19/08/2009

UNE DECISION INATTENDUE

Avec quelle inconscience on s'est promis de s'attendre, de s'écrire, Michel et moi, durant trois ans, le temps de son premier terme au Congo Belge. On se connaissait très peu, on s'était rencontrés deux trois fois, lors de soirées. Michel m'avait plu, ....lui était tombé amoureux la première fois qu'il m'avait vue (quelle chance j'ai eue). Je savais qu'il espérait me revoir et cela ne s'était pas produit. 

Nous nous sommes retrouvés le 2 juillet 1955, lors du mariage de Guy Dechamps et Monique Van Sull. Il était le témoin de Guy, moi j'étais demoiselle d'honneur. Dès que je l'avais vu j'avais été attirée par Michel: beau garçon, regard de velours, sourire éblouissant, épaisse chevelure noire. Très charmeur. Tout le monde l'appelait par son totem de scout "Castor". Ce jeune homme était drôle, il faisait le pitre, amusait le monde, il était gai, enthousiaste, et un avenir prometteur s'ouvrait devant lui.

Maman 1954

Moi, je venais d'une famille meurtrie par la guerre et les deuils. D'une éducation rigoureuse et contraignante, je n'étais pas heureuse. Depuis longtemps j'aspirais à échapper à cette atmosphère et mon rêve était d'aller vivre avec quelqu'un que j'aimerais, loin de tout, seuls... un peu comme Robinson Crusoe sur son île. Il me semblait que ce jeune homme-là allait pouvoir répondre à mes aspirations.

Ce soir-là, avec beaucoup de timidité, nous avons enfin eu l'occasion de nous parler. Il était tellement ému Michel, il ne savait comment me dire ce qu'il souhaitait, il n'osait rien me proposer sachant qu'il partait en Afrique 19 jours plus tard. Avec beaucoup de pudeur, nous nous sommes avoués les sentiments qui naissaient en nous et admis qu'il était trop tôt pour nous engager à quoi que ce soit, il ne pouvait reculer son départ, alors nous nous sommes promis de nous écrire. On était tellement gauches qu'on ne s'est même pas embrassés.

Il nous restait peu de jours pour nous revoir. Je travaillais dans un bureau, je n'avais pas beaucoup de temps libre . De plusdepuis longtemps, je m'étais inscrite pour un voyage à Rome avec la J.E.C.F. (Jeunesse Catholique Féminine) et la date de départ était fixée au 19 juillet. Michel venait me chercher au bureau, et on descendait à pied jusqu'à la gare centrale où je prenais le train. C'est en promenant au Parc Royal de Bruxelles que nous avons échangé notre premier baiser.

FiancesMichel est venu à Kapelle, à la maison. Il avait pour l'occasion pu emprunter la voiture de son père.  Pour la circonstance, on avait mis les petits plats dans les grands. Il faisait beau, les sièges étaient sortis au jardin et tout le monde était présent pour faire connaissance du soupirant de Betsy. Par la suite bien sûr, mes frères y allaient de leur commentaire... 

Quelques jours plus tard, je suis allée à Schaerbeek pour faire la connaissance des parents de Michel. Nous sommes allés nous promener au Bois de la Cambre. Une autre fois il m'a emmenée souper dans un restaurant charmant au Parc du Heyzel. Nous avons aussi partagé un repas « fromage » chez tante Beth chez qui nous avions fait connaissance. La date du 19 juillet est vite arrivée.

FairePart

 

 

Michel était fou de bonheur, il bavardait à tort et à travers, sautait du coq à l'âne, il en bégayait, me racontait en vrac sa vie, sa famille, ses projets, ses espoirs, son amour pour moi. J'étais un peu assommée par un tel engouement. Et si je n'étais pas à la hauteur, si je n'arrivais pas à l'aimer comme il m'aimait ? J'étais gênée de l'image idéale qu'il se faisait de moi C'était la première fois qu'il était amoureux et il en était ébloui. Les choses allaient trop vite, il n'avait jamais connu de baisers, de caresses, les tendresses entre amoureux, il faisait une telle découverte .

C'était une grande surprise pour sa famille qui, l'ayant toujours vu avec les scouts, les routiers, les copains, s'attendait à ce qu'il annonce un jour entrer dans les ordres.

Je me souviens avoir connu Michel tellement volubile et joyeux, un peu écervelé que je lui ai demandé s'il était toujours comme ça. Je me posais des questions. Il m'a dit que c'était à force de bonheur mais qu'il était un garçon qui pouvait être sérieux. Il m'a rapidement persuadée qu'il allait me rendre heureuse, qu'une belle vie nous attendait. Je le croyais.

 

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