11/09/2009

BITUMBATUMBA

Lorsque les lotissements de Fikiri ont été terminés, nous avons déménagé de la route de Yumbi-Ferekeni vers la route de Yumbi-Punia. Il s'y trouvait un gîte en dur c'est à dire une construction en brique avec un toit de tôle ondulée. J'étais enchantée de quitter enfin le pisé pour avoir quelque chose de plus confortable mais j'ai dû vite déchanter. Ce gite était situé sur un promontoire sans arbre ni verdure, en plein soleil. Il était tellement minuscule que les portes et fenêtres devaient s'ouvrir vers l'extérieur sinon on n'aurait pu y placer des meubles.

On a donc déménagé, nos équipes d'abord, nous ensuite et je me souviens encore l'inquiétude de Michel quant à la survie de notre perroquet. Planté devant le camion, Michel a sifflé et de l'intérieur de tout notre "brol" un sifflement a répondu : il était vivant !

C'est avec enthousiasme que nous avons déballé nos affaires pour essayer de nous créer un intérieur convenable et coquet. Il y avait quatre minuscules pièces: une pour le matériel de ménage et les réserves, une comme séjour, une chambre et une petite pièce pour se laver. La cuisine, comme toujours se trouvait à l'écart, et on cuisinait toujours sur une touque d'essence renversée. Mais bon, c'était déjà mieux, on était contents.

Punia gite

Le gîte étant si petit, Michel s'est fait construire un bureau en feuilles de palmier où il a fallu entre autres, faute de place, dresser une penderie pour les vêtements. Il y faisait bien plus frais que dans la maison et je m'y réfugiais pour lire ou écrire. Par contre, je me faisais piquer par les moustiques.

C'est dans ce bureau qu'on a installé une baignoire originale. Je rêvais tellement de pouvoir me plonger dans l'eau que j'ai insisté pour qu'on trouve un système. On a fait couper en deux dans le sens de la longueur un fût à essence de 200 litres. Le boy chauffait de l'eau et je me prélassais dans un bain parfum essence! Cela n'a pas duré longtemps, ce n'était pas une bonne idée.

Vu l'exiguité et l'exposition au soleil, nous souffrions de la chaleur et on cherchait par tous les moyens à améliorer notre sort. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me couper les cheveux qui avaient bien poussé. J'utilisais pour ce faire deux miroirs et tant qu'à faire je taillais aussi ceux de Michel, ce n'était pas évident. Il n'y avait pas de coiffeur, même au poste, et les dames s'aidaient l'une l'autre à couper, faire des mises en plis avec de la bière et des papillotes.

Le gîte ayant été laissé à l'abandon pendant longtemps (et pour cause) était devenu le lieu de rassemblement des chèvres du village. Ces sales bêtes avaient brouté vraiment tout ce qu'elles pouvaient et on se trouvait sur une petite colline chauve comme un caillou, réverbération comprise. Les chèvres n'avaient pas compris, elles, que le gîte était occupé et le matin elles étaient couchées devant la porte, on ne savait donc pas sortir. Michel a été trouver le chef du village pour le prévenir de garder les bêtes au village, que sinon il sévirait. Rien n'y a fait. Comme il n'y avait pas moyen d'obtenir gain de cause, Michel poursuivait les chèvres avec ce qui lui tombait sous la main. Il était tellement furieux qu'un jour il en a tué une en tapant dessus. J'ai été très saisie de sa violence, mais il est vrai que la bêtise mène à des actes extrêmes.

C'est à Bitumbatumba que Michel a fait une rage de dents carabinée. Il m'a avoué ne pas avoir vu le dentiste à Bruxelles avant de quitter la Belgique tellement il en avait peur. Ses dents étaient en mauvais état et comme il mangeait beaucoup de sucreries, il avait des caries et même des abcès... A ce moment il n'y avait aucun secours, il prenait des aspirines (très grosses, prévues pour les indigènes). Il avait en un jour avalé 9 cachets et était totalement groggy. De plus il se baignait la bouche de whisky, bonjour les dégâts! Il pleurait de mal et voulait que je reste assise près de lui pour lui tenir la main. Je n'ai pas pu jouer le rôle de la petite maman, je savais bien que je ne pouvais pas l'aider et j'étais moi-même malade de chaleur et de vertiges.

C'est à ce moment-là aussi qu'on m'a amené un vieux qui venait de se faire mordre au mollet par une vipère. Que faire? Enfant j'avais bien lu que dans ce cas on faisait une incision autour de la plaie et qu'il fallait sucer le venin. Je n'ai pas eu le culot de le faire, j'ai mis un garrot au-dessus de la morsure pour ralentir la circulation du sang et l'ai envoyé au dispensaire où il a été soigné.

LapinEn revenant un jour de Punia, Michel m'a amené un couple de lapins vendus par l'agent sanitaire qui partait en congé. Nous avons fait faire des cages et même un enclos sur de la pelouse pour les laisser courir librement. Ces lapins ont proliféré à une allure folle et les cages aussi. Cela nous donnait quand même l'assurance d'avoir de la viande fraîche.

Comme il faisait très chaud dans cette maison, j'avais des malaises et avais tendance à tomber dans les pommes. Michel m'a enmenée à Punia chez le médecin de la Symétain qui m'a annoncé que j'étais enceinte!

 

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