20/08/2009

Separation

C'est lui qui m'a amenée jusqu'au train qui m'emportait vers l'Italie. C'est le coeur serré que nous nous sommes séparés, à la gare de Midi, sachant bien que c'était pour trois ans.

EmbarquementMichel, de son côté, accompagné de ses parents et amis, a pris l'avion pour Léopoldville le 21 juillet. Il ne partait pas seul, d'autres nouveaux agents de la colonie prenaient le même vol et une fois arrivé sur le sol d'Afrique, il a dû attendre son affectation, logé à l'hôtel des célibataires. Ensuite on l'a envoyé à Bukavu, où il a encore séjourné à l'hôtel; il semble qu'on ne savait que faire de lui.  Finalement on l'a envoyé à Kindu où il a été incorporé au Paysannat indigène et durant quelques jours il est resté  au bureau, dans l'intention de se familiariser  avec le travail qu'il aurait à superviser sur le terrain.

Très vite, son supérieur l'a envoyé en brousse, je dirais plutôt en pleine forêt où il allait devoir s'occuper d'un chantier de prospection. Pour débuter, Michel a séjourné quelque temps chez un couple de jeunes agronomes où il a dû prendre connaissance du travail à effectuer et surtout apprendre les premiers rudiments de la langue swahili, car les ouvriers ne comprenaient pas le français.

Un beau matin, Mr Rochez et Mr De Meirsman, du Paysannat de Kindu sont venus en brousse lui annoncer son prochain poste et préparer les malles pour le déménagement. Il fut catapulté seul dans une case en pisé, avec un boy comme compagnie, à la tête d'une équipe de 7O ouvriers. En avant mon ami !

Maman italieMoi, de mon côté, j'effectuais mon voyage en Italie et ai commencé à lui écrire les premières lettres qui furent ensuite expédiées depuis Bruxelles à l'adresse qu'il allait me faire connaître. A Rome, sa première lettre m'est arrivée m'assurant déjà  de toute sa confiance dans l'avenir.

Le courrier que j'envoyais au Congo suivait cahin-caha aux différentes adresses que je recevais, mais comme il y avait un délai de 2 à 3 semaines, Michel les recevait avec un certain retard. Seul en brousse, ce courrier lui était indispensable comme l'air qu'on respire. Il attendait des nouvelles de sa famille, de ses copains, et surtout les miennes. Bien sûr cette correspondance était plutôt fleur bleue, on se racontait les évènements de la semaine et le manque qu'on avait l'un de l'autre.

Petit à petit on a abordé des choses plus fondamentales. Michel était très idéaliste, un peu naïf aussi, la vie ne l'avait pas encore bousculé. Il apprenait certains désagréments, la solitude alors que l'on a trouvé l'âme soeur et qu'on est séparés aussitôt, les petits problèmes de santé, les contingences matérielles, et bien que s'étant promis d'être courageux, après quelques mois il a craqué, et m'a écrit qu'il n'y croyait plus. Sa lettre était désespérée, il n'avait plus eu de courrier depuis 3 semaines, de personne. Evidemment il avait une fois de plus déménagé, il se trouvait dans un autre poste, le courrier n'avait pas suivi.

De mon côté, je réfléchissais beaucoup à la situation et j'étais très inquiète de la tournure que cela allait prendre. Trois ans de solitude pour lui, trois ans de solitude pour moi, j'évitais les sorties, les occasions de rencontrer d'autres jeunes, une jeune fille "engagée" ne sortait plus, était-ce tenable ? Les parents de Michel m'invitaient chez eux chaque semaine et faisaient tout leur possible pour remplacer Michel auprès de moi et grâce à eux j'ai appris à apprécier le garçon que je connaissais si peu.

Mais la lettre désespérée de Michel m'avait causé un choc et ma réaction immédiate a été "je pars le rejoindre" ,j'expliquais mon angoisse de nous retrouver face à face trois ans plus tard, sans se "reconnaître", d'être déçus l'un de l'autre, qu'il aurait tellement changé et que peut être on se serait attendus pour rien. On s'écrivait depuis 4 mois. Quand j’'en ai parlé à maman, cela n'a pas été une explosion de joie, elle m'a demandé de réfléchir encore. Les parents de Michel n'ont pas fait de commentaires. J'ai su par la suite qu'ils avaient été étonnés que je prenne une décision aussi hasardeuse...

A la nouvelle année maman m'a annoncé que je pourrais partir l'été suivant. Aussitôt j'ai fait part de la nouvelle à Michel et son moral est remonté en flèche. Lui-même s'était imaginé revenir en Belgique lors de son congé annuel pour venir me chercher. Quelle utopie ! Mais nos deux souhaits s'étaient rencontrés.

Je me pose encore la question aujourd'hui, pourquoi me fallait-il demander l'autorisation de rejoindre Michel en Afrique ? J'étais majeure, le voyage en ces circonstances était payé par le Ministère des Colonies et je ne demandais rien à personne. J'ai sagement et avec impatience attendu la date de mon départ, en préparant une malle d'effets personnels et du petit nécessaire de ménage pour commencer une vie à deux.

Michel a dû faire une demande officielle pour obtenir un billet pour mon voyage, il a fallu passer par le Ministère des Colonies pour confirmer sa demande et passer une visite médicale, avoir une entrevue avec une conseillère et recevoir les vaccins nécessaires. De plus il fallait publier les bans à la commune et à la paroisse, pour moi à Kapelle, pour Michel à Schaerbeek. Etait-ce bien utile ?

Michel, de son côté a fait savoir à son supérieur que sa fiancée allait arriver pour un mariage en Afrique. Il fallait également des papiers pour le Congo, mission, état. Mr Rochez souhaitait organiser le mariage chez lui à Kindu , Michel n'était pas résident à Kindu, il a fallu faire un changement de domicile, faire suivre les documents pour que les bans puissent être publiés là-bas.

Lorsque Michel est arrivé à Kindu peu de jours avant mon arrivée, il a surpris tout le monde en annonçant son prochain mariage, le courrier n'avait pas été ouvert, son supérieur était en voyage, les bans n'avaient pas été publiés...

 

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