28/09/2009

Makala

C'est à cette période-là que nous est arrivé un colis de  Belgique: les deux mamans m'avaient envoyé des vêtements de grossesse amoureusement cousus. Jupes et marinières de l'époque. Maman y avait ajouté une paire de ballerines roses et du maquillage. J'étais ravie.

Pirson departAussi, le jour où nous avons conduit la famille Pirson à l'aéroport dans notre voiture ornée de fleurs pour l'occasion , j'ai étrenné ma première marinière. Mme Pirson riait, elle disait "on ne voit encore rien et elle porte déjà la marinière " mais moi j'étais si fière!

Puisque les Pirson se trouvaient fin de terme et rentraient en Belgique, Michel a récupéré les clés du gîte et nous y avons emménagé sans demander l'avis du chef de poste.`

Cette maison, si elle était ancienne, était correctement conçue: il y avait une belle terrasse à l'abri du soleil, il y avait du mobilier convenable, une salle de bains digne de ce nom, une vraie baignoire !  Une cuisine attenante utilisable par la maîtresse de maison. C'était toujours le système des touques et du feu de bois, mais déjà plus élaboré.

Dans chaque poste état, l'approvisionnement en eau et bois se faisait par porteurs qui étaient des prisonniers de droit commun mis au travail. Ils entretenaient aussi la pelouse qui s'étendait au milieu du poste et autour des bâtiments administratifs. 

Le déménagement d'un endroit à l'autre n'a pas été si terrible. Il n'y avait  qu'à porter les affaires d'un côté à l'autre de la route. On avait abandonné en cours de route, la plupart du mobilier fabriqué par le chantier de Michel mais il restait quand même deux solides meubles à grands tiroirs.

L'un comme l'autre nous avons donné l'ordre aux déménageurs de déposer les meubles, mais... pas au même endroit! Nous nous sommes sérieusement engueulés. Il me manquait de quoi ranger le linge, Michel se revoyait prendre possession de "ses" meubles de bureau. Je me souviens: on se trouvait chacun sur un pas de porte, moi de la cuisine, lui de son bureau, les noirs au milieu ne sachant à qui obéir, on s'est dit "merde" puis regardés, puis Michel  m'a dit "Mais oui, tu peux en avoir un " et on s'est mis à rire. C'était notre première dispute.

Les Pirson en quittant le gîte nous ont laissé leur boy Fidèle et leur chat "Makala" (charbon de bois). Nous nous sommes donc pourvus d'un chat en plus du perroquet pour lequel Michel avait fait fabriquer une cage entre deux piliers de la terrasse. Le perroquet ne parlait pas, il était bien jeune et il nous aurait fallu beaucoup nous en occuper, ce qu'on ne faisait pas. Il imitait des bruits, les freins d'une voiture, la voix du jardinier, le miaulement du chat.

Le chat, lui, avait la fâcheuse habitude de miauler dès qu'on se mettait à table. Il recevait pourtant un repas identique au nôtre mais rien n'y fit, il mendiait, c'était exaspérant. Aussi un jour excédée, je l'ai couvert de la cloche de mon antique machine à coudre. Il s'est traîné à travers la salle à manger avec sa carapace, dépassait juste une patte qui essayait vainement de se débarrasser de cet habitat encombrant. On a bien ri.

Une autre fois, nous mangions du spaghetti et le chat était à nouveau plaintivement sous la table. Michel l'a enfermé avec son assiette dans un tiroir profond.

De temps en temps, le chat volait par la peau du cou à travers la fenêtre, un miaulement de la part du perroquet à la terrasse nous prévenait que le chat revenait, et finalement à bout de patience, Michel a enfermé le chat dans un panier et l'a emmené dans la forêt où il l'a lâché. Nous n'étions manifestement pas "chat". Heureusement Fidèle notre boy n'a pas pris le même chemin, il nous fut fidèle et nous accompagna jusqu'à la fin du terme à Pangi.

Dans ce gîte nous sommes restés jusqu'en août. Michel devant de toute façon partir rejoindre son chantier qui se déplaçait autour de Punia, je restais seule du lundi matin au samedi midi. J'ai eu quelques semaines difficiles, nausées, vomissements et seule ce n'était pas drôle. J'allais dans la salle de bains pour cacher mes larmes, il ne fallait pas que Michel sache à quel point la séparation m'était pénible. Ce l'était certainement pour lui aussi.

 

24/09/2009

Poisson d'avril

Avec les Pirson, les Charlier et d'autres, nous avons connu des soirées mémorables, Michel à chaque fois faisant le pitre, Charlier ne manquant pas d'humour non plus, ni Pirson. Ainsi Michel demandait à une dame bien guindée : "Connaissez-vous la différence entre une casserole et une poubelle "- "Non" monsieur..." - "Eh bien il doit faire propre chez vous !"

Au poste, il y avait un vieux terrain de tennis en béton (abandonné). Nous avons demandé au chef de poste de le faire remettre en état et c'est ainsi que Michel et moi avons pu apprendre à jouer au tennis grâce au matériel des autres, celui des Pirson et des Charlier. On s'amusait beaucoup.


Tennis groupe Tennis maman Tennis papa

 

 

 

 

 

 

 

Un 1er avril, le groupe des agents de l'état "poste Punia"s'est ligué, sous la houlette de Pirson, pour faire la leçon à l'agent sanitaire Scheirlinck qui ne s'intégrait jamais à un groupe. Le couple venait de temps en temps au cinéma et à l'entr'acte, évitait de se mettre à la table avec d'autres pour n'avoir pas à payer un verre.

Le coup était fort quand même, Pirson ayant réussi avec la complicité du chef de poste à faire parvenir à l'agent sanitaire, un télégramme officiel du médecin chef de province, annonçant une visite d'inspection. Les Scheirlinck étaient tout en affaire; lui avait fait rafraîchir le dispensaire; elle avait bichonné la maison et fait le plein de frigo pour recevoir le "chef".

Il nous restait à trouver une personne étrangère au poste qui voudrait bien jouer le rôle d'un médecin. Bon, on finit par trouver un représentant de commerce qui avait de la bouteille et qui a accepté de "recevoir" les Scheirlinck au Club. Bizarre, pouquoi au Club? Parce qu'on voulait tous être présents évidemment! Le médecin de l'hôpital Symétain était dans le coup. Le chef de police avait réquisitionné ses agents pour faire la haie à l'arrivée de l'inspecteur.

En dernière minute, cela a failli capoter. Le représentant devant jouer le rôle du médecin se rendant compte que la veille lors d'une soirée, il a dansé avec Mme Scheirlinck. C'était foutu! En toute vitesse, il a fallu trouver un remplaçant, de passage à Punia et que personne ne connaissait.

ClubHouse0

Comme par hasard, les Pirson, les Charlier, les De Rivière (chef de police), nous nous sommes tous retrouvés au club faisant table commune. Le docteur fantoche s'est joint à nous et quand les Scheirlinck sont arrivés, ils n'ont pu  faire autrement que se mettre  à table avec nous. 

Le médecin de Symétain et l'autre - très malins - se mettent à parler métier et posent de temps en temps une question à Scheirlinck au sujet de maladies, combien de lits avez-vous au dispensaire, etc...

Le boy passe pour prendre la première commande. Scheirlinck ne bronche pas. Charlier énervé, donne l'ordre de servir (tout le monde prend de l'eau.) Le temps passe, les verres se vident, le boy revient. Scheirlinck ne réagit toujours pas, le médecin passe commande, tout le monde prend de l'eau. Au bout du compte, Scheirlinck dit qu'il devrait peut-être proposer une tournée, et on y va d'un double whisky, d'un gin tonic, d'un martini... Le pauvre il en était vert!

Pour terminer, le faux médecin s'est levé et annoncé qu'il avait une communication à faire. Il a avoué la supercherie et dit que c'était une blague de 1er avril. Les pauvres Scheirlinck en avaient eu pour leur argent, si on peut dire. Mais il faut admettre en leur faveur qu'ils ont changé d'attitude et que par la suite nous avons eu de bonnes relations.

 

22/09/2009

Intégration

Habitant Punia, nous avons pu faire connaissance plus facilement avec d'autres personnes: le chef de poste, l'agent sanitaire, le chef de police qui étaient logés avec nous au poste état. Enfin installés, on nous a fait comprendre que les nouveaux arrivés devaient recevoir les habitants du poste pour un dîner.

Heureusement, il nous restait des lapins et nous avons fait un souper pour les voisins. C'était la première fois que nous recevions des gens à table, chez nous, en dehors des Pirson. J'était contente de pouvoir enfin utiliser la belle vaisselle, les beaux couverts que j'avais amenés de Belgique, une nappe brodée par marraine, garnir la maison de fleurs, et faire en sorte que le boy serve correctement à table. Ce fut une soirée réussie et pour nous, l'entrée dans une société existante après des mois de solitude dans le brousse.

Le club Symétain se trouvait à 5 km et nous pouvions profiter de la coopérative. Oh merveille: trouver des vivres frais, avoir un peu de choix alimentaire européen. A la coopérative, en attendant son tour, les européens faisaient causette et on se racontait les nouvelles des uns et des autres. On pouvait aussi profiter du club pour assister au cinéma (Symétain avait l'électricité) ou aller prendre un verre au bar.

C'est au club sans doute ou à la coopérative que nous avons rencontré les Charlier. C'est en faisant leur connaissance que je me suis rendue compte que nous avions voyagé de concert depuis Melsbroeck, eux et moi. Alors qu'ils avaient 5 enfants, ils  avaient fait le trajet Bruxelles-Stan et Stan-Kindu avec moi et je ne l'avais pas réalisé.

Instituteurs tous les deux, ils donnaient cours à des enfants de l'école primaire dont certains étaient internes. Lui était directeur d'internat. Comme les Charlier étaient en contact avec les parents de leurs élèves, ils nous ont invités avec des gens de la Symétain et ainsi nous nous sommes intégrés à Punia.

CHV affiche
La firme Symétain, en dehors d'être une compagnie de mines, représentait aussi les véhicules Chevrolet. Donc, tous les gros bonnets de la Symétain roulaient dans de rutilantes voitures américaines. Les employés, fin de terme - lors de leur congé en Belgique - avaient l'opportunité d'acheter une Chevrolet neuve à d'excellentes conditions. Beaucoup de coloniaux faisaient ainsi: lors du congé de 6 mois en Belgique, ils disposaient d'une voiture pour leurs déplacements et la faisaient expédier au Congo par la suite.

C'est ainsi que les coloniaux avaient en Belgique la réputation d'être pleins aux as, car ils roulaient avec de splendides voitures. C'était en fait un peu la revanche sur les trois ans de vie pénible menée en brousse, mais cette réputation nous a fait beaucoup de tort par la suite, d'autant plus que durant 6 mois certains vacanciers menaient la belle vie. Forcément, quand on a été privés de tout pendant si longtemps et que certains gagnaient bien leur vie...

CHV1957 proud

Toujours est-il qu'une fois que les employés de Symétain ramenaient leur "char" au poste, certains haut placés ne voyaient pas d'un bon oeil que l'un ou l'autre des subalternes ait la même voiture qu'eux. Aussi, pour permettre le transport de matériel (et sans doute aussi parce qu'ils obtenaient certains avantages d'entretien) les employés devaient obligatoirement passer par le garage Symétain où on transformait le coffre de leur voiture en plateau de pick-up… Assez étrange de voir ces Chevrolet hybrides circuler en brousse.  J'ai quand même trouvé que c'était triste de démolir ainsi de splendides voitures. Mais bon, on pouvait acheter un pick-up Chevrolet aussi, c'était sans doute plus approprié.

Lorsqu'il avait été question pour Michel d'acheter un véhicule, un représentant Belgica "fin de terme" était venu le trouver pour lui proposer son pick-up pour 12O.OOO frs. C'était une somme! Michel n'avait pas le premier franc, et l'autre a eu beau lui démontrer qu'étant agent de l'état il n'aurait eu aucun problème pour obtenir un prêt, il ne s'est pas laissé tenter. Par la suite, Michel a bien réalisé qu'il avait fait une bêtise et que la Studebaker nous avait coûté au moins deux fois son prix d'achat et combien de déboires.

 

19/09/2009

Punia

A Punia, nous nous sommes présentés au bureau du chef de poste avec notre camion chargé devant sa porte. Où aller? Le gîte de passage était occupé par les Pirson. Les quelques maisons du poste étaient habitées. Mr Van Crombrugghe a eu une idée: "J'ai une maison en construction. Cela vous fera toujours un toit en attendant une solution, on fera diligence pour terminer les travaux."

A chaque fois qu'on emménageait, nous étions plein d'ardeur et d'enthousiasme. Nous étions contents, nous avions enfin une habitation à nous d'où on ne pourrait pas nous déloger. 

Punia pirson

Nous avons donc pris possession d'une maison où on plaçait encore les châssis. La finition des murs était en ciment crépi. Le relief en était si épais qu'on pouvait y suspendre un vêtement(ce que nous avons d'ailleurs fait, c'est vrai) et il ne fallait pas passer les frôler de trop près de peur de s'écorcher.

La première nuit, il a fait une telle tempête que la pluie arrivait jusque sur notre lit. Cette maison n'avait plus un toit en feuilles mais bien en tôle ondulée. Elle était plus moderne, plus propre sans doute et avait l'avantage de ne pas servir de refuge à un tas d'insectes. Par contre, il y faisait bien moins frais et il a fallu s'habituer au tambourinement de la pluie par temps d'orage.

Le lendemain de notre installation, les autorités ont quand même réalisé que cette situation ne pouvait durer et ont expédié des hommes pour poser les vitres. Misère! Le vitrage est arrivé en coupes de 1 m. sur 2, il fallait donc le tailler. La pitoyable main d'oeuvre et le mauvais état de l'outillage aidant, la première crête de vitrage a été gaspillée tout de suite: trop petit, trop grand, coupe filée en zig-zag... feuille foutue. Finalement, Pirson et Michel s'y sont mis à deux pour poser les carreaux, non sans peine car je ne sais quel hurluberlu s'était imaginé de fabriquer des fenêtres à croisillons dont aucun carré n'avait la même taille! Là aussi il y  eu beaucoup de perte...

Lors de l'orage suivant, nous étions a l'abri mais il y avait un tel jour sous la porte que le chat aurait pu passer dessous et l'eau entrait à flots dans la maison!

CoucouOn nous a fourni un mobilier convenable fabriqué sur place, le nôtre ayant rendu l'âme après tant de déménagements. C'est à cette période que Michel a racheté une horloge "coucou suisse" à un indigène qui l'avait acquise par correspondance et ne savait comment s'en servir. C'était assez anachronique de trouver un objet pareil au milieu de la brousse! De plus, l'apparition du "coucou" au top de l'heure intriguait assez les noirs qui n'y voyaient que de la sorcellerie.

Si nous occupions enfin une maison dans un poste, cela ne signifiait pas pour autant que nous avions une installation correcte d'amenée d'eau. Elle n'était pas encore raccordé: ni eau ni électricité. Du reste, aucune maison du poste état n'avait l'électricité. On s'éclairait toujours à la lampe à pétrole, le frigo fonctionnant au pétrole. Quelques rares privilégiés possédaient un groupe électrogène à essence.

Cela signifiait que dans tous les ménages, de toute façon, les frigos, grands ou petits, fonctionnaient au pétrole et ce n'était pas toujours évident d'éviter la panne. Cela signifiait aussi que partout on repassait au fer à charbon de bois, qu'on cuisinait partout au bois et que donc toutes les maisons avaient la cuisine en annexe à l'extérieur de la maison. Que chaque jour l'eau du bain ou de la douche était chauffée, que de consommation de bois ! Ce bois nous était fourni par l'état qui le faisait apporter par les prisonniers.

Derrière chez nous, se trouvait l'atelier de menuiserie où les ouvriers commençaient à travailler à 6 heures du matin. Toute la journée ils rabotaient, rythmant le travail par des "zoom-zoom tap-tap-tap". C'était amusant pour commencer, c'était exténuant au bout de quelques jours. J'ai commencé à être très fatiguée et tendue, il me fallait du repos. Pas de sieste "zoom-zoom tap-tap-tap", pas de grasse matinée "zoom-zoom tap-tatap".

Les différentes pluies ont rapidement révélé les défauts de la cuirasse de cette maison prenant l'eau de partout: châssis de fenêtres, portes, plafonds. On déménageait notre lit de pièce en pièce. Elle était mal conçue, mal terminée et appelée à être démolie. Nous attendions avec patience une autre solution.

 

09:14 Publié dans Punia | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

KASANGUNGU -KM 66

Lorsque Michel a terminé son chantier dans la région, nous avons plié bagages et sommes repassés la Lowa pour revenir dans le territoire de Punia. Sur la route, il y avait un gîte isolé réservé à l'agronome de territoire. Comme il était inoccupe, c'est là que nous avons emménagé. Comme toujours, avec notre incroyable enthousiasme,le dernier bibelot était vite en place, le dernier cadre au mur. Bien que sachant que nous étions appelés à déménager continuellement, nous n'avons jamais consenti à vivre "dans nos malles".

Un jour, le boy est venu nous avertir qu'il n'osait pas s'écarter de la cuisine à cause d'une vipère, grosse comme le bras, qui avait élu domicile dans un tas d'ordures derrière la maison. Michel a jeté de l'essence sur le reptile et y a bouté le feu. C'était assez incroyable à voir : cette vipère s'est tordue pendant des heures et on n'osait pas trop s'approcher.

Pas huit jours plus tard, fatigués mais contents, nous allions nous mettre à table. Arrive une rutilante voiture américaine: "Bonjour, je suis l'agronome de territoire, j'arrive de Belgique et réquisitionne cette maison et vous prie donc de quitter immédiatement" Le choc! J'ai cru m'évanouir. La façon superbe de ce type d'exiger notre départ immédiat m'avait complètement démolie, j'étais en larmes. Michel s'est fâché et a répliqué au nouveau-venu qu'il pourrait bien attendre jusqu'au lendemain.

La mort dans l'âme, nous avons le jour suivant refait nos malles et repris la route en direction de Punia. On n'avait pas encore quitté les lieux que Mme l'agronome sortait tous les meubles de la maison pour les laver à grandes eaux. Charmant pour nous!

16/09/2009

Aluta

Sachant que j'étais enceinte, il n'était plus question de rester dans ce gîte chauffé à blanc. Michel avait lors de ses déplacements repéré au delà de la Lowa (fleuve) sur le territoire de Lubutu, une grande maison superbe avec une  énorme terrasse donnant sur le fleuve, toit de chaume, grandes pièces d'habitation, un rêve! Nous avons reçu l'autorisation de l'occuper et, une fois de plus, on a déménagé. Cette fois, il fallait emprunter un bac à câble pour s'installer de l'autre côté

Cette maison me plaisait beaucoup. Construite en briques, avec une terrasse tout autour et un grand toit de chaume. Dans un vaste terrain (elle était certainement ancienne car il y avait des arbres immenses), c'était magnifique!

Notre chambre était grande comme une salle de danse. Nous avions une salle de bain avec une baignoire en ciment qui grattait les fesses, il n'y avait pas de bouchon. Je me souviens avoir trouvé à boucher le trou à l'aide d'une peau de chamois et ça fonctionnait !

Le système de toilette était pour le moins original et sans doute le résultat de l'imagination d'un colon bricoleur: il y avait dans la toilette un trône fait d'une planche en bois qui faisait chaise percée et le boy pouvait retirer le seau par l'extérieur. Je trouvais que la corvée n'était pas tellement chouette pour le boy...

Dans le living, il y avait un feu ouvert. Michel a essayé d'y faire du feu mais on a été immédiatement enfumés. Cette cheminée n'avait plus servi depuis des années et on n'avait évidemment pas de raison de faire du feu!

Le plafond était de bois sombre, et le soir, la lampe à pétrole n'arrivait pas à éclairer cette immense pièce. Le sol était de ciment lisse comme dans beaucoup de maisons. Les coloniaux qui occupaient une maison pour longtemps se donnaient la peine de faire enduire ce sol de cire de couleur rouge ou verte. Une fois entretenu, cela devenait très beau. Evidemment, nous ne pouvions pas nous permettre ce luxe.

Les quelques meubles qu'on possédait avaient tout doucement souffert de nos multiples déplacements et on avait dû en abandonner en cours de route. Heureusement, le gîte était meublé, sommairement, mais meublé: une table et des chaises, un buffet, des fauteuils bien coloniaux qu'il fallait bien sûr garnir de coussins. Je me souviens que le lit "matrimonial" était inconfortable et que nous avons monté les lits de camp.

Maman barzaDepuis la terrasse, on avait une vue merveilleuse sur une boucle du fleuve oû on assistait à la tombée du jour tout en se faisant piquer par les moustiques. Qu'importe, on profitait tellement de cet endroit. J'ai bien sûr essayé de me tenir sur la terrasse pendant la journée mais j'ai dû  battre en retraite à cause des moustiques. Alors, je me tenais assise en tailleur en dessous de la moustiquaire du lit tout en faisant de la layette.

C'est à ce moment là que nous avons eu très dur. Le club de Yumbi étant de l'autre côté du fleuve, quand on avait besoin de quelque chose on envoyait le boy le chercher à la coopérative.  Un jour, le boy est revenu pour nous dire qu'on lui refusait un sac de pommes de terre et que tant qu'on n'aurait pas payé nos dettes on n'aurait plus de fourniture.

On a essayé de s'en tirer avec les lapins (il y en avait 25) et les quelques réserves qu'on avait encore chez nous: des sardines, du pain, des oeufs, du riz, des poules qu'on achetait aux indigènes ou que Michel échangeait surtout contre un singe qu'il avait tiré. Malheureusement, les lapins ont commencé à crever. Ils avaient une maladie qui les paralysait et ils se la transmettaient l'un à l'autre. On a eu beaucoup de mal à en sauver quelques-uns en les séparant. Le moral n'était pas au beau fixe , on n'osait plus sortir de chez nous, imaginant que chacun nous montrait du doigt.

J'ai finalement écrit une lettre de demande de secours en Belgique expliquant la situation. Maman et la famille de Michel se sont cotisés pour nous envoyer un chèque.

Mais il y avait encore plus mal loti que nous : un colon, Mr Maréchal, avait dû quitter sa concession de plantation de café parce qu'il n'avait pu payer sa main d'oeuvre et il traînait de gîte en gîte avec sa femme. Il devenait complètement « négrifié », mangeait et vivait comme les indigènes, perdant tout amour propre et surtout le respect des autres. Sa femme possédait une machine à coudre et cousait pour les femmes indigènes, un comble, le monde à l'envers!

Mr Maréchal était toujours bienvenu chez nous, la générosité étant de mise entre coloniaux. Il circulait en moto et, avec un bout de tuyau en caoutchouc, siphonnait un peu d'essence du réservoir chez l'un ou l'autre pour pouvoir continuer sa route.

Si l'approvisionnement en vivres et la fréquentation du Club de Yumbi nous était possible, il n'y a pourtant eu aucun contact de sympathie de la part des agents de Houdmont-Thysbaert. Ils restaient bien entre eux. On ne perdait pas grand chose car il régnait dans ce poste une mentalité malsaine de "couples de fortune", d'échangisme et de tromperie, chose que par la suite nous avons constatée un peu partout. Forcément, les maris étaient pour la plupart du temps en déplacement pour plusieurs jours... pendant que "d'autres" étaient de passage au poste...

Nous avons pourtant fait connaissance à Yumbi d'un couple de fonctionnaires bien sympathiques, les Liénard.  Lui, était employé et fils d'un administrateur de territoire. Je ne sais pour quelle raison ils se sont trouvés relégués à Yumbi. Il me semble que c'était une sanction. En tout cas, ils n'en menaient pas large non plus. Nous nous sommes tout de suite bien entendus et quelquefois retrouvés pour un souper ou un jeu de cartes. On mangeait de l'omelette aux oignons chez eux, des beignets ou du pain perdu chez nous.

Ils avaient une belle collection de disques dont entre autres de Georges Brassens, et on chantait "Quand Margot dégrafait son corsage" ou "Les amoureux qui se bécotent sur la banc public" ou "Gare au gorille", c'étaient des chansons "osées" pour l'époque.

Un soir, en les quittant après souper, nous sommes tombés en panne avec la Stud, sur la route de Punia. Michel m'a proposé de prendre le volant  pendant que lui allait pousser la voiture pour la mettre en route, cela au clair de lune. Comme je n'étais pas compétente, c'est lui qui s'est mis au volant et moi qui ai poussé. J'étais enceinte de 4 mois ! Rien n'y fit, cette fois-là Michel a pleuré en tapant du pied dans la carrosserie. C'est en chantant des chansons scoutes que nous avons fait le chemin à pied pour retourner à Yumbi où nos amis nous ont aimablement logés et dépannés le lendemain.

Il y avait une solidarité incroyable entre broussards, personne n'aurait laissé quelqu'un dans le pétrin.

Un jour, nous avons eu la visite d'un inspecteur agronome venant de Bukavu. On n'a jamais compris ce que ce type venait faire chez nous, il était sympathique mais plutôt farfelu. Il se baladait avec une bagnole pourrie (la plupart des voitures étaient américaines) qui prenait de l'eau de partout, son toit était garni d'un nombre de pneus de rechange et quand on claquait la portière cela faisait "clonx-clonx" tellement il y avait de l'eau dans les garnitures.

Lui aussi a voulu faire du feu dans l'âtre, on l'en a de suite dissuadé. Il admirait la maison et la vue superbe qu'on avait sur le fleuve. Un soir, il nous a invités à souper sur la terrasse à la lueur d'une lampe à pétrole.

Il appelait son boy "Fidèle" et les nommait tous Fidèle quelque soit leur nom, c'était plus facile! Le boy disait "mais non je m'appelle Joseph", mais rien n'y faisait.

Donc, ce soir là, on nous sert de la soupe. Il demande à son boy, "tiens tu nous a fait de la soupe... avec quoi ?" Le boy a répondu: "Avec des herbes de la forêt". Notre tête !

C'était une belle soirée romantique, mais finalement nous étions envahis de papillons de nuit et de scarabées qui, attirés par la lumière, tombaient dans nos assiettes. On a dû plier bagage.

Papa barzaBien sûr la situation et l'environnement de cette maison , c'était génial et Michel faisait tout ce qu'il pouvait pour adoucir les conditions de vie. Pour me distraire, il m'a un jour apporté une jeune antilope mais elle était trop petite et n'a pas vécu. Une autre fois, il a acheté aux indigènes une chouette blanche qui se perchait sur une branche à la terrasse mais cet oiseau montrait tout le temps le blanc des yeux, cela faisait une drôle d'impression et je n'en ai pas voulu.

Le soir, quand la chaleur était un peu tombée, nous avons circulions sous ces grands arbres avec un vélo emprunté à un chef d'équipe et nous roulions vers le village indigène tout proche ou allions visiter les Maréchal qui n'étaient pas loin. La vie était faite de plaisirs simples. On était heureux.

 

11/09/2009

BITUMBATUMBA

Lorsque les lotissements de Fikiri ont été terminés, nous avons déménagé de la route de Yumbi-Ferekeni vers la route de Yumbi-Punia. Il s'y trouvait un gîte en dur c'est à dire une construction en brique avec un toit de tôle ondulée. J'étais enchantée de quitter enfin le pisé pour avoir quelque chose de plus confortable mais j'ai dû vite déchanter. Ce gite était situé sur un promontoire sans arbre ni verdure, en plein soleil. Il était tellement minuscule que les portes et fenêtres devaient s'ouvrir vers l'extérieur sinon on n'aurait pu y placer des meubles.

On a donc déménagé, nos équipes d'abord, nous ensuite et je me souviens encore l'inquiétude de Michel quant à la survie de notre perroquet. Planté devant le camion, Michel a sifflé et de l'intérieur de tout notre "brol" un sifflement a répondu : il était vivant !

C'est avec enthousiasme que nous avons déballé nos affaires pour essayer de nous créer un intérieur convenable et coquet. Il y avait quatre minuscules pièces: une pour le matériel de ménage et les réserves, une comme séjour, une chambre et une petite pièce pour se laver. La cuisine, comme toujours se trouvait à l'écart, et on cuisinait toujours sur une touque d'essence renversée. Mais bon, c'était déjà mieux, on était contents.

Punia gite

Le gîte étant si petit, Michel s'est fait construire un bureau en feuilles de palmier où il a fallu entre autres, faute de place, dresser une penderie pour les vêtements. Il y faisait bien plus frais que dans la maison et je m'y réfugiais pour lire ou écrire. Par contre, je me faisais piquer par les moustiques.

C'est dans ce bureau qu'on a installé une baignoire originale. Je rêvais tellement de pouvoir me plonger dans l'eau que j'ai insisté pour qu'on trouve un système. On a fait couper en deux dans le sens de la longueur un fût à essence de 200 litres. Le boy chauffait de l'eau et je me prélassais dans un bain parfum essence! Cela n'a pas duré longtemps, ce n'était pas une bonne idée.

Vu l'exiguité et l'exposition au soleil, nous souffrions de la chaleur et on cherchait par tous les moyens à améliorer notre sort. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me couper les cheveux qui avaient bien poussé. J'utilisais pour ce faire deux miroirs et tant qu'à faire je taillais aussi ceux de Michel, ce n'était pas évident. Il n'y avait pas de coiffeur, même au poste, et les dames s'aidaient l'une l'autre à couper, faire des mises en plis avec de la bière et des papillotes.

Le gîte ayant été laissé à l'abandon pendant longtemps (et pour cause) était devenu le lieu de rassemblement des chèvres du village. Ces sales bêtes avaient brouté vraiment tout ce qu'elles pouvaient et on se trouvait sur une petite colline chauve comme un caillou, réverbération comprise. Les chèvres n'avaient pas compris, elles, que le gîte était occupé et le matin elles étaient couchées devant la porte, on ne savait donc pas sortir. Michel a été trouver le chef du village pour le prévenir de garder les bêtes au village, que sinon il sévirait. Rien n'y a fait. Comme il n'y avait pas moyen d'obtenir gain de cause, Michel poursuivait les chèvres avec ce qui lui tombait sous la main. Il était tellement furieux qu'un jour il en a tué une en tapant dessus. J'ai été très saisie de sa violence, mais il est vrai que la bêtise mène à des actes extrêmes.

C'est à Bitumbatumba que Michel a fait une rage de dents carabinée. Il m'a avoué ne pas avoir vu le dentiste à Bruxelles avant de quitter la Belgique tellement il en avait peur. Ses dents étaient en mauvais état et comme il mangeait beaucoup de sucreries, il avait des caries et même des abcès... A ce moment il n'y avait aucun secours, il prenait des aspirines (très grosses, prévues pour les indigènes). Il avait en un jour avalé 9 cachets et était totalement groggy. De plus il se baignait la bouche de whisky, bonjour les dégâts! Il pleurait de mal et voulait que je reste assise près de lui pour lui tenir la main. Je n'ai pas pu jouer le rôle de la petite maman, je savais bien que je ne pouvais pas l'aider et j'étais moi-même malade de chaleur et de vertiges.

C'est à ce moment-là aussi qu'on m'a amené un vieux qui venait de se faire mordre au mollet par une vipère. Que faire? Enfant j'avais bien lu que dans ce cas on faisait une incision autour de la plaie et qu'il fallait sucer le venin. Je n'ai pas eu le culot de le faire, j'ai mis un garrot au-dessus de la morsure pour ralentir la circulation du sang et l'ai envoyé au dispensaire où il a été soigné.

LapinEn revenant un jour de Punia, Michel m'a amené un couple de lapins vendus par l'agent sanitaire qui partait en congé. Nous avons fait faire des cages et même un enclos sur de la pelouse pour les laisser courir librement. Ces lapins ont proliféré à une allure folle et les cages aussi. Cela nous donnait quand même l'assurance d'avoir de la viande fraîche.

Comme il faisait très chaud dans cette maison, j'avais des malaises et avais tendance à tomber dans les pommes. Michel m'a enmenée à Punia chez le médecin de la Symétain qui m'a annoncé que j'étais enceinte!

 

08/09/2009

La brousse, la pluie...

Nos amis les Pirson se trouvaient encore plus loin que nous, enfoncés dans la forêt. Ils passaient fin de semaine en allant à Punia . C'était l'occasion de se raconter les derniers potins et de faire l'échange de courrier. Nous, nous n'allions pas facilement à Punia, c'était le lieu de tentations et on n'avait pas les moyens: cinéma, bar au club et tournées....

Malgré tout, début décembre, les Pirson ont insisté pour qu'on vienne à la fête de la Ste Barbe: il y avait un bal au club Symétain. Michel était heureux de pouvoir m'y enmener. Heureusement, dans mes malles, j'avais apporté la robe longue que je portais au mariage de Monique et Guy Dechamps. 

Kowe-Punia4La veille de notre départ, il s'est mis à pleuvoir à verse. Les routes étaient embourbées et le pont qui enjambait une petite rivière après Fikiri avait été emporté. Ayant constaté l'impossibilité de continuer notre route, on a fait contacter le poste de Yumbi pour qu'un véhicule nous attende de l'autre côté de la rivière et on a traversé en pirogue avec nos vêtements de cérémonie sur les genoux.

A Punia, les Pirson mettaient à notre disposition un matelas par terre dans leur salle à manger et nous pouvions loger sans bourse délier.

Au poste bien sûr, lorsqu'on y était, on faisait le tour des quelques entrepôts qu'il y avait. C'était pour nous l'occasion de se payer un petit extra mais si peu. Il y avait un magasin tenu par des Pakistanais où on trouvait vraiment de tout. Depuis les légumes secs en sacs, le poisson séché, les coupons de tissu, jusqu'aux bibelots orientaux, de l'argenterie, des coffres travaillés qu'on appelait camphriers (car ce bois protège des insectes) et des petites tables marquetées. On rêvait... on faisait des projets d'installation pour "plus tard".

Michel craignait que je ne m'adapte pas à la vie en brousse aussi faisait-il de son mieux pour me distraire, me faire une surprise ou m'emmener faire une promenade. Lui qui sillonnait la région dans tous les sens connaissait plein d'endroits à découvrir qu'il me montrait avec fierté.

Un jour, il m'a apporté une petite civette vivante (sorte de chat sauvage). Elle devait être bien jeune, nous l'avons mise dans une touque à farine profonde afin qu'elle ne puisse pas se sauver. Je me souviens que, comme des enfants, le soir nous jouions à la faire grimper de toutes sortes de façons. On a même essayé de lui faire boire de l'Elixir d'Anvers... du coup elle marchait à reculons. J'avais de l'affection pour cette petite bête mais c'était quand même un animal sauvage qui avait de sérieuses petites dents et des griffes acérées. Elle est arrivée à sortir de sa boîte et le boy, en passant, lui a marché dessus. Jai cru qu'il lui avait rompu le cou et lui ai mis une attelle de carton; elle se déplaçait de côté, comme un crabe. Cela n'a pas servi à grand-chose et elle est morte quelques jours plus tard.

Nous n'étions pas loin de la rivière Lowa où on nous avait dit qu'on pouvait y acheter un perroquet. Ça nous plairait évidemment aussi un samedi, on a pris la voiture et on est allés jusque là. Le perroquet (un gris et rouge) embarqué dans une cage de fortune, nous avons repris la route sous un terrible orage et une pluie diluvienne. On s'est trouvés en panne de phares, on aurait dit que les éclairs visaient particulièrement la voiture! On n'était pas rassurés et on essayait de se persuader que sur des pneus de caoutchouc rien ne pouvait nous arriver. C'est au son du martèlement de la pluie sur le toit de la voiture et à la lueur des éclairs, en chantant des chansons scoutes pour nous donner du courage, que nous sommes revenus à Fikiri. On chantait beaucoup ensemble, en voiture ou en se promenant, des chants de jeunesse et aussi des airs français à la mode et des succès américains. On se racontait les livres qu'on avait lus et les films qui nous avaient plu.

Michel avait un certain souvenir de "Tea for Two" de je ne sais quel film qu'il avait vu et qu'il m'a chanté toute sa vie!

 

04/09/2009

Studebaker

Comme Fikiri ne se trouvait pas tellement loin de Yumbi, il nous arrivait d'aller au "Club" de Houdemont-Thysbaert. C'était un poste de colons récolteurs de riz habités par une demi douzaine de couples. On pouvait y loger, boire un verre au bar... Un bénévole tenait une petite coopérative où on trouvait des aliments de première nécessité.

Disposant d'une série de gros camions Mercedes, on pouvait profiter des services de leur mécanicien pour l'entretien de notre voiture. Cette Studebacker que Michel avait achetée n'était pas une bonne affaire. Elle était en effet très belle mais d'un modèle absolument inadapté pour l'Afrique: longue et basse, elle heurtait les cailloux de la route par l'avant ou l'arrière et je pense même que nous avons eu un moment donné le réservoir crevé. Elle tombait en panne tout le temps.

Maman&PapaElle avait un problème au radiateur mais ce n'était pas tout. L'essence qu'on utilisait n'étant pas de première qualité, le carburateur s'encrassait. Souvent sur la route pendant un déplacement, le moteur faisait "poêt poêt poêt" et s'arrêtait.  Evidemment, cela arrivait en plein midi sous une chaleur insupportable. Il fallait démonter le pointeau du carburateur, qui était une pièce minuscule, souffler dans les tuyauteries, nettoyer, replacer, essayer...

Il arrivait même que Michel laisse échapper la fameuse petite pièce qui tombait soit dans le moteur, soit par terre dans la poussière de latérite et il fallait chercher. Qu'est ce qu'on a pu enrager et même une fois en pleurer. On était sur une piste de brousse, sans personne aux alentours et voilà...

On crevait aussi facilement un pneu si pas deux en un seul voyage. Michel avait toujours une boîte de rustines pour réparer la chambre à air. Cela prenait un certain temps pour démonter, déjanter, chercher la fuite, regonfler le pneu... Michel avait une pompe à pied, mais même en ayant le matériel adéquat, c'était épuisant par cette chaleur.

Forte de vette expérience, j'emportais toujours avec moi de quoi m'occuper en cas de panne et m'installais à l'ombre des arbres ou d'une paillote en attendant que ce soit réparé. Ce n'était vraiment pas drôle.

Heureusement on ne se déplaçait jamais sans un planton et Michel avait de l'aide. Un jour, il dit au planton: "Démonte le pneu et apporte moi la chambre à air!" Le planton reste derrière la voiture et ne réapparaît pas... Michel s'énerve, le planton ne vient pas. Puis finalement, comme Michel se fâche, il vient à contre coeur et dit, "je n'ai pas trouvé" - "comment tu n'as rien trouvé ?" - "Je te jure Bwana qu'il n'y a plus rien, le pneu est mort" Alors Michel va voir à l'arrière de la voiture et se met à rire, sur le pneu il était marqué "Tubeless" (sans chambre à air).

Si la panne ne pouvait pas être réparée, on envoyait le type à pied avec un petit mot pour le premier blanc rencontré ou établi quelque part dans la région pour qu'il vienne à notre secours.

Pour finir, on circulait avec une voiture dont le coffre ne se fermait plus, dont le capot avait tendance à s'ouvrir inopinément, dont la portière passager ne s'ouvrait plus, dont la portière arrière gauche ne fermait plus... tout cela tenait avec des lianes qu'on taillait dans la brousse. Il fallait être très débrouillards!

 

02/09/2009

De gîte en gîte

Voici une nouvelle petite carte spécialement éditée pour vous permettre de mieux visualiser les périnigrations de mes parents à travers la brousse du Maniema... 

Carte-maman