18/08/2009

Samedi 18 août '56

DERNIERE PAGE!

Ferekeni2

 

Dans quelques heures je quitte ce gîte. J'y reviendrai marié... J'aurai enfin quelqu'un de plus compréhensible que ces quelques feuilles de papier à qui me confier....

Première étape: Ferekeni - Punia 100 km.

Deuxième étape: Punia - Shabunda 340 km

Troisième étape: Shabunda - Kindu 300 dernier km

Je compte arriver lundi dans la soirée. Ainsi donc, se termine ma petite histoire. Il y eu bien des imprévus. Il y en aura certes encore beaucoup d'autres mais désormais nous serons deux pour les vivre !

 

Michel


C'est malheureusement avec ce dernier message que se termine le journal de bord de Michel, mon père. Dans quelques jours, il va enfin retrouver et pouvoir épouser sa chère et tendre Betsy, débarquée tout droit de Belgique !

Qui a envie de connaître la suite ????

 

17/08/2009

Vendredi 17 août

Jamais la solitude ne m'a paru aussi dure. Ces derniers jours de célibat, je le sentais ainsi. Tantôt, sur ma barza, j'étais un peu désoeuvré et pour faire quelque chose de moi-même, je suis filé à Bukiru chercher de la bière…

12/08/2009

Mercredi 15 août

Nous avons convaincu le Père Jean-Louis de rester quelques jours avec nous. Ce qui le décida surtout c'est sa sainte frousse du potopote et ces derniers jours, il ne cesse de pleuvoir.

Aussi aujourd'hui, jour de l'Assomption, nous aurons la messe à Ferekeni suivie d'un sympathique déjeuner chez moi et dîner chez les Pirson.

J'ai eu l'occasion de faire plus ample connaissance du Père. Je dois avouer être un peu déçu, oui. Pourquoi faut-il qu'il critique avec tant de fiel son confrère Jean-Baptiste? C'est un sentiment qui me semble dépourvu de tout esprit chrétien… et venant d'un Père, on serait tenté d'en attendre un peu plus....Jean-Baptiste a ses torts, c'est un fait. C'est un rustre mais pourvu d'un courage de lion.

 

Dimanche 12 août

Il y a quelques histoires à règler à la voiture et je vais la laisser à Punia. Nous rentrerons avec une camionette de la mission. Le matin un petit drame: des boys du Club forcent le coffre de la voiture en voulant y mettre mes paniers de légumes... je râle sec.

A 4h, la camionette bien pleine, nous quittons Punia. Je fais la route à l'arrière avec le Père Jean-Louis qui ramènera le véhicule à Punia. Tout le long du chemin, nous nous rappelons des souvenirs de Route, des chants que nous connaissons tous les deux.

A la tombée de la nuit, nous arrivons chez nous. Souper chez les Pirson, je reviens avec la vieille Studebaker de Pirson.

 

11/08/2009

Samedi 11 août

Tous les “Babemois” filent à Punia. Tous ensemble dans ma Stud, l'ambiance est très joyeuse. Nous retournons même à la maison de quoi chercher un fil et avoir de la musique pendant la route, avec mon petit poste sur pile! Nous dînons à Fikiri. Madame Pirson a préparé un excellent repas froid. A Yumbi je fais une importante réserve de vivres... et à Punia:…

Youpiiiiiiiiiiiiiiiii,Youpiiiiiiiiiiiiii,Youpiiiiiiiiiiiii !!! Le départ de Betsy est avancé! Il me reste 11 jours de célibat.

Sur le coup cela m'assomme et je dirai même que je suis embarrassé par le nombre de problèmes qui se posent tout à coup à moi. Le soir, ça va beaucoup mieux et je suis même en pleine forme. Au ciné, un film idiot mais très amusant.

09/08/2009

Jeudi 9 août

Nous allons reconduire le Cotonco jusque Makembe. La route de Kowé est juste passable. Saccarotti, lui, est toujours le même.

07/08/2009

Mardi 7 août

Rommelaere et Leclerc sont chez moi alors que je rentre, sale et trempé du lotissement de Ferekeni. Nous mangeons chez moi à trois. Après le dîner, une courte visite chez le Père. Leclerc repart avec Rommelaere à Pokwonyama. Peu avant leur départ, nous avons eu ici devant chez moi, une petite distraction: les jeunes garçons sortant de la circoncision sont venus faire quelques danses rituelles. C'était fort bien.

05/08/2009

Dimanche 5 août '56

Visite importante aujourd'hui dans les Babemo: Delvaux - un des grands de Symétain-Punia - viendra se promener ici... et apportera le courrier. Il arrive à 13h et file immédiatement à Bukiru où les Pirson, las d'attendre, allaient juste commencer à manger. J'ai invité le Père Jean Baptiste et nous mangeons des cassoulets.

Un peu après le dîner, un bruit de voiture. Quelques instants après, j'aperçois une Mercedes qui hésite au coin de mon allée et qui, m'ayant reconnu, s'engage. Ce sont deux types de Houdemont de Yumbi qui viennent voir les possibilités d'installer une huilerie ici. Je me paye très sobrement leur tête et, après un verre, ils veulent voir la route. Comme les précédents, ils filent à Bukiru...

Vers 16h, c'est le voyage à rebrousse-poils. Tous reviennent, y compris les Pirson, ce qui donne pas moins de 4 voitures devant chez moi. Nous sommes 8 blancs, les 3 gosses Pirson non compris...

Ma glacière se vide... départ de la Chevrolet Symétain puis de la Mercedes Houdemont et finalement des Pirson qui emmènent le Père. Je vais les suivre de suite, juste le temps de fermer la maison... du moins ce que je pensais! Car voici qu'arrivent deux types qui portent une malle... suivi de deux autres... puis encore deux autres portant un matelas... Ce coup-là je sens l'oignon et j'interroge les porteurs: “Le blanc du coton qui vient de Kowé... qui est ce zébroïde?” Il vient à pied? Je pars avec la Studebaker question de lui éviter quelques klm (je sais par expérience que ce sont toujours les derniers qui sont les plus durs...)

A 100m mètres du carrefour, je vois le type... Je m'arrête. Présentations... Il s'appelle Leclerc et est évidemment de la Cotonco. Comme je lui demande ce qu'il vient faire ici - ce qui est quand même une saine préoccupation puisque ses bagages se trouvent sous "ma" barza et que de toute évidence, c'est chez moi qu'il compte loger - et là se trouve l'effarant, le loufoque de la situation, il me répond dans une candeur merveilleuse: "Mais voyez-vous, c'est que je ne sais pas. J'aurais dû recevoir la lettre 12-94 pour avoir les instructions mais je ne l'ai pas reçue. Alors je ne sais pas ce que je vais faire....". Je le rassure tout de suite: "Moi non plus!".

Me voilà avec ce crétin sur les bras qui ne connaît pas un traître mot de swahili (il me demande de bien vouloir payer les porteurs), moi qui étais prêt à partir chez les Pirson... Je l'installe chez moi et finalement, je l'emmène à Bukiru. Je ne tiens pas à rater cette soirée à cause de cet énergumène...

Au détour d'un virage, je vois les phares de la Ford des Pirson: ils commençaient à s'inquièter. Pirson avait emmené une pompe à tout hasard...

A Bukiru, Madame me lance un coup d'oeil interrogateur… je lui réponds par un signe de tête... Quelle tuile un type pareil ! Après deux mots, il a déjà tout expliqué de sa lettre 12-94 qu'il n'a pas reçue...

Nous soupons. Jean-Baptiste bouffe comme un goinfre (comme d'habitude) et pour achever toute bonne soirée, nous jouons une puissante partie de petits chevaux....

Le soir, au retour, dans les phares de la voiture, nous apercevrons un léopard.

29/07/2009

Dimanche 29 juillet '56

Ferekeni2

Nous tenons le siège de Ferekeni. Cela fait 3 semaines que nous n'avons plus quitté les Babemo... Ce dimanche après-midi, en guise de distraction, nous allons avec ma Studebaker jusqu'à la cantine de Belgika qui vient de s'installer sur la route...

A suivre... le 5 août.

 

24/07/2009

Mardi 24 juillet '56

La benne part avec la jeep à Lowa. Je la suivrai dès que Pirson sera arrivé ici. A 8h, il arrive avec le terrible Pirlot qui fera du tipoï jusque chez Saccarotti. Moi, je file vers Lowa. A Ongoka, au bac de la Lowa, j'ai rattrapé la benne et nous passons ensemble le bac. Il reste 30 km pour arriver à Lowa. Nous en avons déjà fait 55 mais cette fois, la route est très mauvaise.

Lowa bacA 10h30, nous y sommes. C'est assez joli: le fleuve est très large, ici, au confluent du Lualaba avec la Lowa. Quelques formalités et je passe le fleuve dans une petite barge à moteur (Chevrolet) pour aller voir le chef de poste, qui loge sur une espèce de nid d'aigle au-dessus du fleuve. Je mange mes tartines dans la voiture puisque les gens de Lowa ne paraissent pas connaître la politique de l'invitation... je décharge Shabani et le convoyeur et nous nous en retournons chez nous. Sur la route, j'embarque deux gamins de l'école du Père de Ferekeni qui sont tout heureux de pouvoir rentrer ainsi chez eux!

23/07/2009

Lundi 23 juillet '56

Vers 11h, apparaît un bonhomme assez spécial: complètement trempé de transpiration, à vélo, accompagné du chef de secteur de Kowé. Mais oui, c'est lui: le nouveau chef de poste de Kowé dont on m'avait dit : "Pirlot, un demi-timbré..." Oui, il doit l'être en effet, et soyons très bons en ne lui donnant qu'une demi-mesure... Il parle, il parle… Après un quart d'heure, je parviens à faire le point: Pirson lui avait donné rendez-vous à la frontière des deux territoires et lui, ne le voyant pas venir, est venu jusqu'ici: 46 km à vélo.... complètement fou!

Je l'invite à dîner: il mange comme un ogre et me demande si je ne sors pas de Carlsbourg, car j'ai une tête à ça...  tout reste à savoir comment il apprécie les types de Carlsbourg!

Après le dîner, je le conduis chez Pirson. Mon avis, c'est un bête type, il rigole tout seul (on ne sait pas trop pourquoi) et manque totalement de tact. La moindre chose quand on arrive dans une maison où il y a des enfants, c'est de complimenter la maman en disant "quels beaux petits anges...." ou toute autre chose dans ce goût là même quand c'est pas vrai (ce qui n'est nullement le cas chez les Pirson). Or lui, rien !

Nous allons jusque Pokwonyama où se trouve le chef Bukiru, pour faire un conseil des deux chefs de secteur. Lui ,Pirlot, ne s'intéresse pas à cela. Tout ce qui l'intéresse, c'est de retrouver un pauvre type qui est déserteur... il n'y a pas à dire, il n'a pas le sens du ridicule...

MrTeedsDe retour ici, il s'avère impossible qu'il rentre encore ce soir à Kowé. Il est 16h30 aussi Pirson l'invite à coucher chez lui. Plus tard, madame Pirson me dira que - lui ayant donné un lit, couverture, draps, même pyjama, souper et déjeuner - il n'a même pas remercié! Complètement "pincé"-corné" ce type-là (voir film "L'Extravagant monsieur Teeds"). Je charge la jeep sur la benne Pirson, manoeuvre assez scabreuse...

 

22/07/2009

Dimanche 22 juillet '56

Billets

 

Le matin, je fais le plein de la Stud, 300 frs. Cette fois-ci, c'est à moi de payer l'essence, finie la comédie de l'essence paysannat... En rentrant au gîte des Pirson, je m'aperçois de la perte, ou du vol (?) de 3.000 des 14.000 francs que je viens de toucher pour mes indemnités de brousse. Je râle sec!

Dîner et nous filons vers les Babemo. En cours de route, nous nous arrêtons pour fouiller les bagages du boy de Pirson qui m'accompagne. Rien ! Tant pis. A Ferekeni, j'embarque le Père et nous allons souper ensemble chez les Pirson.

 

20/07/2009

Vendredi 20 juillet '56

Vers 3h, les Pirson sont arrivés ici. Ils laissent la vieille Stud au garage et nous filons à Punia. En effet, demain 21 juillet: congé et ce soir c'est le bal au Club! Personnellement cela ne me dit rien du tout.

Voyage très agréable mais à Punia une mauvaise nouvelle m'attend: Betsy m'annonce que notre mariage est retardé de plusieurs semaines, soit départ de Belgique le 23 septembre. Moi qui décomptais les jours, cela me flanque un très sale coup.

Je m'ennuye à crever au bal et demande à Pirson de me reconduire vers 22h. Il me promet: “encore 1 verre…” mais j'ai vraiment trop le cafard et je sors à 23h. Je vais m'installer dans la petite Triumph, je somnole un peu jusqu'à 1h du matin puis, en en ayant complètement marre, je décide de marcher un peu. Je marche effectivement un peu… une heure plus tard j'arrive à la maison Pirson! Je trouve un fond de bouteille de bière et je me mets au lit. J'ai fait une belle balade de 5km au clair de lune, je suis content de moi-même, je ne pensais pas que j'aurais eu le courage de le faire.

18/07/2009

Jeudi 19 juillet '56

Les Pirson viennent me dire bonjour et nous allons chez le Père arranger le moteur.

A notre retour chez nous.... Que vois-je.... Ma Studebaker... Mais oui, elle est là et c'est Shabani, le chauffeur que j'ai connu à Kigombe Mbali, qui me l'a apportée jusqu'ici, (je l'ai rachetée à De Meirsman, partant en congé). Sur le coup je ne réalise pas très bien, il me faut un bon verre. Le soir, nous allons souper chez les Pirson. Je ne me sens pas spécialement à l'aise avec mon nouveau véhicule et j'ai un mal de chien à passer les vitesses...

17/07/2009

Mardi 17 juillet '56

Les types travaillent à la petite piste que je fais ouvrir vers Bigeru. Je fais mon recensement de types, en forêt. Tout une problématique que de situer à un an près leurs date de naissance...

13/07/2009

Vendredi 13 juillet '56

Depuis quelques jours, j'entends un bruit plutôt "nouveau" à la jeep. Cela se localise à la roue arrière droite, une sorte de grincement mêlé au concert de bruits qui me sont déjà familiers. Ce n'est pas si mal que cela, c'est une question d'habitude quoi mais non... je n'aurai pas le temps de m'y habituer car, alors que je veux freiner un peu après Kanyama, un bruit sec et la pédale de freins ne répond plus! Pour le bruit sec soit. Mais pour la pédale de freins, ça je peux y faire quelque chose.

Je regarde le petit réservoir d'huile de freins... vide! C'est tout simple, il n'y a plus d'huile donc plus de freins. Je deviens vraiment très fort en mécanique... je verse tout ce qui me reste d'huile dans le petit réservoir. Il est presque plein donc ça va. Malheureusement la pédale de freins elle, ne répond toujours pas: à chaque pompage, l'huile s'écoule un peu plus sur la route par le tambour fendu en deux...

Tout doucement, en première, j'atteins Bukiru où Alphonse - boy-chauffeur qui s'y connaît un peu - démonte le truc. C'est tout à fait foutu, la jeep est morte, une fois de plus... Pirson me reconduit chez moi.

12/07/2009

Jeudi 12 juillet '56

Je savoure les plaisirs d'une délicieuse sieste quand j'entends un bruit de voiture s'arrêtant pile devant la maison. Je pense reconnaître la voiture de Rommelaere et je ne bouge pas. Un clerc vient me tirer du sommeil. Je me lève et, oh stupeur: qui est ce zèbre dont les épaulettes chargées de deux grosses barettes me regarde d'un oeil noir?  Je n'ai pas longtemps à attendre, il se présente (seule chose qu'il lui reste à faire d'ailleurs puisque il constate que je ne le connais pas...). "Poswick: commissaire de district assistant" - "Van Wynsberghe, Agronome Paysannat". Ça y est, on est en pays de connaissance. Non l'autre Van Wynsberghe qu'il connaît n'est commun que de nom avec moi.

Des questions habituelles: "Depuis combien de temps êtes-vous ici ?" "Combien de planteurs installés ?" "Que reste-t-il à faire... ?" J'essaye de me réveiller et de lui répondre le plus honnêtement possible et je me rue sur mes cartes. Pendant qu'il s'intéresse à cela, j'ai le temps de reprendre mes esprits et de lui offrir une tasse de café. Après un quart d'heure d'entretien, il me dit que c'est pour Pirson qu'il vient. Arrivant de Lubutu, il est mal renseigné. Toujours la même idée préconçue quand une huile vient ici en visite.

Moi, je m'en tire pas mal, il paraît content. 2 heures après, il repasse. Ses affirmations sont définitives: “Ce n'est pas une route, dit-il, c'est une piste!”,alors que tout le monde, jugeant sainement, dit le contraire.... Soit.

01/07/2009

Dimanche 1er juillet '56

Hier, samedi, les Pirson sont partis à Punia car aujourd'hui il y a le Te Deum: grand uniforme, vin d'honneur etc... Comme ces manifestations para-militaires sont très peu mon genre, je m'abstiens et passe une agréable et calme journée à Ferekeni. L'après-midi une petite pluie contrarie une balade à Bukiru prévue avec le Père.

Le soir, les Pirson rentrent et nous allons souper ensemble à Bukiru.

 

A suivre... le 12 juillet

 

25/06/2009

Lundi 25 juin '56

Je retourne avec le camion et Raphaël à l'endroit où se trouve la jeep, bien décidé à réparer maintenant que nous avons les boulons. Hélas, 100 x hélas… les boulons ont été cassés dans les pas de vis! Impossibilité de remonter la tringle. Nous cherchons un moyen pour nous tirer d'affaire et, comme cela arrive à des gens intelligents, nous trouvons... avec un morceau de tôle de fût (voir manuel “les 1001 emplois de la tôle de fût au Congo”). Nous ferons une espèce de gaine qui tiendra la tringle de direction sur la rotule de la roue et dès lors, si ce système tient le coup, pourquoi n'essayerions-nous pas de rentrer à Punia? Raphaël, à qui je propose cela, me regarde un peu de travers puis accepte d'essayer... Il est près de 15h quand nous partons et à 18h15 quand nous entrons au poste de Punia: 93 km avec la direction tenue par une plaque de tôle...

23/06/2009

Samedi 23 juin '56

Je pars aujourd'hui avec le camion de Pirson, lui-même étant à Punia. Quand j'arrive chez eux, je les trouve tous deux avec un moral bien bas. Madame surtout verse la larme: ils viennent de recevoir une lettre assez "méchante" de Lubutu leur réclamant plus de 10.000 frs pour emploi abusif de la benne... Ça devait arriver mais c'est vache quand même quand on pense aux véhicules S.T.A. affectés à d'autres postes et qui roulent pour le bon plaisir de madame Untel... Soit. Tout le monde sait que la justice n'est pas de ce monde mais c’est toujours assez pénible d'en faire personnellement la constatation...

Avec "mon" camion je fais des courses: riz, Symétain pour les boulons de la jeep et passage à la mission pour charger encore une armoire... (oui, encore une et ce n'est pas la dernière). Le soir, une panne de courant nous prive de cinéma au Club.

19/06/2009

Mardi 19 juin '56

Rochez ferme ses bintus. Derniers conseils et ils s'en vont... Ouf.... enfin la paix. Je fais la vidange de la jeep puis, question de faire quelque chose, je vais voir l'extraction du gravier. En revenant, je charge trois types. Après une côte, je sens quelque chose de louche dans la direction... un pneu crevé? Non, ce n'est pas cela… Sans doute un trou dans la route... et alors... dans un virage assez sec - que je prends assez vite quand je suis seul, car je commence à connaître chaque pli de cette partie de route- tandis que je braque à gauche, le jeep s'obstine à filer tout droit! Ce qui n'est guère convenable dans un virage évidemment... Un coup de freins énergique parvient à ralentir un peu la voiture et une succession de bang... bang... bang… ricochets sur le talus et enfin c'est l'arrêt... Ouf, j'ai eu chaud. Nous nous sommes enfoncés pour la première fois à moins d'un mètre d'une redoutable souche. Un coup d'oeil... Oui, ce sont toujours ces sales boulons de la tringle de direction qui ont laché, cette fois complètement!

Me sentant incapable de rentrer chez moi à vélo, j'envoie un type à vélo pour prévenir le Mercedes de Pirson de venir me chercher ici. J'abandonne la jeep à son triste sort et rentre chez moi.

18/06/2009

Lundi 18 juin '56

Jour mémorable dans les annales "babémistes": deux blancs (Rochez et moi) ont pour la première fois relié Ferekeni à Punia par la piste indigène.... C'est l'épitaphe qu'on pourra lire dans deux cents ans à l'entrée de l'autostrade reliant ces deux grands centres! Nous n'y sommes pas encore!

ColemanC'est à la lumière des Coleman qu'on s'enfile des omelettes au lard (de quoi avoir quelque chose de résistant dans le coco). Dans le brouillard matinal, les phares de la jeep parviennent à peine à percer la demi-obscurité. Il est 6h2O quand nous arrivons au départ de la piste. Les guides sont là et nous y allons: plein Est.

La cadence est rapide dans la fraîcheur du matin: 110 pas/minute. Le terrain est heureusement fort plat, les heures filent.... à 9h30, nous arrivons à l'Uru, grande rivière d'une quanrantaine de mètres. Petite halte, on se permet une cigarette. J'inaugure la pirogue comme moyen de transport, mettant ainsi un moyen de transport de plus à mon actif. En faisant le compte ça donnerait: voiture, moto, vélo, char, avion, bateau, tram, autobus et pirogue!

Mais nous ne sommes ni en char à voile ni en bateau à vapeur, mais à pied! Après avoir repris pied sur l'élément solide, cette fois en territoire des Baleka, nous repartons. L'allure est tombée à 100 pas/minute. Le terrain est toujours plat. Je commence à avoir soif. La semelle de mon soulier droit a laché. A 11h, halte: nous cassons la croûte et repartons. Lorsque le guide nous annonce qu'il n'y a plus que deux rivières à passer nous volons littéralement.... vient ensuite la dernière: un arbre à passer, il reste 500 m, il est midi et demi..... A 1h15, nous retrouvons la jeep à l'extrémité de la piste carrossable partant de Punia. La jeep avait été amenée ici par un chauffeur de Pirson.

Foret2

A Punia, nous arrivons crottés et moulus chez les Pirson. Il est très malade, un genre de typhus, il est vraiment en compote. Sa femme est partie avec une camionette à Bukiru chercher des histoires pour subsister une semaine à Punia. Rommelaere vient nous y dire bonjour, il est tout de blanc vêtu ce qui a le don de faire râler mon bouillant directeur qui lui est assez sale... "un agronome en service en tenue blanche..." me dira-t-il plus tard.

J'avale un plat de choucroute - chose que je déteste entre toutes - mais j'ai une faim formidable: jamais de la choucroute ne m'a paru aussi bonne! Quelques verres de Primus et surtout des cigarettes dont nous manquions depuis trois jours et dont nous fumions les denières avec infiniment de parcimonie... nous filons à la mission de Punia prendre le Père Lambert qui lui, rentre à sa mission.

En route pour les Babemo. Rochez et Lambert se lancent dans une grande discussion philosophique sur les différentes religions. Rochez qui adore parler et s'entendre parler débite des foutaises à plein rendement. Lambert parle peu mais répond des choses très pertinentes... Moi je suis content de pouvoir conduire à mon aise et plein de cette liberté, je file plein gaz. Près du champ d'aviation nous rencontrons madame Pirson qui rentre avec sa camionette. Quelques mots et nous repartons.

A Yumbi, un verre encore… rencontre rapide avec le chef de poste Van Crombrugghe qui, quand Rochez lui annonce que nous venons de faire la piste, demande "en tipoï , évidemment?" Et Rochez de rétorquer assez sèchement: "Non, à pied, au Paysannat on ne fait pas de tipoï!..."  Quand madame la chef de poste, malheureusement pour elle, tout à fait antipathique à Rochez, déclare qu'elle est complètement fourbue après avoir fait 100 km en voiture, je vois Rochez qui se tient à table pour ne pas s'effondrer. Madame Pirson a exactement fait le double dans une camionette et était encore toute souriante... Les Van Crombrugghe accumulent encore en 15minutes pas mal d'indélicatesses qui achèvent de les "classer" pour Rochez, à l'avantage du ménage Pirson, j'en suis très heureux.

De Yumbi à Ferekeni, Rochez et Lambert se lancent dans une suite de souvenirs commnuns. En 1h10, nous sommes à Ferekeni, il y a 60 km...... c'est une excellente moyenne me dis-je fier de moi. Les Pères Jean-Baptiste et Lambert soupent avec nous.

17/06/2009

Dimanche 17 juin '56

Après la messe, Rochez a eu absolument envie de voir la forêt de Ferekeni et le lotissement. Soit: nous partons, mettons un temps fou pour retrouver le petit chemin de forêt puis - ayant passé et repassé moultes fois la Muna - nous arrivons sur place. Même itinéraire pour le retour. Rochez n'a absolument pas le sens de l'orientation et si je n'avais pas insisté pour prendre cet alignement qui nous ramenait à la route malgré Rochez prétendant aller dans le sens opposé, il y a de grandes chances qu'aujourd'hui encore nous serions toujours dans cette forêt.

Après-midi bien tranquille sur la barza, tout le monde lit. Le soir, nous préparons les vivres pour notre balade du lendemain.

15/06/2009

Vendredi 15 juin '56

J'étais encore au lit vers 6h15 quand j'entends devant le gîte sur la route, un bruit de moteur de voiture. Il me semble reconnaître le ronronnement connu d'un moteur Ford. Déduction logique: une Ford ? Qui a une Ford ? Le commisaire de police de Punia! Donc, c'est le commisaire de police! Déduction fort simple mais tout de même fort louable en considérant l'esprit tiré du sommeil...

Bref, ce n'était pas le commisaire de police... mais Faelens, ce grand flamand de Lubutu avec la camionette S.T.A. Internationale de Punia. Zéro pour mes déductions matinales! Et ce zèbre, parti à minuit de Punia, avait attendu le matin pour surprendre Pirson ne faisant pas son appel.... Ridicule et d'autant plus fade qu'il s'est trompé et avait pris mon gîte pour celui de Pirson. La visite éclair à Bukiru - où sont les Pirson à présent - fit couler beaucoup de salive et d'encre, toujours en mal autant pour l'un que pour l'autre.... Un type qui ne connaît rien, venant avec des idées préconcues et se permettant le luxe d'émettre un avis défavorable et définitif, alors que tout le monde prétend le contraire... la lutte du pot de fer contre le pot de terre remonte à nos aïeux...

Quant à nous, les gens du Paysannat, nous nous levons après le départ de l'inconnu et, après le déjeuner, nous filons à Bigeru voir le découpage des champs.....

Historique découpage des champs d'ailleurs car, de fil en aiguille, parlant de décalage d'un alignement d'un capita (que je maudis sur l'instant) je mets mon directeur en transes... On se rend sur place... Je me dis en moi-même que s'il voyait d'autres décalages, il en tomberait raide mort... j'explique que ce sont les chaînes d'arpentage qui sont trop vieilles, ... et oh malheur, il contrôle les chaînes! Il n'y en pas deux semblables et aucune n'atteint la longueur officielle de 20 mètres! "On va télégraphier pour qu'on vous en expédie d'autres" me dit Rochez.... J'ai attendu 1 mois pour les avoir...

chaine

 

Le soir, nous allons souper chez les Pirson. Très bon, même extra! Madame Pirson est éblouissante... En revenant, nous discutons encore une bonne heure avec Rochez. Les Pirson sont nettement remontés dans son estime. J'en suis heureux car il est quand même “district” et c'est déjà une “légume”....

 

14/06/2009

Jeudi 14 juin '56

Bruit inconnu de voiture… Qui est-ce ? Rochez! Je savais qu'il devait arriver un de ces jours-ci. Sa tendre épouse l'accompagne, comme d'habitude. Ils trouvent la maison bien. Elle surtout, me félicite pour mon bon goût (je n'ai pas eu l'occasion de faire la même chose quand j'ai été chez eux....)

Immédiatement, Rochez (il n'a pas changé) veut aller voir le travail. C'est à Bideru. Alignement de base. Il trouve de suite que les types n'ont pas assez à faire... il me parle du travail à venir. Soit Baleka, soit Lubutu. Je n'aime guère cette dernière solution.

04/06/2009

Lundi 4 juin '56

Une bonne douche froide question de se décrotter (je ne saurais trop conseiller l'emploi du stick à barbe pour les ablutions matinales...).

Un petit déjeuner et une attente démesurément longue pendant que Pirson parlemente avec les "grands" Houdemont pour que ceux-ci concèdent à nous aider. Finalement les voici avec camion, treuils, câbles et tout ce qu'il faut pour nous tirer de là....

Vers 11h, les efforts mécaniques et manuels unis nous ont amenés sur un bon terrain, et, enfin, nous filons chez nous....Non sans que la Ford fasse encore des matatas à 3 km de Pokwonyama: panne d'essence, perte du tuyau d'échappement.... tout cela ne rend que plus méritoire notre arrivée.....

Inutile de parler de l'état de fatigue de tous les participants de cette petite équipée! Quant aux voitures: elles sont couvertes de boue grise tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Tout est plein de boue: valises, vêtements, souliers.... inutile de parler non plus de mon ciment, objet de tant de tracas, qui lui est réduit en une immense brique...

A suivre... le 14 juin.

 

03/06/2009

Dimanche 3 juin '56

Comme j'ai un véhicule... j'en profite pour filer à la messe de 7h (les gosses sont d'ailleurs un réveil-matin remarquable...)

A 15h, ayant chargé ma jeep d'armoires (je pense que cela doit être un genre de complexe), de papayes (dans l'armoire) et de citrons (dans les tiroirs...), mes sacs de ciment et mes formes à béton... je m'en vais "chez nous". Ou du moins, c'est ce que je pensais....petit naïf!

Naïf, oui car j'avais oublié que la route Punia-Yumbi est un truc affreux avec des descentes à griller les meilleurs freins, des rigoles au milieu de la route à casser les lames de ressort les plus résistantes, des côtes impossibles, des virages imprévus... Soit un parcours genre auto-rodéo, très peu le genre jeep-remorque....

Après une heure de route laborieuse, j'ai fait une bonne quinzaine de kilomètres. Les Pirson me rattrapent dans leur bagnole grand-luxe... Pour plus de sécurité, ils resteront en vue.... Le clou de l'affaire, c'est un solide orage! Je rattrape les Pirson qui ont une panne d'éclairage, ils me redépassent (je n'aime guère cela, surtout quand je vois définitivement disparaître leur feu rouge) et puis, dans les phares, là, à 10 mètres: un solide trou! Coup de freins. 250 kg dans la jeep qui poussent... bang.... bang, ça c'est pour la jeep, puis bang... pour la remorque. Mon subconscient me conseille de jeter un coup d'oeil pour voir si je n'ai rien semé (à savoir que les premiers 30 km ont été agrémentés de multiples arrêts pour ramasser ce qui tombait de la remorque...) et là, ooooh désastre, au milieu de la route, il y a dans l'ordre de chute! D'abord mon ciment, puis les formes à béton, la jante du Père... ouf, le fût d'essence, lui, est resté.

A Yumbi, je prends la décision” mâle” d'abandonner la remorque. Il est 19h, il fait nuit noire. Sur les traces des feux rouges de la Ford, je file maintenant allègé vers les Babemo. Les kilomètres filent, 3, 5, 8 et ...9 et là.... 2 feux arrière dans une position très oblique à gauche de la route.... une trace fraîche.

Houdemont1

Une douche de potopote et la Ford gît là impuissante avec tous ses chevaux dans le fossé.... Grrr, ces véhicules qui ne passent plus pour si peu... le Père me fait d'immenses gestes, trépigant au milieu de la boue. Moi, j’ai confiance en le double pont de ma jeep et m'aventure sur cette plaque glissante... Je patine, je glisse.... je glisse et hop, dans le fossé de droite...! C'est la fin, ni la traction avant, ni la traction arrière ne retireront la jeep de sa fâcheuse position.

Houdemont3

Et pendant 3 heures, nous pataugerons dans cette mélasse qui atteint la cheville. Il tombe une sale petite pluie.... Aucun des deux véhicules ne sortira ce soir en dépit des conseils remarquables que prodigue le Père dans sa soutane immaculée... conseillant par exemple d'allèger la Ford en retirant du coffre le linge fraîchement repassé et de le mettre sur le bord de la route... Ou bien, s'adressant à moi, qui extrais à grand peine les sacs de ciment que j'ai transportés avec la jeep depuis que j'ai abandonné la remorque et qui, tout déchirés de leur chute sur la route de Yumbi, me laissent le ciment en vrac… "A moins que vous ne me passiez une cuillère à coupe, mon cher Père..." Je n'oserai prétendre que mes sarcasmes adressés au Père étaient démunis de fiel, surtout au moment le plus désespéré où il me demanda ce que j'avais fait de sa jante!

Vers 22h, nous perdons tout espoir.... et c'est dans le "tram" du missionnaire protestant (tram ou autobus, je ne puis certifier, cela vient du Père évidemment....) que nous avons tiré du lit, que nous regagnons le Club de Yumbi. Notre entrée fait sensation parmi les "houdmontistes"... Quelques bons pistolets et un repos bien mérité. Je partage la chambre avec le Père...

02/06/2009

Samedi 2 juin '56

Nous filons le Père et moi, à Punia avec la jeep et la remorque. Petit arrêt chez les Pirson à Pokwonyama. Le père préfère voyager avec la Ford, je le comprends.... Je les retrouve à Yumbi, au magasin de H.T. J'y embarque du ciment plus une vieille jante de camion qui servira de “cloche” à la mission et nous fonçons (le Père m'a rejoint) vers Punia. En cours de route nous nous arrêtons chez Rommelaere qui paye ses types, sur la route. Un verre, deux verres... et en route cette fois car, en parfait disciples de Bacchus, nous nous abreuvions de ce breuvage des dieux (Primus pour le commun des mortels...).

A Punia, Pirson se faisait un sang noir d'encre nous imaginant les 6 roues en l'air (4 pour la jeep + 2 pour la remorque) ou tout simplement avec au moins un pneu crevé (ce qui est relativement optimiste si l'on considère qu'il y en avait 6, tous aussi mauvais)... Plein de sollicitude, il avait brossé sa sieste pour réparer une chambre à air (acte combien louable après le dîner et par la chaleur qu'il faisait en ce moment) pour venir nous porter secours... Il nous regarda d'ailleurs d'un oeil noir quand nous lui expliquâmes la cause du retard.

27/05/2009

Dimanche 27 mai '56

Je quitte Punia vers 15 heures. Ma jeep est chargée à son grand maximum. Je suis seul. D'ailleurs, impossible d'y caser encore un noir! J'ai la nette impression que c'est une folie de partir pour ces 90 km mais la jeep sort du garage alors... En plus de mes quatre chaises, de mon bureau, de mon armoire, il y a encore le ravitaillement et des tas d'autres histoires... J'arrive crevé mais sans encombre à Pokwanyama. J’y attends les Pirson qui rentrent ce soir également avec leur nouvelle acquisition: la Ford de Decoster (25 billets). En les attendant, je décharge deux chaises et je rembarque 2 fauteuils en osier et une table. Souper et retour dans la nuit à Ferekeni. Les noirs sont assez surpris de voir ce qu'on peut mettre dans une jeep. Moi, je suis très heureux et comme dirait Pirson "ça paye..."! Tout ça, c'est pour ma petite chérie...

Jeep

 

26/05/2009

Samedi 26 mai '56

Je pars à Punia avec les Pirson dans leur vieille Stud. Je vais rechercher ma jeep enfin réparée... Je la retrouve chez Van Crombrugghe qui a déjà été la chercher à la Symétain.

Au poste, c'est le branle-bas. Pierre déménage pour Kindu. Comme il m'a proposé des meubles l'autre jour, je le prends au mot aujourd'hui et le soir, en faisant des ruses de vieux sioux, je vais prendre un bureau, une armoire et quatre chaises... Ce pauvre Pierre me fait jurer mes grand dieux de ne rien dire à personne. Sa femme d'ailleurs me suspecte déjà de lui chercher des ennuis car j'ai causé tantôt avec le chef de poste... Comment est-il possible de vivre dans une telle parano ?