15/10/2009

Le Kahusi

Kahuzi

 

Nouveau départ. Jusque-là, nous avions grimpé beaucoup d'escarpements. La voiture souffrait et rechignait à grimper les côtes. Il fallait descendre pour l'alléger mais malgré cela, ce devenait de plus en plus difficile.

Michel a sorti les bagages du coffre mais rien n'y faisait. Pour finir, il a calé les valises sous les pneus arrière pour empêcher la voiture de reculer et pouvoir prendre un élan. Cela devenait hasardeux. Puis, dans le sens de la descente il s'est rendu compte qu'il lui fallait pomper plusieurs fois pour freiner. Moi, n'y connaissant rien, je n'avais pas réalisé. Il s'est arrêté chez un chef de poste qui a pu l'aider avec de l'huile de freins. Ce dépannage a servi durant quelques virages puis le problème a recommencé.

Mais bon, on "montait" le Kahusi. La première vitesse ne voulait plus obéir, alors on filait en deuxième. Une fois au sommet à 2.700 m, on se retrouvait en pleine forêt de bambous réputée être le territoire des gorilles. Il n'y avait plus un village à voir et il n'y faisait pas chaud.

Il fallait redescendre. Nous étions inquiets et Michel a commencé la descente en me prévenant que nous n'avions plus de freins du tout et qu'il allait rouler en deuxième et freiner sur le moteur. La route était très sinueuse et nous avons pris rapidement de la vitesse. La boîte de vitesse ne pouvant résister, nous avons fini en roue libre en dégringolant de plus en plus vite, en longeant la montagne à gauche, le vide à droite... Michel a crié "je vais essayer de viser le talus pour m'arrêter!"

Nous avons heurté le talus à gauche ce qui a provoqué un ricochet qui nous a expédié vers le ravin. Comme un fou Michel a tourné le volant pour rétablir et prendre le tournant suivant et là, ooooh soulagement, dans un choc et trois bonds successifs, la Stud s'est arrêtée le nez dans la terre. Nous sommes sortis en état de choc, tremblant de tous nos membres.Je sanglotais à sec, la gorge nouée, notre planton était gris et disait "tu na kufa, tu na kufa " (on meurt) Dans l'aventure et le mouvement Michel avait perdu son alliance qu'il a retrouvée sur le tapis de la voiture.

Espérant trouver de l'aide… des cantonniers… un village… Michel est parti à pied le long de la route. Dans l'incertitude, à l'écoute de tout mouvement venant des taillis de bambous, inquiète, j'ai trouvé son absence bien longue. Au bout d'une heure, il est revenu bredouille et proposé de descendre le Kahusi en marche arrière. Là, je n'ai pas accepté sa proposition, c'était de la folie! 

Il allait faire nuit, nous nous trouvions là-haut sans aucune possibilité de secours. Il n'y avait plus qu'à attendre l'obscurité et espérer qu'un véhicule voyage de nuit et nous dépanne. Nous avions froid. Avec le planton, Michel a coupé des bambous pour faire du feu, mais le bambou vert ne brûle pas.

Un moment donné il nous a semblé, de loin en loin, entendre l'effort que faisait un véhicule venant vers nous, la montagne répercutant ou masquant le bruit du moteur. Ouf, de l'aide. Effectivement, de Walikalé vers Bukavu, le même itinéraire que nous, venait une voiture avec à son bord un couple, un médecin et sa femme. On les arrêté, expliquant notre problème. On leur a demandé de me prendre avec eux afin de demander de l'aide à Kavumu.

Cet imbécile a refusé "Non, je transporte déjà un groupe électrogène". Alors Michel a insisté: "Ma femme est enceinte, on va quand même pas la laisser ici dans ce froid!". Le groupe électrogène a été transféré dans la Stud et moi j'ai pris place dans la voiture qui m'amenait à Kavumu. Je vois encore Michel enfiler un peignoir en pilou (que nous avions récupéré pour une voyageuse qui l'avait oublié à l'hôtel). Je suis arrivée dans l'obscurité à l'hôtel des Gorilles où on m'a donné une chambre puis je suis allée au garage pour expliquer la situation.

J'y ai été très bien reçue, le garagiste, un européen, m'a rassurée "Ne vous en faites pas ma petite dame, je monte avec un camion qui part à Walikalé, je le sortirai de là votre mari, j'ai l'habitude " Michel là-haut a du prendre son mal en patience, cela avait pris un certain temps. Dans la nuit, il a vu une lueur de phares balayer la forêt de bambous et quelque temps après un camion s'est arrêté d'où est descendu le mécanicien qui a immédiatement décelé la panne.

"Vous avez pété une coupelle de freins et vous perdez l'huile". Il a pincé un tube et a pris le volant, croyant que cela allait tout seul, mais le malheureux ne savait pas que la boîte de vitesse était morte et qu'il n'y avait pas de frein à main. Alors c'est quasi en roue libre qu'ils ont dégringolé cet escarpement dans la nuit. Heureusement, le garagiste connaissait le parcours par coeur. Michel serrait les fesses de trouille, connaissant les défauts de sa voiture, lui !

Nous nous sommes finalement retrouvés à l'hôtel, la voiture étant en bonnes mains. On verrait la suite le lendemain.

Nous avions un budget très serré pour ces vacances, aussi, quand on a discuté avec le garagiste, on lui a demandé de faire le minimum de frais, qu'on allait faire réparer à Bukavu. Cet homme, de bonne foi, a tout simplement coupé un circuit de freins, en nous recommandant d'aller tout doucement jusqu'à notre destination. Le terrain était plat le long du lac Kivu.

Nous nous sommes donc remis en route, confiants, et au bout de quelques kilomètres Michel me dit "on n'a plus de freins". On a continué tout doucement jusqu'à l'entrée de la ville de Bukavu, mais le terrain a commencé à descendre et nous prenions tde la vitesse... Au milieu d'un carrefour, il y avait un policier sur son promontoire qui réglait la circulation en tendant les bras (je suis rouge, je suis vert). Il était face à nous et voyant d'un air ahuri qu'on n'allait pas s'arrêter il a vivement pivoté "je suis vert" et on est passé au ras de ses pieds!

A partir de là, on était à nouveau en montée, plus de problème de freins, mais problème de boîte de vitesses. Michel heureusement connaissait la ville et savait qu'au bout de la côte il y avait une aire de parking. On y est arrivés de justesse et il a coupé les gaz. Avec des soubresauts, la voiture a pris correctement une place à côté d'un taxi et ni une ni deux on y a transféré nos bagages. La tête du chauffeur, il n'y comprenait rien, on abandonnait une si belle bagnole pour son vieux char.

Bukavu Hotel Tourist2
On s'est fait conduire à l'Hôtel des Touristes, (je souhaitais un hôtel avec un escalier pour monter aux chambres, cela me manquait) non loin de chez Georgette et de là on lui a téléphoné pour prévenir qu'on était arrivés. Cinq minutes plus tard, Eugène et Georgette venaient nous chercher. Pas question de loger à l'hôtel, on était attendus chez eux. Vu nos finances cela nous arrangeait bien.

 

Commentaires

Hotel des Touristes Je vois dans votre dernière page que vous mentionnez 'l' Hotel des Touristes". Ne s' agirait-il pas de "l' Hotel Tourist" qui se trouvait non loin du Collège? Celui-ci était tenu par Hubert Delhez après l' indépendance. J'en possède quelques photos que je pourrais vous transmettre.
Amitiés et merci pour votre blog que je suis avec fidélité.
André.

Écrit par : André Dessy | 18/10/2009

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