03/06/2009

Dimanche 3 juin '56

Comme j'ai un véhicule... j'en profite pour filer à la messe de 7h (les gosses sont d'ailleurs un réveil-matin remarquable...)

A 15h, ayant chargé ma jeep d'armoires (je pense que cela doit être un genre de complexe), de papayes (dans l'armoire) et de citrons (dans les tiroirs...), mes sacs de ciment et mes formes à béton... je m'en vais "chez nous". Ou du moins, c'est ce que je pensais....petit naïf!

Naïf, oui car j'avais oublié que la route Punia-Yumbi est un truc affreux avec des descentes à griller les meilleurs freins, des rigoles au milieu de la route à casser les lames de ressort les plus résistantes, des côtes impossibles, des virages imprévus... Soit un parcours genre auto-rodéo, très peu le genre jeep-remorque....

Après une heure de route laborieuse, j'ai fait une bonne quinzaine de kilomètres. Les Pirson me rattrapent dans leur bagnole grand-luxe... Pour plus de sécurité, ils resteront en vue.... Le clou de l'affaire, c'est un solide orage! Je rattrape les Pirson qui ont une panne d'éclairage, ils me redépassent (je n'aime guère cela, surtout quand je vois définitivement disparaître leur feu rouge) et puis, dans les phares, là, à 10 mètres: un solide trou! Coup de freins. 250 kg dans la jeep qui poussent... bang.... bang, ça c'est pour la jeep, puis bang... pour la remorque. Mon subconscient me conseille de jeter un coup d'oeil pour voir si je n'ai rien semé (à savoir que les premiers 30 km ont été agrémentés de multiples arrêts pour ramasser ce qui tombait de la remorque...) et là, ooooh désastre, au milieu de la route, il y a dans l'ordre de chute! D'abord mon ciment, puis les formes à béton, la jante du Père... ouf, le fût d'essence, lui, est resté.

A Yumbi, je prends la décision” mâle” d'abandonner la remorque. Il est 19h, il fait nuit noire. Sur les traces des feux rouges de la Ford, je file maintenant allègé vers les Babemo. Les kilomètres filent, 3, 5, 8 et ...9 et là.... 2 feux arrière dans une position très oblique à gauche de la route.... une trace fraîche.

Houdemont1

Une douche de potopote et la Ford gît là impuissante avec tous ses chevaux dans le fossé.... Grrr, ces véhicules qui ne passent plus pour si peu... le Père me fait d'immenses gestes, trépigant au milieu de la boue. Moi, j’ai confiance en le double pont de ma jeep et m'aventure sur cette plaque glissante... Je patine, je glisse.... je glisse et hop, dans le fossé de droite...! C'est la fin, ni la traction avant, ni la traction arrière ne retireront la jeep de sa fâcheuse position.

Houdemont3

Et pendant 3 heures, nous pataugerons dans cette mélasse qui atteint la cheville. Il tombe une sale petite pluie.... Aucun des deux véhicules ne sortira ce soir en dépit des conseils remarquables que prodigue le Père dans sa soutane immaculée... conseillant par exemple d'allèger la Ford en retirant du coffre le linge fraîchement repassé et de le mettre sur le bord de la route... Ou bien, s'adressant à moi, qui extrais à grand peine les sacs de ciment que j'ai transportés avec la jeep depuis que j'ai abandonné la remorque et qui, tout déchirés de leur chute sur la route de Yumbi, me laissent le ciment en vrac… "A moins que vous ne me passiez une cuillère à coupe, mon cher Père..." Je n'oserai prétendre que mes sarcasmes adressés au Père étaient démunis de fiel, surtout au moment le plus désespéré où il me demanda ce que j'avais fait de sa jante!

Vers 22h, nous perdons tout espoir.... et c'est dans le "tram" du missionnaire protestant (tram ou autobus, je ne puis certifier, cela vient du Père évidemment....) que nous avons tiré du lit, que nous regagnons le Club de Yumbi. Notre entrée fait sensation parmi les "houdmontistes"... Quelques bons pistolets et un repos bien mérité. Je partage la chambre avec le Père...

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