’à côté. Ma foi, très rapidement nous avons eu une nuit complète. Par contre, il y avait une crise de pleurs chaque jour à la même heure. Les boys étaient horrifiés que je ne prenne pas mon enfant dès qu'il pleure, cela ne correspondait absolument pas à leur façon de faire.

 

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02/11/2009

Nouveau départ

Durant mon séjour à Bukavu, Michel a reçu son ordre de mutation pour un autre territoire. Il n'était pas fâché de quitter Punia. Il y régnait une atmosphère désagréable de conflit linguistique entre flamands et francophones (déjà), entre service territorial et autres services, entre fonctionnaires et broussards... Nous, les broussards, étions considérés comme les nomades clochards de la colonie. Nos hommes étaient habillés en kaki la plupart du temps, chaussés de pataugas. Les hommes du poste étaient impeccables et habillés de blanc souvent. Nous traînions avec nous des voitures pleines de « potopote », d'effets pleins de poussière rouge et nous ne faisions pas de manières. Cette espèce de ségrégation existait aussi en ville entre citadins et passants.

Michel a dû donc préparer seul le déménagement de nos effets personnels ainsi que celui des quelques ouvriers qui allaient nous suivre dans le territoire de Pangi. Il a pris la route avec un camion surchargé jusque Kindu où il a séjourné une nuit à l'hôtel. Le camion se trouvait sur le parking de l'hôtel et était surveillé par des gardiens. Notre boy, hérité des Pirson, avait absolument voulu nous suivre dans un territoire et une tribu qui n'étaient pas les siens.

Une ancienne maison de briques et toit de tuiles (rare) nous était attribuée à Pangi et aussitôt arrivé, Michel s'est fait un plaisir de l'aménager selon son goût. Mme Van Crombrugghe (venant de Punia) dont le mari avait été nommé chef de poste quelque temps auparavant, s'est présentée pour régenter la mise en place et cela ne lui a pas plu du tout. Cette personne était certainement bien intentionnée, mais elle ne pouvait s'empêcher de régenter la vie des autres et était envahissante et, en plus, dérangeante et médisante. En fait le problème de Punia recommençait à Pangi...

Lorsque le maison a été prête, Michel a pris la route de Kindu pour venir m'accueillir à ma descente de l'avion venant de Bukavu. J’avais fait le vol avec un bébé de 3 semaines et ne suis donc plus repassée par Punia.

Un des supérieurs de Michel - Mr De Meirsman - s'est fait un plaisir de nous recevoir à dîner. Son épouse qui avait déjà 4 enfants a pu me donner des conseils pour les tétées et les soins du bébé. Michel était fou de bonheur ! De retrouver sa femme surtout, le nouveau-né ne l'intéressait que moyennement.

Papa+bébé
C'était si petit, si fragile et préoccupait surtout la maman. Il a fallu qu'il s'y fasse. Une jeune maman a plutôt l'esprit tourné vers les besoins du nouveau-né que vers les aspirations d'un mari empressé. Il fallait que je donne le sein toutes les 4 heures, c'était fastidieux. C'était pourtant un soulagement d'être à nouveau ensemble, la séparation avait été pénible et nous repartions pour une autre vie. A Pangi.

 

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