29.11.2008
Mardi 29 novembre '55

Ce matin, le chauffeur d'une camionnette Internationale S.T.A. venant de Lubutu s'est arrêtée ici, à Ferikini, pour me demander la route pour Kowé. La route étant très mauvaise, il devait emmener un planton avec lui en cas de difficulté pour le voyage. On ferait 800 km de route pour aller chercher “quelqu'un” à Kowé, au bateau de Kindu? Je pense donc qu'il doit s'agir de “quelqu'un” d'important. Comme de toute façon, ils doivent repasser ici pour aller à Lubutu, j'attendrai la visite de ce passager. Qui cela peut-il bien être? Sûrement pas le premier-venu puisqu'on déplace un véhicule pour lui… Je serai bientôt fixé.
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27.11.2008
Dimanche 27 novembre '55
Durant toute cette semaine, chacun a voyagé: Thuisbaert vers Yumbi, les Pirson vers Punia (manqué pour Lubutu par suite de la crue de la rivière emportant le bac). Aujourd'hui, après m’avoir installé, ils s'en sont retournés vers Kindu. Ils ont fait "leur" brousse. Me voilà seul, et pour longtemps cette fois!
Il m'arrive de m'en vouloir de perdre ainsi dans cette solitude les meilleures années de ma jeunesse alors que tant d'autres n'ont pas eu besoin de faire un sacrifice aussi énorme pour connaître le bonheur. Mais, ont-ils comme moi l'occasion de vivre des moments aussi grands dans leur ville trépidante ? J'éprouve un énorme besoin de courrier. Cela fait 2 semaines que je suis sans. Vivement lundi prochain!
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20.11.2008
Dimanche 20 novembre '55
A l'heure prévue, huit heures, le camion de Saccarotti arrive et nous chargeons tout. Comme il n'y a place que pour trois personnes dans la cabine, je monte derrière. Je retrouve un peu ici l'ambiance des camps scouts... il y a bien longtemps que je ne suis plus monté sur un camion!
Vers midi, nous arrivons à l'huilerie de Saccarotti. En pleine brousse, construite et fonctionnant avec des moyens de fortune. En voyant la saleté de l'huile restant dans les bacs de préparation, nous avons tous trois la même impression: cela ne tourne pas rond. Le midi, sous un hangar dont le toit a été fabriqué avec des tôles de fût déroulées, nous mangeons une infecte poule aux arachides. Impression de pauvreté, de malaise… Nous reprenons notre route. Après quelques kilomètres, une côte s'avère infranchissable pour le camion. Nous débarquons tout notre matériel - 2,5 tonnes - et faisons la navette avec une jeep. Je reste pour le dernier et 6eme voyage. A 19 heures, l'obscurité est complète et je me retrouve en pleine forêt avec deux types et une femme. Les gosses, au nombre de treize, avaient été transportés durant le voyage précédent. Pour comble, voilà qu’éclate un orage terrible déversant des cataractes d'eau! Rapidement, je fais une tente avec une bâche tendue entre deux armoires restées là. Nous attendons ainsi, recroquevillés sous la bâche. La femme tient la lampe à pétrole sans quoi nous serions dans une obscurité complète. L'eau nous transperce de tous côtés, nous sommes totalement trempés!
Vers 20h30, le chauffeur revient en disant que sa jeep a des “matata” à 2 km d'ici.... Il me faut bien du courage pour quitter cet abri pourtant tellement peu confortable! Dans l'averse, les pieds pataugeant dans une véritable rivière qu'était la route, j’atteins notre hypothétique salut: la jeep en panne. Nettoyage du carburateur complètement noyé. On referme le capot. Le moteur toussote, tourne et cale... nouvel essai. Cette fois, ça y est!
Une demi heure plus tard, c’est notre tour d’arriver à Ferikini. On nous prodigue mille soins: eau de Cologne, whisky, linge sec… tout y passe! Tout le monde est sincèrement heureux d’être ensemble ici ce soir.
Suite... le 27 novemnre
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19.11.2008
Samedi19 novembre '55
Saccarotti - colon italien exploitant une huilerie - a promis de nous transporter de Kowé à Ferekeni. Il arrive vers 10h du matin, nous annonçant qu'aujourd'hui la route sera impraticable. Il faut attendre demain pour que cela sèche.... Le soir, au souper, il parle de jeu de poker à Kindu, nous citant des mises comme 12.000 frs.... je suis abasourdi d'entendre cela! Comment les gens peuvent-ils dépenser aussi bêtement leurs sous? Saccarotti lui-même prétend avoir joué des mises formidables, je trouve cela idiot sans plus. Après son départ, nous faisons pas mal de commentaires sur son compte et ses histoires plus ou moins vraisemblables.... Puis nous changerons de sujet pour parler des préparatifs du lendemain et allons nous coucher.
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18.11.2008
Vendredi 18 novembre '55
Ces 3 jours à Kindu ont été très fatigants pour moi: rapports et travail de cartes. De Meirsman s'est occupé de tous les points matériels de notre voyage: les caisses, l'embarquement, les feuilles de route, etc...

Ce matin, sur le pont de ce bateau-courrier qui doucement s'éloigne de Kindu, il y a trois personnes. Rochez qui retourne dans un terrain connu (il a été chef de poste à son premier terme, à Lubutu). Au long du chemin, il donne des indications (parfois il se trompe, cela arrive quand on veut absolument donner l'air que l'on connaît tout).
Il y a De Meirsman qui n'a jamais voyagé en bateau-courrier et donc jamais vers Lubutu. Mine de rien, il regarde le prix des consommations pour faire comprendre à son directeur qu'il a soif... Et puis moi qui m'ennuie d'être ici avec Rochez, trop directeur. En tous cas, je trouve personnellement le voyage très joli! Le soir, j’aime me mettre aux côtés de l'homme de barre et observer comment cet africain pilote son bateau en pleine obscurité aux seuls moyens de son phare et de panneaux luminescents...

A Kowé, après un débarquement non sans peine sur une berge en pente (comme toute berge qui se respecte d'ailleurs), nous arrivons au gîte. Trempés jusqu'aux os, une terrible drache nous étant tombée dessus en cours de chemin!
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15.11.2008
Mardi 15 novembre '55
La benne est chargée bien au delà du maximum autorisé. Passant par le gîte pour les adieux, on me conseille de ne pas partir comme cela, il y a trop de risques. Ce n'est pas pourtant pas la première fois que j'en prends. D'ailleurs ne pas prendre de risques, n'est-ce pas un signe de médiocrité...?
Vers midi, j'arrive à Kindu. Il y fait étouffant! C’est le 15 novembre, jour de congé. Les bureaux sont fermés et sur un vélo d'un travailleur, j'arrive chez mon directeur: “c'est moi, le broussard!”. Il a l'air content que je sois arrivé sans encombres... Sa femme m'invite à dîner et, après avoir refusé deux fois par politesse, je me mets à table. Suivant les instructions de Michiels en la matière, je félicite madame pour sa bonne table, elle a beaucoup d'influence pour la cote des agents du Paysannat...
Après avoir fait une délicieuse sieste dans les bureaux du Paysannat, tout de blanc vêtu, je vais rendre visite à De Meirsman qui m'invite à souper. C'est exactement ce que j'espérais. Le soir, je visionne au cinéma "Because of you". Je trouve ce film très bien. L'est-il ou suis-je à ce point sentimental que je m'émeus pour si peu ?
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Lundi 14 novembre '55
Ce matin, le courrier m'apporte la nouvelle que je dois déménager demain pour Kindu. Dans 3 jours, départ pour Lubutu!
30 minutes plus tard, Van Hoof arrive au carrefour. Lui et sa femme n'ont pas changé, toujours aussi "durs". Madame Van Hoof attend un bébé, "un fils" prétend Jos. Je suis invité pour le souper au gîte des Destrooper où une majorité des néerlandophones m'écrase... aussi dès le repas terminé et après avoir attendu un temps raisonnable pour être poli, je me retire, prétextant du travail. En fait, je savais qu'ils allaient jouer au monopoly et je ma voyais mal dans cette assemblée flamande... je pense que je leur ai fait plaisir en me retirant.
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13.11.2008
Dimanche 13 novembre '55
On a trinqué le coup des adieux. Michiels est parti, le vadrouilleur des routes comme le dit son nom en swahili... les indigènes ont vu juste. Nous nous reverrons plus tard, à Lubutu.
09:00 Publié dans 4er gîte: Kikombe Mbali | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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11.11.2008
Vendredi 11 novembre '55
Michiels est arrivé hier soir, il restera quelques jours avec moi. Décidément, c'est un lieu de transit ici! Nous faisons l'abornement d'un vieux lotissement. J'aime travailler avec ce type, il travaille "détendu". Pas du tout comme Rochez ou De Meirsman, le premier travaillant pour le rendement (on comprend qu'il peut forcer s’il ne fait que des incursions en brousse pour se reposer après dans son bureau de Kindu! C'est tout différend pour le broussard continuel. Ainsi on voit un peu l'apparition de Rochez comme une mauvaise affaire...) Quant à ce brave De Meirsman, il est flamand et il a dans son caractère ce trait propre aux flamands, le respect intégral (voire la peur) de l'autorité. Lorsque nous travaillons, il cache sa bouteille de bière dès qu'il entend une voiture, pour que Rochez, s'il arrive, ne voie pas que l'on boit.... c'est presque enfantin... c'est du De Meirsman.
Avec Michiels on peut parler et il est évident qu'il est dans l'autre camp, il n'aime pas Rochez ni ses façons de travailler... visites surprise à des heures très matinales...où est la confiance? Je suis d'ailleurs persuadé que le contraire est aussi vrai: on n'aime guère Michiels dans les bureaux de Kindu. On le prend pour un "braque" et je dois avouer qu'il y a un peu de vrai... mais le travail qu'il fait est énorme.
Lors de nos soirées à Mutumwa, j'ai un peu appris ses origines et je sais maintenant que toute sa famille est un peu artiste ou du moins était... En sachant cela, on comprend: tous les artistes n'ont pas toujours les deux pieds sur terre...
09:00 Publié dans 4er gîte: Kikombe Mbali | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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10.11.2008
Jeudi 10 novembre '55
Tandis que je travaille à des calques de cartes et que De Meirsman fait ses études démographiques, Rochez - en partance pour Kasongo - s'arrête pour dîner chez nous. Madame Rochez est très plaisante mais j'ai horreur de son genre "je sais tout". Juste après le dîner, les deux agents de la Regideso passent aussi, partant eux, pour Pangi. Madame Brauch descend de voiture avec ses deux gosses... Présentations.... En pleine brousse! C'est marrant, je m'amuse à remarquer les personnalités et je vois que tout ce petit monde reste guindé. La Regideso et le Paysannat sont pourtant tellement rapprochés comme but. Je sens tellement bien que Rochez, le directeur du Paysannat, entend rester un directeur.... c'est idiot.
Soit. Nous sommes à onze dans ma case, je sers de la grenadine aux enfants. Ce geste me fait sans doute bien plus plaisir qu'aux gosses eux-mêmes.
09:00 Publié dans 4er gîte: Kikombe Mbali | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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