04/03/2009

Jeudi 1er mars '56


Chevrolet

Déjeuner aux bougies, préparatifs... Que se passe t-il? Rien de très grave: nous filons à Lubutu. Comme il fait encore noir, c'est moi qui conduis. A Yumbi, une tasse de café au Club et dans la confortable Chevrolet 56 de Gerney, nous filons vers Lubutu: 100 km. En cours de route des petits arrêts pour voir le coton, la vedette du jour... Gerney, lui, est un brave type qui a la blague facile, une voix et un rire bien gras... très genre méridional...

Une halte à la station expérimentale d'Obokote (consoeur de Salubezia où j'ai été avec les Van Hoof au début de mon séjour dans le territoire de Pangi). Le type, un flamand, est un travailleur. Sa station fait un peu penser à un parc anglais, de la belle pelouse, des fleurs... et une toute nouvelle maison qu'il achève de construire. Il nous en fait les honneurs. C'est formidable! Personnellement je tombe amoureux de la cheminée flamande d'un style très original et qui ne manque pas d'allure.

Puis, c'est une course folle dans la station. Je commence à sentir mes guiboles qui ramolissent en même temps qu'une nausée me monte à la gorge. Je me laisse distancer par le groupe de visiteurs et je dois dire que je ne porte guère d'intérêt au coton. Pas plus à celui semé en septembre que celui de novembre....

Il fait un soleil terrible. Je repère un tronc d'arbre dans l'ombre et je m'y laisse tomber... quelques bananes me réconfortent. Il est 11h30 et je n'ai mangé qu'une petite croûte en toute vitesse ce matin…

On rembarque, on vide quelques bouteilles de bière chez notre hôte. Il reste 50 km avant d'arriver au poste de territoire: Lubutu.

Nous voilà chez Derochette. Un verre de bière… Je remarque l'intérieur, très "up to date" qui me plaît beaucoup.... Un jeune “bleu” vient d'arriver. Cela me fait du bien de voir un bleu, moi qui ne le suis plus...

Après le dîner, visite du poste, de la briqueterie, de la rivière dont on retire le gravier à ciment, du camp des relégués, de la prison en construction, de la mission des pères (misérable chose entre toutes: la figure d'un des missionnaires me fait penser à celle de Fernandel, celle ayant passé au moins 15 ans dans un cercueil). Tous les occupants de la Mercedes de Derochette, moi y compris, retiennent un cri d'horreur en voyant apparaître cette image d'outre-tombe à la vitre de la voiture.

Nous inspecterons encore une route en construction, les vaches de la mission, toutes choses qui me pèlent atrocement (Rochez m'avoua le même chose après la visite...) aurons une conversation technique au bureau, suivie d'une autre personnelle et amicale chez Derochette devant le dernier pot de la journée (ou du moins qu'on croyait être le dernier à ce moment là). On se renfonce dans les moëlleux coussins de la "Belair" et on prend la route du retour.

Le soir tombe. Nous manquons de justesse de rentrer dans le camion d'une firme exploitant la citronelle. A Obokote, nouvel arrêt. Nouveaux verres de bière. Nous embarquons des fruits (je chipe des bananes, je crève de faim...). Il fait bien nuit pour entreprendre la dernière étape pour Yumbi.

La bonne humeur de Gerney est communicative et en chantant toutes sortes d'histoires le temps passe bien plus vite. La voiture avale les kilomètres de la route maintenant déserte. A quelques km de Yumbi, un peu avant le passage du bac de la Lowa, on écrase un animal. Arrêt. On va voir: un énorme chat sauvage noir au le poil hérissé. Il n'est pas blessé, c'est la bête qui a buté sur le pare-chocs. Gerney, sur le point de l'emporter, le laisse en définitive sur le bord de la route. A Yumbi nous dévorons des pistolets (généreusement payés par le représentant de la Cotonco). Nous digérons le tout avec quelques bons verres de bière (le nombre de verres absorbés aujourd'hui commence nettement à dépasser la norme qu'un homme de bonne éducation peut ingurgiter tout en restant maître de sa personne...). Salut!

Nous ne sommes pas encore chez nous: il reste 60 klm! Rochez, lui, se déclare incapable de conduire (fatigue, degré d'ébriété dû à la bière absorbée et l'impossibilité de conduire le soir). Tout cela est bien net: je conduirai donc. J'ai fait cela de main de maître d'ailleurs, au point que Rochez me le fait remarquer en posant le pied le soir en face du gîte. Il fallait épater la galerie..

 

 

Les commentaires sont fermés.