19/11/2009

Réveillons

Cette année-là, le réveillon de Noël s'est passé chez le chef de poste Van Crombrugghe. Nous y étions tous réunis pour un repas traditionnel. Il faut dire que c'était précieux d'être tous ensemble, car à Noël on pensait tous à la belle fête en Belgique et on avait facilement le cafard.

C'était miracleux de pouvoir organiser une fête pareille en pleine brousse. La maîtresse de maison s'était surpassée. Il y avait de l'ambiance et chacun s'était mis en peine pour trouver un petit présent, de porter une tenue de circonstance. Michel n'avait pas été en reste pour amuser la galerie, ainsi que d'autres d'ailleurs.....

Pour la messe de miniuit nous nous sommes rendus à la chapelle installée par les missionnaires de Moyo au village indigène. Il faisait terriblement chaud. Durant l'office je remarquais que tout le monde transpirait beaucoup, mais Michel lui s'est senti plus mal et il a fallu l'évacuer. Comme j'avais mis ce malaise sur le compte de l'excès de boisson et de rires, je n'y ai pas pris garde... mais le lendemain il avait énormément de fièvre et un sérieux dérangement intestinal. Très vite il s'est mis à délirer, il m'a fallu demander de l'aide d'urgence. Le poste entier a été en alerte durant la journée de Noël, Michel en quelques heures étant devenu méconnaissable !

L'agent sanitaire, Lorgé, a fait immédiatement des analyses et a constaté tout de suite que Michel faisait une typhoïde, mais il ne pouvait administrer de médicament (ce n'était pas étonnant, car en brousse lors de ses périples il arrivait à Michel de boire l'eau des rivières). J'étais terriblement inquiète, je changeais constamment literie et linge, prenais de sérieuses précautions en me lavant constamment les mains, tout en devant m’occuper de Monique qui réclamait aussi mon attention.

Le médecin, rentré de Kindu le lendemain de Noël, a pu intervenir très vite mais s'est sévèrement fait admonester par l'administrateur de territoire, car il avait quitté le poste sans prévenir (les agents de l'état ne pouvaient pas quitter le poste sans autorisation, je suppose que c'était aussi une question de sécurité).

Espérant pouvoir assister au bal de fin d'année qui aurait lieu chez l'administrateur de territoire, j’ai vu arriver avec soulagement la guérison de Michel. En effet, pour ce réveillon ‘57, Juvel avait demandé qu'on fasse un sérieux effort : que les messieurs soient en smoking ou uniforme de cérémonie blanc, les dames en robe du soir. Il y avait de l'effervescence dans le poste, ces dames cousaient... Comme j'avais ma vieille machine à coudre, j'ai confectionné pour Michel une veste de smoking blanc en coutil que j'avais acheté à la cantine indigène. J’avoue avoir été assez fière de l'avoir réussi. J'avais même cousu un ruban de soie le long d'un pantalon noir ! Pour ma part, j'avais demandé à Maman de m'envoyer une ancienne robe du soir de Lily, que j'avais transformée en robe-bustier.

Vu l'état encore fragile de Michel, nous avons fait une courte apparition à cette soirée où étaient invités tous les agents du territoire et ceux de la Cotonco. Madame Semet venait d'arriver de Belgique et c'est à cette soirée que nous avons fait connaissance. Elle portait une robe de satin époustouflante qu'elle avait confectionnée en un tour de main. Cette robe la moulait si bien qu'elle pouvait à peine s'asseoir et se tenait du bout d'une fesse sur un tabouret de bar. Elle a fait sensation. Il faut dire qu'elle avait travaillé dans une grande maison de couture bruxelloise et s'y connaissait.

C’est aussi lors de ce réveillon que nous avons fait la connaissance des Chêne, agents de la Cotonco (par la suite au second terme, nous allions devenir voisins et amis) et de Dutilleux, dit « bidule » que nous remplacerions plus tard au poste de Kayuyu. Il y avait aussi deux couples de colons de la région les Minsart et les Hambursin, gens très intégrés dans le monde africain. Nous avons eu l’occasion de visiter leurs installations ; ils faisaient le marché de coton, d’arachides achetant leurs productions aux cultivateurs indigènes. Michel devait d’ailleurs accompagner les camions lors de la campagne de marchés pour surveiller que tout se passe bien.

 

 

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Commentaires

Bonjour,
J' ai vécu et travaillé deux ans de mi-67 à fin 69 à Lusolo près de Kalima à la rizerie ayant appartenu à André Minsart et son beau-frère Marcel Hambursin impliqué involontairement en 67 dans le détournement de l' avion de Tshombe.

Écrit par : André Dessy | 21/11/2009

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