31/08/2009

Aménagements

C'est à Fikiri que mes malles sont arrivées. Quelle joie de redécouvrir les trésors amoureusement emballés et de les montrer à Michel. Du coup, on améliorait l'ordinaire: nappes, couverts, vaisselle, linge, bibelots... On a arrangé avec ardeur la décoration de notre nouvel home.

Ferekeni table

On a fait peindre l'intérieur de la case en blanc (les murs étaient en terre battue). La peinture étant inexistante, les noirs puisaient une sorte de glaise blanche dans le lit de la rivière pour enduire les murs. Nous avons voulu faire mieux encore: pour obtenir des murs roses nous avons mélangé notre réserve de mercurochrome au blanc maiss on n'a pas tellement vu la différence...

J'ai connu mon premier "vrai" orage tropical à Fikiri. D'abord un vent chaud balayait le haut des arbres, les grosses feuilles tombant sur le sol en faisant un bruit de carton. Une nuée de poussière s'élevait de la plaine, le ciel était noir et de grandes zébrures en zig-zag traversaient l'horizon.

L'orsqu'on entendait arriver la pluie, on avait juste le temps de fermer portes et volets. Les éclairs étaient tellement aveuglants que la lumière filtrait par toutes les fentes de la maison. Le bruit du tonnerre était encore plus effrayant et, paniquée, je me cachais dans le lit sous les draps et oreillers  en attendant que cela passe, quitte à crever de chaud.

Mon équipement de ménage étant arrivé, j'ai enfin pu commencer à faire quelques expériences culinaires. Par chance, j'avais encore trouvé dans une quincaillerie de Malines un four Utilo, sorte de gros dôme en aluminium garni d'un fond de fonte perforé à poser sur la flamme. Ce four pouvait servir à la fois pour cuire du pain, de la pâtisserie ou de la viande.

Maman gâteauComme toute jeune mariée, j'ai commencé par faire des pâtisseries pour gâter mon mari qui était très très friand de sucreries. Le résultat de mes expériences ne correspondait pas toujours à mes espérances mais il faut dire que les matières premières n'étaient pas de premier choix... La farine étant humide, il y avait souvent des charençons; le sucre collait et les oeufs achetés aux villageois étaient minuscules et pas de première fraîcheur.

J'ai fait de mon mieux pour fabriquer des biscuits au beurre et nous avons invité les protestants Granger à venir prendre le thé. C'était très British. On parlait anglais en buvant le thé, le petit doigt en l'air, assis en rond dans notre case en pisé (assez kitch non ?). On discutait des évènements en Hongrie qui s'était soulevée contre la domination de l'URSS.

Un jour, mon mari, rentrant de forêt fourbu et crotté, s'est assis sur un siège dans notre petit séjour. Avec fierté j'ai mis un genou à terre en lui présentant une tarte au sucre disant "Ceci plaît-il à Monsieur?" Il m'a répondu : "Je n'admets pas qu'on me parle sur ce ton". Je suis restée interdite, n'en croyant pas mes oreilles, et je suppose que j'ai déposé la tarte lui demandant de répéter. Je suis sortie, ne sachant où aller, c'était la première fois qu'il me parlait durement et pour quelle raison ? Si je n'avait pas été isolée en Afrique, je crois que je serais allée chez maman. Je ne comprenais pas ce que j'avais fait et cette fois-là, j'ai eu vraiment des doutes pour l'avenir de mon mariage. J'ai beaucoup pleuré et évité de rencontrer Michel durant l'après-midi, je me suis tue. Le soir, au coucher, il m'a pris dans ses bras et c'était oublié, mais....... longtemps, longtemps, j'ai eu un peu peur de lui, m'imaginant que si j'avais quitté l'autorité parentale c'était pour tomber sous l'autorité matrimoniale.

Nos grands élans s’étaient un peu calmés…. Michel partait très tôt le matin, rentrait fourbu et crotté et s’écroulait de fatigue vers 1heure. Après la sieste, il se consacrait à ses rapports et relevés de cartes. A 17 heures, la nuit commençait à tomber. Je me sentais perdue dans cet endroit... tellement isolée.

Lorsque je suis arrivée au Congo avec un trousseau constitué de linge personnel acheté en Belgique et de mes vêtements confectionnés à la maison, j'étais très collet-monté: chemisiers fermés jusqu'au cou, manches longues ou petites robes mignonnes et bien décentes. Très vite, Michel m'a demandé de couper dans tout ça. "Décolleté et léger", ce que portaient toutes les femmes de la région. J'avais emporté des pantalons "pirate", c'était bien trop chaud pour là-bas et je ne m'en suis pas beaucoup servi. Il fallait porter des vêtements amples et légers.

Michel m'a offert un coupon de soie acheté dans une cantine à Punia et, à la main, je me suis confectionné une robe près du corps toute boutonnée. Nous sommes allés danser au club de Yumbi mais j'étais gênée parce que Michel portait des tennis blanches avec son costume et que ça jurait. Gênée aussi parce que ma robe était tellement moulante que les regards des hommes dans le bar étaient fixés sur moi, la nouvelle.

Plus tard, quand mes malles sont arrivées, j'y ai trouvé la vieille machine à coudre à manivelle de ma grand-mère qui m'a encore bien servi. Par la suite, j'ai fini par la vendre à un indigène .

 

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