19/09/2009

Punia

A Punia, nous nous sommes présentés au bureau du chef de poste avec notre camion chargé devant sa porte. Où aller? Le gîte de passage était occupé par les Pirson. Les quelques maisons du poste étaient habitées. Mr Van Crombrugghe a eu une idée: "J'ai une maison en construction. Cela vous fera toujours un toit en attendant une solution, on fera diligence pour terminer les travaux."

A chaque fois qu'on emménageait, nous étions plein d'ardeur et d'enthousiasme. Nous étions contents, nous avions enfin une habitation à nous d'où on ne pourrait pas nous déloger. 

Punia pirson

Nous avons donc pris possession d'une maison où on plaçait encore les châssis. La finition des murs était en ciment crépi. Le relief en était si épais qu'on pouvait y suspendre un vêtement(ce que nous avons d'ailleurs fait, c'est vrai) et il ne fallait pas passer les frôler de trop près de peur de s'écorcher.

La première nuit, il a fait une telle tempête que la pluie arrivait jusque sur notre lit. Cette maison n'avait plus un toit en feuilles mais bien en tôle ondulée. Elle était plus moderne, plus propre sans doute et avait l'avantage de ne pas servir de refuge à un tas d'insectes. Par contre, il y faisait bien moins frais et il a fallu s'habituer au tambourinement de la pluie par temps d'orage.

Le lendemain de notre installation, les autorités ont quand même réalisé que cette situation ne pouvait durer et ont expédié des hommes pour poser les vitres. Misère! Le vitrage est arrivé en coupes de 1 m. sur 2, il fallait donc le tailler. La pitoyable main d'oeuvre et le mauvais état de l'outillage aidant, la première crête de vitrage a été gaspillée tout de suite: trop petit, trop grand, coupe filée en zig-zag... feuille foutue. Finalement, Pirson et Michel s'y sont mis à deux pour poser les carreaux, non sans peine car je ne sais quel hurluberlu s'était imaginé de fabriquer des fenêtres à croisillons dont aucun carré n'avait la même taille! Là aussi il y  eu beaucoup de perte...

Lors de l'orage suivant, nous étions a l'abri mais il y avait un tel jour sous la porte que le chat aurait pu passer dessous et l'eau entrait à flots dans la maison!

CoucouOn nous a fourni un mobilier convenable fabriqué sur place, le nôtre ayant rendu l'âme après tant de déménagements. C'est à cette période que Michel a racheté une horloge "coucou suisse" à un indigène qui l'avait acquise par correspondance et ne savait comment s'en servir. C'était assez anachronique de trouver un objet pareil au milieu de la brousse! De plus, l'apparition du "coucou" au top de l'heure intriguait assez les noirs qui n'y voyaient que de la sorcellerie.

Si nous occupions enfin une maison dans un poste, cela ne signifiait pas pour autant que nous avions une installation correcte d'amenée d'eau. Elle n'était pas encore raccordé: ni eau ni électricité. Du reste, aucune maison du poste état n'avait l'électricité. On s'éclairait toujours à la lampe à pétrole, le frigo fonctionnant au pétrole. Quelques rares privilégiés possédaient un groupe électrogène à essence.

Cela signifiait que dans tous les ménages, de toute façon, les frigos, grands ou petits, fonctionnaient au pétrole et ce n'était pas toujours évident d'éviter la panne. Cela signifiait aussi que partout on repassait au fer à charbon de bois, qu'on cuisinait partout au bois et que donc toutes les maisons avaient la cuisine en annexe à l'extérieur de la maison. Que chaque jour l'eau du bain ou de la douche était chauffée, que de consommation de bois ! Ce bois nous était fourni par l'état qui le faisait apporter par les prisonniers.

Derrière chez nous, se trouvait l'atelier de menuiserie où les ouvriers commençaient à travailler à 6 heures du matin. Toute la journée ils rabotaient, rythmant le travail par des "zoom-zoom tap-tap-tap". C'était amusant pour commencer, c'était exténuant au bout de quelques jours. J'ai commencé à être très fatiguée et tendue, il me fallait du repos. Pas de sieste "zoom-zoom tap-tap-tap", pas de grasse matinée "zoom-zoom tap-tatap".

Les différentes pluies ont rapidement révélé les défauts de la cuirasse de cette maison prenant l'eau de partout: châssis de fenêtres, portes, plafonds. On déménageait notre lit de pièce en pièce. Elle était mal conçue, mal terminée et appelée à être démolie. Nous attendions avec patience une autre solution.

 

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