26/08/2009

Kowé

A Kowé (poste distant de Ferekeni de quelques heures de route traversant une forêt inextricable) subsistaient les vestiges d'un ancien poste de territoire. Pourquoi avait-il été abandonné? Il restait deux maisons parfaitement en ordre, sur une vaste plaine, une prison désaffectée au fond...

BarzaLe long du fleuve, des commerçants "arabisés" (musulmans, et plus malins) tenaient boutique où nous pouvions trouver quelques victuailles. Ils faisaient provision grâce au bateau courrier qui venait de Kindu. Sa présence créait l'occasion pour les broussards de monter à bord pour boire une bière bien fraîche au bar avec le capitaine et d'écouter les derniers racontars de la ville.

Ce bateau servait aussi bien de transport pour voyageurs que de marchandises. Aussitôt accosté, il était entouré de pirogues de vendeuses de fruits et autres cacahuètes. Pendant la pause de déchargement de marchandises destinées à la région, et du chargement de production d'huile de palme, de riz ou autre denrée des colons. Il y avait de l'ambiance au bar et le départ dépendait du bon vouloir du capitaine! Je crois me souvenir que ce courrier était encore un bateau à aubes.

Sur la route de Kowé, on faisait halte chez deux colons, les frères Saccaroti. Ils étaient loin de tout, perdus au milieu de nulle part. Drôles de gens. Ils achetaient les noix de palme aux indigènes et au moyen d'un moulin à huile fabriqué à partir d'un moteur de camion, ils faisaient de l'huile de palme. Leur huile était stockée dans d'anciennes touques à essence qui attendaient  un futur envoi pour être acheminées à Kindu. Comme il n'y avait pas immédiatement un chargement suffisant, cette huile séjournant à la chaleur pendant un certain temps, devenait rance. Dire qu'ils cuisinaient avec ça !

L'un des deux frères, Fausto, était un peu dingue mais il avait des manières raffinées et me faisait le baise-main. Il avait des idées "artistiques" : il allait au bord du fleuve récolter les plus beaux cailloux. Il en faisait des dalles décoratives en les coulant dans du béton pour en faire des sols de céramique comme en Italie. C'était un travail de fou. Il avait l'intention de paver ainsi toute leur maison qui était en construction!

Une partie était déjà couverte d'un toit de tôle mais, au lieu de se contenter des tôles habituelles, il avait fabriqué des tuiles au départ de bidons à huile de 2 litres aplatis, recourbées en haut et en bas pour pouvoir les accrocher les unes aux autres. Une fois les plaques en place, l'humidité se faisant une joie de les rouiller rapidement , il avait l'impression d'avoir un toit en tuiles rouges du plus bel effet!

Les Saccaroti ne sortaient pas souvent de leur brousse mais, quand ils allaient à Kindu, ils prenaient le bateau courrier, leurs touques d'huile suivant par flottage. Ces broussards faisaient partie à Kindu d'une bande de joueurs de poker. Il leur arrivait d'avoir perdu au jeu leur chargement avant qu'il ne soit arrivé à destination.

Lambert2Dans la même région, habitait le père Lambert (de la même confrérie que le père Jean-Baptiste). Sa mission dépendait de Punia. Rarement il quittait son village car il ne possédait pas de véhicule et circulait en vélo.

C'est sur la route de Kowé, oh combien primitive et perdue dans la jungle, que Michel m'a montré comment les indigènes abattaient un arbre. Les arbres qu'on trouvait en forêt à ce moment-là étaient de teck, de wenge, de limba, d'acajou . D'une taille impressionnante, les racines partaient loin dans le sol.

Il nous arrivait parfois de rencontrer un tronc d'arbre tombé sur la piste. N'étant pas question de le dégager car trop important, il fallait trouver une solution pour  passer. Soit en construisant une sorte de passerelle au dessus de l'obstacle, soit en créant une nouvelle piste de détournement, soit en faisant couper l'arbre en tronçons. A la main bien sûr! Cela pouvait prendre huit jours.

Pour abattre un arbre, l'écartement des racines étant trop large et trop dur, il fallait construire un échafaudage à 2 ou 3 mètres au dessus du sol à partir duquel les bûcherons se mettaient à couper. J'ai aussi vu, sur un chantier, les bûcherons à l'oeuvre pour couper les tronçons en planches. Ils avaient creusé une fosse en dessous du tronc. Un ouvrier se trouvant dans la fosse et un autre au dessus du tronc, ils sciaient avec une longue scie à main munie de deux manches. Cela s'appelait une scie de long. Le travail pouvait durer des jours et des jours.

Mon étonnement aussi de voir un champ en brousse. Les parcelles étaient parsemées de troncs calcinés, de cendres grises et on avait semé ou planté entre ces cadavres d'arbres restés en place. Les paysans avaient récupéré les quelques pièces de bois transportables pour leur propre usage, le reste étant assemblé en tas pour faire du feu. Des feux étaient entretenus en dessous des plus grosses pièces pour essayer de gagner un peu de terrain, cela pouvait durer bien longtemps. Il est certain qu'on ne pouvait faire autrement quand les champs se trouvaient au fond de la forêt. Pas de moyen de levage, de transport ni de route pour exploiter le bois.

C'est pour cette raison que le Paysannat veillait à attribuer des parcelles fixes aux villages pour mettre fin à une déforestation continuelle et à choisir des emplacements le plus près possible des moyens de transport pour permettre l'organisation de marchés.

Etonnée aussi de voir des champs africains. Je m'étais imaginé rencontrer comme chez nous des champs bien verts à perte de vue, parcourus par des tracteurs. Quand on se promenait dans les champs, on avait les chaussures et les pieds noirs de charbon de bois. C'était toute une équipée de grimper par dessus ou dessous les tronçons calcinés dans des terrains ravinés.

 

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