02/10/2009

Première layette

Je ne connaissais plus personne au poste: les Pirson étaient en congé, les Charlier partis au poste Symétain. Je voyais bien des européens qui passaient en voiture pour aller chercher leur courrier à la poste ou se rendre à l'administration de territoire, mais aucun ne s'arrêtait. Savaient-ils seulement que quelqu'un habitait le gîte?

Michel rentrait souvent tard le samedi car la voiture tombait en panne de plus en plus souvent. Il est même arrivé qu'il envoie quelqu'un pour me dire de trouver une bonne volonté pour aller le tracter avec sa voiture. Heureusement au Congo, on ne laissait jamais quelqu'un dans la difficulté. Charlier nous a dépannés ainsi que De Rivière.

Nous avions fait connaissance du chef de police De Rivière au poste de Punia. Il habitait avec sa femme de l'autre côté de la route et le dimanche Mr De Rivière traversait pour venir jouer des parties de Monopoly, tout en écoutant les nouvelles sportives à la radio. Nous étions tellement acharnés qu'on en oubliait l'heure et Mme de Rivière devait envoyer le boy pour chercher son mari à l'heure des repas.

Nous-nous sommes même amusés, Michel et moi à inventer et fabriquer un jeu de Monopoly congolais, cela nous a occupés durant plusieurs dimanches.

Punia gite2
Lorsque Michel était reparti en brousse le lundi, j'ai commencé à coudre de la layette: premières petites chemises. Pour cela, je décousais avec précaution les sacs à farine d'un kilo et faisais laver et repasser le tissu. Avec deux sacs j'arrivais à faire une petite chemise. Comme il faisait chaud au Congo, il ne fallait heureusement pas beaucoup de layette. Maman et la maman de Michel, de leur côté, préparaient qui le trousseau, qui le berceau et on m'enverrait tout cela par bateau le temps voulu.

Lors de ses chantiers, Michel avait trouvé dans les hautes herbes une surface de béton, vestige sans doute d'un ancien emplacement de camp des Travaux Publics. Il y avait fait monter en hâte une hutte en feuilles et décidé de m'emmener avec lui en brousse pour la semaine. C'était une bonne idée. Nous n'aimions pas être séparés. Malheureusement, jy ai eu une semaine bien pénible car j'étais dévorée des moustiques et ai dû passer le temps à lire ou à tricoter à l'abri de la moustiquaire de mon lit de camp.

Pour les déplacements itinérant, nous avions une malle cantine (vaisselle - batterie de cuisine) et chacun une malle-lit. Chaque broussard recevait cet équipement au départ et était censé tirer son plan où que ce soit, en emportant bien sûr ses vivres ou en troquant avec les indigènes. C'était un strict minimum et peu confortable bien sûr.

En arrivant dans un village, le blanc réquisitionnait table et chaises auprès des habitants. S'il n'y avait pas de gîte de passage, il réquisitionnait la meilleure maison du village!

C'est la seule fois où j'ai accompagné Michel durant la semaine. Les villageois étaient très honorés de ma venue et cherchaient à me faire plaisir avec les produits locaux. Ils sont venus nous apporter des crevettes roses de rivière. J'étais tellement heureuse d'avoir des vivres frais que j'en ai fait préparer beaucoup. Nous en avons mangé matin, midi et soir et nous avons été bien malades tous les deux car n'ayant pas de frigo, la nourriture ne se gardait pas longtemps.

Maman&PapaLa voiture nous causait de plus en plus de problèmes et nous n'osions plus quitter le poste. Le mécanicien de la Symétain nous a proposé de faire le remplacement des segments de piston, chez nous après ses heures d'atelier. Il a démonté le moteur dans le jardin, en posant les pièces côte à côte par terre. Cela a duré des jours et des jours, il travaillait à la lueur d'une lampe à pétrole le soir. J'en étais malade, je disais à Michel "cette voiture ne roulera plus jamais!" Nous avions un projet.... aussitôt que la voiture serait en ordre, nous devions partir en congé à Bukavu chez Georgette et Eugène Vande Walle qui nous attendaient avec impatience. En fait ce serait notre voyage de noces qu'on n'avait pu faire en août.

 

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