28/06/2010

Le sort en est jeté

Le 21 juillet, tous les agents reçoivent l’ordre de quitter le pays.

C’est dans la panique et la précipitation que les para-commandos ont évacué les quelques ressortissants belges groupés dans la ville de Kindu en rébellion et en proie au pillage; on n’a pas eu le temps d’attendre les retardataires venant de brousse.

Devant renoncer à leur idée de caravane, Mr Preat et Michel se sont vus dans l’obligation d’entreprendre à deux voitures le long voyage pour arriver au Ruanda. Ils ont circulé de nuit afin de ne pas se faire repérer, se sont fournis en essence dans des stations abandonnées ou chez l’habitant colon encore en place, et c’est finalement après avoir roulé durant 36 hrs qu’ils sont arrivés à Usumbura. Dans la ville il y avait tellement de gens à rapatrier… qu’il leur a fallu des jours et des jours d’attente pour enfin monter dans un avion qui via Kamina et Léopoldville les a ramenés en Belgique.

 

22/06/2010

L'indépendance

Michel, resté au Congo, m'envoyait régulièrement du courrier nous racontant sa vie quotidienne devenant de plus en plus incertaine. Extraits.

2 juillet

De territoire en territoire, de poste en poste, de fonction en fonction, le pouvoir serait passé au personnel indigène, non sans mal, car certains n’étaient pas désireux du tout de prendre une responsabilité venant du blanc.

Les agents ne devaient plus prendre ni initiative, ni décision et ne pouvaient plus sévir. Il s’agissait seulement d’être conseiller et observateur… C’était bien difficile dans ces conditions.

6 juillet

Finalement les festivités de l’indépendance se sont déroulées partout dans le plus grand calme, la joie, aucun incident. Il y a eu à peu près partout des courses de vélo, des compétitions athlétiques et, à Kindu, une course de pirogues. L’armée était sur pied, mais elle n’a pas dû intervenir. Les noirs, qui avaient une peur bleue de ce jour sont maintenant tranquillisés et la vie reprend son cours tout-à-fait normalement.

Les travaux des champs ont repris, les marchés de coton se déroulent parfaitement. On ne crie plus «  indépendance » lorsqu’on passe sur les routes et le drapeau étoilé a remplacé le drapeau belge dans tous les postes.

Les types sont évidemment déçus qu’il n’y ait pas plus d’argent le 30 juin, mais ils ont été fort contents que les morts ne soient pas ressuscités, comme l’avaient prédit certains petits leaders politiques locaux….

Le peloton de soldats que nous avions à Kayuyu se retire aujourd’hui sur Kindu. Les avions de reconnaissance continuent à survoler quotidiennement chaque poste du Maniema. Nous devons disposer à terre, au centre du village deux bandes de tissu blanc, en parallèle si tout va bien, croisés si nous avons un problème, en ce cas, l’avion prévient aussitôt Kindu et une garde arrive deux heures plus tard pour voir ce qui se passe.

Mais toutes ces mesures ne sont pas nécessaires, tout est d’un calme plat, c’est comme si rien ne s’était jamais passé… Les forces armées et de police restent entièrement sous le contrôle des officiers européens.

Il n’empêche que l’évacuation accélérée des femmes et enfants suit son cours  dans les postes et sociétés  où il restait encore des ménages complets. Pour ma part , je ne saurais trop me féliciter d’avoir pris à temps l’initiative de renvoyer Betsy et les enfants en Belgique….

Le gouvernement est à l’étude du nouveau statut pour les agents de l’Administration, je crois que nous en avons encore pour quelques années.

10 juillet

La défection de l’armée a été pour nous tous un sale coup. C’était notre unique défense. Vous pouvez vous imaginer quelle tension règne chez tous les européens !

Radio- Léo est muet depuis 3 jours, les journaux parlés en français et flamand ont été purement et simplement supprimés. Nous sommes sans discontinuer à l’écoute de Radio

- Bruxelles, qui émet de 6h du matin à 02h de la nuit, avec un journal parlé toutes les heures, ainsi nous savons suivre l’évolution de la situation.

D’autre part, tous les postes émetteurs locaux sur ondes courtes que ce soit à partir des mines, des postes territoriaux , des colons ou de la force publique, transmettent des demandes de renseignement, des messages personnels rassurant les familles ou encore des appels à l’aide..

Je suppose qu’en Belgique aussi on est au courant de l’actualité d’ici. En général on évacue de toute part, vers l’Angola, vers Brazzaville, vers l’Ouganda, le Kenya, et l’Afrique du Sud.

Il y a certainement un pourcentage de panique, mais depuis le départ de l’insurrection il y a quand même déjà 6 ou 7 morts européens.

Le chef de poste et moi partirons demain à Kindu pour expédier nos malles d’effets personnels, nous serons armés et escortés de policiers pour ce déplacement.

Nous nous partageons entre les deux maisons pour les repas et le logement, ainsi nous ne sommes jamais seuls, c’est bien mieux pour le moral, et les boys nous soignent bien.

Au cas où les choses s’aggraveraient nous comptons filer en voiture par Bukavu- et Usumbura, de là à Dar El Salam, pour embarquement en bateau avec les voitures, mais je crois que nous ne devrons pas en arriver là …

16 juillet

Ce soir sont passés deux officiers belges « éjectés » de l’armée congolaise du camp de Lokandu… Cela ne tardera plus guère que nous soyons obligés de partir.

Nous organisons dès maintenant un départ en caravane d’une dizaine de voitures, cherchons un médecin pour nous accompagner, à défaut nous avons déjà un agent sanitaire…

Tout est désorganisé maintenant, le courrier, les ordres venant des supérieurs,… c’est la débandade.

20 juillet

La confiance qui régnait entre blancs et noirs semble définitivement se détériorer, ceci dû surtout à la propagande anti-blancs et anti-belges surtout, émise par Radio-Congo. Chaque intervention des para-commandos est commentée comme une « agression » contre des congolais qui défendent leur liberté.

17/06/2010

Changement de cap

Après avoir fait le plein de soleil, de détente, d’amitié et de bonne humeur (et quelques achats), nous voici de retour à Bukavu, où , nous le savons, nous allons nous séparer pour « un moment ».

Chez Mme Schoemaeker, l’accueil n’est plus le même. En fait, elle est très inquiète de la tournure que prennent les choses, même à l’hôpital où elle travaille. Elle a donc l’intention de partir en Ouganda pour la période des festivités de l’indépendance du 30 juin.

Nous n’hésitons pas une seconde et demandons au territoire de Bukavu le rapatriement de notre petite famille pour la Belgique. Par contre, chez nos cousins, on ne se rend pas compte de l’atmosphère explosive du pays et rien n’est prévu...

Au Maniema - où durant notre absence les choses ne se sont pas améliorées - il est recommandé aux épouses et enfants des agents de rentrer en Belgique. Nous avons bien fait de réserver mes places ! A Kindu, sur une population de 900 personnes, il reste 13 femmes… même les compagnies privées ont rapatrié les familles.

L’Etat d’exception a été décrété, les militaires patrouillent partout. Durant le mois de juin, 70 avions spéciaux seront affrétés pour rapatrier les épouses des agents vers la Belgique. Les dames de Kayuyu et de Pangi se retrouveront à Kindu pour faire le voyage vers Usumbura.

Il me reste deux semaines pour grouper nos quelques possessions, pour emballer le plus précieux en laissant à Michel un équipement de « broussard » comme il avait connu au début de son séjour au Congo. Ce n’est pas vraiment dans le but d’expédier nos malles en Europe, mais plutôt dans l’intention de stocker nos affaires à l’abri, de préserver les plus fragiles de la casse, du manque de soin. Je vais revenir…..

Et c’est donc le 23 juin que j’ai embarqué avec les 2 enfants, en compagnie d’autres dames des territoires environnants. Sur le tarmac à Kindu c’était le rassemblement des agents accompagnant leurs épouses et l’humeur n’était vraiment pas à la joie. Quand allions nous nous revoir ????

 

18/05/2010

Akagera

Avec nos amis, nous avions un souhait commun: entreprendre un voyage au Rwanda et visiter un autre parc naturel. Ensemble nous avons sérieusement étudié les cartes et projeté un itinéraire. On allait se mettre en route avec deux voitures et…. 7 enfants. Cela demandait de l’organisation ! 

C’est par le Nord du Lac Kivu que nous avons commencé notre périple qui par la force des choses allait nous mener vers l’Ouganda pour rapidement franchir à nouveau la frontière en direction du Ruanda.

Rapidemment, la frontière… Stop… Il était midi. Le planton - qui ne comprend pas un mot de swahili ni de français - nous fait entendre que la frontière est fermée (une bête barrière manuelle), que son chef fait la sieste. Aucun endroit pour se mettre à l’ombre... il a fallu palabrer avec insistance pour qu’enfin il admette de réveiller son supérieur pour qu’il nous libère le passage.

Surprise aussi… ici on roule à gauche.

Nous découvrons donc le Ruanda. Paysages oh combien différent du Congo : de vertes collines à l’infini, des plantations en terrasses, des huttes rondes ci et là le-long des routes ou dans les champs. De beaux eucalyptus bordent certaines routes, leur feuillage touffu nous permetant de circuler à l’ombre.

Bien qu’ayant consciencieusement préparé l’itinéraire, nous sommes obligés quelques fois de demander notre route, dans un charabia peu compréhensible de part et d’autre. Dans ce pays-ci nos dialectes swahilis sont inconnus.

En fin d’après midi, nous nous arrêtons dans un poste où les blancs pourrons nous aider. Nous sommes reçus très aimablement par une dame chez qui nous nous reposons un moment. Nous constatons avec surprise qu’il y a du feu dans la cheminée. Eh oui, ici la nuit il fait froid !

Cette personne nous explique quelle route emprunter pour arriver enfin dans la parc de l’Akagera et confiants, nous repartons. Après quelques kilomètres, nous constatons avec perplexité que le panneau routier qui devait nous indiquer la voie à suivre gît sur le bas-côté... que faire? A gauche ou à droite? On grimpe ou on descend ? Quelqu’un dit, le parc est dans une cuvette… donc on descend.

Suite aux différents arrêts, il faisait déjà nuit noire… la tension devenait palpable. Les enfants avaient soif, avaient faim, se disputaient et les parents étaient prêts à se crêper le chignon. De temps en temps une main passait derrière le siège du conducteur pour calmer les esprits…

Une piste en lacets nous a menés le long d’un lac aux rives boueuses et peu stables, personne d’entre nous n’osait plus rien dire de peur de déclencher la panique. Où étions nous ???

Aucun village, aucune plantation…. Et oh miracle, un cycliste, dans le noir, avec une lampe torche. Ce pauvre type a eu la frousse en nous voyant nous arrêter, s’il y avait eu un échappatoire, il est certain qu’il serait foutu le camp. De mauvaise grâce, il a fini par nous expliquer qu’un peu plus loin dans la colline il y avait une mission… mais gare aux hippos qui la nuit se trouvent sur la piste.

C’est donc avec soulagement que nous arrivons sur le parking de cette mission qui était en fait bien plus importante qu’une mission puisqu’il y avait un collège ou peut être bien un séminaire. Nous entendons une suave musique religieuse et attendons respectueusement la fin de l’office, dans l’espoir de nous faire héberger. C’est finalement un boy passant par là qui nous découvre et nous introduit… En fait d’office, un religieux écoutait un disque…

Un accueil incroyable, « mais qu’est ce que VOUS faites par ici ??? » !!! En fait oui, on était au milieu de nulle part… Il y avait trois-quatre religieux, tous curieux d’entendre nos aventures, tous empressés, qui pour organiser un repas, qui pour nous trouver un logement. Ce n’était pas trop difficile d’ailleurs, cette mission avait de grands dortoirs, les pensionnaires étaient en congé dans leurs familles, nous avons donc trouvé chacun un bon lit.

Après une bonne nuit, une messe, un copieux petit déjeuner, on se remet à étudier les cartes. Un missionnaire qui connaît parfaitement la région nous donne de bons tuyaux, entre autres ; « là où vous ne voyez plus de piste, C’EST la piste ».

Et effectivement, c’est avec un peu d’appréhension que nous nous élançons sur un tracé d’herbes hautes et abondantes qui raclaient le bas de la voiture et finissons par arriver au guest-house du parc Akagera où l’on se demandait ce qu’on était devenus puisque des chambres avaient été réservées pour la veille.

Soulagés quand même d’être parvenus à bon port, nous nous installons déjà inquiets de devoir refaire cette route pour le retour. Sans trop de conviction le lendemain nous avons fait un tour du parc, un peu décevant comparativement au parc Albert, et repris rapidement le chemin du retour. Par la suite, cette mésaventure a encore longtemps fait le sujet de nos plaisanteries.

11/05/2010

Goma

En longeant le lac Kivu, Michel me confiait son projet de s’installer un jour dans cette région lorsque l’âge de la retraite serait venu et d’y créer une exploitation. C’était son rêve.. mais on n’y était pas encore…

Et puisqu’on était au bord du lac, nous nous sommes arrêtés pour escalader la pente d’une ancienne coulée de lave pétrifiée: la plaine de Saké. Nous avons foulé un sol désertique, noir, glissant, dur et fissuré... un lieu lunaire. Ci et là, une végétation qui n’avait rien à voir avec celle rencontrée jusqu’alors : fougères, cactées… Peut-être que c’était ainsi le début du début du monde ? En tout cas, on ne s’y est pas attardés.

Nous avons repris définitivement notre route vers Goma où nous attendaient nos amis les Charlier. Quel plaisir de se revoir, de se raconter plein de choses et de s'échanger des nouvelles après un an et demi de séparation.

Les Charlier  - avec leur belle famille de 5 enfants - étaient logés dans une grande maison, (à étage… rareté) et disposaient de nombreuses et spacieuses chambres. C’est donc sans hésitation que nous avions accepté leur invitation.

Leurs enfants, plus âgés, étaient tout excités de jouer avec Monique qui a partagé une de leurs chambres. Elle répétait les mots et les gestes, on lui apprenait plein de facéties ce qui a bien sûr provoqué des chahuts et des rires. On n’existait plus pour elle, elle s’amusait comme une petite folle, était gâtée-pourrie, apprenait plein de choses nouvelles, découvrait de nouveaux jeux. Je reconnais volontiers que cette situation m’a un peu déchargé de la surveillance d’une enfant turbulente et pouvais me consacrer un peu plus à son frère Marc.

 

Safari

Les élections ayant eu lieu, nous sommes partis en voyage. Michel avait difficilement obtenu de pouvoir quitter le poste, mais puisqu’il était prévu de me laisser avec les enfants à Bukavu jusqu’après le 30 juin, nous en avons l’autorisation. C’était nécessaire d’ailleurs, nous étions à bout de nerfs et depuis quelques mois à plusieurs reprises Michel avait fait de fortes crises de malaria qui l’avaient fatigué. L’incertitude de ne pas savoir ce qu’on allait devenir le minait.

Nous étions attendus en premier lieu chez Georgette et Eugène pour assister à la fête de communion solennelle de leurs deux filles aînées. Ensuite nous continuerions sur Goma.

Les Charlier qui avaient essayé de nous retrouver durant les vacances de Pâques et qui, s’étant trompés de route avaient rebroussé chemin, comptaient bien qu’on passe quelques jours avec eux.

Le voyage fut excellent. Afin d’éviter tout risque de mauvaise rencontre, nous avons roulé de nuit, par une route ô combien plus facile que celle de Walikalé que nous avions empruntée lors de notre premier séjour à Bukavu en 1957. Cette fois nous allions avoir des vraies vacances sans souci de voiture puisque la Peugeot était quasi neuve et bien entretenue.

A Bukavu ,ville au bord du lac Kivu, nous avons bifurqué pour faire un safari au Parc National Albert, lieu unique entre tous qu’il fallait avoir vu au moins une fois dans sa vie !!!

Réserve1
Le parc national Albert d’une renommée mondiale (actuellement parc de la Virunga) est situé dans une énorme cuvette couronnée de montagnes volcaniques et renferme un nombre important d’oiseaux et d’animaux sauvages.

En compagnie d’un guide que nous devions obligatoirement embarquer dans notre voiture, nous avons fait un premier circuit au soleil couchant. C’était l’heure où les oiseaux commençaient à se blottir dans les arbres pour la nuit, l’heure où les animaux s’approchaient de la mare pour s’abreuver…

bufflesNous nous sommes aventurés dans cette immense savane, bordée au loin par des montagnes bleutées, le regard « tremblé » par un ondulation de chaleur. Herbes jaunies par la sécheresse, ci et là un arbre à feuillage plus latéral que vertical, quelques buissons rabougris…

Par une piste de terre battue, nous avons sillonné la savane à la recherche de gibier à observer. Le guide attirait notre attention et nous donnait le nom correct des antilopes et gazelles, nous dirigeant vers les points les plus propices .

Un couple de hyènes trottinait paisiblement devant la voiture, nullement impressionné et nous avons patienté avec lenteur pour continuer. Dans le lointain passaient les gnous, petits et trapus à barbiche noire. Ils détalaient aussitôt qu’on essayait de s’approcher.

elephant2Tout près, dans un buisson de broussailles épineuses, nous avons brusquement été surpris par un éléphant battant des oreilles, nous ne l’avions pas vu. Nous sommes restés immobiles durant un moment, il a fini par partir.

girafe2Des buffles à lourdes cornes, couverts de boue, des oiseaux perchés sur le dos, soufflaient lors de notre passage et on se demandait s’ils allaient prendre la fuite, ou nous. Partout il y avait des zèbres, des antilopes en quantité. Les gracieuses girafes s’étiraient pour arracher quelques feuilles à un arbre rachitique. Une famille de phacochères, a traversé la piste… A distance respectueuse nous avons admiré la puissance du rhinocéros, la peau plissée comme une cuirasse, surtout éviter qu’il ne charge…

soleil2Un soleil énorme dans sa descente à l’horizon nous donnait une peau cuivrée, dans des lueurs de forge incandescente et c’est avec l’impression d’avoir assisté à la la création du monde  que nous sommes rentrés au guest- house du parc pour y passer la nuit.

Le lendemain, nous avons repris le guide pour faire la visite au lever du jour cette fois, dans l’espoir de surprendre les animaux à la mare…. Nous sommes même descendus de voiture pour observer les ébats des hippopotames, baillant la gueule grande ouverte, se répondant de « hum-hum-hum », nullement dérangés pas notre présence.

Pour terminer notre périple, nous nous sommes rendus sur les bords du lac Edouard, lieu de rencontre de milliers d’oiseaux. Les uns fouillaient la vase de leur long bec, d’autres pêchaient, certains atterrissaient comme de lourds avions, en ricochant sur la surface de l’eau.

Les marabouts déambulaient fièrement en « rentrant les épaules »… c’est grand un marabout !

Des nuées de flamants prenaient leur envol en une lueur rouge et rose dans les rayons du soleil. Merveilleux !!

Les pélicans, avec leur bec en cuvette, scrutaient la surface du lac. Les charognards, le cou dégarni, perchés sur les branches sèches des arbres, attendaient une hypothétique proie, et nous suivaient d’un œil peu amène.

Tenant compte de la fatigue de nos enfants, de la chaleur et de la soif, de la longue route encore à faire, nous avons quitté cet endroit paradisiaque pour continuer notre voyage vers Goma.

 

06/05/2010

Mai 1960

Les élections auront lieu entre le 11 et le 25 du mois. Le parti de Patrice Lumumba, le MNC est prédominant dans la région…. On écrit : « A Kindu, un type d’un parti adverse a été tellement mal mené pendant une discussion qu’il est mort des suites des coups. Comme il est originaire de la région, les esprits sont assez échauffés, on menace d’une descente en force sur la ville ».

Pour faire face aux cas extrêmes, les agents isolés en brousse ont été armés de mitraillettes et d’une bonne réserve de munitions.  On conseille d’évacuer les femmes et enfants vers la ville ou carrément vers la Belgique. Tout cela paraît excessif, mais il suffit de si peu parfois pour déclencher un mouvement qu’il n’y a plus moyen de contrôler…

Ces précautions prises il n’y a plus qu’à attendre les évènements. Chez nous les élections se sont passées dans un certain calme, nous avions reçu l’ordre de ne pas sortir mais dans la région de Stanleyille et d’Elizabethville, il y a eu du grabuge. Le MNC dans beaucoup d’endroits a fait main basse sur les bureaux électoraux et seuls les partisans du parti ont voté, les opposants ont craint pour leur sécurité et ne se sont pas manifestés.

Il y a une totale incompréhension entre les fonctionnaires d'Afrique et la Belgique. Tous ici sont d’avis que cette indépendance n’est pas suffisamment préparée, que la relève n’est pas assurée… Les déclarations de la Belgique sont contradictoires, certains de nos dirigeants contestataires sont simplement révoqués. Que dire alors des colons et leurs familles qui sont établis au Congo depuis de longues années…

Nous sentons bien que tout ce qui reste d’ordre « belge »  se disloque, s’effrite et  pour comble, c’est dans une panique générale que la population de brousse attend le grand jour de l’indépendance, le 30 juin.

 

16/04/2010

Agitation - 2

Finalement pour ramener le calme dans la région, la troupe a été envoyée.. elle restera un certain temps… Les soldats congolais - encadrés par des chefs belges - campent à Kayuyu.

Leur adjudant, très énergique, refuse tout invitation et préfère bivouaquer avec ses hommes en partageant la popote commune.

Pour améliorer l’ordinaire, il organise une chasse à l’éléphant ! Ce n’était pas une mince affaire, les éléphants de forêt plus petits que ceux de la savane ne s’approchaient pas des villages. Aussi fallait-il les pister… Des chasseurs sont envoyés en forêt, ils restent absents plusieurs jours, finissent par abattre une belle bête, et reviennent au poste pour prévenir leur chef. Nombreux sont ceux qui vont participer au transport de la viande. Michel est de la partie : il veut faire des photos et espère emporter une patte comme trophée.

Papa-chasse2Les chasseurs ont mis « un certain temps » pour revenir au village et encore « un certain temps » pour retourner sur les lieux : la bête a macéré au soleil ! On a percé l’abdomen à la hache, une fontaine pestilentielle a jailli, faisant fuir tout le monde. Michel m’a raconté que les chasseurs pénétraient jusqu’à la taille dans les entrailles pour le dépeçage.

Les gros quartiers ont été embrochés sur de solides branches et transportés sur les épaules des hommes jusqu’au camp militaire où la viande a été boucanée. L’odeur était tellement forte que nous avons dû fermer portes et fenêtres….

Mais si les militaires étaient à Kayuyu, c’était bien sûr pour éviter les débordements. Tous les agents de l’état étaient nommés auxiliaires de police et devaient se tenir à la disposition du chef de poste. Michel n’était pas enthousiaste mais il n’avait pas le choix.

L’administrateur est venu loger chez nous quelques jours. Un matin au lever du soleil, accompagné du chef de poste et de l’armée, il a organisé une descente au village afin de débusquer les agitateurs qui se cachaient chez l’habitant.

Les villageois, surpris dans leur sommeil, ne comprenant rien à ce qui leur arrivait et pris de panique prenaient la fuite en forêt. Cette opération de police n’a servi à rien si ce n’est à exacerber encore plus l’animosité contre les blancs.

Et lorsque les « politiques » ont organisé leur meeting à la plaine de football, on ne pouvait pas l’interdire. Mais l’adjudant,  encore lui, a eu une bonne idée: sur un terrain adjacent, il a organisé un défilé militaire cadencé au son des tambours. La population s’est aussitôt détournée pour admirer le spectacle, à notre plus grand soulagement.

Par contre, nous n’avons pas manqué d’assister à la fête traditionnelle organisée en l’honneur du chef coutumier, entourés de tout le village. Nous étions, Mme ¨Preat et moi accompagnées chacune de notre petite fille, blonde comme les blés, ce qui suscitait la curiosité des mamans africaines, désireuses de caresser ces chevelures dorées. Il y a eu du tam-tam et du rythme…des danses et de la poussière, et lorsque l’ambiance est arrivée à son paroxysme, nous nous sommes éclipsés…

Parade4

Parade2

 

 

31/03/2010

Agitation

Toutes ces festivités ne pouvaient pas cacher la réalité : l’atmosphère se dégradait. La vie en brousse nous avait tenus à l’écart des soubresauts politiques ou peut-être ne voulions-nous pas admettre l’évidence.

Afin de préparer le pays à sa future autonomie, il était prévu d’organiser des élections. Différents partis politiques étaient créés, les candidats sillonnant les routes intérieures, organisant des meetings où ils « cassaient du blanc » et promettaient les choses les plus insensées. Les congolais s’imaginaient qu’il ne faudrait plus travailler, qu’on circulerait librement, qu’on ne paierait plus d’impôts, que les blancs partiraient en laissant leurs maisons, leurs voitures et leurs femmes et qu’il n’y aurait plus qu’à se servir…

Par contre, chacun était invité à acheter la carte du parti, et comme les candidats se suivaient, les électeurs finissaient par avoir plusieurs cartes pour être sûrs d’être protégés car il était prévu que les morts allaient sortir de leur tombe le jour de l’indépendance. Gare à celui qui n’avait pas pris ses précautions… nous avons même vu une « mama » acheter une carte pour son enfant à naître.

Dans la foulée, il y avait aussi des profiteurs qui exploitaient la crédulité des indigènes en leur vendant par correspondance des choses incroyables comme chapeaux, cravates, chaussures, pour devenir « comme le blanc », lunettes « pour voir derrière », bics « pour écrire en français » ou stylos « pour écrire sans faute » !

Un prédicateur circulait dans la région en assurant que si on déposait un billet de 100francs le soir sous une pierre près de la rivière, on y trouverait le double le lendemain, à condition de ne pas circuler la nuit sous peine de se faire attraper par le diable… et bien sûr, le jour suivant l’argent et le charlatan avaient disparu.

Mr Chêne et Michel ont essayé d’intercepter ce type circulant de village en village mais à chaque fois, ils arrivaient trop tard. Ils ont bien essayé de faire comprendre aux villageois qu’ils avaient à faire à un escroc mais voilà… les recommandations venaient des blancs, qu’on ne voulait plus écouter.

De plus, on accusait les blancs d’enterrer des bombes le long de la route pour les faire exploser le jour de l’indépendance. En fait, un géologue étant passé pour faire des relevés de sol, Michel a emmené les villageois aux lieux décrits pour creuser et bien leur montrer qu’il n’y avait rien à trouver…

De toute façon les esprits s’échauffaient, il y avait de la méfiance de part et d’autre, car de notre côté, nous entendions aussi des nouvelles alarmantes venant d’autres territoires : exactions contre des blancs isolés, de pillages, de révoltes….

Notre quotidien devient difficile. Nos serviteurs nous boudent, ils sont insolents, le cuisinier revient ivre à plusieurs reprises, le lavadère me reluque, je ne suis plus tranquille.

Les cultivateurs de Michel se mettent en grève, viennent le provoquer sur le pas de la porte. Il lui faut énormément de patience et d’humour pour parvenir à les amadouer. Michel a de la répartie, dans leur langue, cela leur plaît….

Pour ma part, je deviens très nerveuse, suspicieuse, je bondis quand j’entends les cris de Monique au jardin, et m’efforce de la garder près de moi.

L’Hostilité se manifestait aussi au bord de la route. On ne nous saluait plus que par des cris de « Uhuru » (indépendance) ou « dépendance »….

Les cantonniers qui devaient entretenir la route, dégager les caniveaux après les fortes pluies ne faisaient plus rien. Il ne passait plus que les gros camions qui ravageaient la piste par temps de pluie et la rendaient impraticable. Quelques petits malins s’amusaient même à faire tomber un arbre sur leur passage. 

Lors d’un déplacement, Michel est justement bloqué par un arbre abbatu. N’écoutant que son courage, il entre dans le village voisin pour demander quelques volontaires pour libérer le passage. Les cantonniers se font prier, certains filant dans la brousse sans demander leur reste.

Michel en attrape un et lui dit « Toi aussi, viens nous aider »…

-« Moi ? Non » , dit l’autre , « je ne suis pas cantonnier, je suis commerçant »

-« Ah bon, montre-moi ton commerce »

Le type entre dans une case et revient avec un savon et une boîte d’allumettes, en disant que c’est sa marchandise. Que faire ? Michel empoche le carnet d’identité du soi-disant commerçant, en lui disant « tu viendras t’expliquer avec le chef de poste ». On en reste là…

Les délégués politiques circulant toujours en passant par Kayuyu qui est situé au carrefour de la route Kindu-Kasongo ou Kindu-Kampene, cela maintient une certaine effervescence dans la région. Justement… voyant passer les politiques, le récalcitrant se plaint de ce que Michel a gardé son carnet et lorsqu’ils sont arrivés à Kayuyu en réquisitionnant le bureau du chef de poste (Preat n’osait pas réagir), ils ont envoyé un planton à la maison en disant « le MNC t’appelle au bureau »…..

Le sang de Michel ne fait qu’un tour et il réplique : «Si le MNC veut me voir il n’a que venir ici… » C’est ce qu’ils ont fait … suivis de tout le village ! Ils étaient trois ou quatre - bien sûr habillés de costume-cravate, lunettes et attaché-case – et sont entrés directement dans le living pour s’assoier dans les fauteuils. Le boy, gris de peur, est venu nous appeler… Michel s’est alors fait admonester par ces messieurs, sous les yeux ébahis des villageois collés aux portes et fenêtres. Pour ma part, j’étais planquée à l’office, avec les deux enfants, en priant pour que les choses ne dégénèrent pas. Il suffit de si peu ! Ils finissent par s’en aller, en menaçant de représailles.

29/03/2010

Festivités

Pour terminer cette année 1959, nous avons été invités à passer quelques jours à Pangi chez le Dr Beghin. Nous avons bien sûr accepté l’invitation, d’autant plus qu’on était enchantés de retrouver quelques-uns de nos amis du terme précédent et d’avoir des nouvelles des autres.

Pour fêter la fin de l’année, nous avons participé à une soirée déguisée et comme il se doit (le sachant déjà depuis quelques jours) je m’étais mise à la confection de costumes. Pour moi, j’avais fabriqué un kimono dans une ancienne tenture, des aiguilles à tricoter dans les cheveux feraient bien l’affaire. Pour Michel, c’était déjà plus compliqué… Pour faire « satan », il a porté un pantalon noir très collant avec une cape rouge et, sur la tête, un bonnet de bain passé à l’encre de chine surmonté d’une paire de cornes rouges, le visage enduit de suie !

Le plus comique de l’histoire, c’est qu’à la tombée du jour - ne connaissant pas suffisamment l’itinéraire pour arriver à cette soirée - Michel s’est arrêté dans un village pour demander son chemin ne pensant plus qu’il était déguisé de la sorte… le pauvre type qui s’est trouvé face à cet être bizarre, paniqué, a pris ses jambes à son cou et a plongé tête la première dans les broussailles… !

Durant ces trois jours, nous avons été reçus chez amis et voisins pour un dîner, un barbecue, une partie de cartes, une soirée dansante, une partie de tennis, un pique nique ou une baignade…. Ouf, c’était fatigant, mais combien épatant pour le moral. Nous n’avons pas eu beaucoup le temps de souffler mais quelle détente avant d’entamer une année 1960 qui serait difficile, on ne le savait pas encore !

 

Kayuyu - suite

Pendant que les hommes étaient au travail, je passais la journée chez madame Chêne où j’apprenais pas mal de choses quant à l’organisation et la surveillance de la lessive par exemple, de l’entretien, de la cuisine…. et nous passions de bien agréables soirées.

C’est encore à Mabikwa que nous avons passé la fête de Noël cette année-là, en même temps que les Preat et Dutilleux. Vraiment une belle fête de Noël organisée comme en Belgique.

Pour la première fois, Monique a fait connaissance de l’arbre de Noël et des cadeaux. Nos familles avaient envoyé des jouets et Michel, à l’aide de bois de caisse d’emballage, avait fabriqué pour elle un chariot qu’elle tirait avec peu de conviction dans le jardin, à la déception de son père.

En fait, Monique ne s’intéressait pas tellement à la ravissante poupée qu’elle avait reçue de grand-maman. Dès qu’elle l’a eue en mains, elle s’est empressé de plonger les doigts dans les yeux et nous l’avons définitivement rangée sur une étagère. Par contre, elle s’intéressait beaucoup aux petites voitures Dinkie Toys !

MonicDe toute façon ce qui l’attirait vraiment, c’était de faire comme papa, comme maman, comme le boy… elle était vive à attraper tout ce qui passait à sa hauteur. Lorsque je cousais, je la laissais « ranger » ma boîte à ouvrage. Lorsque Michel était occupé à quelque bricolage, elle était accroupie à côté de lui en posant des questions, donnant les réponses… et chipotait dans son coffre à outils. C’était parfois fatiguant, il fallait avoir l’œil, les objets disparaissaient sans qu’on l’ait vu. On retrouvait ses « jouets » dans le berceau de Marc (c’était gentil quand même). Un jour, j’ai vu à temps qu’elle lui fourrait un biscuit en bouche… Elle s’est même emparé d’un rasoir qu’un visiteur avait laissé en vue et s’est rasé bras et jambes… !

Marc biberonEt Marc, comment évolue-t-il ? C’est un bébé très facile, il pousse comme un chou. Après l’épisode de Kowé, il n’a plus eu de problème, il n’aime pas trop le biberon, même amélioré, aussi est-il rapidement mis à l’alimentation solide.

Curieux de tout, il est très intéressé par ce qui l’entoure. Je me suis rendue compte que les jouets ne l’intéressaient pas, différents hochets et peluches se trouvant régulièrement poussés des pieds jusqu’au fond du berceau. Son lit, bien protégé d’une moustiquaire, était poussé près de la fenêtre ou encore mieux, au jardin sous un arbre où il pouvait suivre des yeux le mouvement des branches.

21/03/2010

Kayuyu

Au poste de Kayuyu, on ne pouvait manquer d’admirer la belle maison au joli jardin qui était destinée à… l’agronome (en principe, la plus belle habitation devait être allouée au chef de poste). Nous avons appris qu’elle avait été érigée avec un budget du ministère de l’agronomie. Le jardin y avait été aménagé avec beaucoup de goût par l’agronome précédent; la maison était spacieuse et très bien conçue.

J’avais admiré la décoration raffinée chez les Chêne et été impressionnée par le savoir-faire de la maîtresse de maison. Aussi, en prenant possession de notre home, nous avons l’intention d’en faire quelque-chose de très accueillant. Il a fallu un sérieux coup de nettoyage et de rangement après l’occupation par un célibataire et nous avons obtenu l’autorisation de faire repeindre les murs intérieurs de couleurs « à la mode », peinture que nous avons d’ailleurs dû faire venir de Kindu ! Ce chantier nous a pris un certain temps et le chef de poste, très conciliant, nous a offert l’aide de peintres et menuisiers.

Peu de temps après notre emménagement, nous avons eu la possibilité de racheter d’occasion une cuisinière à butane. Michel m’a installé une cuisine digne de ce nom dans l’office. C’était bien nécessaire, entre-autres pour préparer les biberons et repas des enfants. Cela me permettait aussi de cuisiner moi-même.

Il n’était plus indispensable de fabriquer le pain à la maison. Le camion-courrier amenant les vivres le vendredi soir nous apportait aussi la commande que nous avions confiée au chauffeur la semaine précédente. Ainsi, nous avions du pain venant de Kindu que nous conservions dans notre frigo.

Le vendredi soir, en attendant le camion-courrier (dès son arrivée, il fallait aussitôt mettre les vivres au frais) nous jouions au whist avec nos voisins les Preat. Souvent, ce camion avait beaucoup de retard et cela nous faisait de longues soirées de jeu de cartes… Il arrivait même que le camion ait été en panne durant le trajet et qu’à l’odeur du chargement, on ne prenne tout simplement pas possession de la viande qui avait déjà commencé à se gâter…

Comme à Punia, il y avait dans la région un poste minier : la Cobelmine de Kampene, situé à une trentaine de kilomètres. Il était possible de nous y approvisionner à la coopérative ou d’assister à la séance de cinéma du samedi soir. L’ambiance n’était pas la même qu’à la Symétain, le poste était plus petit, on ne s’y attardait pas pour boire un verre après la séance… Par contre, nous étions contents de revoir le couple Vanden Bergh que nous avions connus à Pangi.

Pour Michel, il était temps de reprendre le travail, cette fois en compagnie de son collègue Dutilleux avec lequel il visitait les champs et les villages. Leur entente était telle que, non seulement en semaine mais aussi le samedi ou le dimanche, ils partaient ensemble en forêt à la chasse ou en reconnaissance de l’un ou l’autre lieu intéressant. Ils s’occupaient entre autres de pêche ce que Michel ne connaissait pas encore. Ils revenaient fourbus et crottés, impatients de raconter leurs aventures en buvant un bon verre de bière. Il faut dire qu’ils ne manquaient pas d’humour l’un et l’autre et qu’on a passé de bons moments.

Bien qu’étant définitivement installés dans une maison, nous étions obligés quand même de faire de la brousse. Comme si habiter au milieu de nulle part n’était pas déjà la « brousse »… ! C’était pour nous un vrai problème que de se déplacer avec tout le fourbi nécessaire pour quelques jours en brousse et on choisissait plutôt de s’installer dans un gîte (en dur) proche d’une exploitation ou d’un poste. C’est ainsi que nous sommes à plusieurs reprises retournés à Mabikwa où il y avait un gîte de passage et surtout des amis très accueillants.

Re-déménagement!

Nous ne sommes restés que deux à trois semaines au poste Symétain, au bout desquelles nous prenons enfin connaissance de notre nouvelle destination : le poste de Kayuyu dans le territoire de Pangi où Michel remplacera l’agronome partant en congé. Nous sommes pleins d’espoir car il paraît que nous aurons une belle maison et que le travail de Michel sera intéressant.

Nous devons faire deux jours de voyage et, avec deux petits enfants par cette chaleur, c’est assez pénible. Heureusement, Monique dort beaucoup en voiture. Nous passons la nuit à Kindu où le camion chargé de nos affaires reste garé sous bonne garde sur le parking de l’hôtel. En cours de route, nous nous arrêtons à Mabikwa (station Cotonco) pour saluer les Chêne qui seront nos « plus proches » voisins (quelques dizaines de km quand même) et arrivons en pleine célébration d’un mariage. Du coup, nous faisons connaissance des uns et des autres qui seront nos prochains compagnons de brousse : le chef de poste Preat, l’agronome Dutilleux et d’autres personnes du poste Cobelmine de Kampene (aussi à une trentaine de km).

Nous sommes aimablement conviés à participer à la fête et c’est ainsi que nous avons été adoptés immédiatement avant même d’avoir fait connaissance de notre nouveau poste.

Avant d’y arriver, nous avions déjà entendu des commentaires élogieux sur la maison de l’agronome que nous laissait Dutilleux pour aller s’installer, lui, dans le gîte d’étape, car il allait encore rester 3 mois avec Michel. Nous avions donc hâte de découvrir notre nouveau lieu de résidence!

14/03/2010

Chiafus!!!

Les chiafus, c’est quoi ? Des fourmis, des colonnes de fourmis !!!! 

Un soir, en pénétrant dans la salle de bains, je constate que sur le mur sous la fenêtre, il y a des amas de taches noires. Y regardant de plus près, je vois que ce sont des fourmis commençant à envahir la maison. Elles avaient trouvé le chemin par la bouche d’aération qu’il y a toujours dans les briques au bas des murs (et dont la protection moustiquaire était percée).

ChiafuCes fourmis circulent en colonne, encadrées de part et d’autre par des « soldats », fourmis plus grosses qui protègent la colonie. Si on dérange le cheminement de ces fourmis, elles s’éparpillent partout et il faut des heures pour s’en défaire. Je le savais bien, tant on nous avait raconté des histoires de « chiafus »

En fait, ces bestioles entrent dans la maison et dévorent toute vermine (cachée ou morte) et nettoient les lieux. On nous même avait raconté qu’elles s’attaquaient parfois aux petits enfants endormis !

D’ailleurs, quand les fourmis envahissent la maison, un étrange silence s’installe, aucun froissement d’ailes… aucun cri-cri… les insectes l’ayant senti. Ceux qui le peuvent se sauvent, même les lézards se cachent.

Michel est en brousse, je dois me faire violence pour ne pas paniquer… J’appelle le gardien, qui à son tour réunit les gardiens des maisons voisines et, ensemble, nous fabriquons des torches de papier imbibées de pétrole pour allumer un feu tout autour de la maison. C’était le seul moyen d’effrayer ces fourmis et les obliger à rebrousser chemin. Nous y avons passé la nuit…

ChiafusAu lever du jour nous avons pu suivre la trace de cette colonne, qui en circulant en continu à travers le jardin avait creusé un léger sillon dans la terre et l’herbe et disparaissait sous les racines d’un grand arbre.

En rentrant, Michel a attentivement étudié la question afin de ne pas ré-activer la colonie en faisant une mauvaise manœuvre car il fallait vraiment que ces fourmis quittent notre propriété. Il a versé le contenu d’un seau d’essence dans la fourmilière disparaissant sous l’arbre, amorcé une longue mèche, et mis le feu. Ce fut spectaculaire et on s’est dit "cette fois il n’y en aura plus" ! Eh bien non ! Quelques heures après l’explosion, les fourmis sont ressorties et ont … déménagé en partant vers la forêt ! Ouf, j’avais eu peur.

 

Prochain poste: Pangi

C’est en rentrant à Punia que nous prenons connaissance des dernières nouvelles et de l’annonce de notre prochain départ pour le territoire de Pangi. Nous n’en sommes pas mécontents, mais ne savons pas encore dans quel poste ce sera.

Nous espérions tant revoir nos amis les Charlier qui rentraient de leur congé annuel en Belgique mais ils ont reçu leur ordre de mission pour Goma et ne sont donc pas descendus de l’avion lors de l’escale. C’était une bonne nouvelle pour eux évidemment.

Par ce même avion arrivait un agent qui devait prendre possession de notre maison. Ce n’était pas une surprise mais quand même… déménager encore avant notre départ pour un autre territoire, c’était beaucoup ! Cette fois il n’y avait plus ni gîte, ni maison disponible si ce n’est « l’internat » où on nous a logés en attendant une autre solution . Nous avons donc fait définitivement nos malles, pour vivre chichement avec l’équipement de brousse : malles-lit et malle cantine. 

A l’internat, c’était rigolo : nous occupions un dortoir, Monique grimpait d’un lit à l’autre et trouvait cela très amusant. Au bout de quelques jours, on nous a casés dans une maison au poste Symétain où je me suis sentie bien seule, Michel devant encore malgré tout partir en brousse.

Comme nous ne pouvions plus promettre du travail à nos boys, notre lavadère nous avait quittés. Il nous restait Théodore - un vieux et fidèle serviteur - avec lequel je me suis superbement entendue pour faire le pain et d’autres essais culinaires car, dans la maison Symétain, il y avait de l’électricité et … un four électrique ! Je n’allais pas manquer l’occasion d’en profiter pour changer un peu le quotidien. Lorsque nous sommes partis définitivement, Théodore nous a suppliés de l’emmener avec nous mais ce n’était pas possible  et il a eu beaucoup de chagrin de nous quitter.

05/03/2010

Inquiétude

Marc était encore bien petit pour faire de la brousse mais comme nous en avions fait dès le début à la naissance de Monique, je ne me suis pas posé de questions quant au risque qu’on pouvait prendre. Bien sûr, pour le soigner, j’étais excessivement vigilante à la propreté du linge, la pureté de l’eau, à la stérilisation des biberons. Je veillais à une tenue rigoureuse de la maison, ce qui était le cas d’ailleurs chez chacun de nous.

Marc naissance

Marc poussait bien, était adorable… mais un matin en lui donnant le bain, j’ai constaté des petites éruptions, toutes petites d’abord,et puis de plus en plus nombreuses. Fort intriguée, j’ai inspecté cela de plus près et me suis imaginé qu’il devait avoir été piqué par un insecte. J’ai insisté encore auprès des boys pour que les langes soient bouillis et repassés à fer bien chaud sachant que le repassage stérilise le linge.

Comme j’avais une certaine notion des choses, ayant fait les stages de la croix rouge durant mes études, j’ai entrepris de bien nettoyer les éruptions de Marc qui hurlait, j’en aurais fait autant d’ailleurs, les boys me regardant avec de gros yeux .

Affolée, je m’imaginais des choses horribles… que Marc avait un parasite (on parlait de ces mouches qui pondaient sur le linge exposé au soleil…)… que les larves se glisseraient sous sa peau… qu’il aurait des plaies purulentes inguérissables creusant un cratère en laissant de vilaines cicatrices.

Au bout de trois jours, n’en pouvant plus d’inquiétude, j’ai supplié Michel de rentrer à Punia pour consulter le médecin. Il n’aimait pas beaucoup s’absenter, d’autant plus qu’il y avait déjà eu le problème du marché de coton... Mais bon, nous sommes donc rentrés au poste et Marc a été hospitalisé à l’hôpital de la Symétain où il est resté en observation un jour ou deux.

Il s’est finalement avéré que j’avais sevré Marc trop vite et lui avais donné un lait de remplacement trop fort  ce qui avait provoqué une furonculose. Pauvre petit chou…

Les choses sont rapidement rentrées dans l’ordre. Il faut dire que Monique, je l’avais nourrie 3 mois et que j’avais sevré Marc au bout d’un mois... 

 

01/03/2010

Marché de coton

Coton
La raison principale de notre séjour à Kowé était la surveillance des récoltes de coton et le bon déroulement des marchés. En effet, Michel avait pour mission de contrôler avec l’agent de la Cotonco, la qualité et le poids des sacs amenés sur le marché. Ainsi il ne pourrait y avoir de contestation d’aucun côté, car le prix dépendait de la blancheur du produit et du poids des sacs. Les sacs étaient d’ailleurs pesés à vide d’abord car il n’était pas rare que les cultivateurs laissent de la terre ou des cailloux au fond avant de les remplir.

La récolte du coton, effectuée par les femmes du village, était amenée sur la place du village pour être étalée au soleil afin de bien sécher surtout s’il y avait eu de la pluie auparavant ; il devenait ainsi beaucoup plus blanc.

Le ramassage des sacs a commencé de village en village dans une région où les accès étaient difficiles, des camions sillonnaient les routes ou plutôt les pistes de l’intérieur. Michel revenait fourbu mais enthousiaste après une journée de marché qui commençait au lever du jour et se terminait à la nuit tombante. On ne pouvait pas perdre de temps, le coton devait être rapidement égrainé à la station Cotonco. Il est évident qu’il y avait parfois des contestations : le coton ayant séjourné sur la place durant la nuit avait absorbé un peu d’humidité et paraissait plus gris ce qui était évalué de moindre qualité... De même, lorsque le soir tombait, la lumière était différente. C’est pourquoi ils étaient deux pour faire les marchés, afin de trouver un accord équitable.

Certains villages étant situés le-long du fleuve, les trajets se faisaient par barge (une sorte de péniche à moteur). Michel était enchanté de passer une belle journée sur le fleuve. Ils partaient à 5 heures du matin ayant un bon trajet à effectuer avant d’arriver au premier marché. Puis de chargement en chargement, ils ont atteint le dernier village, la journée étant bien avancée. Ce n’était plus tout à fait l’heure idéale pour entreprendre ce dernier chargement car il fallait ramener la barge à Kowé… ils se sont doncs dépêchés pour ne pas devoir revenir le lendemain.

La nuit venue et la barge archi-pleine, ils ont décidé de rentrer coûte que coûte.

A l’avant de la péniche se tenait un guetteur qui, avec une longue perche, sondait le fond et les roches à fleur d’eau, évitant les bancs de sable et les écueils. A l’arrière, le conducteur surveillait le moteur et le gouvernail. Comme il faisait nuit noire, un grand phare de camion était branché à l’avant du convoi, fouillant les eaux et les rives, de son puissant rai de lumière. Après avoir admiré la manœuvre, apprécié cet étrange voyage, les deux « blancs » se sont confortablement installés sur le bon matelas de coton et se sont …. endormis. C’est au son d’un « coup de canon » et d’une odeur de soufre qu’ils ont été réveillés en sursaut.

Les convoyeurs, voyant que les chefs n’étaient plus tellement attentifs, avaient augmenté la vitesse et c’est en pleine puissance que la barge à heurté un rocher. On se précipite, on s’agite, on inspecte, on palabre… le chargement ne permettant pas de voir exactement l’emplacement de l’impact, on décide de continuer. C’est donc bien tard qu’ils sont arrivés au débarcadère, où attendaient les femmes inquiète, et où je m’étais moi-même rendue une ou deux fois.

Le matin, c’est aux cris des « bwana-bwana » que nous sommes sortis de la maison. Tout le village était au débarcadère, la barge avait coulé avec son chargement ! Catastrophe ! Que faire ??

Tous ensemble, ils ont déchargé le coton et décidé de le faire sécher sur la place. Ce n’était pas une mince affaire car il y a une marge entre un coton sec et un coton gorgé d’eau !

Ce coton a été tourné et retourné durant la première journée ; le résultat n’était pas très concluant. Le second jour, une mince halo verdâtre est apparu et à la fin de la journée, ce coton avait carrément germé avec de belles pousses bien vertes (forcément il n’était pas égrainé). Affolement bien sûr… Que faire ? Alors l’agent décide de remettre le coton dans les sacs, de lester les sacs de pierres et de jeter le tout dans le fleuve en disant : « on ne repèse pas le coton arrivant à l’égrainage, on ne se rendra pas compte qu’il en manque »

Pas de chance pour lui…. Quelques jours plus tard, en aval de Kowé, le directeur de la Cotonco prend le bac pour traverser le fleuve et voit arriver une joli petit îlot vert qui vient heurter le bord. Intrigué, il se penche… et demande une gaffe pour pêcher le sac où il était inscrit en lettres noires « Cotonco ». Puis, regardant au loin, voit arriver une multitude de ces petits jardins verts… Inutile de dire que le pauvre agent, après son congé en Belgique, n’a pas été réengagé pour un second terme.

26/02/2010

Une triste histoire de colons

Non loin du poste de Kowé, quelque part au-dessus du fleuve, existait une exploitation de palmiers à huile. Deux frères, accompagnés d’une femme qu’ils se partageaient… (situation bizarre) vivaient sur une colline, éloignés de tout dans des conditions très précaires.

Il y avait un petit garçon de deux ans qui manifestement avait un problème de santé, la maman faisant des voyages aller-retour pour voir des spécialistes, même en Belgique.

La dame est venue passer un après-midi avec moi. Les distractions ne devaient pas être bien nombreuses, elle ne devait pas avoir facile. C’était une petite dame fragile, constamment inquiète des réactions du fiston qui effectivement avait des crises de cris et d’agressivité.

J’ai eu mal au cœur pour elle, surtout que Monique, elle, pétait de santé.

Ces gens avaient obtenu une concession où il y avait nombre de palmiers exploitables. Il fallait bien sûr les entretenir, nettoyer le sous-bois, faire la récolte des noix de palme…

Pour ce faire, ils devaient engager des ouvriers dans les villages voisins. Le seul équipement dont ils disposaient était un camion qu’ils avaient expédié par bateau depuis la Belgique en pièces détachées, transporté au haut de leur colline et remonté sur place. On peut imaginer le coût, le risque et le boulot !

Ce camion semblait être leur seul capital aussi, lorsqu’ils avaient à payer leur main d’œuvre, ils donnaient aux hommes des « bons pour » en promettant de les honorer quand ils auraient vendu l’huile de palme. Ce système a fonctionné un moment mais lorsque dans les villages on a constaté que l’argent ne venait pas, la grogne est venue.

Michel étant dans la région, il a reçu pour mission de prendre contact avec ces colons pour voir comment remédier à la situation. Pour se rendre à l’exploitation, il a dû prendre une pirogue à moteur pour remonter un bras du fleuve car il n’y avait pas d’autre accès.

Les uns et les autres avaient dit : « surtout, emportez vos tartines », ce qu’il avait fait. Pourtant lorsqu’à midi, on lui a gentiment proposé de partager le repas, il n’a pas osé refuser d’autant plus qu’on proposait une moambe, repas local entre tous et sans danger.

Malgré tout, il a eu difficile à l’avaler car le repas était cuisiné avec « leur » huile de palme qui avait séjourné trop longtemps au soleil et la sauce était rance…

Cette visite n’a malheureusement pas clarifié la situation et par la suite, lors de l’indépendance, on a su que malheureusement ces gens n’avaient pas été épargnés.

 

23/02/2010

Kowé, la folle équipée

La vie continue… Michel devait repartir en brousse, à Kowé cette fois, le long du fleuve pour y surveiller le marché de coton en compagnie de l’agent de la Cotonco habitant sur place. Et c’est donc un mois après la naissance de Marc que nous repartons en voyage avec tout notre équipement. Cela devient encombrant : literie, linge, réserves… plus les deux boys ! Michel a d’ailleurs recours à un camion qui part dans cette direction pour lui confier nos affaires. Nous partons pour une certaine durée et allons retrouver à Kowé l’agent sanitaire, sa femme et leur petite fille, qui doivent également « faire de la brousse ». Quelle chance on va avoir de la compagnie !

Cette fois nous sommes à Kowé pour une quinzaine de jours. C’est une ancien poste important, très bien dégagé avec quelques maisons très confortables mais il y fait fort chaud…. Il y a de temps en temps un peu d’animation car le bateau courrier accostant à Kowé, apporte aussi des vivres frais destinés aux quelques colons, missionnaires et agents du coin. Lorsque le bateau est au port, on peut monter à bord et se distraire un peu en buvant un verre au bar.

Durant la journée lorsque les hommes sont au travail, les dames se retrouvent sous la barza pour papoter et surveiller les enfants qui jouent ensemble. Le soir, dans l’une ou l’autre maison, on se réunit pour boire un verre et même jouer aux cartes.

Nous avions ensemble décidé de faire un pique-nique sur le fleuve et avions réservé une énorme pirogue pour nous y mener. Nous avons embarqué le dimanche matin : 5 adultes et 3 enfants (Marc dans son berceau, c’est dire la taille de cette pirogue !)

Traverser ce large fleuve, menés par un piroguier avec son long bâton, sillonnant entre les différentes îles, c’était magique !! Il nous a laissés sur une île avec mission de venir nous reprendre à 17 heures. Nous ne nous sommes pas rendu compte des risques encourus, seuls sur cette île, sans ombre, sans abri. Heureusement nous avions avec nous une couverture avec laquelle nous avons érigé une espèce d’auvent pour nous abriter tant bien que mal, et bien sûr notre but premier c’était de nous baigner et de prendre de bonnes couleurs.

A longueur d’année nous vivions sous un soleil implacable, il n’y avait de piscine disponible dans aucun poste, on rêvait de se jeter à l’eau. Nous avions bien essayé une fois ou deux dans une rivière, mais c’était nettement déconseillé car on pouvait attraper rapidement des parasites.

Monic rivièrePour ma part, regardant dans l’eau j’ai vu filer sous moi un serpent ou autre anguille, cela m’a rendue méfiante,…. et puis, regardant et écoutant autour de nous, nous avons vu des hippopotames soufflant et  renâclant en grattant le sol. Il semblait que nous occupions leur territoire. Et il y avait des moustiques… des moustiques… !!! Nous restions à l’abri sous la tente en tapant le carton. Monique et sa petite copine, elles, n’arrêtaient pas de faire la navette entre le « campement » et le fleuve pour patauger… du moment qu’il y avait de quoi se mouiller… Ce n’avait pas été une bonne idée, ce pique-nique mais il a bien fallu attendre le retour de la pirogue pour quitter l’endroit !

Le soir en rentrant chez nous, on a tous constaté de fameux coups de soleil et n’avons pas hésité longtemps à nous mettre au lit pour nous remettre de nos émotions. Heureusement nos enfants n’avaient pas souffert de l’équipée. Et nous… des couleurs on en a eu, mais n’étions même pas bronzés ! 

 

19/02/2010

Naissance de Marc

C’est ainsi que nous arrivons au mois de juillet. Je ne me ménage plus puisque j’arrive à mon terme de grossesse. Nous savons déjà qu’il nous faut libérer la maison prochainement pour laisser la place à un nouvel arrivant, cela m’ennuie… Michel rentrant de brousse un samedi soir doit me conduire à l’hôpital car les douleurs ont commencé. Il conduit rapidement Monique chez Mme De Meirsman et vient me rejoindre pour attendre la venue de notre second enfant.

On n’arrive pas à joindre le médecin qui est de sortie on ne sait pas où.. La sœur accoucheuse perd un peu les pédales, jette les pinces à travers la salle, crie à Michel, « restez près de madame, je vais chercher le docteur »… Il l’a interceptée de justesse pour qu’elle ne se sauve pa, et c’est finalement à nous trois que nous avons mis au monde un petit garçon, Marc, le 12 juillet 1960. Quel exploit !!! Le médecin est arrivé quand tout était fini, pour nous féliciter.

Telegramme

 


Marc bébéIl était 3 heures du matin quand, dans l’euphorie du moment, Michel a  réveillé tout le poste en klaxonnant pour partager sa joie. Il faut dire que depuis des semaines chacun lui demandait de mes nouvelles… J’ai donc eu de la visite dès le lendemain et le 6eme jour je suis rentrée à la maison, étonnée de voir que Monique était déjà aussi « grande » en comparaison. Elle a de suite adoré son petit frère…  elle était en admiration, prête à lui donner pomme, biscuit, jouets… . il fallait surveiller car je trouvait des choses dans le berceau.

Le docteur m’avait recommandé de me reposer encore quelques jours, mais évidemment ce fut une utopie… j’étais pressée de reprendre le choses en main. Quelle délivrance, c’est le cas de le dire, de retrouver sa forme et ses formes, de ressortir les petites robes d’été…et c’est avec bonheur que nous avons fêté le baptême de Marc une semaine après sa naissance, profitant de cette belle maison pour recevoir voisins et amis.

 

11/02/2010

Repos forcé

Pour ma part, suite aux allées et venues, aux déménagements, j’étais très fatiguée et ne supportais plus la chaleur. Je faisais des baisses de tension et finalement des contractions.

Le médecin de la Symétain m’a fait hospitaliser sur place, à Punia. Ce n’était pas simple du tout car il y avait le problème de l’entretien et des repas : il me fallait avoir un boy avec moi, des provisions, du linge en suffisance…  il n’était donc pas possible de garder Monique avec moi. Elle a été prise en charge par la femme du médecin qui avait un petit garçon de son âge ; on aurait dit des jumeaux d’ailleurs, aussi blonds l’un que l’autre…

Durant une douzaine de jours, je suis restée au repos complet, surveillée par une sœur accoucheuse missionnaire, responsable de la maternité indigène. J’avais ainsi un peu de compagnie.. Michel était en brousse mais j’avais quotidiennement la visite de Mme Van den Eynde qui venait me voir avec Monique et son petit Bernard. Quelle merveille que ces deux petits, magnifiques, tout bronzés, adorables.

Fort heureusement, les parents de Michel nous envoyaient régulièrement de la lecture comme Femmes d’Aujourd’hui et le Sélection, ainsi j’avais toujours de quoi lire, le temps me paraissait moins long. La chambre d’hôpital avait la climatisation (une grande nouveauté) et j’arrivais enfin à dormir la nuit. Après ces quelques jours de repos, le médecin m’a autorisé à rentrez chz nous avec la promesse formelle de rester couchée, de ne pas circuler, même pas en voiture… que faire de Monique dans ces conditions ?? L’internat étant situé juste à côté de la maison, elle passait la journée chez Mme Cochet, le directrice, au grand plaisir des quelques pensionnaires.

Il est vrai que Monique était un vrai petit capon : elle avait fait d’énormes progrès, babillait sans cesse, était toujours à l’affût de quelque nouveauté, avait tout vu, tout touché, voulait participer à tout. C’était amusant de la voir à l’œuvre bien que ses entreprises tournaient parfois à la catastrophe et que je devais me fâcher. Ainsi elle participait à l’arrosage du jardin à l’aide de ses chaussures qu’elle avait enlevées, préférant courir pieds nus. Elle accompagnait le jardinier pour nourrir les poules et finissait par manger les graines elle-même. On entendait ses cris de colère lorsqu’on ne la laissait pas faire à sa guise…. quel petit caractère volontaire… et indépendant ! Il arrivait qu’elle file vers l’école et entre dans la classe pendant les cours à l’hilarité des élèves bien sûr. On me la ramenait gentiment….

 

08/02/2010

Mondanités & tensions

A l’occasion des fêtes de Pâques, nous nous sommes mis en route pour le poste Symétain de Kalima où nous avions rendez-vous avec notre ami le docteur Beghin et d’autres amis de Pangi. On s’y est retrouvés à l’occasion d’un bal où nous nous sommes fort amusés et le lendemain, en groupe, une baignade au bord d’une grande réserve d’eau était la bienvenue.

C’est à cette occasion que nous avons revu notre ancien administrateur du territoire qui a proposé à Michel de revenir à Pangi, et ma foi, cela nous plaisait assez…

En échange, pour la fête de Pentecôte, ce sont les agents de Symétain de Kalima qui ont été invités à passer le WE à Punia. Etaient organisées quelques festivités comme bal, cabaret artistique, match de football « eurafricain » et tournois de toute sorte. Nous avons participé à certaines choses et, dans la lancée, pendu la crémaillère de notre côté avec quelques amis. Cela nous faisait tellement de bien d’occuper une maison confortable, même pour peu de temps !

Suite à quelques échauffourées politiques à Kindu, il était exigé des agents qu’ils fassent le plus de séjours possibles dans les villages afin de manifester l’autorité (Michel devait faire 20 jours de brousse par mois). Il n’était donc pas question de s’y soustraire. En effet, si depuis quelques mois il y avait eu des rébellions du côté de Léopoldville, nous n’en avions aucun écho dans nos régions jusqu’au moment où des partis politiques se sont créés et se sont mis à faire des meetings un peu partout. Suite à la parution de brûlots les plus insensés les uns que les autres, les blancs commençaient parfois à être pris à partie. Une certaine inquiétude s’installait. Dans les villages, la population ne comprenait pas ce qui se tramait, il fallait donc affirmer la présence de l’administration.

 

27/01/2010

On déménage!

Au mois d’avril, Michel a appris qu’une maison du poste allait se libérer et que… peut être… nous pourrions l’occuper « pour un certain moment ». Le dimanche, à la sortie de la messe, lorsque l’agent fin de terme a tendu les clefs au chef de poste, Michel a intercepté son geste en disant « merci »… et personne n’a rien osé dire. Le jour même, sans attendre de réaction, nous nous sommes précipités pour transporter nos affaires de l’autre côté du poste pour prendre possession d’une maison qu’on reluquait depuis longtemps. Ce n’était pas trop compliqué, puisque les maisons étaient meublées.

Quel bonheur !!!!! Quelle chance… une vraie maison… un grand séjour, deux magnifiques chambres, une belle salle de bain, un office où trônait le grand frigo (toujours au pétrole) que nous venions d’acheter d’occasion à Mr De Meirsman, qui partait en congé, une vaste pièce pour l’entreposage, une terrasse couverte donnant sur une cuisine bien éclairée et enfin…. une vraie cuisinière. Et pour couronner le tout : du courant électrique !

Monic-jouetsC’était un plaisir pour moi de m’occuper de l’installation. Monique avait enfin une chambre pour elle car dans le gîte elle avait son lit dans la pièce à vivre. En premier, je lui ai fait une chambre de rêve : cousu des tentures, décoré les murs et étagères, disposé ses jouets…

Il y avait dans la cité indigène un magasin pakistanais où on pouvait se procurer certaines choses d’importation comme de la vaisselle ou du tissu. C’est donc là que j’ai choisi des cotonnades pour garnir les fenêtres du séjour et des chambres. Cela m’a bien occupée durant un temps.

Le jardin était magnifique et nous disposions dans le fond d’un enclos où élever des poules et des lapins. Nous avons d’ailleurs commencé aussitôt. Michel avait fait fabriquer de beaux clapiers pour les lapins, les nôtres, mais aussi ceux que les Charlier nous avaient confiés lors de leur départ en congé. Malheureusement, très rapidement, les lapins ont eu des problèmes : on les perdait l’un après l’autre et c’est avec regret que nous avons sacrifié les derniers pour en faire un repas avant qu’on ne les perde tous.

Nous n’avons pas mieux réussi avec les poules: espérant trouver des œufs frais pour le petit déjeuner, nous étions très déçus et avons imaginé qu’on nous les volait…. le boy nous a disait… c’est le serpent ! Soit.

Pour ce qui est de l’élevage, une poule couvait bien quelques œufs mais un jour le jardinier nous a apporté notre poule couveuse l’œil vitreux et le plumage tout mouillé en disant : elle s’est noyée… et en effet, nous n’avions pas pensé que cette pauvre bête avait soif. Elle voletait jusqu’au bord d’un fût à essence de 200 litres récupérant l’eau de pluie, pour boire et avait perdu l’équilibre la pauvre.

Que faire ? Me souvenant que pour un noyé il fallait lui faire dégorger l’eau avalée, je me suis dit que je ne perdais rien à essayer avec une poule. Aussi, je lui ai lié les pattes avec une ficelle et l’ai suspendue sous l’auvent à l’abri su soleil. La tête du boy : « qu’est ce que tu fais madame ? ». Effectivement, sous la poule suspendue s’est formée une petite mare et puis elle a ouvert l’œil, a battu des ailes, et une demi heure plus tard retournait couver ses œufs !

Mais, nous n’avons pas insisté et avons petit à petit renoncé à nos espoirs d’élevage car nous devions nous absenter trop souvent du poste et le jardinier, en notre absence, rentrait volontiers au village en oubliant superbement de nourrir nos bêtes.

Michel, lui, devait bien sûr continuer à partir en brousse et c’est ainsi que nous avons revu Ferekini où nous avions commencé notre vie à deux. Les choses avaient bien changé. La route « Pirson » qui reliait Yumbi à Ferekini avait été partiellement abandonnée pour une autre plus récente raccourcissant le trajet de moitié. Sur place, on a encore vu la maison en pisé que Michel avait construite, destinée quand même à la démolition car un gîte neuf la remplaçait.

Ferekini devenait un vrai poste. La mission était pareille à elle-même et non loin, la société Houdmont avait construit une rizerie, dirigée par un blanc. De cette manière la société pourrait traiter sur place les récoltes, et évacuer la marchandise par le fleuve Lowa.

 

20/01/2010

Déplacements

L’agronome de territoire étant en congé, l’administrateur de territoire a demandé à Michel de surveiller l’un ou l’autre chantier en cours et c’est ainsi, qu’ensemble, nous nous installions dans l’un ou l’autre poste assez loin de chez nous. C’est ainsi que nous sommes allés passer deux semaines à Kasese, poste situé assez loin de Punia, où Michel devait surveiller des plantations de café.

Nous nous mettions en route avec tout un équipement puisqu’il y avait un enfant : il fallait prévoir les vivres, le linge, la literie, les biberons et la grande boîte de lait « Nido ».

Pour Monique, c’était à chaque fois un nouveau territoire à explorer, une nouvelle chambre où dormir… très rapidement, cette enfant s’est adaptée à n’importe quelle situation, elle n’était pas farouche… avec personne… de ce fait, elle était assez aventureuse et quelquefois, il y avait une belle chute et des pleurs.

Malgré le manque de confort, quelquefois j’ai accompagné Michel en brousse lorsqu’il avait trouvé une bonne solution de logement. Ainsi, lors d’un de ses périples, il avait découvert sous une paillote le long d’une route abandonnée par les Travaux Publics, une caravane de chantier, qui était parfaitement habitable. Cela faisait un peu vacances : on vivait surtout à l’extérieur sous les palmes et le boy se débrouillait pour nous cuisiner et même faire du pain à l’aide de feu de bois. C’était très chaud quand même. Et puisqu’on avait utilisé le matériel des travaux publics, on avait également fait connaissance des agents des TP – deux couples - qui avaient abandoné les caravanes trop chaudes et s’étaient installé un camp de fortune au bord de l’Ulindi où on construisait un pont « Belay ».

Nous avons donc encore profité de l’opportunité de loger dans une autre caravane au bord de l’eau. Durant la journée, j’étais avec « ces dames » avec lesquelles je partageais les repas et les bavardages (lorsqu’on se retrouvait ainsi en brousse avec d’autres broussards on faisait popote commune) et Monique avait de la compagnie car il y avait des enfants.

Un jour, Michel nous à emmené aussi voir les vaches arrivées à la station d’expérimentation d’Obokote, dans le territoire de Lubutu. C’était un voyage assez long qui nous a pris la journée, mais Monique était très sage en voiture.

Les vaches (destinées à améliorer l’alimentation des indigènes) étaient venues à « pattes » du Ruanda et allaient ensuite être acheminées par camion sur Punia.

Ce fut une fameuse entreprise ! Il n’existait pas de rampe pour charger les animaux sur les camions. Il fallait donc les soulever les vaches à bras d’hommes ! Ceuxci manquaient totalement de synchronisation et avaient tellement peur qu’ils n’écoutaient pas les directives couvertes par les meuglements des vaches. Elles atterrissaient souvent le museau sur le plancher de la benne alors qu’à l’arrière, on levait encore leurs pattes bien haut..  c’était épique ! Finalement, le camion est parti (une centaine de kilomètres quand même) mais il a été pris dans un violent orage et a glissé dans le potopote. Il a versé dans un fossé, les vaches se sauvant dans la forêt…. le temps que le chauffeur et son aide rattrapent le bétail, la nuit était tombée.

Rentré à Punia, Michel s’inquiétait de ne pas voir arriver le chargement. Le dimanche matin, c’est au son des meuglements venus de la route qu’on a compris que le convoi arrivait.

Les pauvres bêtes étaient terriblement assoiffées, personne n’avait pensé à leur donner à boire ! Il a fallu les arroser copieusement avant d’oser ouvrir le hayon tellement elles étaient nerveuses. Elles se bousculaient affolées et se léchaient l’une l’autre pour essayer de récupérer un peu d’eau. Lorsqu’elles se sont calmées, il a fallu les mener au terrain prévu à cet effet, situé un peu à l’écart du poste. On appelait ce terrain « les camp des relégués », je ne sais pourquoi… de tout façon il n’était plus utilisé. Michel a dû créer des enclos qu’il a fait construire par des hommes du village et trouver un « vacher ». Cet homme - venu de dieu sait où - n’avait évidemment aucune expérience du bétail et a dû apprendre au jour le jour. Il fallait le surveiller bien sûr, les vaches devant être régulièrement déplacées afin de trouver à brouter.

Lorsqu’on a enfin casé les vaches dans un corral, le taureau dans l’autre, tout le monde s’en est allé content pour constater au matin que le taureau n’avait pas hésité longtemps à briser la clôture pour rejoindre les vaches. Quelques jours plus tard, un vétérinaire de Kindu a annoncé sa visite pour contrôler l’installation. Sur la recommandation de Michel notre brave vacher avait nettoyé et brossé les animaux afin de faire bonne impression. Le vétérinaire a été heureusement surpris de constater le bel aspect des vaches : elles avaient le poil luisant et semblaient en bonne santé. Lorsqu’on a demandé au vacher comment il avait procédé pour avoir d’aussi belles bêtes, il a répondu : « mayouto » !!!!   Mayouto ?? Montre nous… ! Et le brave de sortir de sa cachette un bidon d’huile de vidange avec laquelle il avait enduit les vaches qui étaient du plus bel effet, lustrées au mazout….

Michel avait donc des occupations variées. Lorsqu’il ne partait pas en brousse, il s’occupait d’améliorer un peu les parcelles de jardin. Cela lui plaisait beaucoup et avait d’ailleurs eu la même initiative à Pangi au terme précédent.  Participant ainsi à la vie du poste, nous nous sentions plus intégrés dans la communauté. On se retrouvait les uns chez les autres à l’occasion d’un apéro, d’un jeu de tennis, d’un anniversaire d’enfant ou simplement en allant tous assister à la séance de cinéma à la Symétain le samedi soir.

 

11/01/2010

Une maison bien tenue

Comment faisait-on pour laver le linge ? Vu la chaleur et les randonnées en brousse, Michel changeait de vêtements deux fois par jour ! Et Monique… combien de fois ? Nous étions en sueur tout le temps ! Moi-même, j’étais constamment obligée d’attacher mes cheveux tellement cela me gênait dans la nuque et j’ai d’ailleurs fini par les couper.

Tout se passait à l’extérieur. Le linge sale (trempé la veille) était rassemblé dans la cour où on avait allumé un feu de bûches. Sur quelques pierres, on maintenait en équilibre un chaudron dans lequel le linge (le « blanc ») serait bouilli, lavé au savon de marseille puis rincé dans l’eau de rivière apportée par les porteurs d’eau. Cette eau avait une couleur rouille et il est évident qu’au bout de quelques lavages nos draps, essuies, linge de corps et chemises avaient pris une uniforme teinte rosée !

Une fois sec, le linge était repassé - à l’abri de la pluie - par le lavandier qui devait utiliser un fer à braises. C’était un fer profond, avec de petites ouvertures pour laisser passer l’air, s’ouvrant par le haut au moyen d’une poignée. On y introduisait du charbon de bois, puis il fallait secouer le tout pour bien activer le feu, veiller à ce qu’il n’y ait pas de cendres qui s’échappent et ne salissent le repassage. Bien sûr, on ne pouvait réguler le degré de chaleur… aussi, il y avait sur la table de repassage une cuvette pleine d’eau pour y poser la semelle de temps en temps afin de la refroidir.

C’était tout un métier d’être un bon « lavadère », d’autant plus que les maîtresses de maison étaient très exigeantes : pas de taches, pas de traces de suie ou de cendre, ni de brûlures, ni de faux plis… Les chemises et les « kapitula » (shorts) étaient de grosses toiles kaki ou blanches et difficiles à repasser. C’était un challenge pour ces dames d’avoir un mari toujours impeccable.

Et l'intendance ? Bien qu’occupant à présent un gîte convenable, la cuisine ne disposait pas d’une cuisinière traditionnelle. Une « table de cuisson » avait été fabriquée au moyen de deux touques à essence : l’une dont une paroi adossée au mur extérieur était ouverte pour permettre d’y faire du feu de bois, l’autre raccordée à la première ayant une ouverture dans la cuisine et servant de « four ». Il est évident que ce système ne permettait pas de faire des prouesses car il était très difficile de régler la température… et quelle chaleur dans la cuisine !!!

Pourtant… le pain était fait à la maison. Je ne dis pas le nombre de fois où nous avons dû manger du pain trop ou pas assez cuit. Ne parlons même pas du goût de feu de bois qui agrémentait le pain, le café, les repas….

Heureusement, nous avions engagé un boy cuisinier et qui  - n’étant pas très jeune - avait déjà de l’expérience et était surtout de bonne composition. Comme les gens de maison étaient  licenciés à la fin de terme de leurs employeurs, il y avait toujours des serviteurs à trouver. Je leur faisais passer un petit interrogatoire pour connaître leurs compétences et c’était assez rigolo d’entendre un candidat dire que la mayonnaise était faite à partir de pommes de terre, ou un lavadère prétendre que l’amidon s’ajoutait à l’eau de lessive….

Par exemple, nous avons connu durant notre premier terme un cuisinier qui était très maladroit et trébuchait régulièrement sur les marches de la cuisine avec ses casseroles. Il m’a fallu beaucoup de patience. Un jour, il est arrivé tout souriant me montrer une tarte au sucre calcinée en disant «  heureusement que je l’ai surveillée.. » juste au moment où arrivaient mes invités.

Lors de mon départ en Afrique, une de mes tantes m’avait signalé que durant la guerre on utilisait un four « utilo » . Je me suis mise à la recherche de cet objet et l’ai trouvé encore dans une grosse quincaillerie de Malines . Ce four était en fait une poêle profonde à double fond avec des trous d’aération et se fermait par un dôme sous lequel on posait le plat et qui avait une petite fenêtre permettant de surveiller l’avancement de la cuisson. Ce n’était pas mal du tout, on pouvait poser l’engin sur toute source de chaleur et l’ai utilisé sur la flamme d’un réchaud à essence Coleman.

Un petit frigo ne suffisait pas pour faire des réserves. Dans chaque maison, il y avait une pièce destinée à stocker les autres fournitures telles que le café, les boissons, la farine, les conserves, le pétrole lampant, les allumettes, bougies, les produits de lessive et de nettoyage.

Afin de préserver les denrées des prédateurs tels que rats, souris, lézards, cafards et autres bestioles, il y avait aussi un garde-manger en moustiquaire dont les pieds trempaient dans une boîte de conserve remplie de pétrole.

Les bestioles, parlons en… Lors de mon départ en Afrique, je m’étais imaginé que j’allais rencontrer des « bêtes féroces » ou imposantes (lion, buffle, éléphant…). Je n’ai rien vu de la sorte sauf dans un parc naturel. Michel, par contre, lorsqu’il circulait de nuit sur une piste intérieure de la forêt, a rencontré de petits éléphants et des buffles. 

Au quotidien, il fallait surtout surveiller les dégâts causés par les cafards !!! Ces cancrelats se nichaient surtout à la cuisine et se cachaient dans toute fissure ou derrière les meubles. Il nous arrivait d’aller les surprendre à la lueur d’une lampe torche, ce n’était vraiment pas appétissant ! Ils étaient énormes avec de longues antennes et leur fuite s’entendait au crissement de leurs pattes. En fait, une fois la nuit venue, ils sortaient pour aller se nourrir de toute miette de nourriture qu’ils pouvaient trouver sur la table, d’un peu de farine dans les fentes du bois, d’une tache d’huile et même, ils parvenaient à ronger essuies et tabliers.

Dans les autres parties de la maison, il fallait surveiller le contenu des armoires car on pouvait avoir des dégâts même dans le linge de maison ! Malgré les moustiquaires, de minuscules fourmis très gourmandes arrivaient à pénétrer dans la maison. Et si un peu de sucre avait sali un coussin, un napperon… au matin on y trouvait un trou. Et avec un enfant qui grimpait partout, c’était inévitable.

Par contre, j’ai vite appris qu’il ne fallait pas se méfier des lézards qui collaient au mur et même au plafond, car ils se nourrissaient des insectes qui nichaient dans la maison. C’était d’ailleurs amusant de voir à quelle vitesse ils se déplaçaient pour attraper leur proie.

Si lors du premier terme nous avons toujours dormi sous moustiquaire, tout doucement nous avons abandonné cette habitude pour avoir moins chaud et les mouvements plus libres. Par contre, Monique était toujours protégée. Mais nous nous méfions quand même des moustiques… chaque soir le boy devait aller asperger les chambres au moyen d’une pompe à « Flytox »

 

02/01/2010

Retour à Punia

C’est le silence qui nous a réveillés lorsque le train s’est arrêté en "gare » de Kindu. Après cette croisière confortable et luxueuse d’une quinzaine de jours sur le Baudouinville suivie du trajet en train de 5 jours, nous étions heureux d’arriver enfin à bon port. Quelle expérience extraordinaire !!

Avant de quitter le Congo lors de notre premier terme, Michel avait confié sa Peugeot 403 toute neuve à l’administrateur de territoire de Kindu et n’a eu qu’à traverser la ville pour la récupérer. Par la même occasion, il s’est renseigné pour savoir quelle serait notre destination finale car on ne nous avait toujours pas assigné notre nouveau poste...

Renseignements pris : nous allions retourner à Punia (où nous nous étions mariés et où nous avions quelques amis). Cela nous convenait très bien.  Mais auparavant, nous allions devoir faire un détour par Pangi pour récupérer nos malles qui étaient entreposées chez notre copain toubib. 

Apprenant la présence de Madame Semet à l’hôpital de  Kindu, nous sommes allés la féliciter pour la naissance de sa deuxième fille. Elle nous a alors confié qu’ils ne resteraient pas plus longtemps au Congo, le contrat de Jean ayant été rompu. C’était peut être mieux pour elle car elle ne supportait pas du tout le climat ni l’isolement. Il faut dire qu’ils n’avaient pas été gâtés, seuls au milieu de nulle part. 

Nous nous sommes encore revus au poste de Pangi où nous étions arrivés accompagnés par un camion qui aller charger nos affaires pour faire route vers Punia. Nous avons été logés chez notre ami toubib et avons ainsi pu participer à la fête organisée pour la naissance chez les Semet. Avec eux encore, nous avons fait un rapide aller-retour vers Lokandu, camp militaire, pour essayer de vendre leur Volkswagen à un nouvel arrivant que nous avions rencontré lors de notre voyage de retour.

Plus tard, après avoir fait étape une nuit à Kindu (en laissant le camion sous bonne garde sur le parking de l’hôtel), nous avons fait route pour Punia. Cette fois encore ce fut une longue route hasardeuse par des escarpements et passage de bac.

Michel avait été nommé comme remplaçant de l’agronome du territoire qui partait en congé; on resterait donc à Punia durant six mois. Nous nous étions imaginé que cette fois nous aurions droit à une maison digne de ce nom... quelle ne fut pas notre déconvenue lorsqu’on nous a annoncé que nous allions occuper le gîte ! Pourtant … le poste avait été bien agrandi et aménagé.

Nous y avons retrouvé les De Rivière (chef de police et directeur de prison) et les Charlier(professeurs à l'école). Les Pirson, quant à eux, ne sont pas revenus après leur congé; ils sont partis dans la province de l’Equateur où lui avait été nommé directeur de prison. 

Punia était devenu plus important: on avait construit une école à côté du gîte et de l’autre côté de la route, une ancienne maison du poste était transformée en internat. Celle que nous avions occupée au premier terme avait été tout à fait transformée. Deux autres nouvelles constructions étaient réservées l’une pour Mr De Meirsman, que nous avions connu au paysannat, et l’autre au futur instituteur (elle est restée libre longtemps d’ailleurs). Il y avait aussi les maisons d’un territorial, de l’administrateur de territoire, du chef de police, du chef de poste, de l’enseignant et bien sûr les bureaux administratifs et la poste. Que de monde tout d’un coup… De plus, on annonçait l’arrivée du courant électrique à partir du poste de la Symétain situé à 5 km, nous allions pouvoir abandonner nos lampes à pétrole…!

Nous avons donc une fois de plus emménagé avec soin (même si c’était pour une courte période) mais bien déçus que l'ancien mobilier ait été remplacé par du mobilier métallique faisant assez caserne...

Comme l’écrivait Michel à ses parents : "nous voici bien installés (je n’ose dire définitivement, ce serait de l’humour), tout notre matériel ancien et nouveau est en place et c’est maintenant que nous apprécions toutes ces « petites choses » qui complètent si bien notre confort : ainsi la cafetière napolitaine, la boîte à pain, le moulin à café, la chaise d’enfant, la poussette…"

Michel a même commencé un jardin potager qu’il faisait surveiller avec soin, même si finalement nous n’en avons connu que des radis et haricots. Pour éviter que la vermine ne ronge les racines, les légumes étaient cultivés dans des jardinières en bambou surélevées et protégées du soleil par des canisses.

Monique s’est adaptée tout de suite à cette vie en prenant de plus en plus d’indépendance d’ailleurs! Elle suivait les boys ou le jardinier dans leurs occupations, avait plein de choses à raconter dans son petit langage, c’était gai comme tout.

Le travail de Michel, cette fois, dépendait directement du poste de Punia et non plus de Kindu. Nous avions de ce fait plus de contact avec les autres habitants. Il devait malgré tout faire trois semaines de brousse par mois et j’étais donc à nouveau seule du lundi au samedi après-midi...

Pour lui, il ne s’agissait plus cette fois de "paysannat" mais de mettre en route une pépinière de palmiers à huile. Il prenait contact avec les chefs de village pour les préparer à recevoir les jeunes palmiers à planter, ainsi les villageois seraient assurés de revenus pour l’avenir. Sachant qu'il devrait quitter ce chantier après 6 mois, Michel était un peu déçu, réalisant qu’il n’en connaîtrait jamais les résultats.

 

28/12/2009

Le train

Si la traversée se faisait d'Anvers à Matadi, en ce qui nous concerne - notre destination étant l'est du Congo - nous devions débarquer à Lobito en Angola.

C'est le silence qui nous a réveillés, le jour de notre accostage, plus de bruit de moteurs... Dans l'après-midi, on nous a fait descendre la passerelle non sans avoir auparavant salué et remercié le personnel de bord qui attendait un pourboire bien sûr… ce qui a définitivement fait le deuil de nos economies!

Les personnes qui connaissaient les choses avaient prévu d'engager un porteur à la descente du bateau pour s'occuper des bagages en direction de la gare. Nous étions un peu énervés, surveillant nos biens de près. Une certaine effervescence régnait, surtout parmi les passagers qui n'avaient pas encore fait l'expérience du voyage par le train. On avait peur que le train parte sans nous. 

Le convoi comportait de nombreux wagons de bois datant de 1927 !!!! Il nous était alloué un semi-compartiment de 3 couchettes tout en tête du train, juste derrière le wagon de réserve de bois. Notre compartiment jouxtait les WC ce que nous n'avions pas réalisé… Dans le couloir un filtre à eau était suspendu, rapidement, vu le jeu des enfants, a été épuisé. Ce compartiment était donc de bois “précieux” et cuivres, les sièges en velours rouge… c'était tellement exigu qu'on ne pouvait étendre les jambes.

 Train-1

Notre wagon se terminait par une passerelle en fer forgé exactement comme dans les films western et nous rêvions déjà d'y passer la soirée en espérant voir des “bêtes sauvages” et de beaux paysages. Nous avons vite déchanté… au premier essai pour ouvrir la porte, nous avons essuyé une pluie de charbons ardents... le sol de la terrasse en était couvert!

Alor, nous avons essayé de regarder par la fenêtre mais le danger était identique. Une braise incandescente a volé dans le compartiment et a failli tomber sur Monique! Aussi nous devions rester soit avec la fenêtre fermée, soit ouverte mais protégée par des persiennes. On ne voyait défiler que les rails.

Durant le jour, nous disposions d'une longue banquette, heureusement, puisque nous étions seuls, Monique pouvait aller et venir et grimper comme elle le voulait. A notre surprise, le soir on n'a dressé que deux couchettes, et nous avons dû nous arranger pour coucher Monique avec l'un d'entre nous, ce qui n'était pas évident.

Les repas étaient servis dans le wagon restaurant tout en queue de convoi. C'était un veritable tour de force que de traverser tout le train avec Monique dans les bras. A notre grande surprise, ces repas étaient payants ainsi que l'eau potable que nous emportions si nous ne l’avions pas terminée.

Il régnait une atmosphère étouffante, bruyante, agitée. Tout le monde essayait de trouver un peu de confort, les enfants jouant dans les couloirs. Quelle chance nous avions d'avoir un compartiment pour nous, même si c'était étroit. Au moins on pouvait mettre Monique à la sieste et se reposer aussi.

Si Monique s'était bien adaptée à la traversée, par contre manifestement elle n'appréciait pas le voyage par train, s'est mise à gémir continuellement et a refusé de manger. Aussi, lors du passage à la frontière, à Dilolo, Michel s'est précipité pour trouver une cantine et a acheté du pain, du lait, de la confiture et nous avons essayé de nous débrouiller sans wagon restaurant, préparant des biberons à l'eau froide mais au moins elle avalait quelque chose.

Train2Le train roulait durant 30 minutes, pour un arrêt d'un quart d'heure afin de  charger du bois, de l'eau… La locomotive sifflant à l’approche de chaque village, elle devait refaire de la vapeur. C'était lent, lent... A chaque fois qu'on s'arrêtait, le conducteur de la locomotive essayait tant bien que mal de se situer juste sous le manche à eau, et à force de cahots en avant et en arrière, risquait de nous éjecter tous de nos couchettes.

Pour passer le temps nous inventions des petits jeux: on chantait, on racontait des histoires, on jouait aux cartes, on lisait... Le soir venu, on voyait la lueur du charbon incandescent et les braises voltiger dans le ciel. C'était féerique et dantesque à la fois... Nous traversions d'énormes espaces, des collines, sans voir ni villes ni villages. Il n'y avait que le bruit des rails.... (et le loquet du WC attenant, utilisé jour et nuit).

Au cours de ces trois jours de voyage, Michel a fait une crise de malaria accompagnée de fortes fièvres et a dû rester couché ....

Lorsque nous sommes enfin arrivés à Tenké: changement de train. Chacun s'est précipité pour descendre les bagages, qui par la portiere, qui par la fenêtre, s'imaginant que la correspondance attendait.... qu'il y avait urgence... qu'on allait partir sans nous... Mais non, c'est à peine si un responsable était présent dans cette minuscule gare où nous attendions des instructions.

Finalement, on nous a prévenus que le départ était prévu pour 17 hrs et qu'un repas nous serait servi dans l'hôtel du poste. A la queue leu-leu, à pied nous avons fait le trajet vers cet endroit qui était en fait une sorte d'entrepôt commercial et c'est sans honte que j'ai laissé Monique s'amuser avec les marchandises du magasin, plongeant les mains jusqu'au coude dans les sacs d'arachides, de fèves ou de riz.... pour ensuite la laisser faire la sieste sur un matelas jeté à terre dans une arrière-salle.

Nous n'avons pas mangé grand-chose d'une choucroute qui nous a été servie. Après un interminable après-midi, nous sommes retournés à la gare où un superbe wagon-lits (belge) nous attendait. Belle surprise. C'était nettement mieux, climatisé, .... Même un peu trop car nous avons sorti des gilets de nos bagages.

Nous étions bien moins nombreux cette fois et chaque famille disposait d'un beau compartiment de 6 places ce qui pour nous signifiait qu'on pouvait se lever, se dégourdir les jambes, que Monique avait plus d'espace, un lit pour elle toute seule. Nous disposions d'un lavabo et enfin de l'eau.

Le chef de cuisine nous servait aussi à boire au bar du wagon restaurant et nous a même demandé ce que nous souhaitions manger pour le souper! Cette partie-là du voyage a été plus agréable et, si nous ne pouvions pas ouvrir la fenêtre, nous avions quand même une très large vue sur les paysages traversés. Après un voyage aussi long et mouvementé nous étions finalement très heureux d'arriver à Kindu.

14/12/2009

Le Baudouinville

Compagnie-maritime

 

BaudouinvilleNous avons donc fait le voyage de retour en bateau. Les Charlier (et d'autres aussi sans doute) nous avaient chaudement recommandé de revenir par bateau et ensuite par le train; que c'était “prodigieux”! Oui, sans aucun doute. Le Baudouinville, récent fleuron de la Compagnie Maritime Belge, était très luxueux pour l'époque. Il y avait près de trois cent passagers et autant de personnel de bord. Les installations étaient très confortables. Nous, comme simples petits fonctionnaires, étions logés dans une cabine au troisième pont inférieur (on avait un hublot quand même). Des lits superposés & lavabo mais douche et WC à l'extérieur. Un lit pliant pour le bébé et, service suprême, une femme de chambre qui veillait aussi lorsque le soir venu nous allions souper en laissant Monique dans son berceau.

Compagnie-menus

 

Il y avait une salle à manger splendide située à un étage inférieur qui, nouveauté, possédait une climatisation. Nous étions 6 convives par table qui nous était allouée une fois pour toutes, pour toute la durée du voyage. Un serveur attitré nous présentait chaque jour un menu différent qui était imprimé à bord. Le repas des enfants était servi avant le repas des adultes dans une petite salle à manger adjacente.

Pont
Sur le pont promenade, des rangées de chaises-longues attendaient les passagers qui profitaient du grand-air. Les enfants n’y étaient pas admis. Il existait une nursery et garderie spécialement dédiée aux enfants de moins de 12 ans avec des monitrices pour s'occuper d'eux. C'était très bien équipé: il y avait même un manège...

Au début, Monique acceptait facilement de nous quitter pour la matinée. Nous la récupérions pour le repas de midi et la mettions ensuite à la sieste dans notre cabine. Malheureusement, au bout de quelques jours, une gamine a fait une chute avec Monique dans les bras. La fillette avait été très choquée ainsi que le personnel car Monique avait fait des convulsions. Par la suite, nous avons eu plus difficile à la déposer à la garderie.

Bastinguage
Les premiers jours de traversée ont été pénibles pour beaucoup de personnes. Nous avons essuyé une tempête dans le Golfe de Gascogne et j'ai vraiment été malade. Je ne mangeais plus rien, ce n'était pas mieux. Même le personnel était malade… Seuls quelques irréductibles (dont Michel) arrivaient à la salle à manger où les tables et chaises étaient fixés au sol et les nappes mouillées pour que la vaisselle ne glisse pas.

C'est à l'escale de Tenerife que j'ai refait surface. Nous avons pu débarquer pour visiter la ville. Nos premiers pas étaient hésitants car nous marchions en chaloupant comme des marins après 5 jours de mer. Evidemment, au débarquement nous attendait une flopée de marchands ambulants nous proposant des broderies de Tenerife, de orfèvreries de Tolède et plein d'autres choses. Mais en tout premier lieu, une calèche nous invitait à faire un tour pour admirer le panorama depuis la hauteur de la ville.

TapisA la fin de la journée, lorsque les passagers remontaient à bord, les vendeurs revenaient à la charge en diminuant sérieusement leurs prix et certains voyageurs le savaient très bien. C'est ainsi que les dernières affaires se concluaient à partir de la rambarde du bateau et que l'échange marchandise et argent s'effectuait au moyen d'un panier descendu et hissé à bord.

A partir des îles Canaries le temps était réellement splendide. Des toiles blanches avaient été tendues au dessus des différents ponts. Durant l'escale, nous étions ainsi à l'abri du soleil. C'est à partir de ce moment que chacun a pu faire une courte visite dans les cales pour accéder aux malles afin de faire l'échange vêtements d'hiver contre vêtements d'été.

Durant la traversée, il été organisé une visite du bateau et de tous ses équipements. Nous avons ainsi vu bien sûr la passerelle du commandant, la salle des machines, les cuisines, les réserves (6 mois d'alimentation pour 500 personnes), la boulangerie, la boucherie, les chambres froides... l'imprimerie, car le menu était imprimé à bord chaque jour. Il y avait la lingerie où on pouvait donner du linge à laver et à repasser.

Une grande salle servait à la fois de cinéma, de chapelle et de salle de spectacle suivant les nécessités. Nous avions accès au cinéma gratuitement. Nous pouvions emprunter de la lecture à la bibliothèque. Il y avait un salon de beauté et un coiffeur, une boutique, une poste. On pouvait à partir du bateau prendre contact avec notre famille, les messages destinés aux passagers étant affichés sur un tableau à l'accueil. Quelle organisation !!!.

Il y avait aussi une piscine entourée d'un espace solarium. Elle était assez petite et on s'est vite rendu compte qu’il n'y avait pas moyen de nager vraiment. D'ailleurs il était interdit de faire beaucoup de remous pour n'éclabousser personne (interdit de courir, sauter ou plonger). Nous avons donc renoncé.

Après l'épisode du mal de mer, chacun a refait surface et les chaises-longues étaient recherchées. Nous nous installions volontiers en-dessous d'une de ces tentes blanches, une consommation nous étant servie durant la matinée. Le salon-bar était ouvert, fréquenté par des groupes de personnes qui se connaissaient et s'amusaient beaucoup.

Pour notre part, nous avons fait connaissance d'un jeune colonial substitut à Kindu qui retournait aussi pour son second terme. Nous avons ensemble beaucoup joué au poker menteur tout en sirotant l'apéro pour eux et le jus de tomate pour moi. Durant ce temps Monique était à la garderie.

J'avais emporté avec moi un joli ouvrage de broderie; Michel lisait un journal à notre disposition ou allait faire un petit tour. Certains soirs, il y avait soirée dansante dans le grand salon. Nous y avons fait une petite apparition car nous nous sommes vite rendu compte que les consommations étaient fort chères…  mais surtout que nous ne faisions partie d'aucun groupe et nous étions un peu perdus.

C'est en lisant les messages affichés que Michel a réalisé que nous étions nommés à Léopoldville. Nous n'étions pas enchantés.. toutes nos affaires étaient encore à Pangi! Il a donc fallu envoyer un télégramme à Bruxelles pour demander l'autorisation de continuer le voyage sur Kindu afin de récupérer nos malles et surtout notre voiture. Par retour de courrier, la mutation a été annulée et nous avons continué le voyage par train sur Kindu.

 

10/12/2009

Automne '58

Comme nous nous étions mariés au Congo, nous n'avions pas eu l'occasion de nous soucier de l'équipement de notre ménage. Mais expérience faite, nous savions ce qui nous manquait. Nous sommes donc rendus à plusieurs reprises dans les grands magasins pour faire nos achats. Cela nous ennuyait fortement d'ailleurs, car revenir les bras chargés alors qu'on vit à la charge de la famille c'était très délicat. Alors, très discrètement, nous enfermions nos butins dans les malles qui allaient être envoyées par bateau lors de notre départ.

L'automne est venu et nous avons pu nous installer à Rymenam dans la maison de vacances des parents de Michel. Bien sûr, son père nous y a conduits. Sur place, il y avait le légumier et le boulanger qui passaient. Pour le reste, nous allions faire les courses à pied. C'était loin quand même, le village, mais bon, on avait le temps. Il faisait magnifique et nous avons beaucoup profité de l'endroit. Nous avons beaucoup promené et Michel était très enthousiaste de me raconter toutes les aventures de jeunesse qu'il y avait vécues. Il était très heureux de me faire connaître “Rymenam”, la maison de vacances pleine de souvenirs de sa famille.

Nous y sommes restés aussi longtemps que possible, mais au moment où la froidure s'est annoncée, comme il n'y avait pas de chauffage, nous avons, la mort dans l'âme, du plier bagage et retourner à Schaerbeek chez les parents. Il y avait bien sûr un feu à bois dans le living, et le soir nous nous installions pour regarder rougeoyer les flammes. Des amis sont venus passer un moment avec nous, les parents de Michel aussi, maman et marraine.

C'est à ce moment que nous avons su que nous allions avoir un deuxième enfant. Michel n'était pas enchanté, il aurait préféré que nous soyons à nouveau en Afrique. Moi j'étais très heureuse, ne réalisant pas qu'effectivement cela allait un peu nous compliquer le retour. Il faut dire qu'au mois de septembre ma belle soeur Francine avait donné le jour à sa quatrième fille Catherine et que cela m'avait vraiment donné envie d'avoir un bébé.

C'est encore en famille que nous avons passé les fêtes de fin d'année: Noël chez maman à Kapelle et Nouvel-An à Schaerbeek. C'était une tradition immuable de se retrouver tous chez les parents de Michel, dans ce petit appartement oû nous étions forts nombreux… Les “grands” bavardaient, blaguaient et riaient, les petits criaient en se poursuivant d'une pièce à l'autre, les femmes se racontaient leurs histoires à la cuisine tout en aidant maman à faire les sandwiches... Il y avait de l'ambiance. Je n'avais pas connu cela chez moi et j'étais un peu perdue.

Monika
Et le 19 janvier 1959 est arrivé… jour de notre embarquement à Anvers. Quelques jours auparavant, Papa et Michel avaient véhiculé les malles qui devaient être au port avant notre montée à bord. Chaque objet, chaque vêtement, chaque cadeau a été pesé pour ne pas dépasser le quota de kilos qui nous était alloué. Nous étions ravis d'emporter tant de choses pour nous faciliter la vie en Afrique: des accessoires de cuisine, un joli service à moka qui s'appelait ”Monica”, du linge neuf...

Les parents de Michel, Maman et marraine, très éprouvés par notre départ, nous ont accompagné à Anvers et ont assisté à l'embarquement. Marraine était persuadée qu'elle ne nous verrait plus lors de notre nouveau congé 3 ans plus tard... Nous, de notre côté, nous étions déjà la tête et le cœur ailleurs, contents de reprendre une vie “normale”

 

04/12/2009

Eté '58

Nous étions en juillet 1958. En avril de la même année s'était ouvert l'Exposition Universelle de Bruxelles et nous étions impatients de la visiter.

Après quelques jours de repos, nous avons pris contact avec nos amis que nous souhaitions revoir bien sûr. C'était possible évidemment, puisque nos parents ne demandaient pas mieux que de garder leur petite- fille, si heureux de la présenter aux voisins et commerçants !

Nous avons séjourné soit à Kapelle (chez maman) soit chez les parents de Michel à Schaerbeek. De part et d'autre l'on s'est évertué à nous gâter, à nous faire de bons repas aussi car j'avais fort maigri et cela inquiétait nos familles.

Monic petiteMonique, elle qui n'avait pas encore beaucoup pris d'autres repas que des biberons vu qu'on manquait de tout en brousse, devait faire connaissance de fruits et de légumes, de viande et de poisson et cela n'a pas été sans problème. Nous nous relayions pour la faire manger afin de ne pas perdre patience, elle recrachait tout... Nous avons entendu tant de commentaires de la part de la maman de Michel que nous avons fini par aller voir un pédiatre à Bruxelles qui nous a semoncé en disant que l'enfant était parfaite et que nous devions la laisser tranquille.

Michel était bien décidé (conseillé par d'autres coloniaux) à acheter une voiture d'occasion pour la durée des six mois de congé mais lorsque son père l'a appris, il l'en a dissuadé en disant que de toute façon nous pourrions disposer de sa voiture si nécessaire. Et c'est vrai que pour nos navettes d'une famille à l'autre papa nous a été d'un grand secours. Nous avons été reçus d'une façon très enthousiaste par les frères & soeurs, les amis, les voisins… nous avons été gâtés, Monique a été adulée, vraiment, c'était extraordinaire!

EXpo1EXpo2
Nous avons pu visiter l'exposition universelle à deux reprises en nous déplaçant en bus don’t une fois avec bébé & poussette! Cela nous a beaucoup plu. Nous avons même assisté à la fermeture de l'expo en compagnie de nos amis et terminé à la Belgique Joyeuse. Nous avons eu beaucoup de chance de vivre ces choses là!

A la fin de l'été - ayant fait le tour des connaissances et familles (Namur, Andenne, Tervuren, Rhodes St Genèse, les amis de Bruxelles) - la vie de chacun a repris son cours. C'était devenu un peu difficile de continuer à vivre chez les parents et nous avons loué un appartement à Coxyde pour le mois de septembre. Papa nous y a conduit avec tout notre barda. Nous étions heureux de prendre un peu d'autonomie. L'appartement était bien (deux chambers) et maman est venue nous y rejoindre quelques jours. Le temps n'était pas extraordinaire, aussi on passait le temps en balades en traînant la poussette de plage en dunes. Fatigant! Finalement, au bout de trois semaines de vent et de battement de volets, ce n'était plus possible et on a demandé à papa de revenir nous chercher.

Re-séjour chez les parents. Le temps nous semblait long, nous allions promener Monique et nous aspirions déjà au retour en Afrique...