22/09/2009

Intégration

Habitant Punia, nous avons pu faire connaissance plus facilement avec d'autres personnes: le chef de poste, l'agent sanitaire, le chef de police qui étaient logés avec nous au poste état. Enfin installés, on nous a fait comprendre que les nouveaux arrivés devaient recevoir les habitants du poste pour un dîner.

Heureusement, il nous restait des lapins et nous avons fait un souper pour les voisins. C'était la première fois que nous recevions des gens à table, chez nous, en dehors des Pirson. J'était contente de pouvoir enfin utiliser la belle vaisselle, les beaux couverts que j'avais amenés de Belgique, une nappe brodée par marraine, garnir la maison de fleurs, et faire en sorte que le boy serve correctement à table. Ce fut une soirée réussie et pour nous, l'entrée dans une société existante après des mois de solitude dans le brousse.

Le club Symétain se trouvait à 5 km et nous pouvions profiter de la coopérative. Oh merveille: trouver des vivres frais, avoir un peu de choix alimentaire européen. A la coopérative, en attendant son tour, les européens faisaient causette et on se racontait les nouvelles des uns et des autres. On pouvait aussi profiter du club pour assister au cinéma (Symétain avait l'électricité) ou aller prendre un verre au bar.

C'est au club sans doute ou à la coopérative que nous avons rencontré les Charlier. C'est en faisant leur connaissance que je me suis rendue compte que nous avions voyagé de concert depuis Melsbroeck, eux et moi. Alors qu'ils avaient 5 enfants, ils  avaient fait le trajet Bruxelles-Stan et Stan-Kindu avec moi et je ne l'avais pas réalisé.

Instituteurs tous les deux, ils donnaient cours à des enfants de l'école primaire dont certains étaient internes. Lui était directeur d'internat. Comme les Charlier étaient en contact avec les parents de leurs élèves, ils nous ont invités avec des gens de la Symétain et ainsi nous nous sommes intégrés à Punia.

CHV affiche
La firme Symétain, en dehors d'être une compagnie de mines, représentait aussi les véhicules Chevrolet. Donc, tous les gros bonnets de la Symétain roulaient dans de rutilantes voitures américaines. Les employés, fin de terme - lors de leur congé en Belgique - avaient l'opportunité d'acheter une Chevrolet neuve à d'excellentes conditions. Beaucoup de coloniaux faisaient ainsi: lors du congé de 6 mois en Belgique, ils disposaient d'une voiture pour leurs déplacements et la faisaient expédier au Congo par la suite.

C'est ainsi que les coloniaux avaient en Belgique la réputation d'être pleins aux as, car ils roulaient avec de splendides voitures. C'était en fait un peu la revanche sur les trois ans de vie pénible menée en brousse, mais cette réputation nous a fait beaucoup de tort par la suite, d'autant plus que durant 6 mois certains vacanciers menaient la belle vie. Forcément, quand on a été privés de tout pendant si longtemps et que certains gagnaient bien leur vie...

CHV1957 proud

Toujours est-il qu'une fois que les employés de Symétain ramenaient leur "char" au poste, certains haut placés ne voyaient pas d'un bon oeil que l'un ou l'autre des subalternes ait la même voiture qu'eux. Aussi, pour permettre le transport de matériel (et sans doute aussi parce qu'ils obtenaient certains avantages d'entretien) les employés devaient obligatoirement passer par le garage Symétain où on transformait le coffre de leur voiture en plateau de pick-up… Assez étrange de voir ces Chevrolet hybrides circuler en brousse.  J'ai quand même trouvé que c'était triste de démolir ainsi de splendides voitures. Mais bon, on pouvait acheter un pick-up Chevrolet aussi, c'était sans doute plus approprié.

Lorsqu'il avait été question pour Michel d'acheter un véhicule, un représentant Belgica "fin de terme" était venu le trouver pour lui proposer son pick-up pour 12O.OOO frs. C'était une somme! Michel n'avait pas le premier franc, et l'autre a eu beau lui démontrer qu'étant agent de l'état il n'aurait eu aucun problème pour obtenir un prêt, il ne s'est pas laissé tenter. Par la suite, Michel a bien réalisé qu'il avait fait une bêtise et que la Studebaker nous avait coûté au moins deux fois son prix d'achat et combien de déboires.

 

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