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29.10.2008

Samedi 29 octobre '55

Ainsi, c'est cette poste qui est en tort! Qu'on fasse démolir la statue que j'avais érigée dans mon esprit pour celui qui inventa cette poste... Me revoici en pleine forme!

27.10.2008

Jeudi 27 octobre '55

A 6h30, Rochez est arrivé. J'avais une barbe de trois jours... tant pis... Il est venu faire une courte visite, s'est déclaré étonné que ce soit déjà fini, a évidemment trouvé des erreurs dans les rapports, fait un contre-appel en forêt, engueulé un capita et giflé mon porteur d'eau, fait des tas de matatas avec les notables et croyant nettement manifester son autorité s'en est retourné bien fier.... Au revoir monsieur Rochez... C'est le directeur, c'est un vieux “deuxième terme”... mais les noirs se foutent de sa tête et viennent me le dire... les travailleurs ne l'aiment pas. C'est dommage.

Je ne veux pas être aimé des travailleurs mais si je le suis, c'est sans rien forcer et c'est tellement normal après tout. Nous sommes venus chez eux pour les emm... faisons le quand même avec un maximum de diplomatie... c'est mon humble avis.

26.10.2008

Mercredi 26 octobre '55

Pour la première fois, je me lève à 7 heures et je m'en fous... Que m'importe cet appel si je n'ai de nourriture pour nourrir ma vie ici? Si je n'ai de sens à lui donner, pourquoi faire pour elle un effort? Je me glisse hors de ce lit pour commencer une journée sans joie.

Il y a deux jours, Mop avait fait s'envoler en forêt une belle poule faisane. Affolée la mère a abandonné son rejeton qui sur ses faibles jambes s'encourait pour fuir l'homme... J'ai ramené l'oisillon chez moi, je l'ai nourri. Aujourd'hui, il avait triste mine et il est mort là, dans ma main, alors que je lui soufflais mon haleine pour restituer la chaleur maternelle qu'il avait perdu... dans ma main il n'y eut plus rien qu'un peu de toutes jeunes plumes et un petit corps qui, sans notre passage sur cette piste, serait devenu un bel oiseau.... Je l'avais tué, en voulant le  prendre pour moi...

Quel sot! Quel maladroit! Se croire capable de remplacer la nature... la mère a perdu un petit qu'une somme d'amour avait amené à ce stade; il allait vivre....

Je ne voulais pas le livrer aux vers... j'y tenais encore, même mort et dans l'isolement du WC, je l'ai aspergé d'alcool à brûler. Il a brûlé... et alors que que j'allais le faire glisser dans la fosse... c'est mon briquet qui y est tombé! Mon magnifique briquet auquel je tenais! En regardant le ciel, je pensais, en m'adressant à la mère frustrée "nous sommes quittes !"

Mais j'y tenais trop, et malgré toute la répulsion que cela représentait, je mobilisais 5 hommes pour ouvrir la fosse et retirer le petit objet... 5 hommes, des pelles, des machettes... tout cela pour avoir tué un petit oiseau que j'aurais écrasé en fermant la main... dorénavant petit oiseau, je penserai à toi chaque fois que j'utiliserai mon briquet....

Mardi 25 octobre '55

Je suis si heureux qu'aujourd'hui Ndakaise Mikamba - ce brave type qui m'a avoué être resté au Paysannat à cause de moi... - me rapporte mon courrier. Des nouvelles de la maison, des nouvelles qui me font revivre cette merveilleuse athmosphère familiale où j'ai connu tant de bonheur. Des nouvelles des amis, de vrais amis avec qui on a fait tant et tant de choses différentes. Des amis que l'on aime parce-que pensant comme nous, jeunes comme nous, osant comme nous des choses parfois un peu sortant de l'ordinaire...  Et enfin et surtout des lettres d'amour, un amour que je n'ai jamais connu, sentiment nouveau que je découvre chaque jour un peu plus, en toi ma chère Betsy, et en moi.....

Je suis tellement heureux que faute de compagnon, je transmets ma joie à Yamba, en lui disant "Léo, iko siku mukubwa, siku ya courrier..." Aujourd'hui c'est un grand jour, jour du courrier... J'arrose le dîner d'un verre de vin et j'attends.... toute une longue sieste et, enfin, à 6h10, le voilà.... En sortant de ma case, j'ai cru sauter au-dessus de la barrière qui clôture ma petite barza mais mon prestige m'a retenu.

J'ai ouvert le paquet: 2 lettres de papa, écriture rangée et bien stylée... Edmond... Boffé... André... Assurance... Batista...et c'est tout. Je pense en avoir oublié une... non rien de toi, ma chère Betsy. Excusez-moi, tous ceux qui m'ont écrit, mais à ce courrier il manquait quelque-chose .... un peu de vernis à un beau meuble... déception... ces lettres ne me goûtèrent pas...

Le soir, les ayant toutes relues, je retournais voir dans l'obscurité s'il n'en était pas tombée une du paquet... un peu comme quand on a perdu un objet auquel on tient beaucoup. On perd un peu la raison, on cherche partout, même là où il ne saurait en tout cas pas être... "Mais enfin, tu sais bien qu'il n'est pas là...” Mais oui, on le sait, on joue le jeu, on se trompe soi-même... et ce soir en sortant de ma case, je savais combien était inutile cette recherche dans le noir d'une lettre jamais arrivée à Mukuku... Mais si, on ne sait jamais... J'ai secoué le papier d'emballage du courrier... rien, c'était sûr... mais maintenant j'en étais convaincu.

Depuis trois mois, ce lien tellement délicat de la correspondance nous reliait... tellement délicat qu'il suffisait d'une panne de camion courrier - comme c'était déjà arrivé - pour provoquer une perturbation dans cette longue assemblée de facteurs....

Et ce soir ce lien s'est brisé quelque part. L'oreille collée au cornet on crie "Allo allo" ... mais on a raccroché et l'on se sent seul... Deux raisons ce soir me baignent dans une tristesse immense. Une petite d'abord: le fait qu'il n'y a pas de courrier. La seconde plus importante et à laquelle je ne puis répondre: pourquoi ?

Oui, il y a quelque-chose qui cloche… Samedi prochain mon type retournera à Kayuyu pour me rapporter la réponse à mon pourquoi. Non, ce serait trop beau que deux ou trois lettres soient restées bloquées quelque part... je n'y crois pas, je n'ai rien pour épauler ce raisonnement. Seulement la démonstration du contraire puisque j'ai reçu du courrier....

J'écris à Betsy une lettre très triste, aussi triste que moi.....

24.10.2008

Lundi 24 octobre '55

Une plaie de plus s'est infectée... une égratignure que je m'étais faite en passant près d'une malle. Une de plus à soigner, une de plus à me faire mal quand les branches la frôlent au passage... Il fait chaud et j'ai mal de souffrir de cette douleur lancinante, ce pus en formation dans ma chair en feu... Il faut me soigner, il faut me plier pour atteindre l'orteil et y maintenir le tampon d'ouate imbibé d'ether... qui brûle, donc qui est efficace. Entre deux blessures je me donne un répit: une cigarette....

Mukuku mop

Un moyen plus radical consiste à faire lècher la plaie par mon Mop - la salive de chien, m'a t'on dit quand j'étais petit, était bonne pour guérir les blessures. J'ai essayé et les résultats ne furent pas mauvais... mais la langue de chien sur une plaie douloureuse, je ne puis le supporter longtemps et je l'arrête en lui caressant la tête....

Mon pied va un peu mieux depuis que j'ai reçu du mercurochrome. Je me dis que dans un mois tout cela sera bien fini, c'est une mauvaise passe, c'est tout.

Combien je voudrais près de moi une présence, une présence délicate, qui me soignerait doucement, pour n'avoir ne fut-ce que cela, à faire l'effort de souffrir... pouvoir me laisser faire, quand l'ether brûlant désinfectera ces plaies.....

J'attends pour demain du courrier, pas avec énormément d'enthousiasme, j’avoue. Ces derniers temps, j'ai été malmené avec ce courrier. J'attends plutôt d'avoir en mains ces lettres qui feront de moi un autre homme....

23.10.2008

Dimanche 23 octobre '55

A nouveau le rite de la chemise blanche... Pour trouver une occupation, je “fais” la caisse et j'éprouve une sensation de bien-être en sachant combien de dettes j'ai envers la caisse du Paysannat: 2.600 francs.

Le soir, je reste accroché à la radio. C'est tellement délicieux cette musique! Un fil, un poste, une batterie reliés ensemble donnent à un type tout seul en brousse, un type qui aime tellement la société, le bruit.... donne un réconfort tellement divin: merci messieurs les techniciens d'avoir pensé à moi.....

22.10.2008

Samedi 22 octobre '55

J'ai mal au pied droit. Il pleut. Le sultani de Kampuna n'est pas là. Je n'ai pas à m'attendre à de la visite aujourd'hui. Je décide de rester au gîte, j'en ai besoin et pour me convaincre, je le dis à mon Kanephu... pourtant... je me décide à partir quand même. La pluie cesse, le sultani arrive.... Coïncidences... Sur la route, je marche péniblement. Mentalement, je fais l'inventaire de mes bobos, il y en a 7.... ils suppurent tous!

21.10.2008

Vendredi 21 octobre '55

Mon pied droit me fait de plus en plus mal, une inflammation entre les orteils me rend pénible la moindre marche... chaque petite blessure ne parvient pas à guérir. C'est plu déprimant que douloureux. Pour l'instant, il y a le pied droit, la jambe gauche, l'oreille, le coin droit de la bouche, et depuis hier l'index de la main gauche....

Mukuku yamba

Mon home est tout à fait accueillant. Yamba y a même mis des fleurs... J'ai dit hier aux travailleurs que nous repartions dans un mois... et quand je sors de ma case je vois que je ne devrai pas aller fort loin pour prendre les images de la vie indigène. Je suis vraiment plongé dedans. A 2m de ma case, un train de vie en retard de combien de décades sur la mienne? Il y a 3 mois jour pour jour, je m'envolais de Melsbroeck!

 

19.10.2008

Mercredi 19 octobre '55

Devant le gîte, tel un marché aux puces, s'étalent toutes les affaires, les "bintus" de mes ouvriers. Ce sont d’énormes paquets terminés par la couverture de l'état renfermant pêle-mêle ce qui les suit dans leurs nombreux déplacements et qu'ils considèrent comme indispensables à leur existence.... casseroles, petit bac à pilonner le riz, petite provision de manioc, une chaise pliante ou, pour les mieux équipés, un phono que l'on traite avec respect.


Mukuku1

La benne chargée au maximum fit deux voyages jusque Mukuku. Une femme avec un nouveau-né dans les bras me demanda pour accompagner le camion. Malgré l'interdiction formelle de Rochez, j'autorisai cette brave à monter dans la cabine. C'était au-dessus de ses espérances, elle espérait la benne. Je me demande comment ce tout petit gosse d'un mois au maximum pouvait résister ainsi, en plein soleil de midi, alors que chez nous nous entourons nos bambins de tant de soins....

Finalement, ayant vidé mon gîte à mon tour, je m'embarquais pour le dernier voyage de la benne vers ma nouvelle terre de prospection. En passant à travers un village, un type fit de loin de grand signes pour nous arrêter . Quand nous fûmes près de lui, je vis alignés au bord de la route deux moutons qui avaient rendu l'âme. Le type gesticulait mais j'avais assez de choses à faire aujourd'hui et assez de tracas avec mes travailleurs... Le chauffeur m'explique que ces moutons courraient sur la route et que c'est la faute du capita.... Moi je pensais qu'il n'y avait plus qu'une chose à faire: c'est qu'ils les mangent. !Poursuivis de près par un terrible orage, nous arrivons enfin à Mukuku.

Mukuku3Mukuku2

Immédiatement, je vis mon nouveau gîte, une réelle case indigène. je sentis un petit malaise... mais le moment n'était pas aux impressions personnelles sur la maison que les travailleurs m'avaient préparée depuis 2 jours... La fenêtre aurait pu avoir comme rideau un mouchoir même pas déplié... mais, y étant entré je vis que le pièce à "la petite fenêtre" n'était que la chambre à coucher... tandis que ma salle à manger n'était qu'une sorte de couloir avec une porte de chaque côté. Tout compte fait, grâce aux deux portes fermant bien et aux murs chaulés, ce n'était pas si mal que ça.... Pendant une heure environ je fis déplacer mon armoire, ma table et mon fauteuil, jusqu'à en trouver une meilleure disposition.... Puis l'orage nous rattrapa et nous fûmes gratifiés d'une de ces pluies !

17.10.2008

Lundi 17 octobre

Mon mal de tête est tenace... A Bigundu, c'est un peu une nouvelle athmosphère, on déménage pour Mutumwa. Adieu Bigundu et ses parties de vélo fatigantes et dangereuses. Je te quitte et j'espère ne pas y revenir de sitôt.

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