28/09/2009

Makala

C'est à cette période-là que nous est arrivé un colis de  Belgique: les deux mamans m'avaient envoyé des vêtements de grossesse amoureusement cousus. Jupes et marinières de l'époque. Maman y avait ajouté une paire de ballerines roses et du maquillage. J'étais ravie.

Pirson departAussi, le jour où nous avons conduit la famille Pirson à l'aéroport dans notre voiture ornée de fleurs pour l'occasion , j'ai étrenné ma première marinière. Mme Pirson riait, elle disait "on ne voit encore rien et elle porte déjà la marinière " mais moi j'étais si fière!

Puisque les Pirson se trouvaient fin de terme et rentraient en Belgique, Michel a récupéré les clés du gîte et nous y avons emménagé sans demander l'avis du chef de poste.`

Cette maison, si elle était ancienne, était correctement conçue: il y avait une belle terrasse à l'abri du soleil, il y avait du mobilier convenable, une salle de bains digne de ce nom, une vraie baignoire !  Une cuisine attenante utilisable par la maîtresse de maison. C'était toujours le système des touques et du feu de bois, mais déjà plus élaboré.

Dans chaque poste état, l'approvisionnement en eau et bois se faisait par porteurs qui étaient des prisonniers de droit commun mis au travail. Ils entretenaient aussi la pelouse qui s'étendait au milieu du poste et autour des bâtiments administratifs. 

Le déménagement d'un endroit à l'autre n'a pas été si terrible. Il n'y avait  qu'à porter les affaires d'un côté à l'autre de la route. On avait abandonné en cours de route, la plupart du mobilier fabriqué par le chantier de Michel mais il restait quand même deux solides meubles à grands tiroirs.

L'un comme l'autre nous avons donné l'ordre aux déménageurs de déposer les meubles, mais... pas au même endroit! Nous nous sommes sérieusement engueulés. Il me manquait de quoi ranger le linge, Michel se revoyait prendre possession de "ses" meubles de bureau. Je me souviens: on se trouvait chacun sur un pas de porte, moi de la cuisine, lui de son bureau, les noirs au milieu ne sachant à qui obéir, on s'est dit "merde" puis regardés, puis Michel  m'a dit "Mais oui, tu peux en avoir un " et on s'est mis à rire. C'était notre première dispute.

Les Pirson en quittant le gîte nous ont laissé leur boy Fidèle et leur chat "Makala" (charbon de bois). Nous nous sommes donc pourvus d'un chat en plus du perroquet pour lequel Michel avait fait fabriquer une cage entre deux piliers de la terrasse. Le perroquet ne parlait pas, il était bien jeune et il nous aurait fallu beaucoup nous en occuper, ce qu'on ne faisait pas. Il imitait des bruits, les freins d'une voiture, la voix du jardinier, le miaulement du chat.

Le chat, lui, avait la fâcheuse habitude de miauler dès qu'on se mettait à table. Il recevait pourtant un repas identique au nôtre mais rien n'y fit, il mendiait, c'était exaspérant. Aussi un jour excédée, je l'ai couvert de la cloche de mon antique machine à coudre. Il s'est traîné à travers la salle à manger avec sa carapace, dépassait juste une patte qui essayait vainement de se débarrasser de cet habitat encombrant. On a bien ri.

Une autre fois, nous mangions du spaghetti et le chat était à nouveau plaintivement sous la table. Michel l'a enfermé avec son assiette dans un tiroir profond.

De temps en temps, le chat volait par la peau du cou à travers la fenêtre, un miaulement de la part du perroquet à la terrasse nous prévenait que le chat revenait, et finalement à bout de patience, Michel a enfermé le chat dans un panier et l'a emmené dans la forêt où il l'a lâché. Nous n'étions manifestement pas "chat". Heureusement Fidèle notre boy n'a pas pris le même chemin, il nous fut fidèle et nous accompagna jusqu'à la fin du terme à Pangi.

Dans ce gîte nous sommes restés jusqu'en août. Michel devant de toute façon partir rejoindre son chantier qui se déplaçait autour de Punia, je restais seule du lundi matin au samedi midi. J'ai eu quelques semaines difficiles, nausées, vomissements et seule ce n'était pas drôle. J'allais dans la salle de bains pour cacher mes larmes, il ne fallait pas que Michel sache à quel point la séparation m'était pénible. Ce l'était certainement pour lui aussi.

 

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