18/06/2009

Lundi 18 juin '56

Jour mémorable dans les annales "babémistes": deux blancs (Rochez et moi) ont pour la première fois relié Ferekeni à Punia par la piste indigène.... C'est l'épitaphe qu'on pourra lire dans deux cents ans à l'entrée de l'autostrade reliant ces deux grands centres! Nous n'y sommes pas encore!

ColemanC'est à la lumière des Coleman qu'on s'enfile des omelettes au lard (de quoi avoir quelque chose de résistant dans le coco). Dans le brouillard matinal, les phares de la jeep parviennent à peine à percer la demi-obscurité. Il est 6h2O quand nous arrivons au départ de la piste. Les guides sont là et nous y allons: plein Est.

La cadence est rapide dans la fraîcheur du matin: 110 pas/minute. Le terrain est heureusement fort plat, les heures filent.... à 9h30, nous arrivons à l'Uru, grande rivière d'une quanrantaine de mètres. Petite halte, on se permet une cigarette. J'inaugure la pirogue comme moyen de transport, mettant ainsi un moyen de transport de plus à mon actif. En faisant le compte ça donnerait: voiture, moto, vélo, char, avion, bateau, tram, autobus et pirogue!

Mais nous ne sommes ni en char à voile ni en bateau à vapeur, mais à pied! Après avoir repris pied sur l'élément solide, cette fois en territoire des Baleka, nous repartons. L'allure est tombée à 100 pas/minute. Le terrain est toujours plat. Je commence à avoir soif. La semelle de mon soulier droit a laché. A 11h, halte: nous cassons la croûte et repartons. Lorsque le guide nous annonce qu'il n'y a plus que deux rivières à passer nous volons littéralement.... vient ensuite la dernière: un arbre à passer, il reste 500 m, il est midi et demi..... A 1h15, nous retrouvons la jeep à l'extrémité de la piste carrossable partant de Punia. La jeep avait été amenée ici par un chauffeur de Pirson.

Foret2

A Punia, nous arrivons crottés et moulus chez les Pirson. Il est très malade, un genre de typhus, il est vraiment en compote. Sa femme est partie avec une camionette à Bukiru chercher des histoires pour subsister une semaine à Punia. Rommelaere vient nous y dire bonjour, il est tout de blanc vêtu ce qui a le don de faire râler mon bouillant directeur qui lui est assez sale... "un agronome en service en tenue blanche..." me dira-t-il plus tard.

J'avale un plat de choucroute - chose que je déteste entre toutes - mais j'ai une faim formidable: jamais de la choucroute ne m'a paru aussi bonne! Quelques verres de Primus et surtout des cigarettes dont nous manquions depuis trois jours et dont nous fumions les denières avec infiniment de parcimonie... nous filons à la mission de Punia prendre le Père Lambert qui lui, rentre à sa mission.

En route pour les Babemo. Rochez et Lambert se lancent dans une grande discussion philosophique sur les différentes religions. Rochez qui adore parler et s'entendre parler débite des foutaises à plein rendement. Lambert parle peu mais répond des choses très pertinentes... Moi je suis content de pouvoir conduire à mon aise et plein de cette liberté, je file plein gaz. Près du champ d'aviation nous rencontrons madame Pirson qui rentre avec sa camionette. Quelques mots et nous repartons.

A Yumbi, un verre encore… rencontre rapide avec le chef de poste Van Crombrugghe qui, quand Rochez lui annonce que nous venons de faire la piste, demande "en tipoï , évidemment?" Et Rochez de rétorquer assez sèchement: "Non, à pied, au Paysannat on ne fait pas de tipoï!..."  Quand madame la chef de poste, malheureusement pour elle, tout à fait antipathique à Rochez, déclare qu'elle est complètement fourbue après avoir fait 100 km en voiture, je vois Rochez qui se tient à table pour ne pas s'effondrer. Madame Pirson a exactement fait le double dans une camionette et était encore toute souriante... Les Van Crombrugghe accumulent encore en 15minutes pas mal d'indélicatesses qui achèvent de les "classer" pour Rochez, à l'avantage du ménage Pirson, j'en suis très heureux.

De Yumbi à Ferekeni, Rochez et Lambert se lancent dans une suite de souvenirs commnuns. En 1h10, nous sommes à Ferekeni, il y a 60 km...... c'est une excellente moyenne me dis-je fier de moi. Les Pères Jean-Baptiste et Lambert soupent avec nous.

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