24/11/2009

Expédition

Revenant au poste de Pangi, donc, nous avons formé un groupe d’amis qui, comme nous, ne faisaient pas partie de la « territoriale ». C’est ainsi, que lorsque c’était possible, Michel choisissait d’aller en brousse du côté de Kalima où étaient installés les Semet. Nous y occupions un gîte très correct. Les hommes, agronomes tous les deux, travaillaient alors ensemble et nous nous retrouvions le soir pour les bavardages et plaisanteries.

Les Semet n’étaient pas très gâtés en brousse, ils y étaient tellement isolés… Ils dépendaient, comme nous, de la ville de Kindu pour l’approvisionnement et ne profitaient pas du camion courrier qui nous amenait les vivres une fois par semaine. Quand leur commande arrivait à Pangi, ils devaient encore trouver un moyen d’en prendre possession. Ils avaient, pour commencer, reçu de leur employeur une 2CV Citroën qui n’était absolument pas adéquate pour la vie en brousse. Elle est donc rapidement tombée en morceaux et la carcasse a fini par servir de poulailler. Par la suite, ils l’ont remplacée à leurs frais par une coccinelle VW.

Nos équipées broussardes devenaient aussi de plus en plus risquées. La Stud ne voulait vraiment plus avancer, on tombait en panne pour un oui ou un non. Quand nous n'avions pas encore Monique ce n'était déjà pas drôle mais avec un bébé… ça devenait pénible.

Nous sommes meme tombés en panne en plein midi sur la route de Kisanga. Nous avions avec nous les Semet et leur petite fille Carine (du même âge que Monique). Une fois de plus, il a fallu faire la route à pied en plein soleil! J'avais heureusement un landau. Nous y avons mis les deux bébés, avons coupé quelques feuillages pour leur faire de l'ombre et avons poussé ensemble pour rentrer au poste.

Par un heureux hasard, nous apprenons qu'un des territoriaux (Mr Vandenberg) souhaite faire l'acquisition d'une voiture. Du coup, bien qu'il n’avait pas imaginé acheter de véhicule durant le premier terme, Michel décide lui aussi de changer de voiture.

Il n'était pas question de faire un choix car il n'y avait qu'un  seul représentant de voitures à Kindu - de la marque Peugeot. On discute… on rêve… on décide du modèle… et l'administrateur de territoire autorise le déplacement à condition qu'on revienne au moins avec une voiture !

Comme la Stud avait rendu l'âme pour de bon et que le garage nous la reprendrait pour une somme modique, il fallait bien l'embarquer pour le voyage. Le “cadavre” a été fermement relié avec des lianes à un camion-benne du poste et c'est ainsi qu'elle est arrivée à Kindu. La tête du garagiste: il ne s'était pas  imaginé l'état dans lequel était le véhicule mais il l'a repris quand même.

Le garagiste ne disposant que d'une seule “familiale” (break) que Vandenberg avait élue, Michel n'avait plus de choix. Il est donc revenu avec une Peugeot 4 portes, de couleur bleue. Ensemble, ils ont fait la route avec les deux voitures neuves, attendus avec curiosité par tout le poste!

Peugeot
Heureux comme des rois, nous nous sommes pavanés avec cette voiture, allant la montrer aux uns et aux autres. Et c'est ainsi qu'au bout de quelques jours, Michel me dit : si tu veux, tu peux la conduire... Ce que je fais. Mais n'ayant de la conduite qu'une très petite expérience, je vais trop vite et, en virant pour entrer dans le jardin, je me retrouve dans la haie. Rien n'a été dit, aucun reproche, aucune remarque, au contraire. Le toubib m'a tout de suite proposé de refaire un tour avec la sienne pour oublier l'incident mais j'étais tellement sous le choc que je n'ai pas voulu. Il a fallu notre retour définitif en Belgique pour que plus tard je m'y remette.

Nous étions si fiers de la voiture qu'on souhaitait faire une petit “voyage”: nous avons planifié d'aller à Kalima (poste de la Symétain situé à une centaine de kilomètres) par une piste de brousse. Sont venus avec nous: les Semet, Mme Schoemaecker (avec son chien) plus les deux bébés évidemment.

Carte-maman2

 

A Kalima, nous avons eu l’opportunité d’y faire des courses alimentaires car il y avait une coopérative. Par la même occasion, nous sommes allés au cinéma, diné et logé au Club. Une belle expédition, nous étions ravis. Je me souviens encore du film « trois jeunes filles devant l’amour » - sans doute une stupidité mais comme nous n’avions aucune distraction en brousse cela nous avait fait plaisir.

Nous avions quitté le poste de Pangi, le samedi matin, sans signaler notre départ au bureau du territoire (aujourd’hui, je me rends compte que c’aurait été plus prudent) pensant rentrer le dimanche en fin de journée. Malheureusement, durant la nuit du samedi au dimanche, il avait plu copieusement et les routes étaient devenues fort glissantes à cause du « potopote ». De plus, j’avais une sérieuse crise hépatique et n’étais pas en forme du tout…

Arrivés à quelques kilomètres de Pangi, nous avons trouvé une branche d’arbre plantée en plein milieu de la piste, signal convenu pour prévenir qu’il y avait un danger. Les hommes sont descendus de voiture pour examiner les lieux et en effet, le pont de bois passant sur la rivière avait été emporté à cause de la crue des eaux. Il n’y avait plus moyen de passer.

D’un commun accord, les hommes ont décidé de passer la rivière à pied en portant les bébés, Carine et Monique, mais les mamans n’ont pas été d’accord. Remarquant que de l’autre côté de la rivière, il y avait un planton du poste nous signalant que le chef de territoire avait été prévenu (il savait donc que nous avions quitté le poste sans le signaler), nous devinions qu’on nous attendrait au tournant !

Eh bien non, ce ne serait pas la cas ! Michel a décidé que nous allions rebrousser chemin et faire un énorme détour vers la nouvelle route de Kindu, en chantier celle là. Nous avons roulé une grande partie de la nuit. Il y avait tellement de boue que notre voiture glissait latéralement comme un crabe mais on avançait quand même. Michel était un spécialiste du « potopote », il ne lâchait pas prise. Par moments, on était tellement enlisés qu’on devait quitter la voiture et pousser  pour la sortir de l’ornière, de la boue jusqu’aux genoux, des éclaboussures jusqu’au toit. Finalement arrivés à Pangi, nous avons encore déchargé les vivres « frais »…. et nous avons mangé le fromage français aux petites heures!

A l’appel de 6 heures du matin, Michel s’est présenté au bureau comme si de rien n’était à la grande déconvenue de ceux qui avaient espéré le voir absent et encourir un blâme.

 

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