17.10.2008

Lundi 17 octobre

Mon mal de tête est tenace... A Bigundu, c'est un peu une nouvelle athmosphère, on déménage pour Mutumwa. Adieu Bigundu et ses parties de vélo fatigantes et dangereuses. Je te quitte et j'espère ne pas y revenir de sitôt.

16.10.2008

Dimanche16 octobre '55

Une fois de plus dimanche: chemise blanche, mon cigarillo... Dimanche....

L'après-midi le temps se gâte, il fait froid, il vente. Beaucoup de parasites me rendent l'écoute du match Belgique-Hollande fort pénible... je colle mon oreille au poste pour entendre Luc Varenne qui parle de Rotterdam...2/2

J'écris une longue lettre à ma soeur Paulette... mais le soir j'attrape une nausée qui ressemble assez à un accès de cafard... J'ai un mal de tête fou... J'écris une lamentable lettre à Betsy, remettant tout en doute... le lendemain mieux en forme, je brûle cette lettre qui ne ressemble à rien. Mon souper: des Ravioli.... enfin une bonne chose aujourd'hui! Là dessus je vais me coucher.

15.10.2008

Samedi 15 octobre '55

Un orage épouvantable explique que je n'ai pas entendu arriver la jeep paysannat qui stoppe à présent à quelques mètres de ma case. Rapidement, traversant la drache, les deux chauffeurs noirs m'apportent une lettre de Kindu. Elle émane de De Meirsman....
"Voici des bornes, des pancartes et de la couleur pour les retoucher...” Il pense à tout… la benne arrive aujourd'hui. Comme moi, il avait donc compris dès le début que c'était un peu fort... "J'ai aussi une glacière pour vous..." Message officiel mêlé de ce service à autrui qui caractérise cet homme...

13.10.2008

Jeudi 13 octobre '55

De Meirsman, de retour d'un "safari", passe me dire bonjour et voir s'il n'y a rien de neuf. Comme je lui fais part de la pénurie de bornes, il me dit le plus froidement possible qu'il suffit de faire le voyage et de les rapporter à dos d'homme. Vu qu’il y a 22 km et que je m'effraie à juste titre, il a l’intention de l'annoncer lui-même aux travailleurs. J'admire en lui cette grande simplicité et cette rapidité à rendre service.

Abornement

Quelques jours plus tard, il me demande, sachant que cela me serait utile, si une glacière d'occasion ne m'intéresserait pas. Très habile à manier les chiffres comme comptable, il est aussi très habile à rendre service autour de lui. C'est vraiment un des piliers du Paysannat à Kindu, tant comme comptable que comme homme.

 

10.10.2008

Lundi 10 octobre '55

J'ai envoyé aujourd'hui mon planton à Kayuyu pour porter au courrier de mardi une lettre urgente de commande de poisson à monsieur De Meirsman. Alors que je ne m'y attendais "presque" pas, il revient encore avec de la correspondance... 2 lettres de Betsy et 2 lettres de papa. Ce courrier un peu à la dérobée a une valeur encore plus précieuse que le "régulier".

Mutumwa guide

 

06.10.2008

Jeudi 6 octobre '55

Michiels arrive et passe la nuit ici. Il arrive au moment où me quittait monsieur François de la Cotonco, passé ici pour avoir des renseignements pour l'établissement d'une pépinière de café. Ah quelle joie de pouvoir parler d'autre chose que de service avec un type qui n'est pas de l'état. Quant à Michiels, il se déclare content de mon lotissement, j'en suis heureux...

Mercredi 5 octobre '55

J'écoute le programme de radio-Léo quand tout à coup, au milieu d'un pot-pourri de guitare on joue "La légende du Pays aux Oiseaux". Formidable! Première fois que je l'entends à la radio depuis que nous le chantonnions Betsy et moi...

http://www.youtube.com/watch?v=UZ1Kr5lUSLU&feature=related

radio

 

 

01.10.2008

Samedi 1 octobre '55

Ma valise Sabena pleine de billets, je m'en vais cet après-midi payer les rations et les salaires à Bigundu. Pendant plus de 3 heures, je paye, j'explique, je fais des feuilles de route pour les congés des femmes et enfin, il n'y a que l'obscurité qui me force à arrêter cet élan de générosité pour les travailleurs. C'est dans la nuit qu'avec mon vélo sans freins ni lumière je regagne mon gîte. Heureux car récompensé de mon effort par les nombreux "kwaeri" (bonsoir) qui saluèrent mon départ du village.

En cours de route je rencontre un type qui apporte, dit-il, du courrier... Il y a une semaine que je n'ai rien reçu, je ne me sens plus de joie... et je fonce vers le gîte pour y attendre ce messager de bonheur. Hélas, trois fois hélas, le courrier n'était que les légumes hebdomadaires... ils ne m'ont jamais paru aussi fades!

A suivre... le 5 octobre

27.09.2008

Mardi 27 septembre '55

Le vieux chef Kassamboula arrive avec ses voitures... Il vient pour me saluer. Nous avons un long entretien portant sur la politique, la littérature, la musique... hum... hum...

Le lendemain, ce brave vieux m'apporte un jambon tout frais. Trop frais d'ailleurs, car après n’en avoir mangé qu’une fois, une infecte odeur émanant de la viande emplit la case le jour suivant et je liquide à regret ce splendide morceau de viande.

Le même soir, mon Yamba me réveille vers 22 heures pour m'annoncer que Kassamboula rentre de la chasse et veut m'offir un nouveau morceau de viande....

De la bête ouverte sur le bord de la route, je choisis le foie. A la lueur de fumeuses lampes à pétrole, les machettes me découpent le morceau... Boucherie pour le moins pittoresque!

23.09.2008

Vendredi 23 septembre '55

Il pleut. Je ne bouge pas de ma case... j'écris.....

Mutumwa gite3

 

17.09.2008

Samedi 17 septembre '55

Michiels vient me cueillir pour passer le W.E. à Kampene. Ce soir, nous allons au Club, il y a une séance de ciné: "La Minute de Vérité", un film français. Pas mal, sans plus. Michiels avait espéré jouer un peu de son accordéon après la séance mais hélas, la dernière image du film à peine terminée, tous les habitants du poste bondissent furieusement... A croire qu'ils ont peur de se voir... Nous restons à quatre avec deux jeunes techniciens de Cobelmine qui se plaignent du peu de camaraderie qui règne au poste. "Pourtant" disent-ils "après des semaines comme nous en avons près de ces infernales machines-trieuses, on aimerait bien parler un peu. Les directeurs sont en dessous de tout". En moi-même, je pense: "Vive ma case et le Paysannat"!

Maison Michiels

Le dimanche fut interminable car Michiels, toujours plongé dans ses cartes, était dans les nuages... je dois bien avouer que je me suis ennuyé à mourir....

Le lundi, ayant travaillé très tard la veille, il est de nouveau malade comme un chien. Grelottant de fièvre, il m’a reconduit à toute vitesse à Mutumwa.

14.09.2008

Mercredi 14 septembre '55

Mutumwa paysanat

Retour à Mutumwa. Michiels me laisse pour aller à Kampene travailler à ses cartes. Lorsque je rentre de forêt, là, devant ma case, la belle Studebaker "Commander" de De Meirsman... il vient voir comment cela marche. Le soir, nous allons retrouver Michiels à Kampene: descente au Club et sympathique soirée dans le home de Michiels qui nous distrait avec son accordéon... Dans la nuit, retour au gîte. Franchement, j'ai aimé ces quelques jours de déplacement Ainsi, ce premier temps de broussard a été un peu agrémenté.

A suivre... le 17 septembre

11.09.2008

Dimanche 11 septembre '55

Mutumwa gite2

Aujourd'hui, pendant que je profite d'une délicieuse sieste, arrive ici devant la case tout un groupe d'indigènes endimanchés comme il se doit.... Le sultan de Kigombe m'explique d'une traite de quoi il s'agit. Je ne comprends évidemment rien du tout et mon Yamba (mon boy) essaye de me faire comprendre pourquoi ils ont amené un homme solidement ligoté. Je ne parviens pas à reconstituer les faits qui l’ont conduit ici: un camion.... de la viande.... mais pas de viande.... une lettre pour le bwana... mais pas de lettre... Cet homme n'ayant ni livret d'identité ni feuille de route, ce sont pour moi des raisons suffisantes et raisonnables pour l'envoyer chez le chef de poste. Tout le monde est bien content et moi aussi de voir partir ce pauvre type vers Kayuyu....

Tandis que je reprends ma sieste et mes esprits, un bruit de moteur… Qu'est-ce encore? C’est Michiels qui rentre pour m'annoncer qu'on nous attend à Kindu, chez De Meirsman, qui fête la naissance de son quatrième....

 

1/4 d’heure plus tard, nous nous élançons vers Kindu... 140 km. Voyage semé de crevaisons... qui s'échelonnent régulièrement tous les cinquante kilomètres... La dernière dans l'obscurité totale à 21h30, à 3 km. de Kindu. C'est la quatrième fois! En 7 minutes et demi nous changeons de chambre à air.... et le pneu se dégonflant une fois encore sur le bac, c'est avec 3 heures de retard et un pneu plat que nous arrivons finalement chez nos hôtes.

J’avais toujours connu mon directeur assez sec et autoritaire. Je le vois maintenant avec un faux-nez en carton, un bonnet de papier, me disant de me dépêcher de manger pour que l'on s'amuse... et l'on s'amusa, quoique pour ma part, je ne savais pas trop quelle limite respecter...

Nous  sommes restés à Kindu pendant deux jours, faisant nos achats, mangeant un peu à l'hôtel et dans les ménages De Meirsman et Rochez, dormant dans les bureaux où j'avais quelque temps auparavant fait mon entrée au Paysannat.

A suivre... le 14 septembre.

10.09.2008

Samedi 10 septembre '55

Michiels complètement malade, fièvreux, me quitte pour aller se faire soigner à Kampene. Je reste seul au gîte, la première fois que je suis seul en brousse....

09.09.2008

Vendredi 9 septembre '55

Michiels ne se lève pas, il est malade, il a une mine cadavérique. Quelques fortes têtes croyant profiter de l'occasion, refusent de travailler. Le jeune bwana ne dira rien... Ils se trompèrent car, au lieu d'ouvrir tout bonnement un alignement normal d'un mètre, ils ont ouvert 2 mètres et l’ont nettoyé comme un billard...

Piste 

 

 

Piste2

 

A demain...

08.09.2008

Jeudi 8 septembre '55

Mop zigouille une chèvre... ou pour mieux dire, un mouton. C'est du raffinement... Je paye la bête qui n'est qu'étranglée et la vends aux travailleurs. Ce sont des "arabisés" qui, ayant revêtu leur plus beau nguo, vont manger cette viande de mouton,  conformément aux rites ancestraux...

07.09.2008

Mercredi 7 septembre '55

Contre-coup de ses excès, Michiels attrape ce soir une fièvre terrible. Il grelotte sous deux couvertures. Je lui ai passé la mienne. Il pleut à torrents, il y a de l'eau dans le pétrole de mon réchaud et je suis contraint de rallumer un feu dans la cuisine pour faire chauffer une tasse de lait à Michiels.

Mutumwa pluieEn soufflant sur ce bois qui fume, je pense aux nombreuses fois où, ainsi à genoux, j'ai soufflé sur mon feu. Combien de feux n'ai-je pas allumés donnant ainsi clarté, chaleur et réconfort au cours de ces camps scouts desquels à présent je garde un souvenir si précieux car nés de l'effort pour vaincre le néant.

06.09.2008

Mardi 6 septembre '55

Piste3Sous un soleil terrible, nous relevons à la boussole la position du lotissement de Kigombe. Je suis très peu en forme, et le soir le brave Michiels se lance à nouveau dans ses cartes... c'est une vraie passion ! Il travaillera jusqu'à 4 heures du matin et s'endormira finalement dans un fauteuil.

31.08.2008

Mercredi 31 août '55

Mutumwa gite

.... je découvre donc mon gîte au village de Mutumwa. Rochez prétend que j'y serai très bien... Je dis "oui...oui...". Paternostre, lui, ne dit rien... Rochez donne des ordres pour qu'on aménage un peu la cuisine, un WC, une douche... Pour que l'on perce des fenêtres et qu'on enlève une paroi. Comme ça, disait-il, vous aurez deux belles pièces... Néanmoins, il m'étonna quand il partit le lendemain en me souhaitant "bon courage ". C'était tout dire !

Le même jour, je fais la connaissance d'un personnage de plus: Monsieur Michiels. Encore un "francophone", on reprenait des points... un type assez sec, très vif et extrêmement gentil. C'est lui le premier à me dire de ne pas m'en faire, que cela allait marcher comme sur des roulettes. Il était célibataire et presque au bout de son terme. Je comprends vite qu'il se passionne pour les cartes de la région qu’il dessine d'ailleurs avec un art et une aisance que je lui envie et qui épate Paternostre, et pour cause...

A suivre... le 5 septembre

30.08.2008

Mardi 30 août '55

Départ pour Lumuna. Content quand même de quitter Lusumba et les Van Hoof mais qu'est ce qui m'attend ?

Après une matinée de route et un court arrêt à Kigombe Mbali au gîte des Destrooper (zut encore des flamands, pas de chance...), nous arrivons au poste de Lumuna. A l'entrée du poste je lis une pancarte “Cimetière européen” et mon coeur se réjouit. Pas de cette pancarte macabre mais, je me dis que si l'on a fait un cimetière pour européens, c'est qu'il y en avaient assez de vivants pour que l'on se donne la peine d’en faire un spécial... Hélas, je sus plus tard que je me trompais lourdement.

Une allée de palmiers m'amène au poste de Lumuna. M'y voici donc et c'est joli... Madame Paternostre, que je trouve au logis, me fait une première impression assez sèche. Longue femme aux cheveux repris et tirés derrière la tête en une espèce de chignon. Tout changea à son avantage quand elle parla et m'invita à entrer en attendant les hommes partis en chantier... Enfin, je tombais chez des gens qui parlaient, comme moi, parfaitement la langue française!

 

Monsieur Paternostre - un petit homme bedonnant- prenant le paysannat un peu comme un sport, suait sang et eau sur ses cartes.

Les Paternostre étaient de famille noble, de Hauleville. Ce n'est que lorsqu'ils me  dirent incidemment qu'ils connaissaient Philippe de Lannoy, que je les crus. Monsieur était ici par goût personnel pour le Congo et s'occupait du paysannat en dilettante... Quant à sa femme, elle paraissait détester le pays. Elle parlait d'ailleurs très peu et très mal le swahili et quand elle le faisait, c’était-ce en criant sur ses boys pour l'une ou l'autre chose. Le troisième membre de la famille, le petit Luc, 2 ans, passait ses journées à pleurer dans un parc de fabrication indigène. Chaque fois que son père passait à côté de son bruyant rejeton, il avait un mouvement d'impatience en disant "Oh Luc, tu es insupportable". Mais Luc ne semblait guère comprendre cette réprimande et le gîte continuait de retentir de ses vains appels pour un geste qui l'eut tiré de sa fâcheuse position. Je ne devais d'ailleurs pas tarder à comprendre la source de ses petits ennuis lorsque, plus d'une fois, alors que je me disposais à l'extraire de sa cage, ma bonne intention fondait quand une petite odeur caractéristique me montait au nez en s'échappant des langes du bambin...

La "table" des Paternostre était remarquable: les repas constitués de plats plus fins les uns que les autres. Il est vrai que Madame mobilisait pour sa cuisine trois boys et deux porteurs d'eau... Si l'on mangeait bien, je n'ai pas dit que l'on mangeait à l'heure.... le dîner à 14 h..... le souper à 21h30.... Personne n'avait l'air de s'inquièter sauf monsieur qui, perdant de temps en temps patience, demandait si l'on réveillonnait ? Luc, qui n'avait pas le raffinement de son père, manifestait bien plus bruyamment son appétit que la maman essayait de calmer par des petits-beurre.... Cette athmosphère me plaisait bien, malgré tout. Bien que pour le moins "particulière", c'était un peu de mon ambiance familiale que je retrouvais là.

 

Puis, monsieur Rochez trancha la question de mon déplacement au chantier. Le gîte de Mutumwa étant distant de 15 km du poste, Paternostre s'y rendait en Chevrolet. Pour moi, la seule solution, c’est que je loge "sur place". Sur le coup cela m'a tellement "sonné" que je n'ai pas réagi... puis avec la superbe Dodge de Rochez nous nous sommes engagés sur cette petite piste indigène extrêmement mauvaise pour nous enfoncer de 15 km à "l'intérieur" comme on dit pour dire en brousse...