26.10.2008

Mercredi 26 octobre '55

Pour la première fois, je me lève à 7 heures et je m'en fous... Que m'importe cet appel si je n'ai de nourriture pour nourrir ma vie ici? Si je n'ai de sens à lui donner, pourquoi faire pour elle un effort? Je me glisse hors de ce lit pour commencer une journée sans joie.

Il y a deux jours, Mop avait fait s'envoler en forêt une belle poule faisane. Affolée la mère a abandonné son rejeton qui sur ses faibles jambes s'encourait pour fuir l'homme... J'ai ramené l'oisillon chez moi, je l'ai nourri. Aujourd'hui, il avait triste mine et il est mort là, dans ma main, alors que je lui soufflais mon haleine pour restituer la chaleur maternelle qu'il avait perdu... dans ma main il n'y eut plus rien qu'un peu de toutes jeunes plumes et un petit corps qui, sans notre passage sur cette piste, serait devenu un bel oiseau.... Je l'avais tué, en voulant le  prendre pour moi...

Quel sot! Quel maladroit! Se croire capable de remplacer la nature... la mère a perdu un petit qu'une somme d'amour avait amené à ce stade; il allait vivre....

Je ne voulais pas le livrer aux vers... j'y tenais encore, même mort et dans l'isolement du WC, je l'ai aspergé d'alcool à brûler. Il a brûlé... et alors que que j'allais le faire glisser dans la fosse... c'est mon briquet qui y est tombé! Mon magnifique briquet auquel je tenais! En regardant le ciel, je pensais, en m'adressant à la mère frustrée "nous sommes quittes !"

Mais j'y tenais trop, et malgré toute la répulsion que cela représentait, je mobilisais 5 hommes pour ouvrir la fosse et retirer le petit objet... 5 hommes, des pelles, des machettes... tout cela pour avoir tué un petit oiseau que j'aurais écrasé en fermant la main... dorénavant petit oiseau, je penserai à toi chaque fois que j'utiliserai mon briquet....

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