25/08/2009

Les Pirson

Les Pirson avaient partagé la vie de brousse de Michel, l'avaient beaucoup secondé, beaucoup encouragé quand il n'allait pas bien. Mme Pirson l'invitait régulièrement pour un repas en même temps que le père Jean-Baptiste, seul lui aussi. Quand ils retournaient à Punia pour le week-end, ils emmenaient souvent Michel avec eux. L'occasion pour lui de se distraire un peu, de rencontrer d'autres gens...

Mr Pirson était un liégeois de caractère bien affirmé. Il était "second terme" et, pour Dieu sait quelle raison, avait été catapulté avec sa famille (3 enfants) dans un territoire infect pour y tracer une route. Il n'avait pour cela reçu aucun équipement ou si peu. Il a creusé en pleine forêt une voie carrossable en terre battue de plusieurs dizaines de kilomètres, avec des hommes seulement munis de pelles (on avait même osé lui envoyer des pelles sans manche). Il a fait un boulot titanesque.

C'était un râleur. Il avait beau envoyer des demandes de matériel, on faisait la sourde oreille. Un jour, un camion du territoire passant par là, Pirson en a fait descendre le chauffeur et a réquisitionné le véhicule pour l'usage de son chantier. Cela a fait un beau tollé, un bel échange de notes les plus incendiaires les unes que les autres! C'est avec délectation qu'il se mettait au clavier de sa machine à écrire, tapant avec hargne, de deux doigts, tac-tac-tac-, ce qu'il avait sur l'estomac. Sa femme, la pauvre, en pleurait et disait "Non Eugène, non Eugène, tu ne vas pas leur écrire cela" mais il tenait bon !

Quand le matériel lui manquait, il fouillait les bords des routes dans les hautes herbes où il restait du fer à béton, du bois d'autres chantiers et même, il le savait, des carcasses de camions abandonnés par leur proriétaire. Il se servait en pièces de rechange. Il avait un très bon mécanicien et, à eux deux, ils forgeaient des pièces introuvables, parvenant ainsi à remettre un camion sur la route.

Les Pirson sont restés nos voisins encore quelque temps. Ils passaient nous voir lorsqu'ils partaient en week-end à Punia. Nous, nous restions à Ferekeni, et le dimanche allions à la messe à la mission du père Jean-Baptiste. Le dimanche Michel se faisait un point d'honneur d'être vêtu d'une chemise et d'un short blancs, la plupart des coloniaux faisant de même.

Nous allions ainsi nous promener dans le village, en marchant sur la route. Nous chantions les chansons à la mode qui nous plaisaient ou des chants que nous connaissions de nos différentes activités de groupements de jeunesse. Nous bavardions, bavardions, on avait tant de choses à se dire, tant de retard à rattraper. C'étaient des rires et des taquineries, du plaisir, du vrai bonheur. Le monde était à nous, nous étions insouciants, sûrs de notre avenir dans une nature superbe, libres de toute contrainte. Dis, c'était comment quand on ne se connaissait pas? On avait plein de projets, on croyait dans la lune et les étoiles.

Michel me faisait visiter les lotissements où il avait travaillé, les beaux sites qu'il avait découverts. Il nous est arrivé de marcher à travers tout; il devait me forcer un passage parmi les hautes fougères et les lianes. C'était très joli ce soleil qui jouait  sous le couvert de toute cette verdure, bien différente de chez nous. Nos pas s'enfonçaient dans un humus de feuilles et de branches où grouillait une vie minuscule et insoupçonnée, c'était en quelque sorte approcher de la source de la vie.

On  examinait aussi les termitières, le long de la route. Elles étaient parfois aussi grandes que nous et même davantage. De terre rouge, la plupart du temps abandonnées, l'usure du temps mettant à nu les galeries qui nous permettaient de voir comment circulaient les fourmis. Leur terre était si dure qu'elle était utilisée par les cantonniers pour réparer les routes!

IndigenesIl nous arrivait de nous orienter vers un village où les enfants avaient tôt fait de signaler notre venue. Les indigènes étaient tout heureux de nous voir arriver parmi eux. Il arrivait parfois que l'un ou l'autre des chefs d'équipe vienne respectueusement bavarder ou demander conseil.

Les Pirson ne partant pas tous les week-ends, nous nous retrouvions parfois le dimanche après midi, soit pour un jeu de Monopoly, de petits chevaux ou de Mikado, soit pour une excursion à Kowé sur le fleuve.

 

 

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