28.02.2009

Mardi 29 février '56

Rochez manifeste une curiosité (exagérée à mon sens) à voir les villages Babemo. La route carrossable n'y arrive pas encore et - ayant laissé la jeep à Kanyama - on se tape par monts et par vaux les 5 km qui mènent à Bukiru. Je ne situe guère l'importance de cette "promenade". N'essayons pas de pénétrer dans le secret des dieux... Pour revenir on prend un raccourci de 6 km par la route! A l'aller de ce matin, on a déjà 5 km dans les jambes et ce à l'allure "rochezienne" (connue dans tout le Paysanat...). Il est près de 11h, le soleil est bien bien haut, il n'y a pas un grain d'ombre (ce qui est normal pour une route d'ailleurs...)! Crevés mais "instruits", nous rejoindrons le gîte où nous attend la meilleure des épouses....

Ce n'est d'ailleurs pas tout pour aujourd'hui car "l'increvable" Rochez (quand je vous ai dit qu'il avait une tête dure comme un caillou) propose que nous allions voir Beluma. Il propose...il dispose... nous partons. Pas loin d'ailleurs: à Kisala, une voiture est garée sur la pente et nous la voyons de loin avant la descente de la côte qui fait face sur le versant opposé de la petite rivière Bombili.

Cette Studebaker bien connue est celle de V.D.B. en inspection ici avec un "grand" (autant de taille que d'importance) de la Cotonco, un certain Gerney. Le coton - il serait difficile d'en douter - est le but de leur visite. L'accompagnent: V.D.B. et Rommelput (il ne sera jamais venu aussi souvent voir ses champs celui-là). La place des champs de coton dans les lotissements est à l'ordre du jour... et Rochez me suggère de rentrer vite au gîte pour prévenir sa tendre moitié qu'il faut prévoir du chop en conséquence! Je suis bien content de pouvoir reprendre le volant, car depuis son arrivée ici, Rochez en a pris l'exclusivité sauf le soir quand il ne voit rien...

Nous sommes ainsi 6 blancs, dans mon petit gîte. Il n'en manque qu'un, le voici, c'est le Père. Nous sommes 7 à table! Plus tard, j'ai compté qu'en 3 mois de temps, il y a 21 européens différents qui sont "passés à ma table". Ferekeni, plaque tournante du Maniema!

27.02.2009

Dimanche 27 février '56

Pirson m'a déposé à Yumbi et est rentré à Pokwonyama. Il laisse son camion à Yumbi qui ne repartira qu'après mon passage. De quoi avoir une arrière-garde au cas où....

Je fais plus ample connaisance de V.D.B. (Van Den Broek, appelé ainsi à Kindu) et de sa femme (une ravissante italienne). Sa Studebaker est en souffrance de lames de ressort chez H.T. Mes traits d'humour ne parviennent pas à faire sourire le chef d'atelier ni d'ailleurs à faire avancer les choses plus rapidement .... Quand V.D.B., montrant du doigt une lame qui traîne dans un coin d'une pièce où déjà une dizaine de ses consoeurs ont échoué en demandant si "celle-là ne conviendrait pas pour ma voiture? ", l'autre lui répond sur un ton du plus froid  "Si je vous mets cela, ce n'est plus une voiture mais un wagon de chemin de fer que vous conduirez!". Ce qui a le don de refroidir toutes les bonnes intentions évidemment... et ainsi pour tous les suggestions que V.D.B. avance, il obtient une réponse tranchante de notre lugubre garagiste :"celle-là, c'est pour un camion 10 T!"

Perdant tout espoir de voir un jour sa Stud montée de lames de ressort sous le ciel de Yumbi, V.D.B. m’entraîne hors du garage. Je lui montre que, moi, j'ai eu plus de chance avec ma jeep et nous nous quittons après avoir bu une dernière Primus au Club de Yumbi. Bien sympa, Van Den Broek. Ça fait plaisir de rencontrer un officiel comme ça.

Arrivé à Pokwonyama, une surprise m'attend. Comme tout le monde le sait, il y a en fait deux genres de surprises. Celle qu'on attend mais dont on ignore l'objet: "Je vais te faire un beau cadeau mais c'est une surprise". On s'attend à recevoir une voiture et on reçoit un stylo à bille.... Ça c'est le genre de surprise classique.

Puis il y a l'autre catégorie, celles des surprises auxquelles on ne s'attend nullement. Elles sont, faut-il le préciser, rarement bonnes... C'est de cette catégorie qu'est celle qui m'attend alors que je remets le pied en territoire Babemo: Monsieur Rochez est arrivé depuis samedi à mon gîte! Après avoir laissé courir le petit frisson partant de l'extrémité des orteils et remontant jusqu'à la racine de mes cheveux, je réalise que la situation n'a rien de désagréable puisque j'avais un excellent prétexte à mon safari à Yumbi.... Malgré tout, j'ai l'impression que notre bouillant directeur doit râler de se trouver seul (avec son épouse) à Ferekeni... dans un gîte qui n'est tout de même pas une splendeur en son genre...

Après avoir transbordé mes bagages de la benne dans la jeep, je file clopin-clopant vers Ferekeni. Oui c'est ça: lui au milieu de la route. Elle, dans mon fauteuil à l'extérieur lisant un de mes bouquins...  Beaucoup trop de choses à se dire, beaucoup trop peu de temps pour pouvoir le dire. Conversation laborieuse où chacun répète deux fois la même chose pour être sur que l'autre a compris....

Il a déjà vu ma carte évidemment et, même mieux, a été balader hier (dimanche) en forêt (complètement brûlé ce type-là). Il a vu les alignements, des erreurs sûrement non? C'est que tu n'as pas bien regardé mon vieux....

 

Il n'aime guère le fait que le Père Jean Baptiste vienne manger ici et partage nos repas (installé ici depuis quelques semaines, je le nourris jusqu'au moment où il s'installera définitivement dans sa mission). Surtout depuis qu'il a refusé (avec le sans-gêne qui le caractérise) des moules frites que Rochez avait fait préparer à son intention pensant que - en tant que hollandais- le missionaire aurait apprécié...

Je loge dans le première pièce, eux dans ma chambre...

 

Chaque jour son réveil sonne à 5h30. Moi, j'ai mis le mien à 6h15 et il pourra danser sur sa tête, siffloter gaiement comme il le fait tous les matins dès 5h30… Il ne m'aura pas hors de mon tram (le lit, surmonté de sa moustiquaire fait penser à ce noble véhicule) avant 6h10. D'ailleurs l'appel n'est quà 6h (quand il est là sinon c'est à 6h30)

Mes travailleurs sont stylés et savent que, dès qu'il y a une “légume” dans les parages, l'appel est à l'heure officielle.... entente tacite.

25.02.2009

Vendredi 25 février '56

A l'aube, je pars vers Yumbi, très doucement pour ne pas me casser la bobine avec ma vieille charrette...  A Pokwonyama, j'embarque Raphaël, le mécanicien de Pirson. En cours de route, il nous faut resserrer plusieurs fois les boulons. J'arrive à Yumbi, chez H.T. où j'explique à Massart - le type qui nous a accueilli en novembre et qui a eu le malheur de dire qu'il était toujours à notre disposition - les ennuis que j'ai rencontrés. Un mot au chef de garage et l'affaire est dans le sac. On arrangera cela. Je fais d'ailleurs un tour avec lui qui localise le mal avec une aisance qui me laisse sceptique sur la qualité de son diagnostic... nous verrons cela à l'autopsie.

“Oui, c'est cela… depuis deux mois vous roulez avec cet engin sans un atome de graisse dans le roulement avant droit…”. Conclusion logique: tout le truc est foutu. Buselure... c'est le remède. Amen, le médecin a donné sa drogue. Le principal c'est que cela marche à nouveau car le vélo: j'en ai plein le dos (pour autant que l'on fasse du vélo avec le dos évidemment). J'attends les Pirson et nous filons à Punia.

23.02.2009

Mercredi 23 février '56

Une belle Studebaker vert clair... c'est Van den Broek, l'agronome de district. Un brave type, un francophone, heureusement. Ils viennent voir les champs de coton... Mon brave Rommelaere, tu fumes un fameux cigare, non?... Car les champs de coton sous cette sécheresse... Il apprécie la décoration du gîte et tout spécialement les eaux-fortes. C'est pour toi ça, ma petite chérie...

22.02.2009

Mardi 22 février '56

La jeep commence à faire des ennuis... Ça allait trop bien. Avant droit: des boulons se détachent de la tringle de direction... Pirson répare mais est pessimiste. Moi, non. Cela n'est sûrement pas grave.

19.02.2009

Dimanche 19 février '56

Aujourd'hui, pour changer de la chemise blanche, j'ai mis ma chemise écossaise rouge et vert. Calme toute la journée... sauf le soir... car là ça compense tout.

Un villageois vient m'avertir que sa femme vient d'accoucher. Un bébé est né il y a 3 heures déjà mais... il y en a encore un autre! Le premier est mort et le second ne veut pas venir…  Les herbes et décoctions n'y faisant rien, il faut bien se résoudre à la dernière solution... aller chez les blancs. Malheureusement, ils viennent en dernier ressort, quand c’est généralement trop tard. Après avoir copieusement sermoné le type sur ce thème (de quoi lui faire comprendre qu'il réagisse plus tôt la prochaine fois), nous partons à Kamango.

Marche arrière, le jeep est juste devant la case. Je fais sortir tout ce peuple gémissant, fumant et puant qui est entassé dans cette salle d'accouchement indigène. J'y jette un coup d'oeil. Ooh bien sûr, pas très expert… c'est la première fois que je participe à une naissance, du moins d'aussi près! ... Une lampe à pétrole fumeuse me permet de distinguer une femme couchée à même le sol, entourée de pots ou de liquides jaunâtres témoignant des "remèdes" employés.... Un petit paquet de chair qui ne bouge pas. C'est le premier des jumeaux, mort. Le cordon ombilical le relie encore à la mère qui souffre en émettant des petites plaintes brèves. Que faire? Je me trouve perdu devant cette situation... Une solution - sûrement pas la bonne - la seule que je possède: la transporter à Beluma, chez Joseph. Lui, il y connaît quelque-chose. C'est du moins ce que je croyais dans toute ma naïveté.....

En première, en seconde, la jeep transformée pour la circonstance en ambulance file vers le dispensaire. Débarquement de ce précieux chargement, installation de la femme dans le dégoûtant dispensaire où de l'huile de palme achève de se réchauffer sur des bûches fumantes... A grand peine, on déloge un autre malade pour trouver une couche vide... Joseph n'est pas du tout à son aise, je le vois de suite.... Il s'éclipse et je le retrouve dans une case à côté occupé à feuilleter fièvreusement un bouquin qui lui dira ce qu'il faut faire... En vain d'ailleurs car le remède trouvé, il se déclare incapable de l'appliquer faute de produits et peut être de connaissances. Peut-on en vouloir à cet aide-infirmier?

La seule solution, c'est d'aller à Punia. La vie de cette femme est en danger! Pas d'histoires et… en route. Il est 1 h du soir... un type que j'envoie à vélo pour prévenir à Pokwonyama qu'on me prépare de l'essence se casse la jambe.... je le retrouverai plus tard au dispensaire... Voyage pénible entre tous, tant pour la femme que pour moi... A Punia on réveille l'infirmier de garde et l'accoucheuse. 5 minutes plus tard, naît le second bébé. J'assiste à la naissance: c'est un garçon, mort lui aussi.... La mère est vivante, c'est peut être le seul résultat appréciable.

18.02.2009

Samedi 18 février '56

J'ai été faire une longue balade en forêt du côté de Matumo, voir cette grande montagne de pierres dont parlaient mes travailleurs. C'était formidable! Je me croyais quelque part dans notre rustique vallée mosane... Freyr... Hastière... Un beau rocher. J'essaie un brin d'escalade mais c'est impossible seul et sans cordes... On fait un immense détour pour finalement arriver au sommet, bien récompensés d'ailleurs de notre effort: vers l'est, soit vers Punia, rien à voir. La forêt continue à ce même niveau. Par contre, vers l'ouest: Kowé, le fleuve,… La vue porte loin, très loin, 30 km peut être... c'est magnifique, grandiose d'enfin pouvoir voir au dessus de cette forêt épaisse et sous laquelle tous les jours je transpire.... Au loin, passé le fleuve, des montagnes en territoire de Kindu.

16.02.2009

Jeudi 16 février '56

Avec Pirson, je commence à pimer le terrain du futur village de Pokonyama. Le peu de dynamisme de Pirson me met les nerfs en pelote....

13.02.2009

Lundi 13 février '56

Aujourd'hui, je n'y tiens plus. Je file chercher mon courrier à Pokwonyama. J'y reste souper. A mon retour, je trouve mon Yamba très profondément endormi, mon “chop” sur le coin du feu…

08.02.2009

Mercredi 8 février '56

Mes ouvriers sont à Pokonyama. Chaque matin, je file là-bas puis je déjeune sur le bord de la route avec mon thermos.... ou, plus agréablement, chez les Pirson. Quelle aubaine pour moi d'avoir des voisins comme cela. C'est peut-être le bout du monde ici, mais je m'y plais bien plus qu'à Pangi!

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