29/10/2009

Délivrance

Le 29 août, à 1 heure du matin, j'ai ressenti les premiers tiraillements dans les reins et ai été réveiller Georgette me demandant si c'était le travail qui commençait. Eugène nous conduites à l'hôpital où je suis entrée en pleine confiance. Nous avons bavardé toute la nuit Georgette et moi, raconté des gags et des blagues. De temps en temps, je disais "arrête, j'ai une contraction" et j'appliquais les principes de la relaxation et de respiration.

L'infirmière qui n'était pas adepte du système, passait la tête par la porte  "l'accouchement sans douleur, ça n'existe pas. Hein ma petite dame?" Mais je tenais bon. A 7 heures du matin, j'ai copieusement déjeuné. A 9 heures, on a dû me mener en vitesse vers la salle d'accouchement. Là, cela devenait sérieux : au moment de la naissance de Monique, j'ai mordu dans le bras de Georgette qui en a eu un beau bleu durant 2 semaines, la pauvre. Moi, j’avais perdu 9 kilos.

Je suis restée à l'hôpital de Bukavu, bien seule et désespérée de n'avoir pas mon mari auprès de moi pour admirer notre petite fille de 2,9kg toute mignonne et dont j'était si fière. J'écrivais mes états d'âme à Michel, il m'écrivait aussi. C'était certainement plus dur pour lui que pour moi. Resté seul en brousse, il m'a avoué par la suite qu'il avait le cafard, qu'il ouvrait mes tiroirs pour caresser mes affaires rappelant son amour absent.

J'étais dans un grand dénuement et il n'était pas question de demander un supplément ou une aide quelconque : je n'en avais pas les moyens. J'avais si peu de langes et de linge que je me levais en cachette pour lessiver dans l'évier de la salle de bains.

Maman + vdwLe baptême a eu lieu à l'hôpital et je suis sortie le 5e jour pour attendre encore 3 semaines chez Georgette avant de reprendre l'avion. Je garde une reconnaissance infinie pour elle et Eugène qui m'ont accueillie chez eux alors qu'eux mêmes avaient un nourrisson encore et d'autres enfants. Cela a été une bénédiction d'avoir pu accoucher à Bukavu.

 

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26/10/2009

Séparation provisoire

Nous renseignant pour connaître les dispositions à prendre pour l'accouchement, nous avons compris qu’effectivement, il faudrait me déplacer vers un poste de territoire. Lubutu (situé à 100 km de Punia) n' avait pas d'hôpital mais un médecin d'Etat sensé s'occuper de moi alors qu'à Punia même, il y avait l'hôpital pour Européens mais qui ne prenait pas en charge les agents de l'Etat.

Aberration! Je devrais séjourner à Lubutu 3 semaines avant la date de délivrance dans un hôpital indigène en prenant avec moi le linge, les vivres (???) et un boy pour s'occuper de moi ! De plus le médecin de Lubutu devant de toute façon faire de la brousse comme tout agent, sa présence n'était pas forcément assurée… Face à ce problème, Michel a écrit une belle lettre au médecin-chef de la province pour demander l'autorisation d'un accouchement à Bukavu tenant compte de la présence et de la prise en charge par la famille. La permission a été accordée.

On peut imaginer dans quel état d'esprit nous nous sommes séparés, 3 semaines avant la date d'accouchement, à la plaine d'aviation de Punia. Je suis partie avec mon couffin et mes maigres affaires pour Bukavu. La layette annoncée par les parents n'étant pas arrivée, je n'avais même pas de langes (les langes jetables n'existaient pas).

Ce voyage s'effectuait par petit DC3 qui transportait aussi le fret pour les différents postes. Il y avait peu de sièges pour passagers, les caisses et colis divers se trouvaient à l'arrière de la carlingue retenus par des filets.

C'était un vol assez bon enfant "On y va ? On n'y va pas? Attend-on encore quelqu'un? Il y encore un colis?" L'horaire n'existait pas. On savait qu'il y avait un vol et on connaissait à peu près l'heure de départ lorsqu'on entendait le vrombissement des moteurs à l'atterrissage de l'avion venant de Stan. On avait alors encore bien le temps de se rendre à "l'aéroport".

Il arrivait aussi qu'un avion attendu n'atterrisse pas, le pilote n'ayant pas trouvé la plaine à cause d'un manque de visibilité. Le fret et les passager repartaient alors ailleurs… il fallait avoir le temps au Congo! C'était très frustrant - lorsqu'on attendait à la plaine - d'entendre les moteurs repartir dans le ciel et de s’apercevoir qu'il n'y aurait pas ni vivres frais, ni courrier.

Toujours est-il que pour moi cela n'a pas été le cas e je suis partie avec le coucou mené par deux pilotes qui sans doute étaient expérimentés mais ressemblaient surtout à des baroudeurs. Lorsqu'après un voyage assez secoué, ils ont dû s'y prendre à deux fois pour atterrir à Bukavu (dont la plaine était assez courte), nous avons tous soupiré d'aise de n'avoir pas fini dans les "matiti". 

Mes cousins m'attendaient bien sûr. Georgette avait mis au monde une petite fille quelques semaines auparavant. Elle avait repris l'enseignement à l'Institut des soeurs et s'absentait durant la journée. Eugène était dans son atelier à l'arrière de la maison.

Moi, je n'avais rien de bien particulier à faire et j’ai commencé la confection d'une petite robe brodée pour Cathy que je me faisais un plaisir d'offrir à Georgette. Elle de son côté me passait des affaires nécessaires pour le bébé.

 VdW Piquenique

Nous avons encore fait un dernier pique nique en famille dans la montagne et nagé au lac. Je me débrouillais avec une marinière et un short. Je n'étais pas bien forte, après huit mois de grossesse je pesais le même poids qu'au départ. Bien sûr j'étais un peu angoissée quant à la naissance du bébé. Ma cousine qui avait 5 enfants me rassurait en me promettant d'être avec moi le moment venu.

 

22/10/2009

Retour à Punia

Michel BukavuLe séjour au bord du lac Kivu nous avait fait un bien énorme. Nous nous étions refait une santé grâce au climat et aux bons soins de Georgette. Michel faisait des plans pour un jour acheter du terrain au bord du lac Kivu dans l'intention d'y finir ses jours lorsqu'il serait pensionné... Georgette elle, me proposait de venir habiter chez elle au moment de mon accouchement. C'était une idée géniale évidemment, c'était sûr on allait se revoir.

Nos vacances arrivant à terme, nous avons pris congé de la famille et avons pris la route en sens inverse en espérant cette fois n'avoir pas de blague avec la voiture. Malgré tout, le premier jour à l'arrivée de la nuit nous avons eu des difficultés de phares et c'est de justesse que nous avons quitté l'escarpement avant d'avoir à croiser d'autres véhicules. Cela s'est arrangé à l'aide d'une épingle à cheveux faisant office de fusible! 

Pour le retour, nous avons pris un itinéraire différent ce qui nous a donné l'occasion de faire halte dans un poste où habitaient les Van Hoof agents chez lesquels Michel avait fait son premier stage en brousse. Cela m'a donné l'occasion de voir comment vivaient des agents agronomes deuxième terme, ce que je pouvais espérer dans l'avenir.

En général les agronomes étaient logés dans une maison et une parcelle très agréables, représentatives du savoir faire de leur occupant : jardin luxuriant fait d’arbustes, d’arbres et de fleurs exotiques parvenus là au gré de la fantaisie des uns et des autres. Nous y avons même découvert un caméléon accroché à branche d'arbre et, effectivement, il changeait de couleur suivant son trajet d'ombre et de lumière. C'était la mascotte de la maison !

Les Van Hoof nous ont accueilli avec beaucoup de gentillesse et nous avons logé au gîte du poste. Cela m'a fait du bien de rencontrer des gens qui avaient connu Michel durant sa période de célibat au Congo. C'était un peu comme si je retrouvais une famille là aussi.

De retour à Punia, Michel a recommencé à faire de l'itinérance de semaine en semaine pour suivre son chantier. Pour ma part, j'étais suivie par le médecin de la Symétain qui surveillait ma grossesse et m'a recommandé de lire le livre sur l'accouchement sans douleur dont on commençait à parler à cette époque et de faire les exercices de relaxation. Je faisais cela avec conviction, bien décidée à réussir une expérience qui laissait sceptique bien des gens.

Tant que faisais mes respirations et gymnastique toute seule, cela allait. Mais il était recommandé de faire participer le mari à l'expérience… ce qui était moins évident. Michel devait vérifier si j'étais bien détendue. Il le faisait avec tellement de commentaires et d'humour que cela finissait immanquablement dans les rires et les bras l'un de l'autre. Alors il disait : « nous allons fignoler les pieds » ou « aujourd'hui nous fabriquons les yeux »… il trouvait toujours bien sûr une bonne raison pour recommencer ! Et la semaine, il repartait en brousse...

 

20/10/2009

Escapade de noces

Georgette et Eugène étaient pour moi déjà des coloniaux chevronnés: ils avaient 12 ans de Congo, avaient construit leur maison, et étaient parents de 3 enfants, Claire, Anne Jacques et un quatrième étant attendu pour le mois de juin. Ils étaient encore tous les deux terriblement sous le choc de la perte d'un petit garçon de deux ans et demi, mort d'un accident l'année précédente.

VDW+mamanNous avons été reçus d'une façon charmante. Une des filles nous a cédé sa chambre, nous étions en famille. C'était la première fois que Georgette recevait de la famille chez elle et cela lui faisait un énorme plaisir de pouvoir raconter sa vie, ses débuts, ses expériences... Cela nous faisait un bien fou à toutes les deux de se trouver ensemble, nous nous faisions des confidences. Moi j'étais heureuse d'être un peu gâtée par une cousine plus âgée qui pouvait me donner des conseils. Ma maman me manquait tellement. En fait, nous étions enceintes toutes les deux ce qui nous rapprochait davantage. (Georgette était enseignante à l'internat de jeunes filles de Bukavu).

Michel, lui, tournait en rond. Les bavardages incessants ne l'intéressaient pas tellement et s'il a bien fait l'effort de se rapprocher d'Eugène dans son atelier (il était indépendant et possédait un atelier de réparation de radio et électro ménager), Eugène lui, n'était pas communicatif du tout.

A Bukavu, à part le centre ville bien restreint et le club nautique, il n'y avait pas grand- chose à faire et si on manifestait l'envie d'aller promener, les cousins se faisaient un plaisir de nous emmener nager au lac Kivu. Mais nous, nous avions envie d'être deux et on n'osait pas le dire... Je me souviens avoir été au cinéma voir un film assez osé, condamné par les gens "bien-pensants" et on a dit avoir vu un autre film.

Bukavu lacToujours est-il que lorsque la voiture a été réparée, Michel m'a fait visiter les beaux côtés du lac Kivu ainsi que l'hôtel de "Pointe Claire" où il avait séjourné lors de son passage au début de son terme. On a pris des photos (nos premières photos couleur). Il a voulu prendre le café dans l'unique  pâtisserie de la ville. Le tour était vite fait.

Finalement on a annoncé qu'on allait passer un week-end en amoureux à Usumbura (Ruanda-Burundi). Quel plaisir de rouler sur une route macadamisée, qui serpentait le long de la frontière et passait par une belle chaîne de montagnes. On arrivait à la grande ville d'Usumbura en longeant le lac Tanganyika sur des kilomètres . Dans la ville il y avait des bâtiments à étage !

Nous avons choisi un hôtel où on pouvait loger au premier et où il y avait un téléphone dans la chambre, quel luxe! Finalement pour fêter notre mariage - quand même - nous avons été dîner aux chandelles dans un beau restaurant situé sur les bords du lac. Nous avons même dansé aux sons d'un orchestre. Malheureusement, à peine sortis du restaurant, j'ai rendu mon souper aux poissons ! Michel rigolait disant que c'était bien la peine d'avoir payé aussi cher !

 

15/10/2009

Le Kahusi

Kahuzi

 

Nouveau départ. Jusque-là, nous avions grimpé beaucoup d'escarpements. La voiture souffrait et rechignait à grimper les côtes. Il fallait descendre pour l'alléger mais malgré cela, ce devenait de plus en plus difficile.

Michel a sorti les bagages du coffre mais rien n'y faisait. Pour finir, il a calé les valises sous les pneus arrière pour empêcher la voiture de reculer et pouvoir prendre un élan. Cela devenait hasardeux. Puis, dans le sens de la descente il s'est rendu compte qu'il lui fallait pomper plusieurs fois pour freiner. Moi, n'y connaissant rien, je n'avais pas réalisé. Il s'est arrêté chez un chef de poste qui a pu l'aider avec de l'huile de freins. Ce dépannage a servi durant quelques virages puis le problème a recommencé.

Mais bon, on "montait" le Kahusi. La première vitesse ne voulait plus obéir, alors on filait en deuxième. Une fois au sommet à 2.700 m, on se retrouvait en pleine forêt de bambous réputée être le territoire des gorilles. Il n'y avait plus un village à voir et il n'y faisait pas chaud.

Il fallait redescendre. Nous étions inquiets et Michel a commencé la descente en me prévenant que nous n'avions plus de freins du tout et qu'il allait rouler en deuxième et freiner sur le moteur. La route était très sinueuse et nous avons pris rapidement de la vitesse. La boîte de vitesse ne pouvant résister, nous avons fini en roue libre en dégringolant de plus en plus vite, en longeant la montagne à gauche, le vide à droite... Michel a crié "je vais essayer de viser le talus pour m'arrêter!"

Nous avons heurté le talus à gauche ce qui a provoqué un ricochet qui nous a expédié vers le ravin. Comme un fou Michel a tourné le volant pour rétablir et prendre le tournant suivant et là, ooooh soulagement, dans un choc et trois bonds successifs, la Stud s'est arrêtée le nez dans la terre. Nous sommes sortis en état de choc, tremblant de tous nos membres.Je sanglotais à sec, la gorge nouée, notre planton était gris et disait "tu na kufa, tu na kufa " (on meurt) Dans l'aventure et le mouvement Michel avait perdu son alliance qu'il a retrouvée sur le tapis de la voiture.

Espérant trouver de l'aide… des cantonniers… un village… Michel est parti à pied le long de la route. Dans l'incertitude, à l'écoute de tout mouvement venant des taillis de bambous, inquiète, j'ai trouvé son absence bien longue. Au bout d'une heure, il est revenu bredouille et proposé de descendre le Kahusi en marche arrière. Là, je n'ai pas accepté sa proposition, c'était de la folie! 

Il allait faire nuit, nous nous trouvions là-haut sans aucune possibilité de secours. Il n'y avait plus qu'à attendre l'obscurité et espérer qu'un véhicule voyage de nuit et nous dépanne. Nous avions froid. Avec le planton, Michel a coupé des bambous pour faire du feu, mais le bambou vert ne brûle pas.

Un moment donné il nous a semblé, de loin en loin, entendre l'effort que faisait un véhicule venant vers nous, la montagne répercutant ou masquant le bruit du moteur. Ouf, de l'aide. Effectivement, de Walikalé vers Bukavu, le même itinéraire que nous, venait une voiture avec à son bord un couple, un médecin et sa femme. On les arrêté, expliquant notre problème. On leur a demandé de me prendre avec eux afin de demander de l'aide à Kavumu.

Cet imbécile a refusé "Non, je transporte déjà un groupe électrogène". Alors Michel a insisté: "Ma femme est enceinte, on va quand même pas la laisser ici dans ce froid!". Le groupe électrogène a été transféré dans la Stud et moi j'ai pris place dans la voiture qui m'amenait à Kavumu. Je vois encore Michel enfiler un peignoir en pilou (que nous avions récupéré pour une voyageuse qui l'avait oublié à l'hôtel). Je suis arrivée dans l'obscurité à l'hôtel des Gorilles où on m'a donné une chambre puis je suis allée au garage pour expliquer la situation.

J'y ai été très bien reçue, le garagiste, un européen, m'a rassurée "Ne vous en faites pas ma petite dame, je monte avec un camion qui part à Walikalé, je le sortirai de là votre mari, j'ai l'habitude " Michel là-haut a du prendre son mal en patience, cela avait pris un certain temps. Dans la nuit, il a vu une lueur de phares balayer la forêt de bambous et quelque temps après un camion s'est arrêté d'où est descendu le mécanicien qui a immédiatement décelé la panne.

"Vous avez pété une coupelle de freins et vous perdez l'huile". Il a pincé un tube et a pris le volant, croyant que cela allait tout seul, mais le malheureux ne savait pas que la boîte de vitesse était morte et qu'il n'y avait pas de frein à main. Alors c'est quasi en roue libre qu'ils ont dégringolé cet escarpement dans la nuit. Heureusement, le garagiste connaissait le parcours par coeur. Michel serrait les fesses de trouille, connaissant les défauts de sa voiture, lui !

Nous nous sommes finalement retrouvés à l'hôtel, la voiture étant en bonnes mains. On verrait la suite le lendemain.

Nous avions un budget très serré pour ces vacances, aussi, quand on a discuté avec le garagiste, on lui a demandé de faire le minimum de frais, qu'on allait faire réparer à Bukavu. Cet homme, de bonne foi, a tout simplement coupé un circuit de freins, en nous recommandant d'aller tout doucement jusqu'à notre destination. Le terrain était plat le long du lac Kivu.

Nous nous sommes donc remis en route, confiants, et au bout de quelques kilomètres Michel me dit "on n'a plus de freins". On a continué tout doucement jusqu'à l'entrée de la ville de Bukavu, mais le terrain a commencé à descendre et nous prenions tde la vitesse... Au milieu d'un carrefour, il y avait un policier sur son promontoire qui réglait la circulation en tendant les bras (je suis rouge, je suis vert). Il était face à nous et voyant d'un air ahuri qu'on n'allait pas s'arrêter il a vivement pivoté "je suis vert" et on est passé au ras de ses pieds!

A partir de là, on était à nouveau en montée, plus de problème de freins, mais problème de boîte de vitesses. Michel heureusement connaissait la ville et savait qu'au bout de la côte il y avait une aire de parking. On y est arrivés de justesse et il a coupé les gaz. Avec des soubresauts, la voiture a pris correctement une place à côté d'un taxi et ni une ni deux on y a transféré nos bagages. La tête du chauffeur, il n'y comprenait rien, on abandonnait une si belle bagnole pour son vieux char.

Bukavu Hotel Tourist2
On s'est fait conduire à l'Hôtel des Touristes, (je souhaitais un hôtel avec un escalier pour monter aux chambres, cela me manquait) non loin de chez Georgette et de là on lui a téléphoné pour prévenir qu'on était arrivés. Cinq minutes plus tard, Eugène et Georgette venaient nous chercher. Pas question de loger à l'hôtel, on était attendus chez eux. Vu nos finances cela nous arrangeait bien.

 

13/10/2009

Les Seigneurs de la forêt

Aussitôt que la voiture a été remise en état, nous avons fait nos bagages pour partir. Il a fallu demander la permission de quitter le territoire, ce que nous avons obtenu.  A l'époque, les indigènes eux, pour quitter un territoire, devaient avoir une feuille de route signée par le chef de poste! Cela paraît assez militaire aujourd'hui, mais il semble qu'il y avait des raisons de sécurité pour chacun. Au moins on savait qui circulait, d'où il venait, où il allait.

Le jour du départ, nous avons embarqué au lever du jour. Un planton nous accompagnait, comme toujours lors d'un déplacement et nous avons vu que c'était bien nécessaire en cas de panne. A peine en route j'ai été prise d'insurmontables nausées, sans doute provoquées par l'énervement.

Si Michel s'arrêtait avec patience au début, il devait faire la sourde oreille à mes lamentations par la suite et se dépêchait d'arriver à la première étape. Il m'a sorti de la voiture, et d'un coup de pied a poussé une porte et m'a portée au lit avant d'avoir vu l'hôtelier. Nous sommes arrivés juste avant la tombée de la nuit, il devait être vers 18 hrs. Une journée de piste ce n'était pas rien.

Ce n'est que le lendemain matin que je me suis rendue compte que nous étions dans un endroit charmant. Une source en cascade chantait derrière l'hôtel, il y avait beaucoup de verdure et c'est au bercement de souvenirs ardennais que je m'étais reposée tant et si bien que j'étais tout à fait remise. J'étais enceinte de 5 mois.

Le second jour de voyage fut autrement mouvementé. Avant notre départ de Punia, nous avions rencontré au Club Symétain un type très sympa qui venait chercher un gros groupe électrogène à emporter à Walikalé. Nous nous étions entendus pour nous retrouver au camp où il travaillait. Comme nous entamions la seconde journée de notre périple, par un escarpement cette fois, au détour de la route (toutes les routes étaient en latérite évidemment) nous tombons nez à nez avec l'équipe au groupe électrogène, en panne en plein milieu d’un pont de bois. Sous le poids, le châssis de leur camion avait cédé.

Nous avons dû abandonner notre voiture et nous glisser par le côté le long de leur véhicule pour passer de l'autre côté. Il faudrait attendre des heures pour pouvoir libérer le passage.

Seigneurs1
Nous avons donc été invités à passer la journée dans leur camp d'expédition scientifique patronnée par le roi Léopold III où ils réalisaient un film qui s'intitulait " Les Seigneurs de la Forêt". Ce film. a été projeté lors de l'exposition de Bruxelles en 1958. Nous avons été reçus d'une façon fantastique. On nous a fait visiter les installations, nous avons vu les différents animaux en cage, un gorille dans un enclos immense où il disposait de verdure et d'espace. Pour ne pas l'effaroucher on avait pratiqué différentes ouvertures dans les cloisons pour avoir l'occasion de le filmer sous tous les angles.

Les cages des animaux étaient garnies d'un sol en ciment, (mieux que nous en brousse). Je me souviens qu'on ouvrait des boîtes de crabe pour une loutre, cela m'avait offusquée. Je me suis promenée avec un jeune chimpanzé à la main, il était emmitouflé d'une écharpe parce-qu'il avait un refroidissement. On nous a emmenés en forêt visiter la maison de bois et moustiquaire construite sur pilotis où le roi et la princesse Liliane étaient venus loger, une ou deux nuits. Quel investissement pour ce faire !

On nous a montré comment on prenait le son, de nuit comme de jour. Les techniciens étaient plein d'enthousiasme, ils avaient pour réaliser leur travail des moyens incroyables, et je suis sûre que pour eux cela a été une expérience extraordinaire.

Il y avait plusieurs ménages qui habitaient sur le site, nous avons dîné avec eux et le soir nous avons pu récupérer la voiture pour nous rendre à la station de la Cobelmine à Kabunga où il y avait un Club-House pour le logement.

Si nous avons été émerveillés par l'équipement de l'expédition scientifique, en comparaison, nous avons été choqués de constater à quel point les agents broussards de la colonie étaient mal lotis.

Le lendemain, nous n'avons pu reprendre la route. L'escarpement n'était accessible qu'un jour sur deux, étant si étroite qu'elle ne permettait le passage que d'un véhicule à la fois. Il y avait bien sûr de temps en temps un dégagement permettant un arrêt d'urgence, mais ce n'était possible que de nuit lorsqu'à la vue des phares d'un autre véhicule on pouvait se garer, le véhicule en "montée" ayant priorité.

Nous sommes donc restés dans un gîte très confortable où il y avait une bonne bibliothèque. Pour moi c'était une journée de répit.

 

02/10/2009

Première layette

Je ne connaissais plus personne au poste: les Pirson étaient en congé, les Charlier partis au poste Symétain. Je voyais bien des européens qui passaient en voiture pour aller chercher leur courrier à la poste ou se rendre à l'administration de territoire, mais aucun ne s'arrêtait. Savaient-ils seulement que quelqu'un habitait le gîte?

Michel rentrait souvent tard le samedi car la voiture tombait en panne de plus en plus souvent. Il est même arrivé qu'il envoie quelqu'un pour me dire de trouver une bonne volonté pour aller le tracter avec sa voiture. Heureusement au Congo, on ne laissait jamais quelqu'un dans la difficulté. Charlier nous a dépannés ainsi que De Rivière.

Nous avions fait connaissance du chef de police De Rivière au poste de Punia. Il habitait avec sa femme de l'autre côté de la route et le dimanche Mr De Rivière traversait pour venir jouer des parties de Monopoly, tout en écoutant les nouvelles sportives à la radio. Nous étions tellement acharnés qu'on en oubliait l'heure et Mme de Rivière devait envoyer le boy pour chercher son mari à l'heure des repas.

Nous-nous sommes même amusés, Michel et moi à inventer et fabriquer un jeu de Monopoly congolais, cela nous a occupés durant plusieurs dimanches.

Punia gite2
Lorsque Michel était reparti en brousse le lundi, j'ai commencé à coudre de la layette: premières petites chemises. Pour cela, je décousais avec précaution les sacs à farine d'un kilo et faisais laver et repasser le tissu. Avec deux sacs j'arrivais à faire une petite chemise. Comme il faisait chaud au Congo, il ne fallait heureusement pas beaucoup de layette. Maman et la maman de Michel, de leur côté, préparaient qui le trousseau, qui le berceau et on m'enverrait tout cela par bateau le temps voulu.

Lors de ses chantiers, Michel avait trouvé dans les hautes herbes une surface de béton, vestige sans doute d'un ancien emplacement de camp des Travaux Publics. Il y avait fait monter en hâte une hutte en feuilles et décidé de m'emmener avec lui en brousse pour la semaine. C'était une bonne idée. Nous n'aimions pas être séparés. Malheureusement, jy ai eu une semaine bien pénible car j'étais dévorée des moustiques et ai dû passer le temps à lire ou à tricoter à l'abri de la moustiquaire de mon lit de camp.

Pour les déplacements itinérant, nous avions une malle cantine (vaisselle - batterie de cuisine) et chacun une malle-lit. Chaque broussard recevait cet équipement au départ et était censé tirer son plan où que ce soit, en emportant bien sûr ses vivres ou en troquant avec les indigènes. C'était un strict minimum et peu confortable bien sûr.

En arrivant dans un village, le blanc réquisitionnait table et chaises auprès des habitants. S'il n'y avait pas de gîte de passage, il réquisitionnait la meilleure maison du village!

C'est la seule fois où j'ai accompagné Michel durant la semaine. Les villageois étaient très honorés de ma venue et cherchaient à me faire plaisir avec les produits locaux. Ils sont venus nous apporter des crevettes roses de rivière. J'étais tellement heureuse d'avoir des vivres frais que j'en ai fait préparer beaucoup. Nous en avons mangé matin, midi et soir et nous avons été bien malades tous les deux car n'ayant pas de frigo, la nourriture ne se gardait pas longtemps.

Maman&PapaLa voiture nous causait de plus en plus de problèmes et nous n'osions plus quitter le poste. Le mécanicien de la Symétain nous a proposé de faire le remplacement des segments de piston, chez nous après ses heures d'atelier. Il a démonté le moteur dans le jardin, en posant les pièces côte à côte par terre. Cela a duré des jours et des jours, il travaillait à la lueur d'une lampe à pétrole le soir. J'en étais malade, je disais à Michel "cette voiture ne roulera plus jamais!" Nous avions un projet.... aussitôt que la voiture serait en ordre, nous devions partir en congé à Bukavu chez Georgette et Eugène Vande Walle qui nous attendaient avec impatience. En fait ce serait notre voyage de noces qu'on n'avait pu faire en août.