13/10/2009

Les Seigneurs de la forêt

Aussitôt que la voiture a été remise en état, nous avons fait nos bagages pour partir. Il a fallu demander la permission de quitter le territoire, ce que nous avons obtenu.  A l'époque, les indigènes eux, pour quitter un territoire, devaient avoir une feuille de route signée par le chef de poste! Cela paraît assez militaire aujourd'hui, mais il semble qu'il y avait des raisons de sécurité pour chacun. Au moins on savait qui circulait, d'où il venait, où il allait.

Le jour du départ, nous avons embarqué au lever du jour. Un planton nous accompagnait, comme toujours lors d'un déplacement et nous avons vu que c'était bien nécessaire en cas de panne. A peine en route j'ai été prise d'insurmontables nausées, sans doute provoquées par l'énervement.

Si Michel s'arrêtait avec patience au début, il devait faire la sourde oreille à mes lamentations par la suite et se dépêchait d'arriver à la première étape. Il m'a sorti de la voiture, et d'un coup de pied a poussé une porte et m'a portée au lit avant d'avoir vu l'hôtelier. Nous sommes arrivés juste avant la tombée de la nuit, il devait être vers 18 hrs. Une journée de piste ce n'était pas rien.

Ce n'est que le lendemain matin que je me suis rendue compte que nous étions dans un endroit charmant. Une source en cascade chantait derrière l'hôtel, il y avait beaucoup de verdure et c'est au bercement de souvenirs ardennais que je m'étais reposée tant et si bien que j'étais tout à fait remise. J'étais enceinte de 5 mois.

Le second jour de voyage fut autrement mouvementé. Avant notre départ de Punia, nous avions rencontré au Club Symétain un type très sympa qui venait chercher un gros groupe électrogène à emporter à Walikalé. Nous nous étions entendus pour nous retrouver au camp où il travaillait. Comme nous entamions la seconde journée de notre périple, par un escarpement cette fois, au détour de la route (toutes les routes étaient en latérite évidemment) nous tombons nez à nez avec l'équipe au groupe électrogène, en panne en plein milieu d’un pont de bois. Sous le poids, le châssis de leur camion avait cédé.

Nous avons dû abandonner notre voiture et nous glisser par le côté le long de leur véhicule pour passer de l'autre côté. Il faudrait attendre des heures pour pouvoir libérer le passage.

Seigneurs1
Nous avons donc été invités à passer la journée dans leur camp d'expédition scientifique patronnée par le roi Léopold III où ils réalisaient un film qui s'intitulait " Les Seigneurs de la Forêt". Ce film. a été projeté lors de l'exposition de Bruxelles en 1958. Nous avons été reçus d'une façon fantastique. On nous a fait visiter les installations, nous avons vu les différents animaux en cage, un gorille dans un enclos immense où il disposait de verdure et d'espace. Pour ne pas l'effaroucher on avait pratiqué différentes ouvertures dans les cloisons pour avoir l'occasion de le filmer sous tous les angles.

Les cages des animaux étaient garnies d'un sol en ciment, (mieux que nous en brousse). Je me souviens qu'on ouvrait des boîtes de crabe pour une loutre, cela m'avait offusquée. Je me suis promenée avec un jeune chimpanzé à la main, il était emmitouflé d'une écharpe parce-qu'il avait un refroidissement. On nous a emmenés en forêt visiter la maison de bois et moustiquaire construite sur pilotis où le roi et la princesse Liliane étaient venus loger, une ou deux nuits. Quel investissement pour ce faire !

On nous a montré comment on prenait le son, de nuit comme de jour. Les techniciens étaient plein d'enthousiasme, ils avaient pour réaliser leur travail des moyens incroyables, et je suis sûre que pour eux cela a été une expérience extraordinaire.

Il y avait plusieurs ménages qui habitaient sur le site, nous avons dîné avec eux et le soir nous avons pu récupérer la voiture pour nous rendre à la station de la Cobelmine à Kabunga où il y avait un Club-House pour le logement.

Si nous avons été émerveillés par l'équipement de l'expédition scientifique, en comparaison, nous avons été choqués de constater à quel point les agents broussards de la colonie étaient mal lotis.

Le lendemain, nous n'avons pu reprendre la route. L'escarpement n'était accessible qu'un jour sur deux, étant si étroite qu'elle ne permettait le passage que d'un véhicule à la fois. Il y avait bien sûr de temps en temps un dégagement permettant un arrêt d'urgence, mais ce n'était possible que de nuit lorsqu'à la vue des phares d'un autre véhicule on pouvait se garer, le véhicule en "montée" ayant priorité.

Nous sommes donc restés dans un gîte très confortable où il y avait une bonne bibliothèque. Pour moi c'était une journée de répit.

 

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