04/09/2009

Studebaker

Comme Fikiri ne se trouvait pas tellement loin de Yumbi, il nous arrivait d'aller au "Club" de Houdemont-Thysbaert. C'était un poste de colons récolteurs de riz habités par une demi douzaine de couples. On pouvait y loger, boire un verre au bar... Un bénévole tenait une petite coopérative où on trouvait des aliments de première nécessité.

Disposant d'une série de gros camions Mercedes, on pouvait profiter des services de leur mécanicien pour l'entretien de notre voiture. Cette Studebacker que Michel avait achetée n'était pas une bonne affaire. Elle était en effet très belle mais d'un modèle absolument inadapté pour l'Afrique: longue et basse, elle heurtait les cailloux de la route par l'avant ou l'arrière et je pense même que nous avons eu un moment donné le réservoir crevé. Elle tombait en panne tout le temps.

Maman&PapaElle avait un problème au radiateur mais ce n'était pas tout. L'essence qu'on utilisait n'étant pas de première qualité, le carburateur s'encrassait. Souvent sur la route pendant un déplacement, le moteur faisait "poêt poêt poêt" et s'arrêtait.  Evidemment, cela arrivait en plein midi sous une chaleur insupportable. Il fallait démonter le pointeau du carburateur, qui était une pièce minuscule, souffler dans les tuyauteries, nettoyer, replacer, essayer...

Il arrivait même que Michel laisse échapper la fameuse petite pièce qui tombait soit dans le moteur, soit par terre dans la poussière de latérite et il fallait chercher. Qu'est ce qu'on a pu enrager et même une fois en pleurer. On était sur une piste de brousse, sans personne aux alentours et voilà...

On crevait aussi facilement un pneu si pas deux en un seul voyage. Michel avait toujours une boîte de rustines pour réparer la chambre à air. Cela prenait un certain temps pour démonter, déjanter, chercher la fuite, regonfler le pneu... Michel avait une pompe à pied, mais même en ayant le matériel adéquat, c'était épuisant par cette chaleur.

Forte de vette expérience, j'emportais toujours avec moi de quoi m'occuper en cas de panne et m'installais à l'ombre des arbres ou d'une paillote en attendant que ce soit réparé. Ce n'était vraiment pas drôle.

Heureusement on ne se déplaçait jamais sans un planton et Michel avait de l'aide. Un jour, il dit au planton: "Démonte le pneu et apporte moi la chambre à air!" Le planton reste derrière la voiture et ne réapparaît pas... Michel s'énerve, le planton ne vient pas. Puis finalement, comme Michel se fâche, il vient à contre coeur et dit, "je n'ai pas trouvé" - "comment tu n'as rien trouvé ?" - "Je te jure Bwana qu'il n'y a plus rien, le pneu est mort" Alors Michel va voir à l'arrière de la voiture et se met à rire, sur le pneu il était marqué "Tubeless" (sans chambre à air).

Si la panne ne pouvait pas être réparée, on envoyait le type à pied avec un petit mot pour le premier blanc rencontré ou établi quelque part dans la région pour qu'il vienne à notre secours.

Pour finir, on circulait avec une voiture dont le coffre ne se fermait plus, dont le capot avait tendance à s'ouvrir inopinément, dont la portière passager ne s'ouvrait plus, dont la portière arrière gauche ne fermait plus... tout cela tenait avec des lianes qu'on taillait dans la brousse. Il fallait être très débrouillards!

 

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